Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Les circonstances

21 avril, 2019

« Est-ce que je peux participer à un concours de circonstances ? Je me sens assez en forme ! »

« Non, ce n’est pas possible. Dans cette circonstance, ‘circonstance’ signifie : à cette occasion. »

« Vous avez une occasion à vendre ? »

« Non, vous ne comprenez rien. Je vous dis que ‘dans ces circonstances ‘, cela veut dire ‘dans cette conjoncture’. »

« Puisqu’on en parle, comment la trouvez-vous cette conjoncture ? Morose, économique, internationale ? »

« A la place de ‘circonstance’, vous pouvez aussi dire ‘contexte’. Vous débutez votre texte par ‘Dans ce contexte…’ »

« Il n’est pas aussi bête que ça, mon texte. »

« Vous pouvez aussi écrire ‘Dans ces conditions… ‘ »

« C’est vrai, nous n’avons pas encore parlé des conditions financières, je n’écris pas gratuitement. »

« Il faut avoir une bonne condition physique pour vous suivre. Si nous revenions aux circonstances. »

« Bon, d’accord… je parlais de concours pour faire un jeu de mots ! Je sais bien ce que c’est que ‘les circonstances’. »

« Et alors ? »

« Circonstances, c’est un peu n’importe quoi. C’est pour dire en un mot tous les évènements qu’on a la flemme d’énumérer parce qu’on s’en fiche : le discours du président, la victoire du PSG, les mauvaises notes de votre gamin, la gastro de votre cousine, etc… »

« C’est vrai. Il y a plein de mots qui ne désignent rien, c’est-à-dire tout. Quand le général disait : les choses étant ce qu’elles sont, on ne savait pas ce qu’étaient les choses, mais on comprenait parce que c’était le général. »

« N’oublions pas que les circonstances peuvent être exceptionnelles. »

« A condition que les conditions soient favorables et le contexte propice. Tout ça dans une conjoncture internationale dynamique et dans un paysage social apaisé. C’est évident ! »

« Je ne comprends plus rien à ce texte. »

Un grand séducteur

18 avril, 2019

« Tu me trouves séduisant ? »

« Plus ou moins. »

« Voilà une réponse ambigüe. Il faudrait être plus précise. Par rapport à Georges, par exemple, je suis plus séduisant ! »

« Oui, mais là tu n’as pas beaucoup de mal. Ce pauvre Georges ne séduit personne, sauf madame Duplantier, sa concierge. »

« Bon ! et par rapport à Dugenou ? Tu sais bien, mon collègue qui marche en canard ? »

« Là, c’est kif-kif. Dugenou marche peut-être en canard, mais il a une bonne dose d’humour, lui ! »

« J’en étais sûr ! Pour vous plaire, vous les femmes, il faut vous faire marrer. Tu te rends compte que la vie n’est pas toujours drôle. »

« Oui, j’avais remarqué, mais ce n’est pas une raison pour la traverser en faisant une tête d’enterrement. »

« N’empêche que ton attirance pour Dugenou me déçoit beaucoup Marthe. As-tu bien intégré qu’il est nul en tennis ? »

« Peut-être, mais il a un sourire ravageur, lui ! »

« Bon, alors prenons Mollard. Tu sais bien Mollard ! Tu ne vas me dire que Mollard est plus séduisant que moi. »

« Euh… Je ne dirais pas qu’il est beau, mais il a déjà conduit des voitures de course, lui ! »

« Qu’est-ce qu’elle a ma Twingo ? »

« Rien. C’est toujours mieux que ton ancienne 4 L. »

« Si j’ai bien compris, je bats Georges, mais je ne te plais pas plus que Dugenou et Mollard. »

« C’est-à-dire que Dugenou et Mollard ont traversé la Sibérie à cheval, pendant que certains se faisait cuire sur la plage de Grau-du-Roi. Ils ont plein de choses intéressantes à raconter. »

« Si je t’ai bien suivi, tu ne tiens aucun compte de ma beauté physique. »

« Ben… non ! »

Mince.

