Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Pour rire ou sourire

10 décembre, 2017

« Je souris finement ! »

« Vous souriez en me voyant ! Dois-je en conclure que vous vous moquez de moi ? »

« Pas du tout ! Si je me moquais de vous, je ricanerais grossièrement, en relevant le coin des joues, tout en émettant un bruit grinçant. »

« Remarquez, j’ai l’habitude : avec moi tout le monde rigole à gorges déployées. Les gens me trouvent comique. »

« C’est bien qu’ils rigolent ! »

« Ah bon ? Et pourquoi ? »

« Ils pourraient se marrer, ce qui est beaucoup plus vulgaire. Ils pourraient même se marrer comme des bossus, ce qui n’est pas très sympathique pour cette population. »

« Vous avez raison. Mais certains pourraient être plus discrets. Je me contenterais volontiers d’un léger gloussement de joie. »

« Là, nous sommes danse le luxe ! Pourquoi un murmure de contentement pendant que vous y êtes ? »

« Je n’en suis pas là. Dès que j’ouvre la bouche, les gens se bidonnent. »

« Attention, ils se bidonnent ou ils se fendent la poire ? »

« Je ne vois pas la différence. »

« Se bidonner n’est pas très élégant. Se fendre la poire est beaucoup plus convivial : on voit tout de suite le visage de votre interlocuteur s’illuminer d’un immense sourire. »

« Dans tous les cas, le gens me considèrent comme un rigolo. Certains disent même un vrai bouffon ! »

« C’est vrai, mais ‘rigolo’ ou ‘bouffon’ sont des termes assez désobligeants. Il serait préférable de dire que vous êtes un joyeux compagnon. »

« Je ne vous fait pas mourir de rire, vous ? »

« Je préfère rester en bonne santé, si ça ne vous fait rien. Si vous pouviez vous contentez d’être cocasse avec moi, ça m’arrangerait. »

« C’est embêtant. Il faut toujours que je m’adapte à la façon de chacun de rigoler ! Par exemple, avec Dugenou, il faut que je sois poilant. Il faut dire qu’il n’est pas aussi cultivé que vous. Avec Martin, je dois être simplement amusant… »

« Ah bon ? Il est comment lui ? »

« Lui, il se prétend tordant ! Il ne supporte pas qu’on le soit plus que lui. Remarquez… je m’en fous. Lorsqu’il est là, je ne passe pas pour un plaisantin. »

« Ce n’est pas donné à tout le monde d’amuser les autres. C’est une noble tâche. Vous êtes drôle ! »

Les extra-terrestres débarquent

7 décembre, 2017

« Et si demain des extra-terrestres atterrissent dans votre jardin, vous faites quoi ? »

« J’essaie d’entrer en contact pacifiquement. »

« Ils vous mettent en joue avec leurs rayons lasers ! Vous êtes toujours pacifique ? »

« Je reviens à nos anciennes pratiques : j’offre des cadeaux. De l’argent, des victuailles, mes yaourts bio, mon béret basque, les dessins de mon gamin, ma femme…. Enfin quelque chose qui me permette d’établir un lien. »

« Vous feriez mieux de vous enfermer chez vous, parce que vos présents, ils n’en ont rien à faire. Ils ne se sont pas donné la peine de venir de si loin pour manger des yaourts à la fraise ou coiffer votre vieux béret ! »

« C’est une erreur ! Il faut installer de la confiance entre nous, sinon ils vont s’énerver tout de suite. Soyons astucieux : parlons avec eux, évaluons leur armement, et puis après on décide. »

« A mon avis, comme ce sont eux qui sont venus chez nous, c’est que leurs technologies sont bien plus avancées que les nôtres. A partir de là, il est probable qu’ils disposent d’armes d’une puissance dont nous n’avons même pas idée. »

« Raison de plus pour entamer un dialogue immédiat. »

« Vous pourriez tout de même leur faire remarquer qu’en posant leur soucoupe dans votre jardin, ils ont bafoué les lois sur la propriété et le survol du territoire. »

