Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Le vice et la vertu

17 août, 2017

L’homme vertueux rencontre le pécheur.

Le vertueux se plaint. En toutes circonstances, il doit avoir un comportement irréprochable. Un petit écart et hop ! Il n’est plus vertueux.

Il envie le pécheur qui peut aller et venir en faisant n’importe quoi. Des péchés en pagaille, s’il veut ! Nul besoin de se surveiller en permanence.

Certes, dit le pécheur, mais ce n’est pas une sinécure. Où que j’aille, je suis très mal jugé par mes semblables. Dans un individu comme moi, il n’y a rien à sauver. Je suis parfois regardé avec un mépris qui me fait de la peine.

Finalement, ceux qui s’en tirent le mieux dit l’homme vertueux, ce sont ceux qui sont à mi-chemin entre la vertu et le péché. C’est à se demander pourquoi je me donne autant de mal pour être impeccable.

Et moi, répond le pécheur. Je me défonce pour être avare, jaloux, colérique… Personne ne m’en sait gré.

On se demande bien, s’étonne le Vertueux, pourquoi on devrait vous féliciter d’être aussi mal intentionné ?

Mais parce qu’en commettant tous les péchés du monde, je sers de contre-exemple à tous. Je suis un mauvais exemple, mais enfin tout de même un exemple… En me désignant à l’attention de leurs gamins, les mères de famille peuvent leur faire horreur de telle façon qu’ils restent dans le droit chemin.

Finalement, renchérit le Vertueux, nous sommes deux marginaux. Personne ne nous aime vraiment : vous parce que vous êtes trop épouvantable, moi parce que les personnes trop parfaites sont parfaitement ennuyeuses.

Le Pécheur réfléchit : c’est extraordinaire, ce qui intéresse les gens, ce sont les modèles de personnes au caractère mièvre. Ni trop ceci, ni trop cela.

Le Vertueux réfléchit : tout compte fait, je vais essayer de commettre quelques péchés. Qu’est -ce que vous me conseillez ?

Le Pécheur approuve : vous avez raison et vous me donnez une idée. Vous pourriez être le Vertueux low-coast. Tout le monde ne peut pas être le Vertueux haut de gamme, donc vous donneriez l’exemple du Vertueux low-coast, c’est-à-dire celui qui est un peu vertueux, mais pas trop. Voilà qui devrait satisfaire une nouvelle clientèle.

Et vous, demande le Vertueux… Vous seriez le pécheur low-coast, celui qui commet tous les péchés du monde, mais qu’on voit de temps à autre accomplir une bonne action. A la surprise générale.

Le pécheur conclut : je suis d’accord. Il faut s’ouvrir aux pauvres qui ne peuvent pas se payer le luxe d’être irréprochable ou alors de se ficher complètement d’être immonde avec leurs contemporains. Heureusement qu’on est là !

Le Vertueux tempère : ne soyez quand même pas trop bon, ne nous concurrençons pas !

En file indienne

15 août, 2017

« Vous avez remarqué ? »

« Quoi encore ? »

« Où qu’il aille, l’homme se déplace toujours en file indienne, les uns derrière les autres : à l’école, au péage de l’autoroute, au supermarché, à la pompe à essence, au guichet de la sécu, chez le médecin… »

« Chez le médecin, on voit mal 3 ou 4 patients se présenter de front. Mais je suis d’accord, faire la queue est une activité consubstantielle à la vie en collectivité. »

« Les Sioux utilisaient cette technique de façon à ne pas révéler leur nombre lorsqu’ils se déplaçaient sur le sentier de la guerre. »

« Ah bon ? »

« Oui, puisque l’un mettait ses pieds dans les traces du précédent, c’était astucieux. Aujourd’hui, je ne mets pas mes pieds dans la trace de celui qui me précède à la caisse du supermarché, ça ne sert à rien. »

« Bon, on ne devrait donc pas dire qu’on est en file indienne, puisqu’on avance n’importe comment. »

« Le principe reste le même. On a l’impression d’une chaîne infernale dans laquelle, on est qu’un petit maillon, identique au précédent et au suivant. D’ailleurs Jacques Brel a fait une excellente chanson sur ce thème. »

« Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que l’individu moyen tient à ce système. Chaque fois que j’essaie de déborder la file à la Sécu ou au cinéma, je me fais casser la figure. Il parait que c’est chacun son tour. »