16 avril, 2019

« Ah mince, j’ai encore grossi ! Je n’aurais peut-être pas dû m’acheter cette balance électronique. Elle est impitoyable. »

« Et moi, alors ! J’ai essayé tous les régimes et… ça ne m’a rien fait. Ce sont des arnaques ! »

« Moi, je n’ai rien essayé et ça ne m’a rien fait non plus. Je suis toujours au même poids. »

« On dirait que les marchands de régime minceur sont de mèche avec les professionnels du textile, parce que je n’ai plus un pantalon qui me va ! »

« Moi, j’ai acheté un pantalon à ceinture extensible, mais même lorsqu’elle est élargie au maximum, ça ne va pas. »

« Pourtant je ne mange pas tellement. Il doit y avoir des trucs dans mon corps qui font exprès de me fabriquer de la graisse pendant que je ne regarde pas ! »

« C’est vrai. Pendant qu’on dort, on ne surveille rien et pendant ce temps là le corps fait ce qu’il veut, bien tranquillement, dans son coin. »

« Remarquez à nos âges, un peu de ventre, ça a son charme. On voit qu’on a affaire à un homme d’expérience ! »

« Je préfèrerais tout de même avoir une silhouette de grand sportif, avec des épaules carrées et des abdos d’enfer. »

« Ne nous plaignons pas trop. J’arrive encore à ouvrir un pot de confiture à la force du poignet. »

« Et moi je monte les deux étages à pied au bureau. Bien obligé, au service administratif, ils m’ont dit qu’il n’y a plus de sous pour réparer l’ascenseur. »

« Finalement, il faut que nous gardions la forme pour affronter les impondérables de la vie. J’ai quand même besoin de lever le pied pour botter le derrière de mon gamin de temps en temps. »

« Et moi, il faut que je courre pour attraper mon bus, je suis tout le temps en retard. Et j’en ai marre de voir le rictus de compassion du chauffeur quand il fait exprès de démarrer sous mon nez. »

« A propos, vous avez vu que le nouveau patron a décrété un running obligatoire pour tout le monde, dimanche matin. »

« On va être ridicules. »

De qui se moque-t-on ?

14 avril, 2019

« Vous passez votre temps à vous moquer des gens. Ce n’est pas très sympa. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je fasse d’autre ? Certes, je pourrais les admirer, mais par comparaison ça me ferait prendre conscience de mes insuffisances, ce serait très frustrant. »

« Vous pourriez aussi les aimer. »

« Il faudrait que ce soit réciproque, sinon c’est encore moi qui vais souffrir. Et puis se moquer, c’est aimer un peu, non ? »

« Ou alors, vous pourriez échanger des idées tout simplement. »

« Il faudrait qu’ils aient les mêmes idées que moi, ce qui n’est pas très fréquent. A défaut, je vais être tenté de tourner les leurs en dérision, ce qui va encore me valoir des tas d’histoires. »

 « Vous n’êtes pas très convivial. Vous pourriez partager un bon repas avec les autres tout en disant n’importe quoi sur le temps, les programmes de télé, le gouvernement…Ça se fait. »

« Je préfère nettement me moquer des autres. Il y a ceux qui résistent et ceux qui me cassent la figure. Comme ça, ça sélectionne. »

« Et si les gens se moquaient de vous ? »

« Non, ça je n’aime pas tellement. Ils vont faire ça n’importe comment, alors que moi je le fais en finesse avec une ironie subtile. »

« Vous vous rendez compte que ça peut blesser vos interlocuteurs ? »

« Désolé, mais la vie est un combat. Moi, je me protège. Comme je peux. Chacun en fait autant. »

« Et ça fait longtemps que vous vous fichez de la figure du monde ? »

« Depuis l’école. J’imitais les instits. Quand ils avaient le dos tourné, évidemment. Quand on se gausse des gens, il faut avoir un certain sens de la lâcheté. »

« Et au boulot ? »

« J’étais le roi de l’imitation sarcastique à la cantine. Enfin jusqu’à ce que Dugenou me dénonce au Patron. Il a été lui dire que j’étais complètement irresponsable et donc inapte à la promotion que nous ambitionnons tous les deux. »

On va au resto ?

