Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Départ pour Mars

16 décembre, 2018

« Tu as vu le monde dans lequel on vit ? C’est repoussant ! Violence, vol, tuerie, pollution, futilités diverses. On n’en sortira pas. »

« Oui, c’est répugnant. Que faire ? »

« A part s’inscrire pour le prochain voyage sur Mars, je ne vois pas bien. »

« Si tout le monde va sur Mars, tout va recommencer à l’identique. Nous serons tous aussi bêtes que sur Terre. Il n’y a pas de raison. »

« C’est vrai, il faudrait que nous ne soyons pas trop nombreux. Si vous pouviez éviter de vous inscrire pour le voyage ça m’arrangerait. »

« Bon, si vous voulez. De toute façon, voyager avec vous ne m’est pas agréable. En attendant la colonisation de Mars, qu’est-ce qu’on fait de ce Monde répugnant et idiot ? »

« Moi, je sortirais bien en me bouchant le nez, mais je crois que ça ne sera pas très bien considéré, j’ai assez de soucis comme ça avec mon patron. »

« Si on veut vivre, on est bien obligé de se salir les mains ! »

« On pourrait commencer par éviter de regarder les médias. Ils font exprès de diffuser des nouvelles décourageantes pour nous égarer. Je n’en peux plus des soucis de Meghan Markle ou de Kate Middleton. Restons sur les choses essentielles. »

« Euh, vous avez raison, ces choses frivoles cachent le désastre dans lequel nous nous débattons comme des insectes pris au piège. »

« J’ai une idée : nous pourrions faire comme si tout allait bien sur Terre. Nous ne sommes peut-être que des diablotins qui ont été mis sur la planète pour y flanquer la pagaille. Après tout, nous avons réussi. »

« Vous pensez donc qu’il y a un gigantesque complot divin, destiné à nous faire constater notre misérable condition. Après tout, c’est un bon principe d’éducation : on laisse les gamins faire leurs bêtises jusqu’au bout pour qu’ils en supportent les conséquences et ne recommencent plus. »

« Oui, sauf que là, à part de s’installer sur Mars, on n’aura plus l’occasion de recommencer. »

« Voilà qui ne nous avance pas beaucoup. Moi, je vais peut-être assumer ma destinée de diablotin. Vous avez vu le match hier soir ? »

« Oui, Mbappe et Griezmann sont peut-être des diablotins, mais des excellents dribbleurs. »

« Le mieux serait peut-être de continuer à mettre la pagaille sur Terre, comme ça plus vite ce sera fini, mieux ce sera. Je vais me documenter sur les dernières frasques de la famille royale anglaise. Heureusement qu’on les a pour nous abreuver de nouvelles complètement nulles. »

« Vous avez raison. Moi, je pourrais peut-être arrêter de trier mes déchets. Ou alors acheter une voiture très polluante. »

« D’accord, mais moi, je réserve sur Mars tout de suite. »

La gravité

13 décembre, 2018

-          La gravité, c’est la force qui attire tout vers le centre de la Terre. Comme s’il y avait un diable maléfique qui s’agitait au milieu du globe, en espérant attirer et s’approprier tout ce qui traîne sur la planète.

-          Il faut y aller voir pour lui dire que c’est interdit.

-          Remarquez, il nous rend plutôt service, le diable. Que se passerait-il si la gravité n’existait pas ?

-          Moi, je pense que nous nous déplacerions en trois dimensions dans les airs. Nous tournerions tous autour du globe. Même ceux qui vous racontent qu’ils ont les pieds sur Terre.

-          Vous avez raison, ça nous permettrait de prendre de la hauteur sur les affaires du monde.

-          Nous nous rendrions tous au boulot en nageant dans l’atmosphère comme des poissons.  Au bureau, on pourra tenir des réunions au sommet, au plafond.

-          Dans la rue qui n’existera plus en tant que rue, ça compliquera la circulation. Il faudra inventer un nouveau code de la route des airs. Je n’ai aucune envie de me faire écraser par un Airbus 320.

-          Il y aurait un avantage. Par temps de pluie, nous pourrions circuler au-dessus des nuages.

-          Ce sont les oiseaux qui seraient surpris. Croiser la trajectoire d’un aigle royal qui cherche sa proie pourrait le mettre de mauvaise humeur.

