Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Transparence

16 septembre, 2021

« C’est ainsi : quand je suis quelque part, c’est comme si je n’y étais pas. J’ai l’impression d’être transparent. Personne ne fait attention à moi. »

« Il est vrai, mon pauvre, que vous n’avez pas beaucoup de présence physique. Je ne sais même pas si vous êtes présent quand je vous parle. »

« Il y a pire. Quand je dis quelque chose, personne n’en fait cas, personne ne répond. C’est comme si je n’avais rien dis. »

« Vous êtes l’homme invisible. Vous êtes sur que vous avez une ombre ? »

« C’est ça. Des fois, des gens me marchent sur les pieds et ne s’excusent pas. Si je leur casse la figure, ils vont dire qu’ils se sont pris la porte sur le nez. »

« Si personne ne vous remarque, cela peut être un avantage : vous pouvez écouter ce que disent les gens ou regarder ce qui ne vous regarde pas. »

« J’aimerais mieux qu’on tienne compte de ma présence sur Terre. »

« Mon pauvre, nous serons bientôt dix millions, alors s’il faut tenir compte de l’amour-propre de chacun. »

« En plus, quand nous sommes plusieurs personnes à table, je me tape toujours le bout de table. Ou alors à côté d’une personne encore plus transparente. On ne tient pas compte de moi, sauf pour partager l’addition finale. »

« Il faut vous reprendre, mon vieux ! Faites quelque chose d’exceptionnel ! »

« Je me suis pourtant qualifié pour la finale du concours des spaghettis bologneses, mais personne n’a perçu l’importance de l’évènement. »

« Et quand vous n’êtes pas là, qu’est-ce qui se passe ? »

« Rien. Quand le rien n’est pas là, il ne se passe rien. Personne ne me demande où j’étais. Personne ne se souvient de mon absence. »

« C’est curieux, en effet. Le mieux ce serait que vous vous liez avec quelqu’un qui soit encore plus nul que vous. Ce serait le moins que rien. »

« Vous croyez ? S’il est moins que rien, je ne vais pas le remarquer. »

« Dites-vous que vous rassurez les gens qui se prennent pour quelqu’un. Et croyez-moi, ils sont très nombreux dans tous les domaines. »

« Si je vous suis bien, je pourrais rassembler les moins que rien et devenir quelqu’un dans le domaine de la nullité. »

« Ce ne serait pas si mal que ça. »

« Est-ce que je n’aggrave pas mon cas ? Un rien qui parle au nom de plusieurs riens, ça donne quoi. »

« Il est vrai qu’il vous faudrait un sujet. Dite n’importe quoi, de toute façon, comme vous êtes transparent, ça ne dérangera personne.  Vous pourriez même vous habillez n’importe comment, personne ne le verra. »

« Résumons-nous. Je suis un rien qui parle des riens, en disant n’importe quoi, habillé n’importe comment. Il faudra juste que je ne me fasse pas remarquer. »

Le temps des discours

12 septembre, 2021

« Bon, ben… je vais faire un petit speech ! »

« Oui, mais alors pas trop long, je n’ai pas que ça à faire. »

« Qu’est-ce que je pourrais dire ? »

« Débrouillez-vous. Parlez pour ne rien dire. Si vous voulez passer l’examen de politicien supérieur, c’est une épreuve obligatoire. »

« Je pourrais parler de l’unité nationale. »

« Oui, ça c’est bon, ça ne mange pas de pain. Dites aussi que la jeunesse est notre avenir, en ayant l’air convaincu, comme si personne ne s’en doutait. »

« Je peux peut-être placer un mot sur la grandeur de la France. »

« Très bien, ça fait toujours plaisir. Mais inutile de rappeler qu’on n’a pas gagné l’Euro de foot. Vous pourriez plutôt affirmer que vous défendez les plus faibles.»