« Ça s’appelle la discipline collective. Mais vous pouvez payer quelqu’un pour qu’il tienne votre place dans la file du ciné pendant que vous allez boire un coup, ça se pratique aux Etats-Unis. »

« C’est quand même étonnant. Tout se vend, y compris notre place dans la société, si on n’a pas envie de la tenir. »

« Faire la queue est une activité stressante, elle est donc « marchandisable » comme toutes les activités agaçantes : laver la salade, faire le ménage, etc…  Donc, il est normal que les marchands fassent un objet désirable du fait de ne pas faire la queue, par exemple en vendant un pass qui vous évite d’attendre à la barrière de péage. »

« Moi, je m’en fous, j’aime bien faire la queue. J’ai le temps de regarder mes contemporains, de réfléchir à ma place dans le monde… Et puis quand il n’y a pas de queue à la Sécu, je me demande toujours si ce n’est pas le jour de fermeture, ou si je ne me suis pas trompé de guichet. C’est aussi très traumatisant. »

« Vous avez raison, il devrait exister aussi un ‘pass’ qui assure de faire la queue partout où l’on se présente. C’est un moment de grande humanité ».

Les soucis de Monsieur

13 août, 2017

« Georges, je n’en peux plus ! »

« Je vois que Monsieur est fatigué, en effet. »

« J’ai beaucoup trop d’argent ! »

‘C’est ennuyeux, Monsieur. »

«Quand je donne aux pauvres, les gens croient que je suis généreux, ça leur plait, ils redoublent d’achats dans mes magasins et le résultat, c’est que je suis encore plus riche qu’avant ! »

« Ce sont de petits coquins ! Que dis-je, Monsieur, des inconscients ! »

« Vous vous rendez compte, je ne peux me plaindre de rien ! C’est très frustrant ! J’ai été obligé de me déguiser en manant pour participer à une manif. »

« En effet, les gens ne se rendent pas compte de la frustration de Monsieur. »

« Tout le monde s’incline sur mon passage quand je sors. Je ne peux même pas stigmatiser l’indifférence de mes concitoyens comme tout le monde ! »

« C’est tout à fait intolérable. Il faudrait que quelqu’un se dévoue pour ne pas prêter attention à Monsieur. »

« Ce serait sympa. Chaque fois que je passe à la télé, c’est encore pire : j’ai des milliers de nouveaux amis dès le lendemain. »

« Quelle insolence ! Mais heureusement, la fortune de Monsieur suscite quelques jalousies ! »

« Vous êtes sûr, Norbert ? Vous ne dites pas ça pour me faire plaisir ? »

« Pas du tout, j’ai surpris un rictus de mépris quand Madame Boudingrin parlait de vous chez le boucher du quartier ! »

« Il faudrait la décorer ! Il y a tellement de gens qui me sourient. J’aimerais bien avoir leurs soucis. Je ne sais pas moi…. Une fuite dans ma salle de bains, par exemple. Le plombier qui ne vient pas… Enfin quoi…quelque chose qui m’énerve… »

« Je comprends. Je dirais au majordome d’arrêter de refaire la salle de bains de Monsieur tous les trois mois de façon à ce que nous ayons un problème. »

« Et mes douze voitures. Toujours rutilantes ! Pas une rayure qui me mettrait en rage ! Je ne comprends pas. »

« Je vais dire au chauffeur d’érafler légèrement la Maserati en la rentrant au garage. Ce sera intolérable pour Monsieur ! »

« Et faire mes courses au supermarché en pestant contre la foule. Ce serait bien, non ?»

« Je vais demander à la cuisinière Madeleine d’emmener Monsieur faire des courses le samedi après-midi, quand les magasins sont bondés. Nous pourrions peut-être organiser une longue file de clients aux caisses, spécialement pour Monsieur. »

« Merci, Georges, vous êtes précieux. »

« Monsieur pourrait donc penser à la petite augmentation dont nous avions parlé ? »

Un commerçant avisé

10 août, 2017

« Je fabrique et je vends des banderoles pour manifs. »

« C’est intéressant, ça marche bien ? »

« Pas en ce moment. Tout le monde est d’accord avec le Président, alors il n’y a pas tellement de manifs. »

« Quelle sont les modèles favoris ? »

« J’ai celui-ci qui est bien : A bas les riches ! »

