Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Les compères

5 avril, 2020

« Compère Coq et Compère Canard déambulent dans la cour de la ferme d’un pas de promeneurs, tout en conversant paisiblement. »

« Holà, compère Coq dit compère Canard, avec votre plumage flamboyant vous devez pécho facilement dans le poulailler ! »

A ce point, remarquons que compère Canard qui commençait à prendre de l’âge s’exerçait à adopter un vocabulaire jeune pour avoir l’air dans le coup.

« Ne croyez pas cela, compère Canard, dit compère Coq. Aujourd’hui, les poules sont plus intéressées par les qualités « humaines » des coqs. Et puis, ils ont enlevé le tas de fumier sur lequel je m’exprimais si agréablement. Bref, plus personne ne recourt à mes services. »

« Je sais. Il y a une évolution des mentalités. Moi-même, je suis atteint par une ségrégation antivieux. Mes efforts en natation artistique dans la mare n’intéressent plus beaucoup de canes. Il faut dire que je ne servais pas à grand-chose, mais enfin tout de même, je donnais une touche campagnarde dans le paysage. »

« Pourtant avec l’âge, je suis devenu un coq modeste. Autrefois, je débutais mon tour de chant à cinq heures du matin et j’aime autant vous dire que les poulettes se pressaient pour m’écouter. Maintenant, elles ne se lèvent pas avant neuf heures et en plus elles prennent leurs mercredis ! »

« Moi aussi, j’avais un succès fou sur l’étang du père Cornu. Mais avec l’arrivée des jet-skis j’ai dû émigrer sur la mare de la mère Cornichon. »

Chemin faisant, compère Coq et compère Canard rencontrent compère Cheval qui traine sa peine.

« Holà, compère Cheval, dit compère Canard, vous semblez bien en peine. »

« Certes, répond compère Cheval, me voilà particulièrement désenchanté : je n’ai plus de charrettes à tirer le long des chemins creux. »

« Vous n’êtes pas le plus malheureux, compère Cheval, dit compère Coq. Moi, on m’a volé mon meilleur tas de fumier. »

« En plus, je ne peux plus faire étalage de la puissance de mon encolure quand on m’attelait à la charrue du fermier, lequel coule une retraite tranquille et n’en fiche plus une rame. »

« Venez compère Cheval, dit compère Canard, ruminons notre nostalgie ensemble. »

Coq, Canard et Cheval avancent désormais en triste cortège ! Compère Âne survient :

« C’est une manif contre les réformes ? interroge compère Âne. »

« Mais non, bougre d’âne ! Nous maugréons de concert car plus personne n’a besoin de nous. Veux-tu te joindre à nous, bougre d’âne. Tu ne sers pas à grand-chose non plus. »

« C’est vrai ! Dans le temps, je déshonorais les chenapans qui travaillaient mal à l’école. Aujourd’hui, il n’y a plus grand-chose qui leur fasse honte ! »

La troupe repartit en s’apitoyant sur la disparition de leurs riches passés. Chemin faisant, ils rencontrèrent un homme qui leur sembla triste.

« Holà compère, dit le Coq qui se voyait déjà élu Président de l’association des Compères dépressifs. Qui es-tu ? »

« Je suis le Compère Chômeur. Je ne sers plus à rien. Autre fois, je brillais par mon savoir-faire, aujourd’hui je me distingue par la faiblesse de mes allocations. »

« Viens avec nous, compère Chômeur, ton cas est encore pire que le nôtre. »

Grammaire à la plage

2 avril, 2020

« J’espère que je ne vous gêne pas en installant ma serviette de bain près de vous. »

« Si, monsieur, votre présence est plutôt incommodante. »

 « Pourquoi dites-vous plutôt ? Je vous gêne ou je ne vous gêne pas ! C’est oui ou c’est non ! »

« A vrai dire l’adverbe plutôt, me permet de vous dire que vous me gênez tout en restant élégant. C’est un adverbe assez pratique.  Vous avez raison, « plutôt » permet d’entretenir des relations courtoises. »

« Tout à fait, il peut s’utiliser avec des nuances. Si je vous dis que j’ai plutôt envie de vous casser la figure, c’est que j’introduis une modulation dans mon intention, sinon il y a longtemps que je vous aurais voler dans les plumes. »