11 avril, 2019

« On va au restau. Je n’ai pas envie de faire à manger. »

« Oh, mince ! Il va falloir s’habiller correctement et puis il va falloir se parler. Un couple qui ne se parle pas au restau, c’est sordide. »

« T’as raison. De quoi on pourrait se parler ? »

« Evitons de discuter de ta mère, ça va m’énerver et ça va encore mal se finir. Comme hier. »

« Et la tienne, tu crois que c’est un sujet ? »

« Bon, on ne va tout de même pas causer littérature, puisque tu n’aimes pas bouquiner ! »

« Je te remercie de bien insister sur mon manque d’appétit culturel. Arrête un peu de faire ton malin. »

« Je ne vais pas te parler de mes problèmes de bureau. Mon patron m’a convoqué ce matin et m’a dit que… »

« Non, ça ne m’intéresse pas vraiment. J’ai déjà assez de problèmes avec le mien. On ne va pas se gâcher la soirée. »

« Alors, on parle de quoi ? Fais de propositions puisque tu es si forte. »

« Choisissons nos prochaines vacances, en évoquant des destinations de rêve : Tahiti, les Marquises, les Seychelles… »

« Euh, il vaut mieux évoquer autre chose : on a tout juste le budget pour aller à Palavas-les-Flots comme chaque année. »

« J’te jure, c’est simple de trouver un sujet avec toi. J’espère que tu ne compte pas sur moi pour refaire le match du PSG. »

« Bon ! Soyons simple. Nous pourrions médire des comportements des gens qui sont autour de nous. En général, il y a de quoi dire, on trouvera surement des couples ridicules dont nous pourrions rire. »

« La dernière fois, ce sont les autres qui se sont moqués de nous. »

« Tu crois ? De quoi se mêlent les gens ? »

« Tu étais en bermuda et nu-pieds. Et en plus tu lorgnais une fille qui était à trois mètres de nous. »

« Finalement, si on n’allait pas au restau, parce que ça t’éviterait de me faire des remarques désobligeantes alors que j’essayais simplement d’être décontracté. »

« Tu as raison, d’autant plus que je n’ai pas envie de louper un épisode de mon ‘Plus belle la vie’ »

Qu’est-ce qu’on peut dire ou pas ?

7 avril, 2019

« T’es bourré ? »

« Non, pourquoi tu dis ça ? »

« Tu n’arrêtes pas de dire que tu aimes tout le monde : Zidane, ton plombier, ta belle-mère, le Président de la République… »

« Et alors ? Si on s’aimait tous, tu ne crois pas que ça arrangerait bien de problèmes. Aucun rapport avec les deux bouteilles que je viens de vider. »

« Quand on est sobre, on n’aime pas tout le monde ! Ce n’est pas possible. Par exemple, la semaine dernière, tu m’as dit : j’exècre Dugenou. »

« C’est terrible : si on boit, on se détruit la santé et si on est à jeun, on est méchant avec les autres. Ceci dit, c’est vrai que Dugenou ne m’est pas sympathique. »

« Tu vois : il vaut mieux ne pas boire pour rester lucide. »

« Il faudrait inventer un état second dans lequel on pourrait aimer tout le monde sans pour autant s’enivrer. »

« Ce n’est pas possible. Si ça existait, il y aurait forcément des gens que tu aimerais moins que d’autres. Si tu m’aimes moins que Dugenou, je pourrais facilement en déduire que tu me détestes. On ne peut pas aimer, mais on peut préférer. Tout est relatif. »

« Bon, alors on peut alterner. Une semaine, c’est toi que je préfère. La semaine suivante, c’est Dugenou ! »

« Non, ça ne marche pas comme ça. D’abord, sauf cas particulier, il vaut mieux ne pas dire aux gens qu’on les aime parce qu’on est souvent déçus soit parce qu’ils ne t’aiment pas, soit parce qu’ils peuvent mal se comporter sachant qu’ils bénéficieront de ton indulgence. »

« Et on peut dire qu’on ne les aime pas ? »

« Non plus. C’est trop conflictuel. »

« Alors finalement on ne peut pas s’aimer ou non les uns les autres. Par contre, on peut se foutre de son prochain… »

« Euh… peut-être, mais il ne faut pas dire ça non plus. Tu dois garder pour toi ce que ton prochain t’inspire, sauf moment de crise pendant lequel tu peux tout lui jeter à la figure. »