« Euh, les gens préfèreraient peut-être qu’on leur parle de leurs salaires, non ? »

« Non. Ils veulent forcément être augmentés, ce n’est pas la peine de le leur laisser espérer. »

« J’ai trouvé : je vais dire que je serai très ferme avec ceux qui ne respectent pas la loi. »

« Si vous voulez, ce n’est pas très original, mais enfin… ça peut vous faire gagner deux minutes. »

« Croyez-vous que je puisse dire des choses concrètes ? « 

« Surtout pas ! Vous tenez à ce qu’on vous dise que vous n’êtes qu’un charlatan qui ne tient pas ses promesses ? Non, restons abstraits ! »

« Et le retour de l’autorité. En général, ça marche bien ! »

« Non, pas trop. Vous allez faire peur. Essayez d’être humain : parler de votre famille, de vos enfants, de votre maman. »

« C’est-à-dire que Josiane ne veut pas que je fasse de politique. Mes enfants s’en foutent tant que je ne leur pique pas leurs tablettes. Et ma mère m’a toujours pris pour un incapable. »

« Inventez, mon vieux ! La fiction est toujours plus belle que la réalité. Faites-vous photographier avec Josiane. »

« Voilà qui va être compliqué, ça fait trente ans qu’elle n’a pas souri. »

« C’est embêtant. Il faudrait arriver à dire que la famille c’est le fondement de notre société. Empruntez la femme de Martin ! »

« Je ne suis pas sûr qu’il veuille me prêter sa femme. On a déjà eu une discussion un peu tendue sur ce sujet ! »

« Bon, finalement, le mieux serait de parler de liberté. Tout le monde est d’accord là-dessus. »

« Vous croyez ? Les gens aiment la liberté à condition que ce soit la liberté de faire ce qu’ils veulent sans tenir compte de l’intérêt collectif. »

« Ce n’est pas faux. Mais tenez-vous en aux mots qui sonnent agréablement à l’oreille de vos électeurs, tout en vous indignant de la démagogie de vos adversaires. »

Des enfants bien elevés

9 septembre, 2021

« Alors comme ça, votre gamin regarde des pornos sur Internet ? »

« Nous avons sévi ! Nous sommes des parents responsables tout de même ! »

« Il fait ses devoirs à la maison ? »

« Oui, enfin… quand je ne sais pas faire. Parce que les maths, moi… D’ailleurs, on peut se demander à quoi ça sert puisque je les ai oubliées. »

« Et les dissertations ? »

« J’étais très fort au lycée. Mais là, j’ai eu une déconvenue. Je n’avais pas la même interprétation que la prof d’un texte de Rousseau. J’ai eu 6 sur 20.  Mon gamin n’était pas ravi. »

« Il a des autorisations de sortie. »

« Benjamin a 13 ans, nous bloquons la porte de sa chambre le samedi soir. Comme on est au 4e étage, on est tranquille. Quant à Sophie, 10 ans, elle fait ce qu’on lui dit, non mais alors ! De toute façon, ils n’ont pas le permis ! »

« Evidemment, ils ont un téléphone portable ou une tablette. Ou les deux. »

« Bien entendu, il n’était pas question qu’ils soient moins bien équipés que les enfants de Duplantier. Mais nous restons raisonnables, nous changeons leurs mobiles tous les six mois seulement ! »

« Et comment vous les nourrissez ces sauvages ? »

« Nous avons limité les repas constitués de frites à 5 par semaine. La bouteille de ketch-up est sous clé. Les céréales au petit déjeuner sont obligatoires, sous peine de légumes au repas de midi. Vous voyez : ça ne rigole pas ! »

« En effet. Bien entendu, je suppose qu’ils ne font aucun sport. »

« Pardon ! Pardon ! Benjamin fait ping-pong ! Nous l’avions inscrit au judo, mais il a confondu ce noble sport avec une castagne de rue. Quant à Sophie, elle est au club de lancer de fléchettes. Nous l’avions mise au basket, mais elle a déposé une réclamation à la fédération parce que le ballon est trop gros. »

« En effet, c’est un problème. Et les chambres sont-elles rangées ? »

« Nous avons obtenu un rangement une fois par mois après une négociation un peu difficile. D’ailleurs, ils ont demandé une revalorisation de leurs indemnités de rangement. »

« Je suppose qu’ils sont très investis dans les relations familiales. »

« Tout à fait, sauf avec la tante Adèle qui a de la moustache. Et l’oncle Edouard qui empeste l’alcool, ce qui n’est pas un exemple très recommandé pour les jeunes. »

