Archive pour la catégorie 'Non classé'

Le couloir d’Eustache

21 mai, 2022

C’est l’histoire d’Eustache, le potache.

Eustache était écolier en CM2 chez mademoiselle Tambourin. Chaque année, il refusait de quitter le CM2 pour le collège. A 18 ans, c’était le plus vieux redoublant en France. Même sans apprendre ses leçons, il les savait quand même à force d’entendre les discours de la maîtresse.

Les autres élèves l’interrogeaient pour connaître la solution des problèmes, si bien que la classe de mademoiselle Tambourin était d’un excellent niveau. Pendant la récréation, tous les gamins voulaient prendre Eustache dans leur équipe de foot.

A la sortie de 16 heures 30, Eustache était attendu par sa maman avec un jambon-beurre pour se restaurer et un petit canon de rouge pour se désaltérer.

De toutes parts, on venait admirer la non-scolarité d’Eustache. Le directeur, monsieur Bouton, commençait à en avoir assez de ce garçon qui ne voulait pas quitter l’école. Puisqu’il en était ainsi, il le nomma directeur-adjoint, chargé des couloirs.

En fait, les couloirs de l’école étaient très propres puisqu’ils étaient entretenu par monsieur Sodeau, le concierge qui s’appelait Parmentier de son vrai nom. Il avait été nommé Sodeau par la coquinerie de certains élèves qui le voyait souvent transporter de nombreux seaux d’eau.

Pour revenir à Eustache, son travail revenait en fait à arpenter les couloirs. Il fut le premier à déterminer le nombre exact de pas pour aller de la loge de monsieur Sodeau au bureau de monsieur Bouton. A l’occasion d’une réunion de parents d’élève la question fut posée de l’intérêt d’une telle information.

Monsieur Bouton répondit qu’il y avait là un succès d’Eustache, qui laissait entrevoir d’autres victoires puisque monsieur Churchill avait dit « le succès, c’est de se promener d’échec en échec tout en restant motivé ».

Moralité : dans la vie, il n’y a pas d’échec, il n’y a que des couloirs à arpenter.

L’inconnu enfin démasqué !

18 mai, 2022

C’est l’histoire d’un incognito qui ne gagnait pas à être connu.

Il n’avait pas d’amis et ce n’est pas son job qui lui permettait de s’en faire beaucoup puisqu’il était employé à la morgue municipale. Il ne parlait à personne et personne ne lui parlait car les seuls individus qu’il croisait étaient décédés. Il ne recevait que les sanglots des familles qui pleuraient beaucoup.

Notre homme menait donc une vie anonyme et donc particulièrement morose. Pourtant, nous sommes en mesure de révéler que c’était un personnage intéressant. Il était champion de ski de fond dans son pays qui n’avait jamais vu la neige. Comment faire du ski dans ses conditions ? L’histoire ne le dit pas, mais l’inconnu avait établi un record du monde en patins pour parquet : 8 secondes 7 dixième entre sa chambre et son salon !

L’incognito était également modeste puisqu’il ne se vantait pas de ses performances : il réussissait à merveille le boudin aux pommes qu’il ne pouvait proposer à personne, ce qui était triste, convenons en.

Un jour la femme du Grand Chambellan qui venait d’enterrer sa cousine repéra l’incognito.

—      Ne veux-tu pas être connu, bel inconnu ? demanda-t-elle à l’incognito.

L’incognito fut troublé puisqu’un être humain émettait un bruit en lui adressant la parole.

—      Vous pouvez répéter la question ? répondit-il.

Ce début de dialogue ne plût pas du tout au Grand Chambellan qui cassa la figure de l’incognito, évènement qui fit passer le pauvre de l’état d’inconnu à celui de méconnaissable.

Moralité :il vaut mieux mettre du carrelage dans son couloir. Le parquet est dangereux : on peut glisser.

Le charcutier et le Prince de Galles

15 mai, 2022

C’est l’histoire du charcutier qui aimait Lise. Ils s’étaient rencontrés dans une sorte de thé dansant ou une surprise partie. On peut appeler ce genre de manifestation comme on veut, cela nous est égal pour la suite.

Malheureusement, Lise n’aimait que les charades et les devinettes. Notre charcutier, en dépit de valeureux efforts, ne trouvaient jamais les bonnes réponses des énigmes qu’inventait l’objet de ses pensées. Lise n’entendait pas s’éprendre d’un homme qui manquait à ce point de sagacité, ce qui plongeait notre charcutier dans un profond désarroi.