« Il est vrai que ça peut servir à beaucoup de choses. Je suppose que vous n’avez pas : A bas les pauvres !. »

« Non, mais j’ai : les chômeurs au boulot, ou bien : les SDF dehors. Mais les manifestants n’ont pas toujours le sens de l’humour. »

« Et celle-ci, je suppose que ça marche toujours : Trop d’impôts. »

« Oui, j’arrive à la glisser dans toutes manifs. »

« Je suppose que vous marchez par location. Les vendre doit coûter beaucoup trop cher. »

« C’est vrai, surtout celles qui résistent à la pluie qui demandent un revêtement spécial. »

« On vous les rapporte toujours ces banderoles louées ? »

« Non, c’est pourquoi je demande une caution. Il y en a qui me les ramènent complètement déchirées parce qu’ils s’en sont servi pour taper sur les CRS. »

« Et celle-là : A bas… »

« C’est un de nos meilleurs articles, les clients peuvent le compléter grâce aux lettres spéciales que je mets à leur disposition. »

« Vous êtes très prévoyant. »

« Très. Dès qu’il y a une manif, je prévoie la contre-manif. Par exemple, je vends la banderole : Vive le Président, et le lendemain je vends : Dehors le président ! »

« Vous manifestez vous-même ?

« Je teste le matériel. Par exemple, pour les défilés de retraités, il ne faut pas de banderoles trop lourdes à porter. Pour les enseignants, il faut des textes spirituels. » 

« Vous n’avez pas trop de concurrents ?»

« Non, sauf ceux qui écrivent leur message sur leurs propres corps. Je suis obligé de répliquer en envoyant des mannequins que je tatoue de revendications adaptées. »

« Et en été, il n’y a pas beaucoup de manifs ? Qu’est-ce que vous faites ? »

« C’est vrai l’activité est en berne. J’en profite pour démarcher tous ceux qui sont mécontents  du gouvernements : les agriculteurs, les étudiants,  les chauffeurs, etc… A la rentrée, ils sont bien contents de trouver nos banderoles déjà prêtes ! »

Le changement, c’est maintenant !

8 août, 2017

« Il faut du changement. On ne peut plus continuer comme ça. »

« Ah bon ? »

« Oui. A bas le statu quo. »

« Remarquez, moi ça fait cinquante ans que je change. »

« On s’en fout. Si vous changez sans le dire ça ne compte pas. Avec la mondialisation et tout ça, il faut savoir s’adapter et le faire savoir. »

« Vous voulez dire que tous ceux qui ne clament pas leur amour pour le changement, ne changent pas »

« Arrêtez de faire le malin. Je vous dis qu’il faut changer. »

« Bon, je vais essayer. Oh hisse ! Là, ça va ? »

« Pas du tout. Il faut de la mobilité ! Bougez ! Quand on est immobile, on n’avance pas. Progressons dans le progrès ! »

« Je suis convaincu ! »

« Il faut tout dépoussiérer et passer à autre chose. En voilà assez ! »

« Remarquez, ce n’était pas si mal que ça avant. On en a survécu. »

« Je vois ce que c’est ! Des résistances au changement, c’est classique, mais le monde change, mon cher, il faut se bouger pour ne pas rester ankylosé. »

« Je sais… je sais… il y a ceux qui changent et les loosers… »

« Parfaitement ! Il faut choisir son camp ! C’est le moment !  Il faut tout revoir du sol au plafond. Une transformation profonde est nécessaire grâce aux nouvelles technologies. »

« On pourrait quand même sauvegarder ce qui a bien marché. On ne sait jamais, ça peut encore servir. »

« Vous n’êtes pas très moderne. Plus de demi-mesures. D’ailleurs, les gens ne supportent plus le bricolage. »

« Vous allez me dire qu’il faut aller de l’avant. En même temps, on ne peut pas aller en arrière. On n’a pas encore inventé la machine à remonter le temps. »

« Rénovons-nous et réveillons-nous avec enthousiasme. Pensons un peu aux nouvelles générations. Il faut leur donner du sens et de l’espoir. »

« Vous ne m’avez pas encore traité de conservateur ? »

« C’est tant pis pour vous. Vous êtes complètement ‘has been’. Vous refusez de vous confronter aux défis du temps modernes. Vous regardez dans le rétroviseur. »