« Euh… question délicate : est-ce que vos gamins vous parlent en français ? Parce que les miens marmonnent dans une langue dont je n’ai pas encore compris l’origine. »

« Vous touchez effectivement un point sensible. Mais ils sont en progrès, ils prononcent quelques mots : c’est clair, grave, je kiffe… vers midi, ils arrivent à dire : ‘faim’, ‘soif’… »

« En effet, ils sont presque civilisés. Vous pourriez en faire des politiciens. Il n’y a pas besoin de connaître beaucoup de mots : croissance, impôts, police… »

Standardisation

7 septembre, 2021

« Halte aux cadences trop lentes. »

« Vous voulez dire trop rapides ? »

« Non, trop lentes ! Il faut produire plus vite. Nos processus de production ne sont pas assez véloces. Il faut davantage standardiser les produits. »

« C’est déjà le cas ! Les maisons, par exemple, sont des cubes qui se ressemblent tous ! »

« Pas du tout. Certaines sont des cubes un peu plus grands que les autres ! Il faut tout mettre aux normes, sinon on perd du temps ! »

« Et les voitures ! On met le même moteur partout et on fait de petits changements sur les carrosseries pour donner l’impression à l’acheteur qu’il a un modèle original. »

« Peut-être, mais il faut aller beaucoup plus loin. Pourquoi des couleurs différentes ? Peignons toutes les voitures en bleu et puis c’est bon ! »

« Heureusement que j’ai encore le choix de ma marque de dentifrice ! »

« Mais mon pauvre ! C’est le même partout, il n’y a que le tube qui change. Réduisons le nombre de tubes à un, c’est largement suffisant. »

« Et pour mes vacances, je peux toujours aller dans le Cantal ? »

« Et puis encore quoi ? Vous devez faire comme tout le monde : vous entassez sur les côtes, ça permet de mieux amortir les coûts fixes des hôteliers. »

« Et mon costume cravate, vous n’allez pas me dire que sa production n’est pas assez standardisée : on a tous le même. »

« Chez les Asiatiques peut-être, mais ce n’est pas là-dessus que nous allons faire des gains de productivité. »

« Si je vous suis bien, il faut bannir tout originalité. »

« Tout à fait, vos petits goûts fantaisistes font perdre du temps aux producteurs ! Arrêtez le snobisme ! Mettez le pyjama de tout le monde pour dormir, personne ne s’en apercevra ! »

« Et pour les romans ? Ils se ressemblent déjà beaucoup : il y a les brigands, les flics qui courent après, quelques morts au passage… »

« Non, ça ne va pas. J’ai lu des romans dans lesquels on ne savait plus qui étaient les bons et les méchants. Et puis, si on les mettait en photos sur la quatrième de couverture, ça irait encore plus vite. »

« Vous avez raison : ne vendons que des couvertures ! Nous pourrions même standardiser les couvertures ! Et pour les copains ? »

« Comment ça les copains ? »

« Il faudrait aussi standardiser ses copains et les copines. »

« C’est un peu le principe des sites de rencontre. On définit les types de copains ou copines qu’on veut, ça va plus vite pour se plaire. »

« Remarquez qu’on pourrait aller encore plus vite en supprimant les rencontres. Restons chez nous, ça économise de l’énergie ! »

Un polisson

29 août, 2021

« Madame, vous me repoussez alors que mon cœur brûle d’amour pour vous ! J’en suis profondément blessé. »

« C’est-à-dire que vous n’êtes pas très beau ni très riche, baron ! Donc, ça m’arrangerait que vous bruliez ailleurs ! »

« Avez-vous bien regardé mon arbre généalogique, comtesse ? Mon ancêtre Pierre-Auguste s’est distingué à la bataille de Bouvines aux côtés du roi Philippe ! »

« C’est-à-dire que je n’ai pas l’intention d’épouser votre ancêtre, baron. »

« Et mon habileté au jeu du tric-trac ? N’y-a-t ’il pas là une originalité capable de retenir l’attention de vos sentiments à mon égard ? »

« Euh… je n’ai pas vraiment l’intention de passer mon temps en jouant aux dés avec vous ! »