Le vendeur de saucisses chercha un esprit brillant qui pourrait l’aider à résoudre les problèmes posés par Lise. Un jour, il observa le Prince de Galles lors de l’une de ses apparitions télévisuelles. Notre charcutier trouva au fils de la reine d’Angleterre, de l’élégance, de la courtoisie et un air de grande intelligence.

Il décida donc d’interroger par courrier le Prince de Galles, en prenant garde d’utiliser tous  ses titres :  duc de Cornouaillesduc de Rothesaycomte de Chestercomte de Carrickbaron de RenfrewLord des Îlesduc d’Édimbourg, prince et grand steward d’Écosse.

Après avoir utilisé une page pour décliner tous ces titres, le charcutier posa la dernière devinette de Lise qui lui posait problème : qu’est-ce qui est petit, rond, vert, qui monte et descend ? Le prince de Galles qui n’avait rien d’autre à faire interrogea sa cour, mais personne ne trouva la solution. Il questionna la reine d’Angleterre en faisant valoir que le bonheur de notre charcutier dépendait de la bonne réponse. La reine dit qu’elle n’en pouvait mais.

Le prince exprima ses profonds regrets auprès de l’artisan. Pour se faire pardonner, il pria le charcutier de le compter parmi sa clientèle. C’est depuis cet incident que le prince de Galles est amateur de saucisses de Morteau.

Moralité : la réponse à la devinette de Lise est : un petit pois dans un ascenseur.

L’histoire du beau-père de l’Ecossais moustachu

10 mai, 2022

C’est l’histoire d’un Ecossais moustachu au nez crochu. Il se morfondait dans son château en compagnie de ses chats batailleurs. Pour vivre, il fabriquait des bonbons roses à la guimauve.

La vieille sorcière intervînt. Fustigeons cette femme qui se fait un plaisir de se montrer dans les contes pour importuner les autres personnages.

La vieille sorcière — disions-nous — s’écria avec une certaine hypocrisie :

—      Holà, vieil écossais moustachu ! Tes bonbons roses me donnent des mycoses.

A l’appui de ses dires, la méchante femme produisit un certificat médical de son médecin traitant, le docteur Charles Attan. Pour anéantir notre ami, l’écossais moustachu au nez crochu, la sorcière fit paraitre une interview dans un quotidien populaire, juste en-dessous des résultats sportifs du week-end.

Le commerce de bonbons roses de l’écossais moustachu s’effondra.

Mais Rosalyne, la femme de notre ami l’écossais moustachu, ne l’entendit pas de cette oreille. Notons qu’elle était aussi dotée d’un léger duvet facial. Rosalyne — disions-nous — sollicita son très vieux père Eugène Mac Leod pour qu’il intervienne au journal télévisé de 20 heures. Il aurait pu alors réhabiliter le commerce du vieil écossais moustachu qui se morfondait toujours dans son château. Il aurait pu aussi poursuivre la sorcière en justice grâce à son avocat Maître Baveux.

Le vieux Mac Léod, un peu près de ses sous (reconnaissons-le) répondit :

—      Ne t’en fais pas fillette, on va faire mieux.

Il réunit son clan et partit casser la figure au mari de la sorcière qui n’était pour rien dans cette histoire.

Moralité :

Nous l’avons toujours dit : avant de se marier, il vaut mieux consulter le registre des sorcières.

Le moraliste morose

8 mai, 2022

Un homme est assis sur un rocher, au fond de la forêt. C’est le moraliste, il est effondré et fort morose. Un robot et son cabot viennent à passer.

Le robot s’inquiète. Pourquoi êtes-vous aussi maussade, moraliste ? Dit-il. On notera que pour poser ce genre de question en pleine nature, le robot est d’une technologie particulièrement avancée. Sans doute sud-coréenne.

Le moraliste gémit :

—      Il n’y a plus de morale dans la société, robot. Plus personne ne distingue le Bien du Mal.

Le robot en convient : la position du moraliste devient difficile. Ses algorithmes se mettent en marche pour trouver une solution. En effet, c’était un robot de dernière génération : dans sa logique, il n’était pas envisageable de laisser un humain dans la peine.

Il demande si monsieur le moraliste ne pourrait pas envisager de mettre fin à ses jours. Le moraliste répond que cette option n’est pas sur sa table.

Qu’importe ! Un algorithme secondaire trouve une seconde méthode pour sortir le moraliste de son état :

—      Puisque plus personne ne distingue le Bien du Mal, moraliste, supprimons ces concepts et même ces mots.

