Archive pour le 28 avril, 2015

La sueur de son front ?

28 avril, 2015

« J’essaie d’apprendre à mon gamin qu’on gagne son pain à la sueur de son front. C’est comme ça que mon père m’a élevé. »

« Ce n’est pas aussi simple que ça. Si c’était ainsi, l’ouvrier qui manie le marteau-piqueur dans la rue serait plus riche que le directeur tranquillement assis dans son bureau climatisé. Celui qui est le mieux payé, c’est celui qui a la tâche la plus complexe, pas celui qui fait un travail de force. »

« Je voudrais bien voir votre directeur à la tête d’un marteau piqueur. Ce n’est pas simple, c’est très fatigant et quand une chose est fatigante, elle devient très vite compliquée. »

« J’ai dit complexe, pas compliqué. Le directeur a une capacité à affronter des choses complexes qui sont constituées de beaucoup d’éléments qui interagissent entre eux, grâce à de longues années d’études. Et puis il subit moins de fatigue musculaire, mais une grande fatigue nerveuse car il doit produire de bons résultats dans sa gestion. »

« Si je comprends bien, il faut transpirer intérieurement pour bien gagner sa vie. »

« Il faut surtout avoir une qualification recherchée, soit parce qu’elle est rare (et tout ce qui est rare est cher), soit parce qu’elle est de haut niveau et permet d’affronter des tâches très très complexes. »

« Euh… je remarque benoitement que l’utilité finale du travail n’entre pas en ligne de compte. Le travail du maçon qui a construit votre maison est moins bien rémunéré que celui de votre directeur de communication qui vante les mérites de vos marques de yaourt ou de vos dentifrices, dont on pourrait se passer. »

« Euh… oui, l’utilité du métier n’est pas vraiment un critère… »

« … ce qui explique que les métiers manuels, pourtant les plus productifs sont sous-évalués et que la proportion d’improductifs augmentent dans les entreprises. »

« C’est qui les improductifs ? »

« C’est ceux qui réfléchissent à ce que les autres doivent faire et qui contrôlent qu’ils font bien le travail comme ils l’ont réfléchi. »

« Allons, allons, il faut bien des gens qui soient spécialisés dans les finances ou la vente. »

« Oui, je constate simplement qu’il faut des improductifs pour que les productifs travaillent. C’est un peu paradoxal. Ce qui explique d’ailleurs que les improductifs soient mieux payer que les productifs. »

« Vous oubliez que les improductifs affrontent les tâches les plus complexes donc il est normal qu’ils soient mieux payés. On revient au point de départ. Lorsqu’une tâche est simple, elle est forcément tenue par un subalterne. »

« Nous y voilà ! Ce sont les cadres du haut de la hiérarchie qui gagnent le mieux leur vie ! Quelle injustice ! Non seulement, ils sont improductifs, mais ils font travailler les autres ! Autrement dit, il faut que j’apprenne à mon fils que le mieux est de ne rien faire et de savoir faire marner les autres. Il peut alors se permettre de ne pas transpirer du front. Bravo la morale de l’histoire ! »

« Euh… certes, il y a peut-être quelques excès, mais enfin plus on s’élève dans la hiérarchie, plus le travail devient complexe… »

« Notamment parce qu’il faut faire travailler les autres… »