« Ce serait maladroit de commencer comme ça, surtout qu’ils ne connaissent pas nos lois. Je débuterai plutôt l’entretien par leur demander d’où ils viennent, si le voyage s’est bien passé, s’ils n’ont pas trop chaud ou trop froid… ça s’appelle la courtoisie et le bon accueil. »

« Et s’ils vous réduisent en esclavage ? »

« Pourquoi pas ? Toutes les civilisations sont passées par là. Ces gens ont sans doute quelque chose à nous apporter. Il faut les écouter et éventuellement leur donner les manettes du pouvoir. Et vous qui êtes si malin, vous faites quoi ? »

« Moi, je fonce dans le tas. Si j’y laisse ma peau, je serais au moins mort libre. »

« Et voilà ! Je suppose que vous vous croyez courageux ! Pour moi le courage, ce sera de chercher comment on peut s’arranger avec ces nouveaux venus sans pour autant les zigouiller. L’étranger n’est pas forcément un ennemi ! »

« Qu’est ce que vous voulez que je vous dise ! Moi, je ne suis pas disposé à me faire des copains parmi des petits êtres métalliques capables de me ratatiner avec leur canon à laser au premier coup d’œil. »

« Ce ne sont pas forcément des petits êtres métalliques. Ce seront peut-être des hommes comme vous et moi ! »

« C’est encore pire. Entre hommes, ça s’est toujours mal passé. Chacun défend son territoire un couteau entre les dents. Au propre comme au figuré. Voyez un peu ce qu’il se passe au bureau ! »

Encore un extrémiste !

5 décembre, 2017

« Dans le temps, quand on voulait s’enrichir indûment, on envahissait une ville, on pillait toutes les maisons et on s’appropriait le butin trouvé. »

« Aujourd’hui, il est interdit de s’emparer du bien d’autrui par la violence ou pas. Cela s’appelle du vol. C’est puni par la loi. »

« Il reste quand même des moyens de s’emparer du bien d’autrui sans en foutre une rame. Par exemple, en jouant au Loto. Si vous gagnez, vous vous gobergez avec l’argent des autres. Au passage, l’Etat en pique un peu. Finalement, l’Etat et les gagnants forment une espèce de gang légal. »

« Vous avez raison. Anciennement, les ennemis qui vous dévalisaient profitaient de la faiblesse physique de votre défense. Aujourd’hui, l’ennemi profite de la faiblesse intellectuelle de ceux qui croient qu’ils vont faire partie des gagnants et devenir eux-mêmes des profiteurs. »

« On est bien obligés de constater qu’il n’existe plus beaucoup de moyens pour s’approprier le bien des autres. Tout est fait pour nous pousser à travailler contre salaire de manière à acheter des trucs que les autres vont produire pour vous, moyennant salaire aussi.»

« Eh oui, c’est le grand cycle économique dans lequel chacun de nous n’est qu’un petit engrenage prié d’accomplir sa fonction de petit engrenage, de façon à ce que la machine fonctionne correctement. »

« Vous trouvez que j’ai une tête de petit engrenage. »

« Vous ne seriez pas un vieux révolutionnaire, vous ?  C’est complètement dépassé. Vous devez travailler, c’est comme ça que vous allez vous réaliser et vivre heureux. »

« Ah bon ? Je ne peux pas vivre heureux en cultivant mon jardin, en peignant et en glandant quand j’en ai envie ? »

« Non, c’est interdit. Vous extraire du circuit économique n’est pas permis. Vous devez contribuer à la production nationale, sinon c’est du vol. »

« Si je comprends bien, je suis astreint à bosser comme les serfs étaient censés travailler sur les chemins du seigneur au Moyen-Age, sauf qu’aujourd’hui, on ne sait pas trop qui est le seigneur. »

« La différence, c’est que vous recevez un salaire qui vous permet de vivre décemment, alors que le pauvre serf… »

« Je vois. En fait, le Seigneur, c’est vous, c’est moi. Tout ça, ça marche parce qu’on a des besoins de trucs à faire produire par les autres, qui ont les mêmes besoins. On a réussi à conserver le système féodal, en escamotant la personne physique du Seigneur. La géniale invention, c’est de se faire exploiter par nous-même. »

« J’en étais sûr, vous n’êtes qu’un extrémiste qui met en cause notre modèle de consommation qui nous permet de nous enrichir collectivement. J’appelle les forces de l’ordre tout de suite ! »

Causons !