-          Si nous circulons dans les airs, les volatiles n’auraient plus qu’à déambuler sur Terre. Il n’y aurait qu’un simple échange de domaines.

-          Finalement, ça réglerait le problème de la pollution. Les bagnoles seraient toutes absorbées par la stratosphère.

-          Nous règlerions aussi le problème des difficultés scolaires, puisque les cancres ne seraient plus les seuls à avoir la tête en l’air.

-          Tout le monde accèdera au bonheur, car chaque citoyen pourra s’envoyer en l’air tous les matins.

-          Euh… et pour l’agriculture, on fait comment ? Je ne vois pas comment faire pousser un champ de blé sur les nuages.

-          Aujourd’hui, on imagine des fusées pour aller dans les airs, demain on fabriquera des machines pour aller par Terre. Chaque agriculteur aura sa charrue-fusée pour atterrir dans son champ.

-          Et pour jouer au foot. Que devient la ligue 1 ?

-          Pas de problème. On inventera un nouveau jeu qui ressemblera au water-polo dans l’espace. Ce sera marrant.

-          Je vois aussi un avantage. Il n’y aura plus de frontières. Essayez donc de construire un mur de nuages ! Plus de guerres entre les pays. Fini les problèmes d’immigration, puisque tout le monde tournera autour de la Terre.

-          Et pour les vacances, on fait quoi ? Il n’y aura plus moyen de prendre l’avion pour des destinations exotiques puisqu’on sera tous des avions.

-          Là, on a une difficulté. Josiane va encore râler. Je ne vois pas comment nous pourrions buller sur la plage au mois d’août

-          Sauf si on installe la Méditerranée entre deux nuages.

Concours de circonstances

9 décembre, 2018

-          Dans quelles circonstances avez-vous rencontrer Josiane, votre épouse ?

-          Ce jour-là, les circonstances, comme vous dites ne m’étaient guère favorables. D’ailleurs dès le matin, je l’avais senti.

-          Vous avez pourtant gagné le gros lot.

-          Certes Josiane a un peu forci, mais son tour de taille reste dans la norme. Le problème n’est pas là.

-          La loterie de la vie vous aurait-elle desservi ?

-          Non, je peux dire que j’ai gagné le concours !

-          Quel concours ?

-          Le concours de circonstances. J’avais le choix entre deux autostoppeuses et j’ai pris Josiane sur un coup de tête.

-          Mais vous n’étiez pas obligé de faire votre vie avec Josiane.

-          Peut-être, mais il y a eu une circonstance aggravante. Quand je vous dis qu’il y a eu un concours de circonstances qui ont toutes convergé pour me piéger !!

-          Que s’est-il dont passé ?

-          Elle m’a dit qu’elle adorait mon style de conduite…

-          C’est plutôt agréable pour un homme viril… Qu’est-ce qui vous a dérangé ?

-          La circonstance aggravante, c’est que je l’ai crue.

-          C’est plutôt normal.

-          Quand on circule en deux chevaux de 1959 qui ne dépasse pas le 50 kilomètre-heure, vous trouvez ça normal ?

-          C’est un peu particulier, mais je suis sûr qu’il y a eu aussi des circonstances atténuantes à l’issue du voyage, espèce de grand coquin.

-          C’est-à-dire qu’à l’arrivée, elle m’a demandé mon numéro.

-          Ah ! Qu’est-ce que je disais !

-          Elle a dit qu’elle tenait absolument à ce que ses copines voient ça. Surtout le moment où j’ai poussé ma voiture sur l’autoroute pour atteindre la station-service.

-          Voilà une anecdote désopilante qui a du sûrement renforcer votre prestige auprès de vos rencontres féminines.

-          Euh… pas tellement, par temps de pluie, il n’est pas agréable de pousser une voiture d’autant plus que la capote de ma 2 cv était un peu percée.

-          Mais alors, comment avez-vous séduit Josiane ?

-          Je l’ai invité au mariage de ma sœur en espérant créer des circonstances favorables à un rapprochement des points de vue qui dépasse son expertise automobile.

-          Et alors là, très inspirée par la destinée de votre sœur, c’est elle qui vous a demandé en mariage.

-          Pas du tout, elle a trouvé ça complètement nunuche. Après l’épisode de la 2 cv, elle en a conclu que je n’étais pas très moderne.

