Archive pour avril, 2017

Flattons

9 avril, 2017

« Chambellan, flattez-moi ! »

« Mais Sire, j’ai déjà beaucoup flatté sa Majesté, la semaine dernière. »

« Oui, mais là, j’ai un petit coup de mou. Re-flattez-moi. »

« Sa Majesté est un grand roi. L’histoire se souviendra de son règne. »

« Euh… non, vous ne flattez pas bien, Chambellan. On dirait que je suis déjà mort. Dites-moi plutôt ce que vous pensez de mon allure physique. »

« Sa Majesté rayonne partout où elle passe. Si j’osais je dirais que sa Majesté a une allure majestueuse. »

« Bon, on progresse. Et mon caractère, comment vous le trouvez mon caractère ? »

« Sa Majesté allie avec dextérité la fermeté qui sied à un grand décideur et une grande qualité d’écoute qui lui permet de prendre des décisions toujours justes et efficaces. »

« Certains disent que je suis toujours à la recherche de compliments. »

« Quelle ignominie ! Sa Majesté est d’une modestie confondante alors qu’elle pourrait s’enorgueillir de si belles réalisations au profit de son peuple. »

« Bien ! Le peuple m’aime, n’est-ce pas ! »

« Tout à fait, sa Majesté fait l’objet d’une véritable vénération dans toutes les couches populaires, jusqu’aux plus humbles. »

« On m’a parlé d’une petite révolte dans certains quartiers ? »

« Trois fois rien, votre Majesté ! Juste des petits impertinents qui ont été vite sanctionnés, ça m’étonnerait que sa Majesté en entende encore parler. »

« Et en chef de guerre, je ne suis pas mal, non ? »

« Sa Majesté est étincelant sur son destrier blanc. Les soldats adorent se battre sous votre bannière, surtout ceux qui ont reçu leur solde. »

« Et les femmes, je trouve qu’elles ne se précipitent pas assez sur moi, ces temps-ci. Il parait que je n’ai pas bonne haleine.»

« Sa Majesté veut rire. Toutes les demoiselles de la cour rêvent d’être remarquées par votre Majesté. Sa Majesté dégage une haleine virile qui fait chavirer tous les cœurs. »

« Et la Reine, elle a l’air de me faire la tête. »

« Pas du tout. Depuis que sa Majesté a édicté une loi interdisant à quiconque de courtiser la Reine, celle-ci est littéralement fascinée par vote autorité naturelle. Elle n’ose même plus approcher son royal époux. »

« Bon, parlons de ma gestion financière… »

« Euh…là, je crois que je vais aller chercher le Grand Argentier de sa Majesté. Je ne sais pas comment il va s’y prendre, mais il saura très certainement flatter sa Majesté. »

Et à part ça ?

8 avril, 2017

Blague à part,

Elle se pare

Pour son départ

Vers nulle part.

Elle se sépare

De Gaspard

Qui fait des pars,

A part,

Sur le golf des iles Eparses.

Rififi dans la noblesse

7 avril, 2017

La marquise

Exquise

Et conquise

Par la richesse

De la duchesse,

Maronne

Contre la baronne

Et conteste

La comtesse.

Télécommandes et pouvoir

6 avril, 2017

« J’aime bien mes télécommandes. Lorsque je les active, c’est le seul moment où j’ai l’impression d’exercer un pouvoir sur mon environnement : la télé, les volets, les radiateurs, etc… Et en plus, je ne me fatigue pas puisque j’opère depuis mon fauteuil. »

« Vous exagérez, vous avez surement d’autres occasions d’exercer votre libre-arbitre. »

« Pas du tout ! Au boulot, je fais ce que me dis le chef. A la maison, j’obéis à mon conjoint. Chez le toubib, j’ingurgite ce qu’il me dit d’ingurgiter. Au camping, je me pose à la place qui m’est assignée. Et tout à l’avenant, je ne décide de rien… »

« Après tout, se laisser porter par les autres, c’est reposant… »

« Vous trouvez ? Et ma dignité, vous en faites quoi ? Finalement l’homme se définit par sa capacité de pouvoir, c’est-à-dire sa capacité à faire ou ne pas faire, ou à faire autrement. C’est pourquoi celui qui a inventé les télécommandes est un sauveur de l’humanité. Il a fait en sorte qu’un zeste d’humain soit sauvegardé dans les ménages. »