« Monsieur, restons pacifiques ! »

« Nous pourrions aussi utiliser le terme plutôt dans un sens qui exprime un choix. Par exemple, je pourrais vous dire que je préfère m’en aller plutôt que vous supporter. »

« Ah ! Ah ! Vous, vous êtes trop ! »

« Monsieur, vous employez très mal l’adverbe trop qui ne peut s’employer seul. Il vient en aide à un verbe ou un adjectif pour exprimer une idée d’excès. Là, je me dis : je suis trop quoi ? Il conviendrait de m’aider à trouver une réponse. »

« Super ! Je suis tombé sur un prof ! »

« Monsieur, à l’origine super est un préfixe qui signifie au-dessus. Certes, la langue a évolué, vous pouvez l’utiliser comme interjection pour exprimer votre contentement bien qu’en l’occurrence, je sens que le mot est prononcé de manière ironique. L’interjection n’ayant aucun statut grammatical, tout est permis, mais un brin d’élégance ne nuirait pas. »

« Si je dis : fi ! Je suis tombé sur un prof ! Ça vous irait ? »

« Nous progressons, monsieur bien que je préfère cela à ça. »

« Bon, ça commence à bien faire ! Je m’installe ! »

« Puis-je vous faire remarquer qu’en voulant exprimer la vivacité de votre mécontentement, monsieur, vous venez d’employer deux mots qui pourraient signifier que vous appréciez favorablement la situation : bon et bien ? »

« Il est pas vrai, celui-là ! »

« Monsieur, vous venez d’exprimer une pensée négative en vous dispensant du ne, ce qui est hélas courant de nos jours. Mais en plus, votre utilisation de l’adjectif vrai prête à discussion. Il signifie qu’une affirmation est conforme à la vérité. Or, puisqu’il s’agit de moi, on peut considérer à la rigueur – dans un sens proche de la métaphore – que je suis une affirmation de la personne humaine, mais il est difficile de prétendre que je ne suis pas conforme à une vérité dont nous peinerions à définir les contours »

« Comment, il se la pète, celui-là ! »

« Monsieur ! Comment est un adverbe interrogatif ! Certes, l’usage courant peut vous permettre de l’employer de manière exclamative, mais vous introduisez une difficulté puisque le mot signifie : ‘de quelle manière’. Avouez qu’il est difficile de s’exclamer en commençant par : de quelle manière ! Par ailleurs, je crains de ne pouvoir valider la forme réflexive que vous donnez au verbe péter.»

« Laisse-le, Robert, on va ailleurs, on est tombé sur un malade ! »

Grammaire et vocabulaire à la plage

29 mars, 2020

« J’espère que je ne vous gêne pas en installant ma serviette de bain près de vous. »

« Si, monsieur, votre présence est plutôt incommodante. »

 « Pourquoi dites-vous plutôt ? Je vous gêne ou je ne vous gêne pas ! C’est oui ou c’est non ! »

« A vrai dire l’adverbe plutôt, me permet de vous dire que vous me gênez tout en restant élégant. C’est un adverbe assez pratique. »

« Vous avez raison, « plutôt » permet d’entretenir des relations courtoises. »

« Tout à fait, il peut s’utiliser avec des nuances. Si je vous dis que j’ai plutôt envie de vous casser la figure, c’est que j’introduis une modulation dans mon intention, sinon il y a longtemps que je vous aurais voler dans les plumes. »

« Monsieur, restons pacifiques ! »

« Nous pourrions aussi utiliser le terme plutôt dans un sens qui exprime un choix. Par exemple, je pourrais vous dire que je préfère m’en aller plutôt que vous supporter. »

« Ah ! Ah ! Vous, vous êtes trop ! »

« Monsieur, vous employez très mal l’adverbe trop qui ne peut s’employer seul. Il vient en aide à un verbe ou un adjectif pour exprimer une idée d’excès. Là, je me dis : je suis trop quoi ? Il conviendrait de m’aider à trouver une réponse. »

« Super ! Je suis tombé sur un prof ! »