-          N’a-t-elle pas trouvé une circonstance atténuante à son jugement ?

-          Pas tout de suite. Elle a trouvé une autre circonstance aggravante quand elle s’est aperçue que je portais des Marcel.

-          Ce qui est un vêtement très commode, moi-même…

-          Non, elle elle dit que c’est ringard de chez ringard.

-          Alors ?

-          Alors, j’ai gagné 5 millions d’euros au loto.

Le tendre

6 décembre, 2018

« Je suis trop tendre. Je n’aime pas les films qui finissent mal. J’ai de la peine pour les protagonistes. »

« Il faut vous endurcir, mon vieux. La vie, ce n’est pas un jeu d’école maternelle. »

« Dès l’école maternelle, je faisais cadeau de mes jouets à mes camarades qui n’en avaient pas. Mon père et ma mère n’étaient pas tellement d’accord. »

« Et après, ça s’est amélioré ?»

« Pas tellement. Au lycée, je me faisais facilement casser la figure. Ou alors les autres me volaient mon béret, mon compas, mon rapporteur… »

« C’est un comportement animal. Quand un faible est repéré dans un groupe, il devient facilement une tête de turc. Ça s’appelle aussi du harcèlement. »

« Après j’ai courtisé Claudine. Ça n’a pas durer très longtemps. Elle m’a fait savoir que je ne devais rien attendre d’elle. Elle n’aimait que les durs de durs. »

« Alors ? »

« Alors, j’ai beaucoup pleuré. Pourquoi les femmes n’aiment pas les tendres ? C’est plein d’humanité les tendres. »

« Peut-être, mais il y a toujours un moment ou l’humanité se fiche de l’humanité.

« Mais vous qui êtes un dur, qu’est-ce que vous faites quand vous êtes contrarié ? »

« Je ne pleure pas. Je me bats, de préférence contre un plus tendre que moi. »

« Et si les tendres se révoltaient ? Et s’il n’y avait plus de tendres, les durs comme vous seraient bien embêtés, n’est-ce pas ? »

« Oui, sauf que pour se révolter, il faut être dur. Vous allez encore pleurer. »

« Je vais essayer de me contenir. Il n’empêche qu’au bureau, tout le monde me refile les dossiers emmerdants. C’est moi qui me tape toutes réunions casse-pieds. »

« Vous avez quelle fonction ? »

« Je suis tendre. »

« Qu’est-ce à dire ? »

« Je suis celui qui accepte tout. C’est très rare et donc très bien payé. Quand il n’y a que des durs, tout le monde se tape dessus et ça devient intenable. Avec moi, il n’y a jamais de conflit. »

« On doit vous donner beaucoup de boulot ! »

« Oui, c’est la raison pour laquelle, on a recruté un tendre-adjoint. Quand j’ai trop de dossiers, je lui en délègue quelques-uns. Vous pensez bien qu’il n’ose pas refuser. »

« C’est vrai qu’on est toujours le tendre de quelqu’un. »

« Effectivement, le tendre-adjoint commence à être débordé. Nous envisageons de recruter un adjoint au tendre adjoint. »

« N’avez-vous pas l’impression de devenir un vrai dur ? »

« Vous dites ça pour me faire plaisir ? »

L’apprenti méchant

4 décembre, 2018

-          Je vais essayer d’être méchant. 

-           Faites gaffe, si vous faites du mal aux autres, il faut vous attendre à ce qu’ils vous le rendent. 

-          Ce qui ne serait pas très beau de leur part. Je trouve que le goût de la revanche est tout à fait détestable. 

-          Mais enfin pourquoi voulez-vous être méchant ?

-          J’ai essayé d’être gentil, mais ça n’a pas été une grande réussite. Je me dis que je suis plutôt formaté pour être méchant.

-          Vous pourriez être ni gentil, ni méchant, ça se fait !

-          Ben… personne ne fera attention à moi ! Vous trouvez ça sympa ? Si vous aviez quelque chose pour me faire remarquer qui ne soit ni de la gentillesse, ni de la méchanceté, ça m’intéresse.

-          Bon… alors d’accord. Essayez d’être méchant, mais je vous aurais prévenu. Comment comptez-vous vous y prendre ?