« C’est pour ça que la possession de la télécommande est un véritable enjeu dans les foyers. »

« Absolument. J’ai tenté de  cacher la télécommande de la télé dans un pot de fleurs, mais le chien l’a déterré et la rapporté, tout fier, à ma femme ! »

« Il faudrait inclure une clause ‘télécommande’ dans les contrats de mariage. »

« Non, moi j’ai mieux. Je suis partisan de réinventer les Saturnales, cette semaine de fêtes en vigueur chez les romains pendant laquelle les hiérarchies sociales étaient inversées. Les esclaves recouvraient un peu de liberté, ils pouvaient critiquer les maitres, voire les commander un peu. »

« Et vous trouverez ça moderne ? »

« Tout à fait, ça me donnerait l’impression d’avoir un pouvoir dans ma vie autre que celui d’allumer la télé. Au bureau, je pourrais houspiller un peu mon patron dans le genre : « Dites donc Dumollard, il faudrait vous remuer un peu ». Ou simplement le convoquer dans mon bureau. A la maison, je pourrais ordonner à mes gamins de mettre le couvert ou de sortir le chien. J’aurais un mot à dire sur le choix du lieu de vacances ! »

« Je vois : ce serait le pied ! Le problème se situera à la fin de la fête. Quand les Saturnales seront achevées, ça m’étonnerait que votre patron vous dise qu’il a été ravi d’être convoqué dans votre bureau. »

« Oui, c’est un peu gênant. Quand ceux qui sont en état de servitude prennent le pouvoir, ça se termine toujours mal. »

« Les maîtres se sentent humiliés et ne rêvent que de reprendre leur pouvoir duquel les esclaves voudront les chasser. On entre dans un cycle infernal. »

« Le mieux, c’est de partager le pouvoir en dialoguant, mais je ne me vois pas convoquer un séminaire de travail chaque fois qu’il s’agira d’ouvrir ou de fermer les volets de ma maison. »

« Le pouvoir ne se partage pas. C’est une machine à fabriquer de l’humiliation. Ce qui fait agir les êtres, ce n’est pas l’argent, c’est l’amour-propre. La télécommande de la télé, avec son air de rien, c’est ce qu’on a trouvé de mieux depuis la fin de l’esclavage pour apaiser les rapports humains. »

Le temps des moissons

5 avril, 2017

Avec ses cheveux en épi,

Il ressemble à un tournesol.

Il n’a plus de blé,

Il est fauché,

Sur la paille.

Il fait du foin

Car elle l’a roulé dans la farine.

Il va lui filer une avoinée.

Tentative de sabotage

4 avril, 2017

 « Vous devriez faire preuve d’indulgence à mon égard. »

« Ah bon ? Qu’est-ce à dire ? »

« Lorsque je fais une erreur, au lieu de me la faire remarquer avec amertume, vous devriez me réconforter en me disant que vous en faites aussi. »

« C’est impossible, je n’en fais jamais. »

« Vous êtes donc toujours du côté de la morale, du savoir et du droit ? »

« N’exagérons rien. Mais moi quand je dévie, je m’arrange pour que ça ne se voit pas, ou alors j’attribue mes erreurs aux autres. Au service informatique, par exemple. »

« Ce n’est pas loyal. »

« Vous ne voulez tout de même pas que je demande de l’indulgence à mon patron ! »

« Et pourquoi pas ? »

« Il va me prendre pour un minable. Comment je fais pour avoir une promotion après ça ? Ou pour négocier une simple augmentation ? »

« Dites-lui qu’il a la chance d’avoir avec vous un salarié honnête qui sait reconnaitre ses lacunes et ses limites. »

« Vous plaisantez. Ce n’est pas du tout ce qu’on doit dire à un patron, sauf si on a envie de le faire rire. »

« Demandez-lui si personne n’a jamais fait preuve d’indulgence à son égard. »

« Il va me dire qu’il a été élevé à la dure, qu’il a souffert et qu’il s’est battu pour arriver là où il est. L’indulgence est une affaire de fillette. Il lui faut des guerriers, pas des pleureuses. Pour finir il va me parler des chinois. »