« Monsieur, à l’origine super est un préfixe qui signifie au-dessus. Certes, la langue a évolué, vous pouvez l’utiliser comme interjection pour exprimer votre contentement bien qu’en l’occurrence, je sens que le mot est prononcé de manière ironique. L’interjection n’ayant aucun statut grammatical, tout est permis, mais un brin d’élégance ne nuirait pas. »

« Si je dis : fi ! Je suis tombé sur un prof ! Ça vous irait ? »

« Nous progressons, monsieur bien que je préfère cela à ça. »

« Bon, ça commence à bien faire ! Je m’installe ! »

« Puis-je vous faire remarquer qu’en voulant exprimer la vivacité de votre mécontentement, monsieur, vous venez d’employer deux mots qui pourraient signifier que vous appréciez favorablement la situation : bon et bien ? »

« Il est pas vrai, celui-là ! »

« Monsieur, vous venez d’exprimer une pensée négative en vous dispensant du ne, ce qui est hélas courant de nos jours. Mais en plus, votre utilisation de l’adjectif vrai prête à discussion. Il signifie qu’une affirmation est conforme à la vérité. Or, puisqu’il s’agit de moi, on peut considérer à la rigueur – dans un sens proche de la métaphore – que je suis une affirmation de la personne humaine, mais il est difficile de prétendre que je ne suis pas conforme à une vérité dont nous peinerions à définir les contours »

« Comment, il se la pète, celui-là ! »

« Monsieur ! Comment est un adverbe interrogatif ! Certes, l’usage courant peut vous permettre de l’employer de manière exclamative, mais vous introduisez une difficulté puisque le mot signifie : ‘de quelle manière’. Avouez qu’il est difficile de s’exclamer en commençant par : de quelle manière ! Par ailleurs, je crains de ne pouvoir valider la forme réflexive que vous donnez au verbe péter.»

« Laisse-le, Robert, on va ailleurs, on est tombé sur un malade ! »

C’est le pied !

26 mars, 2020

« De quoi parle-t-on aujourd’hui, maître ? »

« De l’importance matérielle, sociale et sociologique de la chaussure. »

« Voilà, en effet, un sujet fondamental, maître. Nous allons sûrement prendre notre pied, tous ensemble. »

« Cette importance, les femmes l’ont comprise beaucoup plus vite que nous. Peut-on imaginer une femme qui disposerait moins de 50 paires de chaussures ? »

« En effet, d’où vient donc cette coquine folie ? »

« Elle vient de l’intérêt qu’elles portent à leurs pieds, petit ignorant. La chaussure féminine a pour but de mettre le pied en valeur en faisant en sorte qu’il poursuive harmonieusement et joliment le galbe du mollet. »

« N’y a-t-il pas là encore un stéréotype, maître ? Vous nous décrivez les femmes futiles jusqu’au bout des pieds. »

« Vous avez raison, élève, je risque de ma faire disputer. Parlons plutôt du rapport de l’homme à ses souliers. Le principal critère de choix, c’est le confort. On ignore trop souvent que les sensations que l’on perçoit commencent par les pieds. N’hésitons pas à nous masser réciproquement les pieds, c’est une façon de se relaxer étonnante ! »

« En effet, maître, j’ajouterais que les orteils jouent un grand rôle. Je ne peux me décontracter tant que ceux-ci ne sont pas eux-mêmes détendus. Je choisis donc des souliers qui me permettent de les étaler à leur aise. »

« Vous avez raison. Honnis soit les souliers à bouts effilés ! Malheureusement, nous ne sommes pas tous égaux devant nos pieds. Moi, j’ai la chance d’avoir le pied égyptien, ce qui me mets très à l’aise dans n’importe quelle chaussure. »

« En effet, moi avec mes pieds carrés j’ai des difficultés à trouver chaussure à mon pied. »

« En plus le revêtement de la chaussure doit être souple, d’où le succès des baskets que vous pouvez customiser à loisir. »

« Les dessinateurs de mode se déchaînent sur les baskets. Le pied n’a-t-il pas déclenché une source nouvelle de profit pour les magnats du capitalisme, maître ? »