« Feu la baronne, ma mère, m’a légué des dons de cuisiniers tout à fait extraordinaires ! « 

« Ne vous fatiguez pas, cher ami. J’ai un homme de l’art qui réussit des bouchées à la reine merveilleuses, sans compter des montagnes de pâtisseries des plus fines ! »

« Bon alors que puis-je faire pour vous divertir ? Vous contez quelques historiettes particulièrement lestes ? Quelques grivoiseries amusantes ? »

« Monsieur ! Me prenez-vous pour une femme de mauvaise vie ? »

« Pas du tout, je cherche à remonter dans votre estime, madame qui me traitez si bas. Peut-être une petite improvisation au clavecin… »

« Dois-je vous rappeler que toute la Cour s’est moquée de votre dernière prestation, baron ? Sa Majesté s’en est vivement gaussée. »

« Je vois que vous prêtez l’oreille à de mauvaises rumeurs. Savez-vous que sa Majesté s’est prise d’un réel intérêt pour ma collection de boîtes de fromage ? »

« Je ne manquerais pas d’en faire part à mon fromager, mais je serais plutôt tentée par une collection de pierres précieuses dont je pourrais faire monter les joyaux en colliers. Vous n’auriez pas quelque chose comme ça, monsieur ? »

« Non, par contre, j’ai une très belle galerie de tableaux exécutés par des artistes orientaux qui sont d’une finesse exquise. »

« N’êtes-vous pas en train de me parler de vos estampes japonaises, monsieur. La marquise Dubout a déjà eu l’avantage de les visiter. Elle fut fortement étonnée que cette exposition se termine dans votre boudoir, monsieur. »

« La marquise n’a pas votre goût pour les belles choses, madame. Elle n’a pas la luminosité de votre regard, la douceur de votre peau ou l’élégance de vos gestes. »

« Monsieur, veuillez cesser ces viles flatteries avant que je décide de les rapporter au comte, mon époux, qui pourrait s’en trouver contrarié et vous provoquer en duel. »

« Monsieur le Comte étant atteint par les maladies relatives à son âge, je crois que je vais continuer à louer votre grande beauté, madame. »

« Vous êtes un fripon, baron. Rhabillons-nous et fuyez de mes appartements ! »

Par procuration

22 août, 2021

« Qu’est-ce que vous faites ? »

« Je découpe des photos de vedettes que je collectionne dans un grand livre. »

« Quelles vedettes ? »

« Cinéma, chanson, sport, journalisme… enfin tous les gens qui font parler d’eux, quoi ! »

« Vous êtes un vrai groupie… C’est bizarre, que ma gamine collectionne des photos de chanteurs, je peux comprendre… Mais vous, à quarante-huit ans… »

« Non, ce n’est pas curieux. A mon âge, j’ai eu le temps de comprendre que je ne serai jamais quelqu’un de célèbre. Personne n’a créé la cérémonie des César de la plomberie qui pourrait me mettre en évidence… »

« Donc, vous cherchez à vivre des moments de gloire par procuration… »

« C’est à peu près ça. Regardez la tête de Dumollard qui reçoit son Oscar. En regardant bien la photo, je m’insinue dans son esprit pour savoir l’impression que ça fait. »

« Et ça fait quelle impression ? »

« J’avoue que je suis très heureux, mais vous constaterez quand même mon maintien modeste. »

« Et cette photo-là, avec une chanteuse à la mode en bikini. »

« Je ne la regarde pas tellement, parce que Thérèse n’aime pas trop l’air extatique qui me saisit dans ces moments-là. »

« Vous avez aussi une photo du ministre Duplantier sur son yacht de luxe. Comment vous sentez-vous dans ce symbole du capitalisme dominant ? »

« J’ai tout fait pour me cacher, tout en laissant venir quelques photographes. Sur le pont du bateau, je pense à tous ces contribuables qui, en voyant que je la coule douce, sont en train de se demander pourquoi ils ont voté pour moi. »

« Effectivement, c’est bien ce qu’on voit en observant votre air arrogant et satisfait. »