3 décembre, 2017

« Charles, vous marmonnez ! »

« Comment ça, je marmonne ? »

« Vous murmurez des mots dans la barbe que vous ne portez pas et on n’entend rien, si ce n’est qu’un léger ronronnement furtif. »

« Eh bien, vous, Georges, vous vous bredouillez ! C’est pire que murmurer, vous prononcez des mots tellement vite qu’ils s’entrechoquent, ils se montent les uns sur les autres et au final, on entend des sons, mais on ne comprend pas. »

« Ne vous en faites pas, c’est toujours mieux que Désiré qui, lui, balbutie. Vous vous avez l’air sûr de ce que vous dites, tandis que Désiré articule des syllabes qu’on comprend, mais le problème, c’est qu’il hésite, bute, se reprends sur chacune d’entre elles. Au final, il faut que son interlocuteur reconstruise son discours pour le comprendre ! C’est usant ! »

« Et vous avez déjà discuté avec Alphonse ? »

« Qu’est-ce qu’il a Alphonse, il balbutie aussi ? »

« Non, il bafouille ! C’est une espèce de mélange entre bredouiller et balbutier ! Alors, je ne vous dit pas le résultat ! Alphonse articule certes, mais très mal et en plus il n’enchaîne pas les syllabes, il hésite comme Désiré qui balbutie. »

« On pourrait le comparer avec Louison qui annone. »

« Bon, enfin on peut toujours parler avec Jeanne ! »

« Non pas du tout ! Elle, elle bégaye. Elle répète des syllabes et des mots ! Il ne faut pas se moquer, c’est une pathologie ! »

« Remarque, ce sont des gens avec qui on peut discuter. Ce n’est pas comme avec Boris qui pérore. Il est tellement long qu’on ne peut jamais en placer une ! »

« Avec Victor, par contre, on peut parler, les discussions sont interminables et sont en général sans intérêt. Ce sont des vrais palabres ! »

« La meilleur pour vous baratiner, c’est Louise. Elle parle beaucoup et j’ai toujours du mal à retenir quelque chose de son discours. »

« J’aime encore mieux Pauline. Avec elle, on peut parler de n’importe quoi. On sait dès le départ qu’on va dire des vétilles. Bref, c’est reposant : on papote. »

« C’est marrant quand deux personnes du peuple causent entre elle, elles bavardent. Quand ce sont des présidents, ils tiennent un entretien. Et quand c’est le pape, il accorde une audience. »

« Remarque je ne connais personne qui a papoté avec le pape. »

« Tu connais Mauricette ? Elle ne papote pas. Elle dit quand même n’importe quoi, mais elle n’a pas besoin de réplique : elle jacasse. »

« Et nous, là, on fait quoi ? »

Retour de soirée

30 novembre, 2017

« Vous pourriez me ramener chez moi en brouette ? »

« C’est-à-dire qu’à cette heure-ci de la nuit, il n’y a pas de brouettes qui passent. »

« Vous n’avez qu’à vous débrouiller. Ne me ramenez pas en voiture si vous tenez à vos coussins. Elle me donne le mal de mer, votre voiture. »

« C’est vrai qu’en matière de suspension, les constructeurs ont fait beaucoup de progrès. Ce sera tout ? »

« Non, il faudra me coucher dans mon lit. Certains soirs, j’ai tendance à le confondre avec ma baignoire. Demain matin, il faudra me faire un café. »

« Parce que je vais rester chez vous ? »

« Oui, il vaut mieux. Comme ça, vous ne vous ferez pas de soucis pour ma santé. »

« Vous ne croyez pas que je pourrais rentrer chez moi ? »

« Non. D’autant plus que je vais me réveiller tard. Il faudra m’expliquer comment s’est déroulée la soirée parce que je ne vais sûrement pas m’en souvenir. »