« Certes, le pied devient un enjeu politique, élève. C’est bien ce qui montre son importance. »

« D’ailleurs, on peut rapidement déterminer la classe sociale de la personne en regardant seulement ses chaussures. »

« En effet ! La basket est désormais l’apanage du bobo. Si vous portez des Richelieu, vous êtes un cadre haut de gamme. Si vous portez des tongs, c’est que vous êtes en vacances. Vous pouvez aussi aller pieds nus pour vous donner un air artiste. »

« Les chaussures n’ont-elles pas donner lieu au développement d’industries annexes, maître ? »

« Effectivement, outre la fabrication de baskets, nous avons l’industrie du lacet et la fabrique du cirage qui dépendent de la chaussure. »

« Ne sous-estimons pas le développement du sport qui a conduit à faire des baskets de plus en plus performantes. De nombreux salariés vivent du pied. »

« Comme je vois que je vous intéresse, je vais maintenant attaquer un cours sur la sociologie de la chaussette. »

« Euh…je suis désolé, maître, mais là, j’ai une formation sur l’historique et l’avenir du taille-crayon. »

La prochaine crise

24 mars, 2020

« Quelle est votre position, maître ? »

«47 ° 10’22 ‘’ N de latitude et 4°12’31’’ O pour la longitude. »

« Non, je ne parlais pas de ça ! »

« Bon, alors, je suis dans une position assise, avec les deux pieds bien à plat, prêt pour mon travail quotidien. »

« Je vous parlais de votre position sur la situation économique internationale. »

« Aaah ! Je me disais aussi… votre question me troublait… Avec ces mots qui ont plusieurs significations, on peut aisément se tromper ! »

« Donc, selon vous maître, sommes-nous à la veille d’une nouvelle crise économique ? »

« Vu le nombre de crises que les peuples se sont coltinés dans l’Histoire, nous sommes forcément dans l’attente de la prochaine. »

« C’est donc inévitable ? Vous pensez que l’économie est cyclique. »

« Je pense surtout que les hommes ne retiennent rien de leurs expériences. Surtout des mauvaises qu’ils s’empressent d’oublier. Même les écureuils savent qu’il faut faire des réserves de nourriture pendant les beaux jours en prévision des mauvais. »

« Vous êtes donc du côté des pessimistes, maître ? »

« Non, le pessimiste ne voit que le mauvais côté des choses, ce qui laisse penser qu’il y en a un bon. Or il n’y a qu’un côté. »

« Que voulez-vous dire, cher maître ? »

« L’économie n’est pas une pièce à double face. C’est une machine qui fonctionne grâce à la cupidité des plus riches et à la faiblesse des plus pauvres. On n’a pas à être pessimiste ou optimiste en regardant fonctionner une machine. La machine fonctionne, c’est tout. »

« Mais tout de même… ces crises à répétition… »

« Le mot crise est mal choisi. Ce sont des moments de pause. Lorsqu’un coureur du Tour de France grimpe un col, il ménage quelques temps de repos (voire même mets pied à terre) pour reconstituer ses forces et mieux repartir. »

« Mais en économie, il s’agit de la vie des hommes. Ce n’est pas le moment de faire du vélo. »

« Oui, vous avez raison, c’est un problème éternel. Seul le plus forts résisteront. Et le plus fort, c’est le plus fort. Il n’est pas du genre à faire des réserves comme l’écureuil. »

« Si je comprends bien vos métaphores, maître, l’homme est un animal comme les autres, n’est-ce pas ? »

« Un animal comme les autres, mais en plus bête. Et je ne vous ai pas parlé de sa surconsommation des ressources environnementales. Qu’est-ce que vous faites à midi ? »

« J’ai quelques courses à faire pour ma femme. »

« Amenez donc Thérèse, je vous invite. On ira s’empiffrer dans un bon resto de ma connaissance en attendant la prochaine crise. »

De l’or

21 mars, 2020

Laure

Et Fleur

Lancent des fleurs

Bicolores.

Alors,

C’est l’heure

De clore

Ce folklore.

Je le déplore.