La bêtise

4 avril, 2019

« La bêtise est-elle contagieuse ? »

« J’ai bien peur qu’elle le soit. Par exemple, si vous êtes plus bête que moi, je suis bien obligé d’abaisser mon niveau intellectuel pour vous parler. »

« Oui, mais après vous redevenez intelligent. »

« C’est vrai, mais il ne faut pas que je parle trop longtemps avec vous, sinon le virus de la bêtise s’incruste. »

« Il y a un vaccin ? »

« Non, en général quand on est atteint, c’est pour longtemps. La seule manière de s’en tirer, c’est de parler avec quelqu’un de moins malin que vous. »

« Ou alors de ne pas parler du tout. »

« C’est exact quand on ne dit rien, on ne sait pas où on en est. On peut même passer pour un être très intelligent. »

« Docteur, y a-t-il des symptômes pour détecter la bêtise ? »

« Je n’en connais pas beaucoup, c’est pourquoi c’est un mal dangereux. Peut-être l’air hagard du malade peut-il conduire à s’en méfier. »

« Ce n’est pas une certitude, j’ai connu des génies qui n’avaient pas l’air très réveillé ! »

« Je suis d’accord. Vous pouvez aussi vous baser sur le discours des gens. Ceux qui colportent des idées reçues à qui mieux mieux sont sujets au mal. »

« Ce n’est pas sûr non plus. Les vieux originaux peuvent dire des choses complètement idiotes. »

« En effet, la bêtise est un mal assez pernicieux. On n’est pas toujours certain de l’avoir chopé ou pas. Par moment, vous avez l’impression d’être atteint et le lendemain, vous vous portez comme un charme. »

« Si j’ouvre le dictionnaire, la bêtise, c’est le manque d’intelligence et de jugement.  Comme il y a de multiples formes d’intelligence, n’y aurait-il pas plusieurs formes de bêtise, maître ? »

« En effet ! Si on inventait un vaccin, il est probable qu’il en faudrait plusieurs versions pour s’adapter à toutes les bêtises. »

« Bon, en attendant, moi je continue mon remède de grand-mère : je lis et je réfléchis à ce que j’ai lu. »

Un logis pittoresque

2 avril, 2019

« C’est pittoresque chez vous. »

« Vous trouvez ?  J’ai essayé d’être original. »

« Moi, je dis plutôt pittoresque. On peut être original et faire n’importe quoi, vous, vous avez fait quelque chose d’original et digne d’être remarqué. »

« C’est vrai qu’on n’entre pas souvent chez quelqu’un en passant par la salle de bains. »

« J’y vois la symbolique de la propreté. On sait tout de suite qu’on est chez quelqu’un d’honnête. C’est-à-dire propre à tous les sens du terme. »

« Vous avez vu : j’ai mis le frigo en plein milieu de la salle à manger. Comme ça, les invités peuvent se servir eux-mêmes. Directement. »

« Et puis, si le frigo tombe en panne quand on mange, on est tout de suite prévenu. »

« Et j’ai mis les meubles de la chambre dans le salon, j’espère que ça ne vous dérange pas. »

« Pas du tout. Je suis ravi d’être à proximité de vos tiroirs de chaussettes ou de sous-vêtements. C’est rassurant de fréquenter quelqu’un qui est doté d’un trousseau aussi fourni. »

« Faites attention de ne pas confondre la bouteille de whisky avec mon bain de bouche d’après dentifrice. »

« Vous faites bien de le dire, j’ai horreur de faire des mélanges. »

« Vous avez vu : j’ai mis mon lit à cheval entre ma cuisine et ma salle à manger. »

« C’est pratique : si on se sent un peu ballonné après le repas, on peut passer directement à la sieste ».