« Ce sera dommage en effet. »

« C’est vrai, je ne sais même plus ce que je suis venue faire ici. »

« C’est toujours la même histoire. On ne connait personne. On boit. Et puis après, on ne se souvient plus pourquoi on est venu. »

« Pendant que je cuve, vous pourriez mener l’enquête : je voudrais bien savoir qui m’a invitée dans cette soirée pourrie. »

« Vous êtes sûre d’avoir été invitée ? »

« Bien entendu. Une belle fille comme moi est invitée de partout. On s’arrache ma présence. Vous n’avez pas remarqué ? »

« Si, si. Mais je m’étonne qu’aucun homme ne se dévoue pour vous ramener chez vous ? »

« C’est vrai, ça. Je suis obligée de désigner un volontaire. Ça doit être parce que je les impressionne, ça m’arrive souvent. Il n’y a plus moyen d’être draguée outrageusement. »

« Les hommes manquent de goût. »

« Ce n’est pas très grave. A partir de deux heures du matin, moi aussi. »

« « Je suis désolé. »

« Ah… j’ai oublié ! En rentrant, il faudra que vous sortiez Amédée, mon caniche. Il doit commencer à se faire du souci Amédée. Bon ! On y va ? Ne roulez pas trop vite. Ce serait dommage que vous preniez un PV. »

« En brouette, ça m’étonnerait. »

« Vous êtes sobre au moins ? J’ai horreur des alcooliques ! »

Vive les émoticônes !

28 novembre, 2017

« Si vous pouviez éviter de terminer mes phrases… »

« Vous ne parlez pas assez vite. Et puis, moi, je suis pressé de placer les miennes alors j’essaie de vous aider à terminer les vôtres. »

« On n’a pas le droit de parler lentement ? »

« Non, ça fait pépère. Les jeunes abrègent leurs mots, ça va plus vite et ça fait sympa. Comme un nouveau langage qui soude leur collectivité. »

« Oui, mais moi je parle français avec des phrases construites, des noms, des verbes, des compléments, tout ce qu’il faut… »

« C’est trop long. On n’est pas à l’académie française… »

« D’abord, comment savez-vous ce que je vais dire quand je commence mes phrases ? »

« C’est-à-dire que c’est tellement banal que ce n’est pas très compliqué de terminer. »

« Je m’insurge ! Parfois, j’ai des idées originales et comme vous terminez en disant le contraire de ce que je pense plus personne n’y comprend rien. »

« Moi, je suis un homme dynamique, je n’ai pas le temps d’attendre que vous ayez fini vos discours oiseux. Le mieux serait peut-être qu’on parle en même temps. »

« C’est ce qui se pratique couramment en effet, mais c’est encore pire. Tout le monde sort son monologue au même moment, on ne comprend rien de ce que dit l’autre et finalement ça n’a pas d’importance puisqu’on ne cherche pas à comprendre. »

« Je vous vois venir, vous allez me faire le coup du manque de communication dans un monde hyper connecté. »

« Le coup du manque de communication verbale, en effet. La preuve, c’est que lorsqu’on communique par Internet, on est obligé d’employer des petits bonhommes pour dire dans quel état d’esprit on dit ce qu’on dit. »

« Par exemple ? »

« Par exemple, lorsque je vous écris en maniant finement l’ironie ou l’humour au second degré, je suis obligé d’utiliser un petit bonhomme qui fait un clin d’œil. Sinon, vous allez tout prendre au premier degré et vous énervez ! »

« C’est vrai, on ne se rend pas assez compte de tout ce qu’on doit aux émoticônes. D’autant plus que la semaine dernière, vous vous êtes sûrement trompé : vous m’avez envoyé un émoticône qui me tire la langue. »

« Non, non, je ne me suis pas trompé. »

« Ah bon ? Dans ce cas, je me sens outragé. C’est un propos très déplacé de votre part. Attendez que je retrouve l’émoticône en furie. »

« Je vous préviens, l’émoticône qui me casse la figure n’existe pas. »