La nature

19 mars, 2020

« Ah… la nature… la nature … »

« Quoi … la nature ? »

« Nous ne sommes qu’un truc parmi d’autres trucs dans la nature. »

« Oui, mais enfin, un truc qui paie des impôts et qui regarde la télé. Cela nous distingue tout de même du lion de l’Atlas ou des fleurs à clochette. »

« Le lion de l’Atlas vous dévorerait volontiers si vous le croisiez à l’arrêt de bus ou sur le chemin du bureau. Cela devrait nous incliner à la modestie. »

« Et la fleur à clochette ? »

« La fleur à clochette sert à faire joli dans le paysage de vos vacances. Vous avec votre silhouette replète sur la plage de Palavas-les-Flots, vous ne pouvez pas en dire autant. »

« Autrement dit, vous pensez que nous ne servons pas à grand-chose. »

« C’est vrai qu’il vaudrait mieux se faire discrets. En fait, nous servons à consommer des choses et à laisser leurs emballages n’importe où. »

« C’est vrai que le lion et la fleur à clochette ne s’embarrassent pas de sacs en matière plastique. »

« Arrêtons de nous conduire comme de sauvages. Nous détruisons petit à petit notre propre nid en attendant de nous détruire nous-mêmes ! »

« Bon… mais moi, je trouve que je prends soin de moi. Je vais au coiffeur, je me tape deux séances de fitness par semaine, je me faire suivre par un médecin… »

« Finalement, on fait tout pour vivre plus longtemps et pour polluer plus longtemps… »

« Allons, allons… nous vivons plus longtemps, mais plus longtemps en bonne santé. Pour ça, rien ne vaut le rire qui est le propre de l’homme comme chacun sait. Votre lion de l’Atlas ou votre fleur à clochettes ne doivent pas se marrer souvent. »

« Vous avez trié vos déchets au lieu de faire le malin ? »

« Mais évidemment ! Je suis un vrai bon citoyen. La nature trouve en moi un véritable allié. »

« Je parie que vos gamins ont chacun un smartphone qui terminera sa vie dans un dépotoir. Vous trouvez ça naturel ? »

« Je ne vais pas leur enseigner de communiquer avec leurs copains par signaux de fumée. »

« Vous vous rendez compte de l’énergie que nous gaspillons. Même le soleil s’épuisera un jour et nous plongera tous dans le noir. »

« Je suis d’accord : nous ne sommes que des misérables petits pollueurs, mais en attendant de mourir pourquoi ne pas s’offrir un peu de bon temps ? »

« La seule manière de s’offrir un peu plus de temps en espérant qu’il soit bon, c’est de respecter la nature. Par exemple, vous pourriez aller à votre boulot à pied ou à la rigueur en vélo. »

« Vous ne voulez plus covoiturer avec moi ? Je ne vais tout de même pas prendre mon vélo et vous charrier sur mon porte-bagage ! Allons, allons ! »

« Covoiturer est un geste responsable, ça … nous pouvons le faire. »

Le temps des cavernes

17 mars, 2020

« Il y a très longtemps les hommes passaient une partie de leur temps à dessiner les scènes de chasse qu’ils vivaient sur les parois de leurs cavernes. »

« Après, il y eut des peintres qui produisirent des scènes d’inspiration religieuse et peu à peu des scènes réalistes. Sans compter les abstraits. »

« Et puis après, il y a eu la sculpture, le cinéma, la littérature, etc… Ce sont toujours des façons de reproduire des scènes que les hommes ont eu dans la tête soit parce qu’ils les ont vécues, soit parce qu’ils les ont imaginées. »

« En gros, ça s’appelle l’art. »

« Si on y réfléchit bien, Georges, les hommes peuvent lutter contre la maladie, les accidents, les bêtes sauvages, etc… La seule chose contre laquelle ils ne peuvent rien, c’est le Temps qui passe. D’où cet instinct qui les pousse à figer sur un support des images pour qu’elles durent. »

« Finement raisonné, Amédée. Mais en plus, il y a le plus souvent une recherche harmonieuse. C’est comme si, les hommes voulaient conserver un passé, mais un passé qui leur plaise. »

« L’art laid reste à inventer quoiqu’il y ait toujours des excentriques qui se plaisent à « faire moche » pour avoir l’air plus malins que les autres. »