-          Je ne sais pas trop. Je pourrais peut-être vous insulter pour commencer.

-          Non, ça ce n’est pas être méchant, c’est pour vous passer vos nerfs, ça ne dure qu’un instant. Après vous être défoulé, vous vous retrouvez tout bête.

-          Si je vous pousse dans l’escalier, ça compte pour une méchanceté ?

-          Oui, mais une fois que je serai rétabli, nous ne serons pas très avancés. Pour être un vrai méchant, il faut que vous vous inscriviez dans le long terme, sinon vous risquez de redevenir gentil. 

-          Vous avez raison, il faudrait que je sois méchant jusqu’au bout des ongles, mais inventer tous les jours des méchancetés, ça me coûterait beaucoup d’énergie.

-          Remarquez, vous pouvez toujours faire des méchancetés gratuites, ça ne coûte rien.

-          Mon problème, c’est que je n’aime pas tellement faire du mal aux autres. Il n’y aurait pas des méchancetés douces, ça m’arrangerait ?

-          Non, je ne connais pas de méchancetés douces.

-          Je pourrais peut-être essayer d’infliger des blessures d’amour-propre.

-          Faites attention ! Ce sont les plus longues à cicatriser. Les gens vous en voudront pour très longtemps.

-          Ah ! Parce que les gens auront le droit de me détester si je suis méchant ? Vous faites bien de me le dire. C’est que j’aime bien être aimé moi.

-          Alors, soyez un gentil !

-          Je vous ai dit que je ne sais pas faire ! Suivez un peu. L’idéal, ce serait que je puisse être méchant sans que personne ne s’en aperçoive.

-          Ça n’existe pas non plus.

-          Rien n’est fait pour m’arranger. Et si j’étais méchant le lundi et le mardi. Et gentil le reste de la semaine ? Comme ça, tout le monde serait content !

-          Ceux qui vous rencontreraient le lundi ou le mardi pourraient vous rendre la pareille pendant les autres jours…

-          Je leur dirai d’attendre la semaine suivante, pour que je puisse leur répondre dans mes jours de méchanceté.

-          Arrêtez donc de vous poser ces questions. De toute façon, les gens ne reconnaissent jamais être méchants, surtout les vrais méchants.

La confusion

2 décembre, 2018

-          Quand on y réfléchit, c’est fou le nombre d’informations qu’on reçoit en une journée.

-          En plus, tout se mélange : les discours du pape, le PSG, les problèmes conjugaux de ma tante, les manifs, l’anniversaire de mon gamin, le jour de golf du patron, le dernier film de Dicaprio…

-          Il ne faut pas s’étonner si certaines nous échappent.

-          Il ne faut pas non plus s’étonner si nous devenons tous des êtres confus.

-          Oui, nous sommes bien obligés de faire des priorités. Par exemple, les crises conjugales de votre tante ne m’intéressent pas du tout.

-          Le mieux se serait que tout ça s’organise par journée. Le pape pourrait intervenir le lundi, le PSG jouerait le mardi, ma tante d’épancherait le mercredi, etc…

-          Euh… ce sera difficile d’expliquer au pape qu’il ne doit pas bouger le mercredi, parce que c’est le jour de votre tante !

-          En fait, chaque fois que nous recevons une information, il faudrait lui attribuer un coefficient d’importance. Par exemple, la santé des doigts de pied de Neymar, moi je mets 2 sur 10.

-          Oui, mais pour moi, c’est important. Si le PSG est éliminé, c’est tout le foot français qui va en pâtir. Donc Neymar : 8 sur 10.

-          Le problème, c’est que nous n’avons pas la même échelle de valeurs. Dans ces conditions, comment trouver un sujet de conversation qui nous intéresse tous les deux ?

-          On pourrait faire une nouvelle application sur nos smartphones. Chacun de nous deux attribue une note à chaque information, on fait la moyenne et nous nous occupons uniquement des notes les plus élevés.

-          Non. J’aurais du mal à expliquer à ma tante que ses affaires personnelles n’ont aucune importance au motif que vous préférez discuter du PSG.

-          Donc nous restons dans la confusion, si je comprends bien.

