Archive pour août, 2017

Le vice et la vertu

17 août, 2017

L’homme vertueux rencontre le pécheur.

Le vertueux se plaint. En toutes circonstances, il doit avoir un comportement irréprochable. Un petit écart et hop ! Il n’est plus vertueux.

Il envie le pécheur qui peut aller et venir en faisant n’importe quoi. Des péchés en pagaille, s’il veut ! Nul besoin de se surveiller en permanence.

Certes, dit le pécheur, mais ce n’est pas une sinécure. Où que j’aille, je suis très mal jugé par mes semblables. Dans un individu comme moi, il n’y a rien à sauver. Je suis parfois regardé avec un mépris qui me fait de la peine.

Finalement, ceux qui s’en tirent le mieux dit l’homme vertueux, ce sont ceux qui sont à mi-chemin entre la vertu et le péché. C’est à se demander pourquoi je me donne autant de mal pour être impeccable.

Et moi, répond le pécheur. Je me défonce pour être avare, jaloux, colérique… Personne ne m’en sait gré.

On se demande bien, s’étonne le Vertueux, pourquoi on devrait vous féliciter d’être aussi mal intentionné ?

Mais parce qu’en commettant tous les péchés du monde, je sers de contre-exemple à tous. Je suis un mauvais exemple, mais enfin tout de même un exemple… En me désignant à l’attention de leurs gamins, les mères de famille peuvent leur faire horreur de telle façon qu’ils restent dans le droit chemin.

Finalement, renchérit le Vertueux, nous sommes deux marginaux. Personne ne nous aime vraiment : vous parce que vous êtes trop épouvantable, moi parce que les personnes trop parfaites sont parfaitement ennuyeuses.

Le Pécheur réfléchit : c’est extraordinaire, ce qui intéresse les gens, ce sont les modèles de personnes au caractère mièvre. Ni trop ceci, ni trop cela.

Le Vertueux réfléchit : tout compte fait, je vais essayer de commettre quelques péchés. Qu’est -ce que vous me conseillez ?

Le Pécheur approuve : vous avez raison et vous me donnez une idée. Vous pourriez être le Vertueux low-coast. Tout le monde ne peut pas être le Vertueux haut de gamme, donc vous donneriez l’exemple du Vertueux low-coast, c’est-à-dire celui qui est un peu vertueux, mais pas trop. Voilà qui devrait satisfaire une nouvelle clientèle.

Et vous, demande le Vertueux… Vous seriez le pécheur low-coast, celui qui commet tous les péchés du monde, mais qu’on voit de temps à autre accomplir une bonne action. A la surprise générale.

Le pécheur conclut : je suis d’accord. Il faut s’ouvrir aux pauvres qui ne peuvent pas se payer le luxe d’être irréprochable ou alors de se ficher complètement d’être immonde avec leurs contemporains. Heureusement qu’on est là !

Le Vertueux tempère : ne soyez quand même pas trop bon, ne nous concurrençons pas !

Leçon de franglais

16 août, 2017

Ce free-lance

N’est pas un has-been.

Après son footing,

Il joue au baby-foot.

Puis, il fait un check-up.

Enfin, il lit un best-seller

Dans son camping-car

Low-coast,

Tout en attendant une pin-up.

Bye !

En file indienne

15 août, 2017

« Vous avez remarqué ? »

« Quoi encore ? »

« Où qu’il aille, l’homme se déplace toujours en file indienne, les uns derrière les autres : à l’école, au péage de l’autoroute, au supermarché, à la pompe à essence, au guichet de la sécu, chez le médecin… »

« Chez le médecin, on voit mal 3 ou 4 patients se présenter de front. Mais je suis d’accord, faire la queue est une activité consubstantielle à la vie en collectivité. »

« Les Sioux utilisaient cette technique de façon à ne pas révéler leur nombre lorsqu’ils se déplaçaient sur le sentier de la guerre. »

« Ah bon ? »

« Oui, puisque l’un mettait ses pieds dans les traces du précédent, c’était astucieux. Aujourd’hui, je ne mets pas mes pieds dans la trace de celui qui me précède à la caisse du supermarché, ça ne sert à rien. »

« Bon, on ne devrait donc pas dire qu’on est en file indienne, puisqu’on avance n’importe comment. »

« Le principe reste le même. On a l’impression d’une chaîne infernale dans laquelle, on est qu’un petit maillon, identique au précédent et au suivant. D’ailleurs Jacques Brel a fait une excellente chanson sur ce thème. »

« Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que l’individu moyen tient à ce système. Chaque fois que j’essaie de déborder la file à la Sécu ou au cinéma, je me fais casser la figure. Il parait que c’est chacun son tour. »