« Bref, moi je crois que les vrais artistes cherchent à montrer à la Divinité que nous aussi, on est capable de créer un Monde et même un monde plus pacifique et plus sympa que le réel. »

« Soit dit en passant, la Divinité s’en fiche complètement et continue à n’en faire qu’à sa tête. »

« Si j’ai bien compris notre conversation, la création artistique permet aux Hommes de s’élever au niveau du Créateur. Ne serait-on pas un peu prétentieux ? Bientôt, nous allons vouloir prendre le thé avec Lui. »

« Pire encore : les savants construisent l’intelligence artificielle, ne vont-ils pas nous produire un Dieu artificiel ? Ce serait complet ! »

« Quelle horreur ! Continuons de lutter contre le temps qui passe, mais nous ne cherchons pas à en devenir les Maîtres. »

« Oui, moi je suis ravi d’avoir fait connaissance avec mon arrière-grand-mère à travers un portrait exécuté par un artiste de son époque. Elle a feinté le Temps en pérennisant son image. »

« Aujourd’hui, le problème avec Internet et la télé, c’est que les images se multiplient à des millions d’exemplaires, nos successeurs ne vont pas s’y retrouver. Il est d’autant plus urgent que nous sélectionnions des images de qualité. »

« Je suis d’accord. Moi, je n’ai pas trop envie que mes descendants pensent que je ressemblais aux chanteurs barbus et dépenaillés qu’on voit sur tous les écrans. »

« C’est vrai qu’avec les nouvelles technologies, on a tous envie de se prendre pour des artistes. On a des logiciels qui facilitent le dessin ou la peinture. N’importe qui peut prendre des photos avec son téléphone. Ça devient tentant de se lancer et de se prendre pour un artiste… »

« Finalement, le progrès technique nous ouvre la possibilité de rejoindre nos ancêtres préhistoriques qui ressentaient l’impérieuse nécessité de reproduire des troupeaux de bêtes sauvages… »

« C’est vrai ça ! La boucle est en train de se boucler… »

« Malheureusement, il n’y a pas que l’envie de reproduire les images du monde qui revient, mais aussi les vieux instincts guerriers ou violents. »

L’homme et la poule

15 mars, 2020

« Je couve mes poussins. Je leur apprends à marcher de manière distinguée, à se nourrir de vermisseaux appétissants, à avoir la frousse du renard. »

« C’est normal. Vous êtes une poule. Vous avez le souci inné de la reproduction de votre espèce. Moi aussi, me direz-vous, en tant qu’être humain, je voudrais que mes gamins deviennent des gens bien à mon image. »

« Il faut les couver. »

« Thérèse me dit que je les couve trop. Je ne vois pas comment je ferais, ils sont toujours sur leurs écrans. »

« C’est vrai que chez les poules, nous ne sommes pas habituées à aller sur Facebook. Finalement, nous connaissons mieux la nature que vous. Pour revenir à vos gamins, vous pouvez au moins leur apprendre à se nettoyer. »

« Si vous croyez que c’est facile de conduire Jonathan dans la salle de bains. Je crois qu’il y a oublié le concept de savon. »

« Et pour manger ? »

« Ce n’est pas mieux. On tourne autour du hamburger et à la rigueur du steak frites. Je ne vous dis pas les dégâts ! »

« Et pour les garder du renard, vous faites comment ? »

« Je ne fais pas. Chaque fois que je leur interdis quelque chose, il se précipite pour le faire. Ils ont une sorte de préférence pour l’interdit. »

« Mon pauvre, vous ne maitrisez pas le destin de votre civilisation. Pour nous, le concept de poule fonctionne à l’identique depuis des millénaires, il suffit de le perpétuer. »

« C’est vrai. Nous, on va vers l’intelligence artificielle. Vous, vous n’avez pas choisi d’aller vers la poule intelligente. Remarquez… ça vaut mieux pour nous. »

« Si c’est pour voir mes poussins passer leurs journées sur des smartphones, vous avez raison : je préfère rester comme on est. »

« En plus, vous faites des œufs, moi je ne suis pas sûr que je fasse quelque chose de consistant dans ma vie. Je travaille dans la pub, alors vous comprenez… »