Controverse élégante

23 novembre, 2017

« Monsieur, il faut savoir rester courtois en cas de désaccord. »

« Tout à fait, Monsieur. C’est pourquoi je vous prie de considérer que j’ai le plus grand respect pour vos misérables arguments au regard des miens. »

« Je vous remercie de votre amabilité. J’ai moi-même la plus haute considération pour le ramassis de contre-vérités que vous jugez bon de m’asséner. »

« Je vois que j’ai affaire à un homme délicat et bien éduqué. Recevez donc mes plus vives félicitations pour le tissu d’affirmations infondées que vous jugez bon d’opposer à mon implacable réquisitoire ! »

« Veuillez accepter, Monsieur, l’expression de mon plus vif intérêt pour la faiblesse de votre démonstration qui donne d’autant plus de lustre à la mienne. »

« C’est un plaisir de discuter avec vous, Monsieur. Je trouve dans notre échange la confirmation de l’excellence de mon point de vue, et l’étroitesse du vôtre. »

« Je suis ravi que nous ayons eu cet aparté. J’ai pu apporter une rectification sans ambiguïté à votre opinion complètement erronée. Ne me remerciez pas, c’était un devoir de vous montrer le droit chemin. »

« Je dois dire qu’après avoir goûté l’amusement que vos interventions suscitent, j’espère que le sérieux de mon discours ne vous a pas trop importuné. »

« Notre controverse a été d’une belle facture, Monsieur. Grâce à la hauteur de vue de mes avis, j’ai pu lui donner une tenue qui lui manquait légèrement après votre prise de parole. »

« Sachez que je considère votre point de vue comme tout à fait divertissant et que je ne manquerai pas d’en faire part dans des réunions importantes, lorsque l’ennui le dispute à la monotonie. »

« Je dois vous prodiguer mes plus sincères remerciements, Monsieur. La modeste intelligence de vos développements m’a permis de mieux apprécier la puissance de mes thèses. »

« Il est vrai que vous faites preuve d’une bonne volonté louable et d’un courage obstiné en administrant l’expression de la faible qualité de votre prestation, Monsieur. J’espère ne pas vous avoir découragé en vous montrant le chemin à parcourir pour égaler mon niveau d’appréhension des problèmes. »

« Je dois vous reconnaître, Monsieur, une remarquable obstination à proférer des observations marquées du sceau de votre ignorance. Je constate que vous assumez admirablement votre entêtement dans la médiocrité. »

« La modestie du niveau culturel de votre exposé vous ouvre une très belle marge de progrès, Monsieur. Nous pourrions en reparler gaiement lorsque vous dominerez votre sujet. »

« Je suis à votre disposition, Monsieur. Maîtriser avec aisance un adversaire dans un débat, est une activité particulièrement gratifiante. »

« Bon ! On peut s’engueuler normalement, maintenant ? »

L’artiste

21 novembre, 2017

« Il parait que vous allez quitter Ludmilla Grospierre pour votre boulangère, madame Piprelin ? »

« Pas du tout ! Qu’est-ce que c‘est que ces histoires. D’abord, je n’ai jamais été avec Ludmilla, ensuite, je ne vois madame Piprelin que pour lui acheter des croissants chaque matin. »

« On vous a vu en train de rigoler avec elle pourtant ! Même votre ex, Véronique Boudingrin en a été scandalisée. »

« Bon ! Je ne suis ni avec Ludmilla, ni avec Véronique, ni avec la boulangère. »

« Alors, vous êtes très malade. Allez-vous mieux ? »

« Un petit rhume la semaine dernière, je vous remercie de votre attention. »

« Vous ne pouvez pas faire mieux ? Comment voulez-vous que je sorte un article titré : Xavier Boulichon est enrhumé ? »

« Désolé, la santé est excellente. »

« J’y suis ! Vous êtes ruiné ! Rattrapé par les huissiers, vous ne savez plus où coucher ! »

« Non, j’ai du fric. Je pars en congé prochainement si ça vous intéresse. ‘Les vacances de Xavier Poulichon à Narbonne-Plage’, ça ne pourrait pas faire un article ça ? »