Le moraliste répond que cette solution poserait le problème de sa propre reconversion professionnelle. Certes, il a un diplôme de pécheur de hareng, mais le marché de cet emploi est assez fermé.

En plus, il voit un deuxième inconvénient à cette solution. Si les notions de Bien et de Mal disparaissent comment va-t-on faire pour dispatcher les citoyens défunts entre le paradis et l’enfer. Il faudrait imaginer une sorte de fusion des deux ensembles, ce qui reconstituerait la société terrienne. Dieu et le Diable ne seraient sûrement pas d’accord.

Le robot est troublé. Ses algorithmes basés sur la logique sont pris en défaut, ce qui entraînent le déclenchement d’une procédure de sauvegarde : il pleure à chaudes larmes.

Le moraliste s’inquiète : pourquoi êtes-vous aussi maussade, robot ?

Il demande au robot s’il ne pourrait pas envisager de mettre fin à ses jours, ce qui aurait un double avantage. D’abord, faire intervenir le service après-vente pour construire un robot plus intelligent, puisque celui-ci a été pris en défaut sur une question simple. Ensuite, fournir une fin honorable à cette histoire sans queue ni tête.

Moralité : un robot ne comprend rien au Bien et au Mal. On se demande donc comment font Dieu et le Diable pour distinguer l’un et l’autre. Mettons-les en demeure de livrer leurs algorithmes.

 

 

 

Le pauvre hère bien nourri

7 mai, 2022

C’est l’histoire du pauvre hère qui erre dans la rue de la bru du cardinal (qui en toute logique n’aurait pas dû avoir d’enfants). Le pauvre hère s’appelle Pierre, c’est important pour la suite de l’histoire. La bru se nomme Charlotte, ce qui a un peu moins d’importance.

—      Où vas-tu, pauvre hère, s’écrie Charlotte.

—      Je ne sais pas, répond le pauvre.

—      Viens donc chez moi, j’ai une bonne soupe dans ma soupière, Pierre.

Le miséreux, ayant le ventre vide, accepte l’invitation avec empressement. La bru du cardinal lui aurait volontiers concocté une charlotte aux fraises, mais elle ne savait pas faire.

Après s’être restauré, Pierre reprend sa route de pauvre hère. Voici que Claire l’interpelle à son tour :

—      Où vas-tu, pauvre hère, s’écrie Claire.

—      Je ne sais pas, répond le pauvre.

—      Viens donc chez moi, j’ai une bonne tranche de gigot, Pierre.

Pierre hésite. Il a de l’orgueil, il ne veut pas se faire entretenir pas tout le village. Puis, tenaillé par la faim, il se dit : go pour le gigot !

Puis, il reprend son chemin. Voici que l’institutrice du village l’aperçoit. La maîtresse qui porte des tresses l’appelle. Elle se nomme Tess. C’est la maîtresse Tess.

—      Où vas-tu, pauvre hère, s’écrie Tess.

—      Je ne sais pas, répond le pauvre.

—      Viens donc chez moi, j’ai un bon baba au rhum, homme !

Le vagabond, très intéressé, pose son baluchon chez la maîtresse Tess. Devant son baba, il reste baba d’admiration avant de le dévorer. Puis, il repart.

Il parvient enfin dans son logis. Qui l’attend là ? Léa ! C’est son amie.

—      Il est temps de passer à table, dit-elle à Pierre.

A ce point de l’histoire, on imagine la mine embarrassée de Pierre :

—      J’ai diné avec trois femmes, avoua Pierre. Ce n’est pas une infamie, ma mie !

Léa laissa éclater son courroux, le chat roux aussi. Elle jeta sa soupière sur Pierre. Enfin… le contenu de sa soupière ! D’après les voisines, l’hypothèse la plus vraisemblable, c’est qu’il s’agissait d’une soupe au potiron (ce qui n’a aucun intérêt).

Moralité : il ne faut souper avant le souper.

Les non-funérailles de Victor (humour noir)

5 mai, 2022

C’est l’histoire du vieillard qui organisa une répétition de son enterrement pour être sûr que tout se passe bien. Il s’appelait Victor.  Il recruta une foule de figurants pour qu’elle se masse sur le parvis de la cathédrale. Des mouchoirs et des drapeaux à son effigie furent distribués. Des cris chaleureux étaient prévus : Victor ! Victor !

A l’église, on se pressa dans les travées. Victor dut faire la police pour que les premiers rangs soient réservés à ses cousines de la Creuse.