« C’est vrai que je n’ai pas le souci de vanter le mérite de mes œufs. »

« Et avec le coq, ça se passe bien ? Il ne vous fait pas le coup de la domination masculine. »

« Si un peu, mais si on le laisse faire son malin et si on fait semblant d’admirer son plumage chatoyant, il nous fiche la paix. »

« Votre stratégie est assez habile. Les hommes sont d’une telle prétention ! Moi, je suis obligé d’admirer Thérèse, mais elle ne me fiche pas la paix pour autant ! »

« Finalement, individuellement, vous êtes peut-être plus intelligents. Mais collectivement, ça ne doit pas être drôle tous les jours de vivre dans votre poulailler. »

« On se demande pourquoi on vit plus longtemps que vous. C’est une vraie punition ! »

« Venez donc chez nous, il y a encore une place sur mon perchoir. Les petits seront ravis. »

Campagne électorale

12 mars, 2020

« Ne confondons pas vie publique et vie privée ! »

« Peut-être, mais moi j’ai besoin de bien vous connaître pour savoir si je peux vous faire confiance. Comment vous confier les finances publiques si vous êtes endetté jusqu’au cou ? »

« Comme si j’étais du genre à taper dans la caisse pour mes besoins personnels ! »

« Je peux vous éviter cette tentation. Quand on détient le pouvoir, on est vite porté à croire que tout est permis. Si vous n’êtes pas élu, remerciez-moi : je vous aurais rendu le service de ne pas être happé par l’ivresse du pouvoir. »

« Je préfèrerais vous remercier de voter pour moi. »

« Il faudrait que je sache aussi si vous trompez votre femme. Si c’est le cas, vous êtes un homme peu loyal. Vous imaginez un polisson à la tête du pays ? »

« De ce côté-là, vous pouvez être tranquille, j’ai des mœurs très convenables. Ce qui ne m’empêche pas de protester contre cette obligation de révéler toute ma vie privée. »

« Et vos impôts, vous les payez ? Pas de phobie administrative ? »

« Je paie tout ce que je dois. Je n’ai pas de magot à l’étranger. Mes enfants ne sont pas en prison. Ma villa du midi a été construite dans des conditions légales… »

« Je vois ce que c’est : j’ai affaire à un candidat parfait, ce qui est suspect. N’auriez-vous pas un vice caché. Le jeu ? L’alcool ? La drogue ? Un cousin en affaire avec un tyran africain ? Une grand-mère qui a collaboré sous l’occupation ? »

« Euh… il y a bien le voisin de l’oncle Jacot qui tourne des films coquins… »

« Et voilà, j’en étais sûr, une famille de pervers ! Comment vous confier les clés du pouvoir dans ces conditions ? Je vais sûrement m’abstenir parce que figurez vous que la fille de la cousine de la charcutière de votre concurrent a triché pendant un examen partiel de maths. »

« En effet, je suis outré. »

« Remarquez… on peut peut-être s’arranger. Si vous promettez de faire sauter mes PV, de subventionner mon entreprise, de donner un poste important à mon cousin… je pourrais être pris d’intérêt pour votre programme politique. »

« Vous croyez donc que je suis un être vénal ! »

« Le terme me choque un peu, monsieur. Je dirais que comme tout le monde, vous préférez votre intérêt privé à l’intérêt collectif. »

« Je vois ce que c’est : monsieur est un anarchiste. Pour vous, voter ne sert à rien. »

« Ne vous énervez pas… on parle. Si vous vous agacez, je vais être obligé d’en déduire que vous n’aimez pas le dialogue. Comment votez pour quelqu’un qui n’apprécie pas la concertation ? »

« Il y a des lois qui vous permettent de voter pour qui vous voulez. Moi, je vais faire une loi pour permettre au candidat de refuser le vote de casse-pieds comme vous ! »

« Ce serait original, mais pour moi, ce sera une raison de plus pour ne pas voter pour vous. En vous présentant vous prenez le risque d’être projeté sur la scène publique où n’importe quel citoyen vous cassera les pieds. Vous voyez bien que je vous rends service. »

12345...161