-          Oui, la confusion, c’est la vie, mon vieux. Si tout était rectiligne, claire, ordonné, on s’ennuierait. Là, comme toutes les informations vous tombent sur la tête en même temps, vous pouvez exercer votre libre-arbitre en les hiérarchisant. Quoi de plus humain ? 

-          Vous avez raison. Finalement, c’est mon chat qui a de la chance !

-          Quel rapport ?

-          Il n’a que deux informations à traiter : ai-je quelque chose dans mon auge ? ai-je une place pour faire ma sieste au chaud ?

-          C’est vrai qu’il ne se foule pas beaucoup votre chat. Il ne risque pas la confusion des idées. Mais, nous on n’a pas les moyens de limiter notre capacité d’absorption à deux informations par jour.

-          Il parait que c’est le sommeil qui se charge de remettre en ordre toutes les informations que nous recevons en une journée.

-          Voilà qui me donne un argument supplémentaire pour revendiquer la sieste au bureau. Une demi-heure de sieste après déjeuner, et hop ! Je pourrais repartir frais et dispo pour l’après-midi.

-          Euh… en général, les patrons ne sont pas tellement d’accord.

-          C’est vrai. Le mien préfère que je mélange tout : les affaires, le PSG, le pape, ma tante…

Le parti des mauvais

29 novembre, 2018

« Je vais fonder un parti. »

« Encore un ! On va finir par ne plus rien comprendre. Vous êtes de droite, de gauche ou alors de nulle part ? »

« En fait, je milite pour le droit d’être mauvais. Mon parti, ce sera le lieu de tous ceux qui pensent comme moi. »

« Et vous trouvez ça bien d’être mauvais. »

« Oui. Réfléchissez avant de vous énervez. Aujourd’hui, il faut être bon partout : bon salarié, bon mari, bon père, bonne mère, bon éducateur, bon consommateur, bon épargnant, bon sportif, etc. Et si vous n’y arrivez pas, les journaux vous donnent toutes sortes de conseils pour y arriver. Ne pas suivre ce profil d’excellence est très mal vu. »

« Et alors ? »

« Et alors, les gens vivent dans l’anxiété de ne pas être bon quelque part. Moi, je veux qu’ils arrêtent de se mettre la rate au court bouillon. Si on considère qu’être mauvais dans un domaine est un droit fondamental, il n’y a plus de raison d’être stressé. »

« Vous fondez donc le parti des mauvais. Le problème, c’est que personne n’aime reconnaitre ses faiblesses. »

« C’est bien dommage. La course à l’excellence fait beaucoup de dégâts : dépression, burn-out, mauvaise estime de soi… Moi, je propose de la bonne santé à partir du simple constat que personne n’est parfait. »

« C’est vrai que moi-même, je ne suis pas génial 24 heures sur 24, ni 7 jours sur 7. »

« Donc, dans mon programme, il y aura des formations pour apprendre à ne pas s’en faire outre mesure si on est mauvais sportif, mauvais consommateur, mauvais amant… « 

« On a le droit de faire des progrès dans votre parti ? »

« Oui, si on veut. Mais alors, tranquillement, au rythme qui fait plaisir à chacun. Et si on n’y arrive pas, ce n’est pas grave. Le droit d’être mauvais, c’est aussi le droit d’échouer. Il faut absolument que les gens se décontractent, la vie collective deviendrait moins stressante. »

« Et si on est mauvais quelque part, on a le droit de rester mauvais en ne faisant aucun effort pour en sortir ? »

« Tout à fait. C’est une autre des vertus du droit d’être mauvais. Le fait d’avoir la flemme de progresser se trouve légitimé. Je vous décomplexe en quelque sorte. »

« Bon, j’adhère. Il y a une cotisation ? »

« Pour quoi faire ? Je n’ai pas envie qu’il y ait des bons adhérents qui paient leur cotisation et des mauvais qui ne paient rien. Moi, je suis mauvais en gestion comme vous le constatez. Je montre l’exemple par mes nombreuses insuffisances.»