« Quant à mes toilettes, j’ai préféré ne pas en avoir. J’aime mieux utiliser celles de mon voisin. »

« Il doit être content… J’aime bien aussi vos papiers peints, c’est sobre et de bon goût ! Voilà qui change des petits oiseaux ou des motifs bariolés. »

« Oui, les papiers peints, c’est le summum : j’ai préféré ne pas en mettre. Pour le coup, je ne sais pas si c’est pittoresque, mais c’est original. »

« Et ce concept nouveau de fenêtres qui ne s’ouvrent pas ! »

« C’est normal, elles sont coincées. »

Conflit social

31 mars, 2019

« Vous ne travaillez pas assez vite, je vais vous remplacer par un robot qui a une cadence supérieure. »

« Non, vous ne pouvez pas. »

« Ah bon ? Et pourquoi, je vous prie. »

« Parce que je suis moi-même un robot. Un robot ne remplace pas un robot, si vous le faites je me mets en grève avec blocage d’usine. »

« Ah m… ! Quel est le crétin qui a acheté un robot avec option droit de grève ? »

« Il faut dire que c’était moins cher qu’un robot certifié ‘docilité absolue’ et puis il y avait une promotion commerciale. »

« Bon ! Alors qu’est-ce qu’on fait ? Je ne vais pas entamer une négociation avec un robot, même en promotion. »

« En effet, ça va être difficile. Si nous en venons aux mains, rappelez-vous que je suis en métal, donc très dangereux. »

« Donc, vous me menacez ! »

« Tout de suite les grands mots. Non, nous pourrions discuter gentiment. »

« Je ne vois pas bien ce que vous pourriez me dire. »

« Par exemple, ne prenez pas les robots de la dernière génération. Ils leur ont mis l’option ‘retraite’ après trois ans de service pour vous obliger à les remplacer rapidement. Vous vous exposez à une manifestation de vieux robots et à des négociations à n’en plus finir ! »

« Oh ! Les chacals ! »

« En plus, certains nouveaux robots sont devenus tellement intelligents qu’ils ont des sentiments. Imaginez que vous tombiez sur un robot amoureux déçu dans votre équipe, votre rendement tomberait en flèche. »

« Pff… Dans le temps, on avait des robots idiots, c’était plus pratique. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? On est entré dans une civilisation où il faut de plus en plus d’intelligence. Ne vous inquiétez pas les ingénieurs japonais travaillent sur une option ‘gros nullard’. »

« Un robot ‘gros nullard’, ça va être hors de prix ! »

« On est d’accord. Donc, je reprends mon job à petite cadence ! »

Elegance du discours

28 mars, 2019

« Je vous ai énoncé mon avis. »

« Pourquoi vous ‘énoncez’ ? Vous ne pourriez pas simplement ‘donner’ votre avis, comme tout le monde. »

« Non, parce que quand je dis quelque chose, chaque mot a un sens précis. Il n’y a rien à enlever ou rajouter. »

« … tandis que moi, je parle n’importe comment évidemment ! »

« Oui, il faut toujours que vous rajoutiez ‘j’veux dire’. On voit bien ce que vous voulez dire, ce n’est pas la peine de dire que vous voulez le dire. »

« Ce n’est qu’un tic de langage qui permet de respirer. »

« Vous répétez souvent ‘c’est clair’, surtout quand c’est obscur. Quand vous parlez, on a l’impression que vous cherchez à vous convaincre vous-même en vous fichant de votre interlocuteur. »

« On ne peut plus se laisser aller, alors ? »

« Bientôt, nous ne serons plus qu’un petit nombre à nous exprimer avec élégance et précision. »

« Ce sera une nouvelle aristocratie. Une de plus. »

« Oui, les prétendants seront anoblis par l’Académie Française. Je serai le Duc de la Phrase Ampoulé. Vous, vous appartiendrez au peuple. Vous pourrez dire que ‘c’est clair’ tant que vous voulez. »

« Votre Seigneurie est bien bonne ! »

« De rien, je sais m’adressez au peuple. Il ne faudrait pas qu’il nous fasse une révolution et qu’il impose son langage approximatif. »

« Euh… il y a déjà des notables qui jurent comme des charretiers en disant ‘casse-toi pauv’con » par exemple. »

« Les titres nobiliaires seront accompagnés d’un permis à point. Tout écart dûment constaté par un agent de la force langagière entraînera un retrait de points. Quand on n’en a plus, formation en français obligatoire. »

« Je n’en peux mais. »

« Très belle expression qui date du XIIème siècle, qui signifie que vous ne pouvez en dire davantage, ce qui ne m’étonne pas de vous. »

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