« Pas du tout. A la rigueur… si vous pouviez courir tout nu sur la plage. Mais appelez-nos avant ! Pendant qu’on y est, vous pourriez vous convertir au bouddhisme, ça m’arrangerait. »

« Eh bien, pas moi. »

« Tant pis ! Et votre situation fiscale ? Vous n’allez pas me dire qu’elle est nette ! Dans votre position, tout le monde a planqué du fric à l’étranger. Alors ? La Suisse, Singapour, les Bermudes peut-être… »

« Pas du tout, je paie tout en France, rubis sur l’ongle. »

« Vous le faites exprès ou quoi ! Il faut que vous compreniez que votre succès dépend des histoires bien pourries que je vais raconter sur vous ! Vous n’auriez pas assassiné quelqu’un par hasard ? Même un petit peu… »

« Je m’excuse d’avoir un casier judiciaire vierge. »

« Bon d’accord. Alors révélez-moi quelque chose sur votre enfance malheureuse. Votre père buvait, votre mère s’est barré, votre sœur faisait le trottoir… »

« Toujours pas. J’ai une famille aussi honorable que la vôtre. »

« Alors, vous avez des opinions politiques extrémistes. Je vous ai vu défiler contre je ne sais plus quoi ! Et en plus, vous jetiez des pavés sur les forces de l’ordre… »

« Vous avez du confondre. J’ai des opinions très classiques. »

« Ne me dites pas qu’un artiste comme vous ne ressent pas la nécessité de se révolter contre l’ordre établi ! »

« Bin… C’est-à-dire que tout va bien pour moi… »

« J’y suis ! Vous avez rencontré le président…. et il vous a séduit ! »

Vive les pieds !

19 novembre, 2017

« Vous avez remarqué ? L’homme a fabriqué des outils pour mettre le pied partout. Des skis pour aller sur la neige. Des bottes pour marcher dans l’eau. Des tongs pour aller sur la plage… et même des trucs pour marcher sur rien, dans l’espace. »

« Oui. En gros, c’est ce qu’on appelle le progrès. »

« On a même des pantoufles pour traîner des pieds quand on est bien tranquillement installé à la maison. »

« C’est qu’il faut prendre soin de ses pieds, c’est fondamental pour rester debout. »

« Par chance, le pied est construit de manière harmonieuse. Imaginez un peu la démarche ridicule que nous aurions si tous les orteils avaient la même taille. Les orteils nous montrent que dans une collectivité bien organisée, on a besoin de tout le monde : du plus grand au plus petit. Certains ferait bien de s’inspirer de cette leçon, si vous voyez ce que je veux dire ! »

« Voilà une remarque qui fiche un drôle de coup à ceux qui disent qu’on peut être bête comme ses pieds. »

« Remarquez aussi qu’il existe de très belles variétés de pieds, comme le pied grec dont le second orteil est plus long que le premier. »

« Ça ne m’étonne pas des grecs, il faut toujours qu’ils se distinguent. »

« Et la voute plantaire ? Avez-vous vu la voute plantaire, c’est une architecture à la fois belle et commode. Avoir les pieds plats est très déplaisant. »

« Le pied est une très belle réussite humaine. Si l’on ajoute l’élégance du talon, nous approchons de la perfection esthétique. »

« Il parait que nos nerfs aboutissent dans les pieds, ce qui explique probablement que nos émotions commencent par le bas. »

« Oui, ne dit-on pas que nous avons les jambes flageolantes quand on a peur. Le pied n’est alors plus très stable. »

« Oui, ou au contraire, lorsque nous sommes en forme, ne dit-on pas que nous avons bon pied, bon œil. Comme si la bonne santé se remarquait par le dynamisme du pied. »

« Quand nous sommes heureux, quelle expression nous vient ? C’est le pied ! »

« Et lorsque nous avons à faire à quelqu’un de sage et de sensé, que dit-on ? Je vais vous le dire : cet homme a les pieds sur Terre. Le pied est donc particulièrement important dans la bonne gestion des affaires humaines. » 