« Qu’est-ce qu’ils viennent faire les chinois, là-dedans ? »

« Un Chinois qui demande de l’indulgence à son patron est un chinois condamné – en mettant les choses au mieux – aux centres de redressement des commerciaux défaillants. C’est avec ce genre de méthodes qu’ils nous piquent tous les marchés sous notre nez. »

« Bon, alors si je comprends bien, vous ne voulez pas faire preuve d’indulgence avec vos subordonnés ? Vous répliquez à votre niveau ce que vous subissez au vôtre.  Vous n’êtes qu’un minuscule rouage d’une immense machine-outil qui broie toute humanité. »

« Oui. Si vous jouiez votre rôle de minuscule rouage en ayant les réactions prévues par la notice d’emploi de la machine-outil, tout le monde s’en porterait mieux. Mais réclamer de l’indulgence, c’est répertorié nulle part dans le manuel d’utilisation, à part dans le chapitre des causes de pannes possibles ! »

« Et si on introduisait un peu d’humanité dans la machine. »

« Tentative caractérisée de sabotage. »

L’histoire du ministre qui va à Istres

3 avril, 2017

A Istres,

Le ministre

Sinistre

Et cuistre

Joue du sistre

Et administre

Un registre

Bistre.

Rude confrontation

2 avril, 2017

« Vous ne pourriez pas m’insulter un peu ? »

« Pourquoi voulez-vous que je vous insulte ? Vous ne m’avez rien fait ! »

« Justement, si vous m’insultez, vous me ferez quelque chose. Je pourrais m’en prendre à vous. Nous avons tous besoin de nous construire dans l’adversité. »

« Non, on peut aussi très bien vivre dans la concorde et la paix. »

« Vous plaisantez. Nous avons tous besoin de nous imposer. Je sais… je sais… Il y a eu deux mille ans de civilisation, mais au bout du compte, c’est toujours le plus fort qui gagne. La différence c’est que le combat s’est déplacé sur le terrain de l’affrontement oral. Alors, allez-y insultez moi pour que je vous montre que je suis le plus fort. »

« C’est idiot comme raisonnement. Moi, je vous aime bien. »

« Ah ! Je vois ce que c’est, monsieur attaque par la ruse, en me flattant, assez bassement d’ailleurs ! Bravo ! J’aime ça ! »

« Je n’attaque personne. J’essaie simplement d’éviter un conflit qui n’a pas raison d’être. »

« De mieux en mieux, monsieur me fait passer pour un imbécile. Bien sûr que nous avons toutes les raisons de nous battre. Il me suffit de constater les manières louvoyantes que vous utilisez pour me cerner ! »

« Vous n’êtes pas un maso ? »

« Et voilà, j’en étais sûr ! Les insultes qui commencent à voler ! Ah, elles sont belles votre concorde et votre paix ! J’étais tranquille et c’est vous qui commencez à m’assaillir. »

« Pardon, pardon ! C’est vous qui vouliez être insulté ! »

« Et alors ? Au lieu de jouer au plus malin et de finasser, vous auriez pu me traiter de connard tout de suite ! On en serait pas là ! Je vous aurais simplement traité de débile et votre compte était réglé. »

« Vous ne comprenez rien. Je n’avais aucune raison de déclencher un conflit avec vous. »

« Voilà, vous avouez ! Si tous ceux que je croise font comme vous, comment puis-je montrer ma force de caractère moi ? »

« Peut-être en montrant votre esprit de dialogue et de compromis ? »

« Vous plaisantez ? Moi, je ne peux envisager un dialogue et un compromis qu’en position de force, après avoir copieusement abreuvé d’injures mon adversaire. Avec vous, je ne peux même pas entamer un dialogue puisqu’on ne s’est pas battu. »

« Espèce de connard ! »

« J’en étais sûr, monsieur ne supporte pas la contradiction ! Monsieur tombe tout de suite dans les basses insultes quand il se sent dépassé ! Mais je ne relèverai même pas votre provocation, mon petit bonhomme. Allez passer vos nerfs ailleurs ! »

L’agent de Jean et son argent

1 avril, 2017

C’est affligeant

Ce que l’agent

De Jean

Est négligent

Avec son argent.

Exigeant,

Ce n’est pas son genre

J’en conviens.

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