« C’est bon là ? Vous avez passé en revue tous les poncifs sur les vertus du changement ? On peut peut-être discuter maintenant. »

Réunion de travail

6 août, 2017

« Excusez-moi de mon retard, il ne fallait pas hésiter à commencer la réunion sans moi. Nous aurions gagné du temps. »

« Si justement, j’hésitais un peu dans la mesure où nous avions un rendez-vous en tête-à-tête, je ne me voyais pas commencer la réunion seul. »

« Ah bon ? Vous ne faites pas comme les autres ? »

« Comment font-ils les autres ? »

« Toutes les réunions sont une juxtaposition de monologues. Donc, vous pouviez très bien placé le vôtre sans m’attendre. En plus, vous étiez tranquille, ce n’est pas moi qui vous aurait contrarié. Ah ! Excusez-moi, un appel … C’est ma secrétaire…. Comment ? Oui, Julia… Eh bien, vous vous démerdez, je ne peux pas être partout… Excusez-moi, vous savez ce que c’est, avec le petit personnel, il faut s’occuper de tout ! »

« Euh… on peut aussi tenir des réunions qui sont des échanges de point de vue. C’est assez constructif. J’écoute vos arguments et vous écoutez les miens. Après, on regarde si on peut faire une synthèse. Tout ça, dans le calme, sans téléphoner. »

« Ah bon, ce que j’ai à dire vous intéresse ? C’est assez original. Vous n’allez même pas téléphoner à votre mère ou à votre dentiste pendant que je parle. C’est pourtant habituel. Que ferait-on sans téléphone ? »

« Non, moi je coupe mon téléphone et je vous prête attention. C’est respectueux. Dans le temps, les anciens savaient converser. »

« Au XVIIème siècle peut-être… »

« Et en plus je regarde les gens qui me parlent ! »

« Alors là, je n’en reviens pas. Moi, en réunion, je téléphone, je prends mes rendez-vous, je fais mon courrier. Bref, je n’ai pas le temps de regarder mon interlocuteur… Il faut dire que je suis quelqu’un de très occupé. A propos, ça ne vous dérange pas que je termine mon rapport pendant qu’on parle ? »

« Si un peu… Vous vous intéressez à vos réunions aussi ? »

« Une fois que j’ai placé mon monologue, ce n’est pas la peine. Il ne faut pas que je prenne le risque qu’un autre monologue me fasse changer d’avis. Oh ! Excusez-moi, il faut que je réponde à ce texto. »

« Bon… Désolé, moi, je ne réponds à rien. »

« Très bien, où en étions-nous de notre réunion… Ah…zut… Excusez-moi, c’est mon patron ! Vous savez ce que c’est, il faut que je réponde !  Comment ça ?…. Vous partez avant la fin de la réunion ? Comment voulez-vous qu’on travaille dans ces conditions ? … Bon, très bien, vous me laissez tout seul… Je vais pouvoir vous exposer mon point de vue sans être interrompu. Je suis content de cette réunion qui va me permettre de vous dire ce que je pense de votre projet, mon vieux… je ne suis pas du tout d’accord… »

Le fort et le faible

3 août, 2017

« J’ai l’air fragile, c’est parce que je le suis. »

« Pour affronter les aléas de la vie, il faut être fort. Comme moi. Voilà quarante ans que je suis considéré comme quelqu’un de fort. »

« Félicitations. Moi, je fais partie des fragiles. Un rien me déstabilise, alors faites un peu attention à ce que vous me dites au lieu de faire le malin. »

« Il y a longtemps que vous êtes comme ça ? »

« Déjà à l’école primaire, je faisais partie des faiblards qui n’arrivaient pas à monter à la corde. C’était un signal pour les autres : on pouvait m’attaquer à la récréation sans trop de risques. »

« Si on ne peut rien vous dire, vous êtes invivable. »

« C’est pourtant simple : il suffit de ne pas mettre l’accent sur mes nombreuses faiblesses pour ne pas m’énerver. »

« Et vous, vous pouvez dire n’importe quoi aux autres ? Notamment aux plus forts que vous ? »

« Evidemment, je dois pouvoir vous dire que vous êtes un homme envieux, prétentieux, infatué et vous devez l’accepter puisque vous, vous n’êtes pas fragile. »

« C’est assez injuste. »