« Ça s’appelle la discipline collective. Mais vous pouvez payer quelqu’un pour qu’il tienne votre place dans la file du ciné pendant que vous allez boire un coup, ça se pratique aux Etats-Unis. »

« C’est quand même étonnant. Tout se vend, y compris notre place dans la société, si on n’a pas envie de la tenir. »

« Faire la queue est une activité stressante, elle est donc « marchandisable » comme toutes les activités agaçantes : laver la salade, faire le ménage, etc…  Donc, il est normal que les marchands fassent un objet désirable du fait de ne pas faire la queue, par exemple en vendant un pass qui vous évite d’attendre à la barrière de péage. »

« Moi, je m’en fous, j’aime bien faire la queue. J’ai le temps de regarder mes contemporains, de réfléchir à ma place dans le monde… Et puis quand il n’y a pas de queue à la Sécu, je me demande toujours si ce n’est pas le jour de fermeture, ou si je ne me suis pas trompé de guichet. C’est aussi très traumatisant. »

« Vous avez raison, il devrait exister aussi un ‘pass’ qui assure de faire la queue partout où l’on se présente. C’est un moment de grande humanité ».

Ce n’est pas bien !

14 août, 2017

Avec malice

Le Malin,

Malin

Et malpoli

A enfermé ce mâle

Dans une malle.

Ce maléfice,

C’est mal

Et malsain.

Les soucis de Monsieur

13 août, 2017

« Georges, je n’en peux plus ! »

« Je vois que Monsieur est fatigué, en effet. »

« J’ai beaucoup trop d’argent ! »

‘C’est ennuyeux, Monsieur. »

«Quand je donne aux pauvres, les gens croient que je suis généreux, ça leur plait, ils redoublent d’achats dans mes magasins et le résultat, c’est que je suis encore plus riche qu’avant ! »

« Ce sont de petits coquins ! Que dis-je, Monsieur, des inconscients ! »

« Vous vous rendez compte, je ne peux me plaindre de rien ! C’est très frustrant ! J’ai été obligé de me déguiser en manant pour participer à une manif. »

« En effet, les gens ne se rendent pas compte de la frustration de Monsieur. »

« Tout le monde s’incline sur mon passage quand je sors. Je ne peux même pas stigmatiser l’indifférence de mes concitoyens comme tout le monde ! »

« C’est tout à fait intolérable. Il faudrait que quelqu’un se dévoue pour ne pas prêter attention à Monsieur. »

« Ce serait sympa. Chaque fois que je passe à la télé, c’est encore pire : j’ai des milliers de nouveaux amis dès le lendemain. »

« Quelle insolence ! Mais heureusement, la fortune de Monsieur suscite quelques jalousies ! »

« Vous êtes sûr, Norbert ? Vous ne dites pas ça pour me faire plaisir ? »

« Pas du tout, j’ai surpris un rictus de mépris quand Madame Boudingrin parlait de vous chez le boucher du quartier ! »

« Il faudrait la décorer ! Il y a tellement de gens qui me sourient. J’aimerais bien avoir leurs soucis. Je ne sais pas moi…. Une fuite dans ma salle de bains, par exemple. Le plombier qui ne vient pas… Enfin quoi…quelque chose qui m’énerve… »

« Je comprends. Je dirais au majordome d’arrêter de refaire la salle de bains de Monsieur tous les trois mois de façon à ce que nous ayons un problème. »

« Et mes douze voitures. Toujours rutilantes ! Pas une rayure qui me mettrait en rage ! Je ne comprends pas. »

« Je vais dire au chauffeur d’érafler légèrement la Maserati en la rentrant au garage. Ce sera intolérable pour Monsieur ! »

« Et faire mes courses au supermarché en pestant contre la foule. Ce serait bien, non ?»

« Je vais demander à la cuisinière Madeleine d’emmener Monsieur faire des courses le samedi après-midi, quand les magasins sont bondés. Nous pourrions peut-être organiser une longue file de clients aux caisses, spécialement pour Monsieur. »

« Merci, Georges, vous êtes précieux. »

« Monsieur pourrait donc penser à la petite augmentation dont nous avions parlé ? »

Oh ! Oh ! Oh !

12 août, 2017

Plein le dos

De ce faux

Beau,

Sot 

Et haut

Comme un seau.

En un mot,

C’est un veau.

Sans !

11 août, 2017

C’était un sans-culotte,

Sang-mêlé,

Sans-grade,

Sans-papier,

Mais sans-souci,

Avec du sang-froid

Et du sent-bon.

Fin comme un pur-sang.