Un moment d’émotion s’installa sous les voûtes quand l’abbé lut l’éloge de Victor, rédigé par Victor lui-même. Il y fut question de la vaillance avec laquelle il jouait au foot dans la cour du collège, de l’habileté qui lui permit de décrocher son bac, et du brio de son entrée en fac qui resta dans toutes les mémoires.

Victor se para de tant de qualités que l’abbé s’étrangla d’émotion en les énumérant devant une assistance médusée. Victor se trouvait plein d’empathie, bon avec les autres, généreux envers les pauvres… en plus de ça c’était un homme fin et cultivé. Assis au premier rang aux côtés de ses cousines de la Creuse, Victor rosissait de plaisir. L’abbé l’invita à dire quelques mots sur lui-même qui émurent l’assistance.

A la sortie de l’église, il s’installa à côté du chauffeur de corbillard pour être sûr qu’il ne se trompe pas, le jour fatal. Sur sa tombe, il sut encore prononcé quelques mots de haute intensité sur la place qu’il laissera dans le monde. Il assura que personne ne l’oubliera.

La journée se termina par un joyeux repas à l’auberge, où il leva le coude et son verre à lui-même sous les acclamations de ses cousines de la Creuse. « Longue vie, Victor ! »

Moralité : on n’est jamais si bien servi que par soi-même. (Charles-Guillaume Etienne – 1807)

L’histoire de Clément

4 mai, 2022

C’est l’histoire de Clément qui passait son temps à mentir. C’était assez commode pour le définir. On ne pouvait pas se tromper en prononçant cette phrase amusante : Clément ment.

Il prétendait être menuisier, spécialisé dans la construction d’escaliers en colimaçon. Ce qui était faux. Il était apprenti coiffeur, spécialisé dans le bac à shampoing des dames. Un tel mensonge ne nous étonne pas de sa part.

Il prétendait également sortir avec Cécile, la fille gracile et gentille. Encore une pure invention. Nous sommes en mesure de certifier qu’il était sous la domination d’Ariane, une vieille harpie qui jouait de la harpe (comme par hasard).

Il croyait être un grand écrivain. Pour conforter ses dires, il mangeait du gorgonzola de façon à écrire comme Zola. Nous affirmons qu’il y avait là encore une de ses galéjades dont il se délectait. En vérité il était jaloux d’Yvain, l’écrivain de son village dont nous recommandons le dernier ouvrage : « La soupière de Pierre ».

Parfois, il allait consulter Clara, la cartomancienne. Celle-ci avait beau scruter ses cartes et sa boule magique, elle était contrainte d’énoncer toujours le même constat : Clément ment.

Il ne restait qu’une solution. Au grand soulagement du voisinage, la vieille harpie délaissa sa harpe et conduisit Clément chez le docteur Mouchalet. Et là, un miracle se produisit. Il est fréquent de prendre rendez-vous chez un médecin (compte tenu de ses délais de prise en charge dûs au manque de médecins au sujet duquel nous protestons) … il est fréquent — disions-nous — de pousser la porte du praticien en étant guéri (ce qui nous plonge dans l’embarras).

C’est ce qui arriva à Clément, puisque pour la première fois, il dit la vérité :

—      Docteur ! Clément ment !

Conte un petit peu philosophique

3 mai, 2022

C’est l’histoire de Richard, un clochard complètement désargenté.

Il dormait sur un carton posé sur le trottoir. Chaque matin, il était réveillé par Albert, son valet de chambre qui l’aidait à se vêtir de ses meilleurs haillons. Puis, Jean, son valet de pied, lui servait son petit déjeuner, chapardé au bar d’en face.

Cette organisation peut nous étonner. Il faut rappeler un fait historique peu connu : par un oubli incroyable, les ancêtres de Richard ont échappé à la Terreur et à la Révolution. Ils ont pu ainsi sauver leurs têtes et leurs habitudes.

Un jour, Richard agita sa petite clochette en se réveillant et personne ne se précipita, car Albert et Jean, un peu las de leur emploi, se trouvaient en congé maladie.

Richard se dit qu’il fallait qu’il en prenne son parti. Désormais, il se comporterait comme un homme de la roture. Il commença par licencier ses deux valets ce qui fut d’autant plus facile qu’il ne les payait pas.

Il dit à Albert et Jean :

—      Je vous licencie comme domestiques, mais je vous reprends comme amis. N’est-ce pas là une merveilleuse ascension sociale.

Les deux lascars dire que non, ce n’était pas une ascension d’autant plus qu’ils venaient de trouver des emplois dans l’usine proche. Par contre, ils proposèrent de prendre Richard comme domestique en tant que valet de pied et de chambre, tout en ne le payant qu’une misère.