« Peut-être, mais moralement, il vous est interdit de vous attaquer à plus faible que vous, tandis que le contraire n’est pas exclu. Que la plus faible attaque le plus fort, non seulement c’est permis, mais c’est considéré comme plutôt sympathique. »

« Bon, alors, je vais me mettre dans les rangs des faibles. »

« Ce n’est pas donné à tout le monde d’être fragile. Il faut avoir peur de tout. Avec votre air tranquille et supérieur, ça ne va pas du tout. »

« Si vous croyez que c’est marrant d’être classé dans les forts. Il faut toujours faire semblant de ne pas s’affoler quoiqu’il vous arrive. C’est assez stressant. »

« J’ai une idée : essayez de vous caser dans la famille des gens raisonnables. »

« Qu’est-ce à dire ? »

« Les gens raisonnables, ce sont ceux qui sont assez adultes pour affronter les épreuves de la vie, tout en gardant une certaine capacité à s’émotionner devant des situations hors du commun. »

« C’est encore plus compliqué que d’être dans la catégorie des gens forts. »

« Oui, mais enfin, c’est ce qu’on appelle être humain. Il faudrait que vous ayez un petit côté vulnérable pour rassurer les vôtres. »

« Qu’est-ce que vous ne racontez ? Vous êtes un être faible, vous ne pouvez donc pas donner un conseil à un fort comme moi.  C’est le monde à l’envers. »

Un bof content de lui !

1 août, 2017

« Quand Josiane n’est pas là, je vais au club de strip-tease. »

« Ce n’est pas très correct. »

« Et en plus, je regarde les filles de l’air d’un bovin libidineux. »

« Je suppose que vous n’êtes pas tout seul dans ce cas. »

« Je fais partie des 70 % de français qui paient une cotisation dans un club de sport sans jamais y mettre les pieds. »

« Voilà qui explique votre embonpoint… »

« … que j’entretiens en picolant de la bière, chaque fois que je suis avec les copains. Sans aucune retenue, ni honte. »

« Alcoolique en plus ? »

« Je vais me coucher à 9 heures du soir parce que je suis tout le temps fatigué. Au lit, je ronfle de manière sonore. »

« C’est Josiane qui doit être contente. »

« Au boulot, je ne fais rien, tout en prenant des airs surbookés comme tout le monde. »

« Vous allez finir par vous faire prendre ! »

« Non, il y a toujours moyen de détourner les reproches sur quelqu’un d’autre. Les gens du service informatique, par exemple. Quand quelque chose ne marche pas, il suffit de dire que c’est de la faute de l’informatique. »

« Joli principe. Et pour les vacances ?»

« J’emmène Josiane, toujours dans le même hôtel à Palavas-les-Flots. Il y a de la bière et on peut suivre le Tour de France. »

« Vous avez une vie passionnante. Vous ne vous ennuyez pas vous-même ? Vous n’avez pas un hobby ? Une passion ? »

« J’avais bien commencé une collection de boîtes de camembert, mais Josiane en a eu marre du camembert. »

« Et vos copains, qu’est-ce qu’ils en pensent ? »

« Ils sont tous taillés sur le même modèle. D’ailleurs dès que l’un d’eux trouve une activité épanouissante, tout le monde le fuit. »

« C’est pourtant intéressant de s’épanouir dans quelque chose. »

« Ce serait terriblement ennuyeux pour les autres, je ne parlerai plus que de ma passion »

« Vous ne croyez pas que vous ennuyez déjà les autres ? »

« Non. Les gens qui me trouvent ennuyeux, je leur jette un regard plein d’autosatisfaction qui les énerve encore plus. »

Bouchons les trous

30 juillet, 2017

« Chers téléspectateurs, ce soir Ernest Baldinguet est notre envoyé spécial sur la plage de Trou-les-Bains et nous rapporte un reportage spécial sur les vacances d’une famille de français moyens, au plus près des réalités de terrain ! »

« Alors, en vacances sur la plage ? »

« Oui, oui… enfin ! On travaille toute l’année. On est contents de se reposer un peu. C’est bien mérité ! »

« Remarquez, en maillot de bain sous un parasol, je me doute bien que vous n’êtes pas en plein boulot ? Pas trop chaud ? Comment luttez-vous contre la chaleur ? »

« On se baigne, on met de la crème, on met une casquette aux petits. Parce que les petits sont fragiles ! Et puis on mange des glaces ! Ouh… on adore les glaces ! »