« Présentons des candidats aux élections. Ils seront mauvais, mais la différence avec les autres, c’est qu’ils le diront. »

Réhabilitons le pied

27 novembre, 2018

« Pourquoi dit-on : c’est le pied quand on est content ? On pourrait très bien dire : c’est la main. »

« La question est importante. Je formulerai une hypothèse : on se réfère au pied parce que c’est l’organe le plus essentiel du corps humain. »

« Pourtant, c’est avec la main qu’on peut agir. Essayez donc de bricoler avec votre pied, vous qui êtes si malin. »

« Certes, mais le pied permet d’exprimer vos émotions. Si je vous dis que je vous attends de pied ferme, vous comprenez tout de suite que je ne vais pas rigoler. »

« C’est vrai. Je vous donne un autre exemple de la capacité expressive des pieds. Si je foule aux pieds vos arguments, ça veut dire que je les méprise souverainement. »

« Vous avez raison. Encore un exemple : si je vous dis que vous me cassez les pieds, vous comprenez que vous m’importunez fortement. Casser la main ne voudrait rien dire. »

« On ne le sait pas assez, mais le pied nous aide à communiquer. Si je vous fais un appel du pied, vous devez immédiatement rappliquer car je dois vous parler. »

« Le pied souffre injustement d’une mauvaise réputation. On dit : être bête comme un pied, alors que ce dernier est très intelligent. »

« En effet, quand je vous fais du pied sous la table, je ne me permettrais pas de le faire avec quelque chose de bête. »

« D’ailleurs, lorsqu’on dit qu’un tel n’a pas les deux pieds dans le même sabot, on souligne bien sa vivacité d’esprit. »

« Le pied est également un excellent témoin de notre santé. Quand on marche droit et ferme, c’est que tout va bien. On dit d’ailleurs : bon pied, bon œil. Dire : bonne main, ne renseignerait guère sur notre état physique ! »

« Vous avez raison : le pied n’est pas un organe bête. On salue fréquemment la sagesse qu’il nous inspire, par exemple quand on affirme que nous avons les pieds sur terre ! »

« En plus, les pieds sont des organes qui ne se laissent pas faire. S’ils ont décidé de se positionner dans le plat, c’est que quelque chose va se passer ! Non mais, alors ! »

« Il faut donc faire très attention à ses pieds. Une imprudence peut très vite nous déstabiliser. Regardez un peu ce qui est arrivé au colosse aux pieds d’argile. »

« C’est exact. Il faut également vérifier que nous n’avons pas d’épine dans le pied. Si c’est le cas, il faut l’enlever, on se sent tout de suite mieux ! »

« Le pied est vital pour notre santé. Lorsque le médecin nous soigne bien, c’est lui qui nous remet sur pied ! »

« J’espère que nous avons réhabiliter le pied. D’ailleurs, son importance apparait encore plus nettement lorsque nous le perdons. Perdre pied, c’est perdre confiance ! »

Ne faites pas mon éloge !

25 novembre, 2018

« Arrêtez de faire mon éloge ! Je n’en peux plus ! c’est très gênant ! »

« Qu’est-ce qui vous gêne ? »

« Je ne le mérite pas. Je ne suis qu’un homme après tout avec ses insuffisances, ses défauts, ses faiblesses, ses faille… » 

« En plus, il est modeste, regardez-moi ça ! »

« Vous vous rendez compte : vous ne me rendez pas service. En me plaçant très haut, vous ne me privez de tout droit à l’erreur. Vous, vous pouvez vous payer le luxe de vous comporter comme un gros nullard, tout le monde trouvera ça normal. »

« Je ne voyais pas ça comme ça. »

« Si vous me mettez sur un piédestal très élevé, je risque de tomber et en plus de faire d’autant plus mal que je suis dans une situation élevée. »

« Je suis désolé. Qu’est-ce que je pourrais faire pour vous rabaisser un peu ? »

« Vous ne pourriez pas dire que je suis orgueilleux, outrecuidant, impossible à vivre par mon tempérament trop fat ?»