« C’est vrai que la santé du pied détermine toute notre vie quotidienne. Dès qu’un souci apparait, nous affirmons avoir une épine dans le pied ! »

« Le pied est l’acteur principal de notre vie. Quand nous sommes riches, nous vivons sur un grand pied. Quand nous sommes amoureux, nous faisons du pied à quelqu’un. Quand nous luttons, c’est pied-à-pied ! »

« Excellent ! Après ça, comment peut-on nous reprocher à nous les femmes de prendre soin de nos pieds en collectionnant les escarpins ? »

Agenda chargé !

17 novembre, 2017

« Désolée, il lui restait trois jours de RTT à prendre. Tentez votre chance lundi prochain. J’espère que vous n’êtes pas pressé. »

« Navrée ! Il est en conférence téléphonique avec Paris. Alors vous comprenez… Après, il a quatre rendez-vous. Demain, peut-être… »

« Quelle malchance, il est en stage de formation. Il tenait tellement à cette formation sur les relations au travail ! Jeudi ? »

« Ça ne va pas être possible. Figurez-vous qu’il vient d’être pris d’un lumbago. Il n’a pas pu se lever ce matin. C’est très douloureux un lumbago. Ça me rappelle mon beau-frère… Vous partez ? »

« Oui, son lumbago va mieux, mais il reçoit une mission de chinois. Ouh ! Là ! Là ! Il en a bien pour la journée ! Demain ? »

« Aujourd’hui ? Non, il est en réunion toute la journée. Il parait que c’est stratégique puisque les investisseurs seront là ! »

« Vous n’avez pas de chance décidemment, il vient juste de partir à sa salle de sport. Avec l’agenda qu’il a, il faut qu’il fasse un peu de sport pour se décontracter. Vous comprenez ? »

« Voir le directeur ? Mais bien sûr. Attendez… je vous inscris pour un rendez-vous….Mon dieu, mon dieu… Qu’est-ce qu’il est chargé ! Ah ! vous avez de la chance ! Il a un trou le 12 du mois prochain, juste après son dentiste ! »

« Décidemment, vous jouez de malchance. Il a été pris d’un malaise sur le fauteuil du dentiste. Les pompiers l’ont conduit à l’hôpital. Vous pourriez peut-être le rencontrer quand il sortira du coma. Il faut voir les médecins. »

« Alors là, les toubibs lui ont préconisé d’aller prendre l’air à la montagne. Il vient de partir avec sa femme et ses skis. »

« Si ! Si ! Il est revenu du ski, mais ça s’est mal passé avec sa femme. Ce matin, il a une audience de divorce au palais de justice. Alors, vous comprenez, ce n’est pas le moment de l’embêter… »

« Ne craignez rien, je lui ai dit que vous vouliez le voir. Peut-être après son congrès de Francfort sur la qualité dans le management. »

« Il était tout près de vous recevoir. Et puis patatras ! Sa grand-mère est décédée ! Il y était très attaché à sa grand-mère. Il tenait à l’accompagner à sa dernière demeure. »

« Ce n’est pas possible maintenant. Il est en conversation avec Dugenou. Comment a-t-il fait pour le voir Dugenou ? Je n’en sais rien. Je suppose qu’il est entré dans son bureau. »

« Si vous croyez qu’il a le temps de vous voir. Il a beaucoup d’autres soucis aujourd’hui. Il vient de rater un marché avec les japonais. J’aime autant vous dire que ça chauffe. »

« Non, ce ne sera toujours pas possible aujourd’hui. Il faut qu’il aille chercher son gamin au commissariat d’urgence. Son fils a chargé les Crs à coups de canettes de bière. Les jeunes d’aujourd’hui sont plus polissons que nous ! Vous ne trouvez pas ? »

« Cette fois, ça y est ! J’ai beaucoup insisté pour qu’il vous voit ! Ne me remerciez pas ! Il a promis de vous recevoir au retour de ses congés d’été. »

« Comment ? Vous serez vous-même en congés ? »

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