« C’est bien ça ! Et l’eau ? »

« Elle est bonne. Un peu froide en entrant, mais une fois qu’on y est, elle est bonne… »

« Et les problèmes de budget ? »

« En vacances, on ne compte pas, mais enfin on fait attention tout de même. A midi, c’est sandwich. Et puis, un petit resto à la fin… »

« Et pour les loisirs ? »

« Oh, nous on n’est pas du genre à rester allongés toute la journée. On va se balader … Partout, sur la jetée, sur le port pour voir des bateaux… On va au marché … Ce soir, il y a l’élection de Miss Plage …. « 

« C’est bientôt la rentrée, pas de regrets ? »

« Si un peu, toujours trop courtes ces vacances. On va retrouver le boulot, le métro, les copains à la cantine, le patron … Vous voyez, quoi ? »

« Et le moral ? Pas trop déprimé ?…  Vous êtes en train de plier la tente, ça vous fait quoi ? Fondamentalement ? »

« On est tout beaux, tout bronzés. On pense déjà aux prochaines vacances. Alors, il ne faut pas trop se plaindre. Hein ? »

« Vous ne craignez pas les bouchons pour rentrer ? »

« On va prendre son temps, sans stresser, s’arrêter pour se rafraîchir ! »

« En effet, il faut boire. Et les enfants, pas trop pénibles en route ? »

« Un peu, mais il faut savoir les occuper. Et puis, il va falloir pensée à préparer la rentrée. Les cartables, les habits. Ils veulent tous de la marque ! »

« Mais c’est le même reportage que l’an dernier ? Les questions et les réponses sont complètement nulles ! »

« Oui le sujet aussi, mais on ne sait pas de quoi parler. »

J’ai été jeune !

25 juillet, 2017

« Moi aussi, j’ai été jeune. Je sais ce que c’est. »

« Bon, alors tu finissais toujours tes cahiers de devoir de vacances ! »

« Euh… bien entendu, je faisais ça correctement. »

« Et puis, tu allais te coucher de bonne heure de façon à être frais et dispos, le lendemain matin, pour prendre le chemin de l’école. »

« Evidemment ! Voilà qui tombe sous le sens ! »

« D’accord. Et tu ne faisais pas tes devoirs au dernier moment. »

« Je n’ai jamais eu ce genre de mauvaise habitude. Allons ! Allons ! »

« Et tu n’as jamais calculé la probabilité que tu avais d’être interrogé au tableau par tes professeurs, ce qui permet de ne pas toujours apprendre ses leçons ? »

« Comment une telle pratique peut-elle exister ? Quelle honte ! »

« Je suis bien d’accord ! Et bien entendu, tu n’as jamais été malade un jour de composition ? »

« Qu’est-ce que tu vas chercher ? Même très atteint par le mal, je me précipitais au lycée ou au collège pour me battre comme un lion avec ma copie. »

« Bon, je vois. Je n’ose pas te poser la question, mais tu n’as jamais été tenté de soudoyer un élève qui a eu le même professeur que toi l’année précédente, pour qu’il te file les corrigés des exercices donnés par le dit professeur ? »

« Jonathan, je suis outré par le simple fait que tu puisses avoir ce genre d’idées dans la tête. Une manipulation comme celle-ci devrait mériter le cachot. »

« Au minimum. Nous sommes bien d’accord. Et les jours de grève ? Ils sont nombreux à l’Education Nationale. Tu n’as jamais séché un cours de maths en prétextant que tu pensais que le prof était gréviste. »

« Si tu crois que mon père aurait supporté untel mensonge… »

« Et les cours de gym ? Tu étais assidu évidemment. Tu n’as jamais prétendu avoir oublié tes affaires de sport dans le but de pouvoir aller tranquillement buller en permanence ? »

« Je n’ai même jamais pensé qu’une telle vilénie puisse se pratiquer. »

« Et lorsque le professeur demandait un volontaire pour être chef de classe, tu te précipitais le premier. »

« J’ai toujours eu le sens des responsabilités. Tout le monde ne peut pas en dire autant. »

« Et au moment de la signature du bulletin de note, aucune tentative de grattage ou de falsification, bien sûr ? »

« Non mais, pour qui tu me prends ! De telles errements forment de futurs repris de justice. »

« Bon… bin… papa, tu n’as pas dû te marrer souvent quand tu étais jeune. »

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