Archive pour le 22 avril, 2015

Le changement, c’est maintenant ?

22 avril, 2015

« La fidélité est une grande vertu. En plus, elle crée un sentiment de sécurité pour les intéressés. »

« Peut-être, mais il y a aussi des gens qui aiment bien changer d’adresse, de boulot, de fournisseur ou de conjoint. N’oublions qu’on vit dans un monde de concurrence. »

« C’est bien le problème. On est à une époque où le changement est systématiquement valorisé. Il est défendu d’aimer ce que l’on a, les lieux où l’on vit, les gens qu’on fréquente. La fidélité, ce n’est pas bien. Changer, c’est mieux. »

« Le fait est que ça vous oblige à développer vos facultés d’adaptation. En changeant, vous connaissez aussi plus de choses, plus de gens. »

«Moi, je me sens mieux quand je suis attaché à mon environnement. Je travaille mieux, je suis moins stressé, je coûte donc moins cher à la collectivité. »

« Euh… c’est pas sûr ! Vous pouvez à la rigueur ne plus bouger quand vous êtes à la retraite parce que vous n’intéressez plus grand monde, mais avant on a besoin de souplesse de la main d’œuvre pour s’adapter aux besoins des entreprises. »

« Vous confondez immobilisme intellectuel et fidélité. Je peux me cultiver tout en étant attaché à mon environnement. Je ne deviens pas forcément plus intelligent et plus efficace en changeant de boulot, de région, de conjoint, etc… Tout ça ressemble à une fuite en avant qui ressemble à de l’instabilité caractérielle. D’ailleurs, je remarque que le niveau de culture générale des jeunes cadres, imbus de mobilité, est en baisse. »

« Bon d’accord, mais votre façon de vous encroutez peut aussi passer pour de la paresse. »

« Et nos ancêtres qui passaient toute leur vie dans leur village natal, ils étaient paresseux ? »

« Les temps ont changé. Il y a la mondialisation, les nouvelles technologies, tout est à portée de tout le monde. »

« Justement, on n’est plus attaché à rien. Il n’y a plus de hiérarchie dans nos liens. Je pense que ça crée une sorte d’étourdissement comme un enfant qui serait entouré soudain par de multiples friandises et qui ne saurait plus comment choisir. »

« Bon, si je comprends bien, vous voulez rester chez vous, avec le même conjoint, le même épicier, le même voisin… »

« Oui, vous ne pouvez changer la nature humaine. A un moment ou un autre, le changement lorsqu’on en fait une vertu incontournable, se heurte au besoin de sécurité. Il y a cinq siècles, les manants se regroupaient à l’intérieur du château fort en cas de danger. Aujourd’hui, on a besoin aussi de protection, même ceux qui font les malins en changeant de tout, tout le temps. »

« Oui… mais enfin, il n’y a plus les manants et les seigneurs… »

« C’est bien pourquoi, il nous faut d’autres protections sécurisantes. Une fois sécurisé, le citoyen sera sans doute moins réticent au changement. »