« Et celle-là, vous avez vu. Je sors d’un restau populaire pour bien montrer qu’en dépit de mon immense fortune, je suis un grand modeste, proche des gens. »

« Et là, malgré vos lunettes noires, on vous reconnait en compagnie d’un homme politique d’extrême-droite. C’est un peu gênant, non ? »

« Pas du tout ! J’ai fait faire cette photo pour pouvoir diffuser un communiqué sanglant dans lequel je combats les idées extrémistes. Avec une belle polémique comme ça, j’ai tenu la Une des journées pendant quinze jours ! »

« Donc, vous voulez faire parler de vous. »

« Evidemment, sinon à quoi ça sert tout ça ? Et regardez celle-là, je suis en compagnie de footballeur célèbre du genre à valoir 150 à 200 millions d’euros. Je peux faire valoir mon côté sportif qui ne saute pas aux yeux au premier coup d’œil. »

« Et là, cette photo, c’est qui ? »

« Non, ce n’est rien. C’est mon beau-frère qui est boulanger. Je suis allé au baptême de sa fille, mais il n’y avait pas de vedettes. »

Couché, assis, debout

19 août, 2021

« J’aime bien rester couché le week-end ou alors me payer une petite sieste dans le hamac après le repas ».

« Oh, mon pauvre, c’est socialement très mal vu ! »

« Ah bon ! Il faut faire comment alors ? »

« On doit vous croiser debout, la mine fière et énergique. Vous devez marcher d’un pas ferme et décidé, surtout dans les couloirs de l’entreprise. Si vous pouviez avoir un gros dossier sous le bras, c’est encore mieux. »

« Ah, mince, c’est fatigant tout ça ! »

« Peut-être mais socialement, vous êtes jugé sur votre allure encore plus que sur votre visage ou vos vêtements. »

« Je peux courir. »

« Oui, vous levez tôt le samedi matin pour votre jogging, c’est pas mal. Mais alors, n’avancez pas en petites foulées, façon pépère ! »

« Comment il faut faire ? »

« Grandes foulées élastiques. Soufflez fort pour qu’on sente bien que vous ne faites pas semblant. Quand vous vous arrêtez faites quelques exercices d’assouplissement, pour que tous ceux qui vous regardent sachent qu’ils n’ont pas à faire à un amateur. »

« Et mon fauteuil en cuir, je l’utilise quand ? »

« Lorsque vous recevez. Et bien entendu ne vous vautrez pas comme vos gamins. Dites à Thérèse d’éviter de mettre un petit napperon derrière voter tête, façon grand-mère. »

« Je peux quand même m’asseoir pour manger. »

« Oui, mais alors à la cuisine. Ne soyez pas comme tous ces bof qui regardent la télé en dînant. »

« Et pour le petit déj ? »

« Le mieux, c’est debout. Vous buvez votre café à toute vitesse en disant que vous êtes en retard. Ça fait celui qui a un rendez-vous ou un boulot important. »

« Il faut s’agenouiller ? »

« A l’église, oui. A la maison, vous pouvez vous accroupir devant votre gamin qui joue à terre, c’est l’attitude du père moderne qui essaie de s’intéresser à l’éveil de l’enfant. »

« Il y a des façons de s’asseoir ? »

« Oui. Au bureau, débrouillez-vous pour avoir des accoudoirs. En plantant vos coudes, les doigts joints devant votre visage, vous pouvez vous donner un air réfléchi. »

« Et sur mon fauteuil ? »

« Le soir, quand vous rentrez, vous pouvez vous jetez dessus en vous tassant discrètement. A ce moment-là, dites que vous êtes crevé, avec un peu de chance vous éviterez les tâches ménagères. »

« J’ai le droit de m’allonger pour dormir quand même. »

« Oui, mais alors ne tapotez pas votre oreiller avant de vous allongez, ça fait encore pépère. »

Cours de langue

11 août, 2021

« Il faut savoir traduire ce qu’on dit. »

« Comment ça ? On parle français, non ? »

« Oui, mais quand je vous dis ‘il fait beau, hein’, il faut comprendre que j’essaie d’être poli, mais que je n’ai pas grand-chose à vous dire. Par conséquent, ça veut dire que vous ne m’intéressez pas tellement. »