« Ben… Non, ce n’est pas vrai. Vous êtes un type cultivé, charmant, accessible, généreux. Je voudrais vous ressembler. »

« Non, ne dites surtout pas ça. Certes, vous êtes un peu fruste, simplet, grossier, pas très intelligent, mais ce n’est pas une raison pour faire mon éloge à tout bout de champ. »

« Comment voulez-vous que le commun des mortels progresse si vous refusez qu’on vous cite en exemple ? »

« Ce n’est pas parce que je suis extraordinaire qu’il faudrait que tout le monde soit extraordinaire. Qu’il existe beaucoup de crétins comme vous, ça me convient très bien. Je dirais même que ça me rassure sur mon propre compte. »

« Si je comprends bien, il faudrait que ce soit quelqu’un de votre niveau qui fasse votre éloge ? »

« Non, entre vedettes, on ne s’aime pas. Il y en a toujours un qui veut être plus vedette que les autres. Les gens de haut niveau ne manquent pas une occasion de me dézinguer. »

« Mon pauvre, je vous plains. Les petits ne peuvent pas faire votre éloge, parce que ça vous met trop haut et que vous avez le vertige. Quant aux grands, ils ne peuvent pas dire du bien de vous parce qu’ils ne vous aiment pas. »

« Il y aurait bien une solution ! Dites du mal de moi, beaucoup de mal ! Je pourrais me défendre en rappelant tout ce que j’ai fait de bien. »

« Astucieux ! Si je comprends bien, en faisant votre contre-éloge, je vous permets de faire votre éloge. Et tout le monde est content. »

« En effet, je ne serai pas posé sur un piédestal, je n’aurais fait que me défendre contre de viles attaques ! »

Les 4 saisons

21 novembre, 2018

« Il y a 4 saisons. C’est comme ça et pas autrement. »

« On ne pourrait pas en glisser une cinquième ? Par exemple entre l’hiver et le printemps ? Il y a toujours 4 ou 5 semaines pendant lesquelles on ne sait jamais si l’hiver est encore là, ou si c’est déjà le printemps. Le résultat, c’est que je ne sais jamais comment m’habiller. »

« Non, c’est interdit. Le nombre de saisons est limité. »

« Alors créons-en une toute petite de 15 jours, du 1er au 15 septembre. Je n’ai pas tellement le moral à cette époque. C’est la rentrée avec tous les soucis que ça procure. L’été s’enfuie et pourtant elle est toujours là, résistant vaillamment. Ça me remplit de tristesse. »

« Non, je vous dis ! On ne touche pas aux saisons. Si tout le monde rajoute la saison qui lui fait plaisir, je ne sais si vous voyez le bazar. »

« Alors, on pourrait en supprimer une. L’hiver, par exemple. Comme ça, on ne pourra plus parler des rudesses de l’hiver. »

« Et la poésie du blanc manteau qui s’étend sur la campagne, vous en faites quoi ? Et le chiffre d’affaires des stations de ski, vous en faites quoi ? »

« Pfff ! les poètes pourront toujours s’en tirer en décrivant les feuilles mortes de l’automne qui tourbillonnent dans le vent. Quant aux skieurs, ils feront du ski de printemps, c’est très chic, le ski de printemps ! »

« Pas question ! Si on touche aux saisons, qu’est ce qu’on fait des 4 saison de Vivaldi ? Vous vous rendez compte du nombre d’entreprises qui seront obligées de changer leur musique d’attente téléphonique. »

« Ah oui, je n’y avais pas pensé. D’autant plus qu’on ne peut pas faire revenir Vivaldi pour qu’il nous fasse la musique des 5 saisons. »

« Donc, on ne touche pas aux saisons ! Je vous vois venir : si vous changez les saisons, vous allez vouloir de nouveaux mois. On n’y comprendra plus rien. »

« Vous êtes un peu ringard. Les indiens avaient déjà manipulé les saisons à leur guise en étendant l’été jusqu’au 31 octobre. Vous connaissez l’été indien ? « 

« Il a fallu que Joe Dassin déterre cette vieille histoire ! »

« J’ai une idée. On pourrait garder les mêmes saisons, mais chacun aurait la liberté de les faire commencer et finir quand il voudrait. »

« Vous n’avez pas plus nulle comme réforme des saisons ? »

« Par exemple, moi, j’arrêterai l’été au 31 août et je commencerai l’automne au 1er septembre, comme ça, ce sera plus clair. J’affronterai les rigueurs de la rentrée avec plus de conviction. »

« Et pourquoi pas arrêter l’hiver au 31 décembre pendant que vous y êtes ? »

« Super-idée ! D’habitude, le mois de janvier est très déprimant. On pourrait le faire glisser au printemps. Les commerçants seront ravis d’organiser leurs soldes de printemps en janvier ! Quinze jours d’hiver pendant les fêtes de fin d’année, ça nous suffirait largement ! »

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