Ainsi chaque matin, Albert et Jean pouvaient dire sans vergogne.

—      Monsieur le Comte, veuillez nous apporter notre petit déjeuner !

Richard exécutait les ordres avec un rictus d’amertume sur le visage, bien compréhensible. Mais voici que l’entreprise qui employait Albert et Jean les licencia pour cause économique. Nos deux lascars se retrouvèrent tout penauds (ce que nous comprenons bien aussi) en compagnie de Richard, lequel — par voie de conséquence — perdit son emploi de domestique (nous espérons que nous comprenons toujours l’enchaînement des faits).

Les trois lascars (mot que nous employons souvent pour bien souligner la faible estime que nous portons à ces gens), nos trois lascars — disons-nous — se réunirent. En effet, ils ne comprenaient plus rien à l’ordre social qui devait régner dans leur trio ce qui provoquait un malaise dans leurs relations.

Ils décidèrent donc de l’égalité entre eux. Chacun serait le noble un jour sur trois et le peuple les deux autres jours.

Moralité : ce qu’il y a de bizarre dans cette histoire, c’est que nos trois gaillards (pour ne pas dire nos trois lascars) se sont trouvés dans une situation d’égalité sociale grâce au chômage, mais qu’ils se sont empressés de recréer une inégalité de situations.

Moralité de la moralité : les gens sont pour l’égalité à condition qu’il y ait un chef.

Encore un pessimiste !

29 avril, 2022

« Je suis très pessimiste. »

« Oui, mais vous êtes tout le temps pessimiste, vous. Ce n’est pas très motivant pour votre entourage. Les gens vous parlent encore ? »

« Pas trop. Je constate que nous sommes passé de crise en crise : la peste au Moyen-âge, les famines, la Révolution, les guerres du 20 ème siècle, le chômage, le virus… et re-la guerre ! »

« Mais le génie humain nous a permis de tout surpasser. »

« Vous croyez que ça va continuer ? La nature humaine est resté la même. L’homme est faible, cupide, égoïste, un petit peu lâche. »

« Et qu’est-ce que vous faites du progrès technique : Internet, les smartphones, tout ça…. »

« Ça n’empêche pas que l’homme est toujours faible, cupide, égoïste, un petit peu lâche.  En plus, il est devenu individualiste : chacun pour sa pomme ! »

« Allons, allons ! Josiane et moi élevons nos enfants dans le respect d’autrui, la solidarité, l’entraide. Ils sont très soudés avec leur bande de copains. »

« Surtout pour aller en boîte le samedi soir ! »

« Mais nous leur inculquons le sens de l’effort ! Je bloque leurs écrans de façon qu’ils ne recopient pas Wikipédia quand ils ont un devoir à faire. Ce sont les seuls du collège à rendre des rédactions originales. Les profs sont obligés de les lire ! »

« Moi, mes gosses ne marchent plus, ils avancent en trottinettes électriques, c’est moins fatigant. Même à l’intérieur. L’autre jour, j’ai failli me faire renverser en allant à la salle de bains ! »

« Allons, allons ! Rien n’est perdu, le génie humain n’est pas épuisé. Beaucoup de gens vont au ciné, au théatre, se cultivent… »

« Je serais curieux de savoir combien de personnes confondent encore Corneille le rappeur et Corneille, le dramaturge. Je crains le pire. »

« Il y a encore de l’espoir ! Vous avez vu que les gens savent encore se mobiliser contre la guerre, contre la misère, contre le virus… »

« Ou alors pour aller hurler au stade pour encourager des jeunes en culottes courtes, quitte à se faire casser la figure par les supporters de l’autre camp. Bel exemple d’humanité. »

« Bon ! Alors qu’est-ce qu’on pourrait faire pour vous rendre optimiste. »

« Bof ! Je n’ai pas grande ambition ! Je me satisferais de petits plaisirs. Par exemple, la salade de fraises dont vous avez piqué le dernier exemplaire à la cantine. »

« Oui, mais moi j’aime bien les fraises. La vie, c’est souvent comme ça : c’est le plus rapide ou le plus costaud qui emporte le plat de fraises. »

« C’est bien ce que je disais. La concurrence dégénère en compétition. Malheur au vaincu. Tout ça nous ramène, bel et bien au niveau de l’animalité. »

« Moi, ce n’est pas de ma faute si je suis du côté des lions, et vous du côté des blanches brebis un peu innocentes, si je peux me permettre. »

« Les lions ne mangent pas de fraises. »

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