« C’est sympa, votre truc. »

« Et quand je dis que ‘Dugenou est intelligent’, ça veut dire qu’il est certes intelligent, mais qu’il n’a pas beaucoup d’autres qualités humaines. »

« Vous êtes sûr ? »

« Oui, il faut savoir décoder ! Parfois, les choses veulent dire le contraire de ce qu’elles disent. Supposons que vous m’invitez à diner et que votre repas est très mauvais. Je vous dirais quand même : c’était délicieux. »

« Mais Thérèse cuisine très bien ! »

« Et si je vous dis que vous faites des progrès en tennis, j’ai l’air de vous complimenter, alors que je pense que votre niveau est très bas, mais que j’ai besoin d’un partenaire. »

« Ah mince ! Moi qui croyais que j’étais devenu bon ! »

« Bon ! Et quand je vous dis que votre dernier rapport est intéressant, qu’est-ce que vous comprenez ? »

« Euh … que j’ai bien travaillé ! »

« Non, ça veut dire soit qu’il ne casse pas les barres, soit même que je ne l’ai pas lu ou alors en diagonale et que j’essaie de faire celui qui l’a lu ! »

« Quelle hypocrisie ! »

« Oui, la langue ne véhicule pas seulement des idées, mais aussi des sentiments cachés. Par exemple, je ne vous aime pas trop, mais j’ai besoin que vous croyiez que je vous estime., alors je vous dis que j’ai grande estime pour vous.

« Donc, quand Thérèse me dit que je suis un homme bien, ça ne veut pas forcément dire que je suis un homme bien ? »

« Je serais à votre place, je me méfierais. Regardez bien l’expression de son regard, c’est la seule chose qui ne mente pas. »

« Est-ce qu’on peut croire les gens qui me disent qu’ils respectent mon opinion ? »

« Surtout pas. Ils vous disent non seulement qu’ils ne sont pas de votre avis, mais qu’en plus ils n’en ont rien à faire. »

« Très intéressant. Et si je disais tout de go à Dugenou que ses opinions politiques sont complètement nulles, ce ne serait pas plus simple ? »

« Oui, mais lui va comprendre qu’il doit vous mettre son poing sur la gueule. Les phrases hypocrites servent en général à vivre en paix en collectivité. »

« Bon… Votre conversation est très intéressante. »

Un rêve historique

1 juillet, 2021

« J’ai vu deux silhouettes dans l’ombre d’une forêt profonde. J’ai reconnu Duplantier et Louis XIV. »

« Duplantier, le patron ? Qu’est-ce qu’il faisait là ? »

« Lui et Sa Majesté rigolaient comme deux bossus. On aurait dit deux chenapans qui viennent de jouer un mauvais sort. »

« Tu es sûr que c’était Louis XIV ? »

« Ou peut-être Louis XIII. A une unité près, on ne va pas chipoter. Le plus grave, c’est que le carrosse du cardinal est apparu… »

« Allons bon ! Mazarin ? Richelieu ? »

« C’était Richelieu, je suis sûr. Il avait marqué son nom sur la porte de son carrosse, mais ce n’était pas encore le plus important. Il y avait sa maîtresse dans sa voiture. Et tu sais qui c’était sa maîtresse ? »

« Brigitte Bardot ? »

« Non, ne dis pas de bêtise. C’était la mère Poulard, du service du personnel. »

« Nooooooooon ! Je ne savais pas qu’elle sortait avec le cardinal. Dumartin, du service informatique va faire une drôle de tête !!  Et alors qu’est-ce qui s’est passé ! »

« La mère Poulard a exigé qu’on fasse un pique-nique ! »

« Toujours dans la pénombre de la forêt ? »

« Oui, le cardinal n’osa pas lui refuser. Il a appelé les cuisines sur son Smart Phone pour que des cuisiniers apportent de quoi se restaurer. »

« Et Duplantier pendant ce temps-là ? »

« Il jouait à saute-mouton avec le roi en attendant le déjeuner. Le roi en a eu vite assez. Il a demandé qu’on lui amène quelques ribaudes pour se divertir davantage. Et tu ne sais pas qui on lui a présenté ? »