Un commerçant avisé

10 août, 2017

« Je fabrique et je vends des banderoles pour manifs. »

« C’est intéressant, ça marche bien ? »

« Pas en ce moment. Tout le monde est d’accord avec le Président, alors il n’y a pas tellement de manifs. »

« Quelle sont les modèles favoris ? »

« J’ai celui-ci qui est bien : A bas les riches ! »

« Il est vrai que ça peut servir à beaucoup de choses. Je suppose que vous n’avez pas : A bas les pauvres !. »

« Non, mais j’ai : les chômeurs au boulot, ou bien : les SDF dehors. Mais les manifestants n’ont pas toujours le sens de l’humour. »

« Et celle-ci, je suppose que ça marche toujours : Trop d’impôts. »

« Oui, j’arrive à la glisser dans toutes manifs. »

« Je suppose que vous marchez par location. Les vendre doit coûter beaucoup trop cher. »

« C’est vrai, surtout celles qui résistent à la pluie qui demandent un revêtement spécial. »

« On vous les rapporte toujours ces banderoles louées ? »

« Non, c’est pourquoi je demande une caution. Il y en a qui me les ramènent complètement déchirées parce qu’ils s’en sont servi pour taper sur les CRS. »

« Et celle-là : A bas… »

« C’est un de nos meilleurs articles, les clients peuvent le compléter grâce aux lettres spéciales que je mets à leur disposition. »

« Vous êtes très prévoyant. »

« Très. Dès qu’il y a une manif, je prévoie la contre-manif. Par exemple, je vends la banderole : Vive le Président, et le lendemain je vends : Dehors le président ! »

« Vous manifestez vous-même ?

« Je teste le matériel. Par exemple, pour les défilés de retraités, il ne faut pas de banderoles trop lourdes à porter. Pour les enseignants, il faut des textes spirituels. » 

« Vous n’avez pas trop de concurrents ?»

« Non, sauf ceux qui écrivent leur message sur leurs propres corps. Je suis obligé de répliquer en envoyant des mannequins que je tatoue de revendications adaptées. »

« Et en été, il n’y a pas beaucoup de manifs ? Qu’est-ce que vous faites ? »

« C’est vrai l’activité est en berne. J’en profite pour démarcher tous ceux qui sont mécontents  du gouvernements : les agriculteurs, les étudiants,  les chauffeurs, etc… A la rentrée, ils sont bien contents de trouver nos banderoles déjà prêtes ! »

Sale gosse !

9 août, 2017

Gérard

C’est un moutard,

Vantard,

Et fêtard.

Ce bâtard

Est un routard,

Ringard.

Je l’attends dans le Gard

Sans retard.

Le changement, c’est maintenant !

8 août, 2017

« Il faut du changement. On ne peut plus continuer comme ça. »

« Ah bon ? »

« Oui. A bas le statu quo. »

« Remarquez, moi ça fait cinquante ans que je change. »

« On s’en fout. Si vous changez sans le dire ça ne compte pas. Avec la mondialisation et tout ça, il faut savoir s’adapter et le faire savoir. »

« Vous voulez dire que tous ceux qui ne clament pas leur amour pour le changement, ne changent pas »

« Arrêtez de faire le malin. Je vous dis qu’il faut changer. »

« Bon, je vais essayer. Oh hisse ! Là, ça va ? »

« Pas du tout. Il faut de la mobilité ! Bougez ! Quand on est immobile, on n’avance pas. Progressons dans le progrès ! »

« Je suis convaincu ! »

« Il faut tout dépoussiérer et passer à autre chose. En voilà assez ! »

« Remarquez, ce n’était pas si mal que ça avant. On en a survécu. »

« Je vois ce que c’est ! Des résistances au changement, c’est classique, mais le monde change, mon cher, il faut se bouger pour ne pas rester ankylosé. »

« Je sais… je sais… il y a ceux qui changent et les loosers… »

« Parfaitement ! Il faut choisir son camp ! C’est le moment !  Il faut tout revoir du sol au plafond. Une transformation profonde est nécessaire grâce aux nouvelles technologies. »

« On pourrait quand même sauvegarder ce qui a bien marché. On ne sait jamais, ça peut encore servir. »

« Vous n’êtes pas très moderne. Plus de demi-mesures. D’ailleurs, les gens ne supportent plus le bricolage. »

« Vous allez me dire qu’il faut aller de l’avant. En même temps, on ne peut pas aller en arrière. On n’a pas encore inventé la machine à remonter le temps. »

« Rénovons-nous et réveillons-nous avec enthousiasme. Pensons un peu aux nouvelles générations. Il faut leur donner du sens et de l’espoir. »

« Vous ne m’avez pas encore traité de conservateur ? »

« C’est tant pis pour vous. Vous êtes complètement ‘has been’. Vous refusez de vous confronter aux défis du temps modernes. Vous regardez dans le rétroviseur. »

« C’est bon là ? Vous avez passé en revue tous les poncifs sur les vertus du changement ? On peut peut-être discuter maintenant. »

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