« Non, j’ai hâte de le savoir. »

« Thérèse, ta femme ! »

« Oui, mais alors là, je ne suis pas tellement d’accord. Sa Majesté n’a pas à trousser la femme des autres. »

« Le cardinal est intervenu pour dire, qu’en effet, c’était un péché. Lui le fait couramment, mais enfin c’est un cardinal… Duplantier aussi a engueulé sa Majesté. »

« Comme quand il nous engueule en réunion de service ? »

« Oui, à peu près. Sa Majesté lui a répondu que s’il n’était pas content, il en avertirait le siège de New-York, voire le président des Etats-Unis en personne. »

« Et Thérèse, j’aimerais bien savoir ce qu’elle fait la nuit au fond des bois. »

« Elle a rejoint la mère Poulard dans le carrosse du cardinal. Elles ont gloussé à qui mieux-mieux. Je pense que la mère Poulard lui racontait les polissonneries du cardinal. »

« Et au final ? »

« Tout s’est terminé par un vaste pique-nique au clair de lune. Le roi a exigé que la barde soit attaché à un arbre. Et Obélix est arrivé en portant un plat avec un rôti de sanglier fumant. »

Un rêve historique

27 juin, 2021

« J’ai vu deux silhouettes dans l’ombre d’une forêt profonde. J’ai reconnu Duplantier et Louis XIV. »

« Duplantier, le patron ? Qu’est-ce qu’il faisait là ? »

« Lui et Sa Majesté rigolaient comme deux bossus. On aurait dit deux chenapans qui viennent de jouer un mauvais sort. »

« Tu es sûr que c’était Louis XIV ? »

« Ou peut-être Louis XIII. A une unité près, on ne va pas chipoter. Le plus grave, c’est que le carrosse du cardinal est apparu… »

« Allons bon ! Mazarin ? Richelieu ? »

« C’était Richelieu, je suis sûr. Il avait marqué son nom sur la porte de son carrosse, mais ce n’était pas encore le plus important. Il y avait sa maîtresse dans sa voiture. Et tu sais qui c’était sa maîtresse ? »

« Brigitte Bardot ? »

« Non, ne dis pas de bêtise. C’était la mère Poulard, du service du personnel. »

« Nooooooooon ! Je ne savais pas qu’elle sortait avec le cardinal. Dumartin, du service informatique va faire une drôle de tête !!  Et alors qu’est-ce qui s’est passé ! »

« La mère Poulard a exigé qu’on fasse un pique-nique ! »

« Toujours dans la pénombre de la forêt ? »

« Oui, le cardinal n’ose pas lui refuser. Il a appelé les cuisines sur son Smart Phone pour que des cuisiniers apportent de quoi se restaurer. »

« Et Duplantier pendant ce temps-là ? »

« Il jouait à saute-mouton avec le roi en attendant le déjeuner. Le roi en a eu vite assez. Il a demandé qu’on lui amène quelques ribaudes pour se divertir davantage. Et tu ne sais pas qui on lui a présenté ? »

« Non, j’ai hâte de le savoir. »

« Thérèse, ta femme ! »

« Oui, mais alors là, je ne suis pas tellement d’accord. Sa Majesté n’a pas à trousser la femme des autres. »

« Le cardinal est intervenu pour dire, qu’en effet, c’était un péché. Lui le fait couramment, mais enfin c’est un cardinal… Duplantier aussi a engueulé sa Majesté. »

« Comme quand il nous engueule en réunion de service ? »

« Oui, à peu près. Sa Majesté lui a répondu que s’il n’était pas content, il en avertirait le siège de New-York, voire le président des Etats-Unis en personne. »

« Et Thérèse, j’aimerais bien savoir ce qu’elle fait la nuit au fond des bois. »

« Elle a rejoint la mère Poulard dans le carrosse du cardinal. Elles ont gloussé à qui mieux-mieux. Je pense que la mère Poulard lui racontait les polissonneries du cardinal. »

« Et au final ? »

« Tout s’est terminé par un vaste pique-nique au clair de lune. Le roi a exigé que la barde soit attaché à un arbre. Et Obélix est arrivé en portant un plant avec un rôti de sanglier fumant. »

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