Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

La boite de sardines

18 juillet, 2019

« Pour vivre heureux, vivons serrés. »

« Qu’est-ce que c’est que cet adage à la noix ? »

« C’est une réalité. Vous DEVEZ être serré. On sera bientôt 10 milliards sur Terre, croyez-vous que tout le monde puisse prendre ses aises ? »

« Moi, j’aime bien m’étaler un peu. »

« Eh bien c’est déjà interdit. Dans le métro, vous DEVEZ être entassé. Vous ne croyez tout de même pas qu’on vous mettra un métro pour vous tout seul. »

« Je n’aime pas bien être pressé contre quelqu’un que je ne connais pas. Avec la chance que j’ai, il sent tout le temps mauvais. »

« On s’en fout : vous devez être compacté. Sur la plage, par exemple. On est en train d’inventer la serviette de plage à étages pour entasser encore plus de monde au mètre-carré. »

« Moi, ça m’est égal : j’aime la montagne. »

« Ce n’est pas grave, il y a de plus en plus de monde aussi. Bientôt, vous trouverez au sommet du Mont-Blanc l’ambiance des grands magasins, un jour de soldes. Il faut vous serrer, je vous dis ! »

« Ça devient inhumain ! »

« Pas du tout ! Les êtres humains adorent ça. Ils s’entraînent activement. Dans les stades, ils sont très contents de hurler, les uns sur les autres. Et dans les concerts de Patrick Bruel, vous croyez que vous allez être assis bien tranquillement ? Pas du tout, vous devez être écrasé par un bataillon de minettes surexcitées. »

« Quand même… Chez moi, je suis tranquille. »

« Pour le moment. Mais comme on manque de logements, le vôtre sera bientôt divisé en deux, ainsi que votre résidence de campagne. »

« Je vais m’inscrire pour coloniser Mars. Il y a des capsules spatiales en partance. »

« A 50 dans la même capsule, sans bouger pendant six mois, ça va être délirant. Vous allez regretter vos bagarres dans les journées de solde. »

« Je vais acheter une ile déserte. »

« Non. Vous ne pouvez pas. Votre budget est serré aussi. »

Rassurons-nous !

16 juillet, 2019

« Il faut cotiser pour préparer votre retraite, car vous serez vieux et incapable de faire autre chose que de piocher dans le magot que vous aurez accumulé. »

« Je dois aussi payer pour la Sécu de façon à prévenir les accidents de ma santé. »

« Ou. »

« Il faut aussi que je cotise pour l’assurance de ma voiture et de ma maison, pour assumer le coût des accidents. »

« Sans compter que vous devez prendre une assurance pour vos gamins qui courent tous les jours le risque de se faire casser la figure à la récré. »

« Il parait qu’on peut aussi assurer ses instruments ménagers. Je vais le faire pour ma machine à raclette à laquelle je tiens beaucoup. »

« Vous avez penser à assurer votre téléphone portable ? Vos vacances à Ibiza ? Vos chiens et chats ? »

« Vous avez remarqué ? Plus notre civilisation, plus nous sommes invités à prendre des risques. On peut être plus souvent au chômage qu’autrefois.  Comme on doit être plus mobile, on prend plus de risque d’avoir un accident de transport. Comme on est de plus en plus équipé, on doit s’assurer davantage contre le risque que tout tombe en panne… »

« En fait, le progrès nous permet de vivre mieux, à condition de prendre plus de risques… Bref, on est plus riche, mais on n’est jamais tranquille. »

« C’est exact. Je parie que certains seraient ravis d’inventer une assurance pour prévenir le risque de tranquillité. »

« C’est une manière insidieuse de pousser au changement. »

« En fait, si on y réfléchit bien. Tout meurt ou se détériore : les hommes, les maisons, les voitures, les vacances, les poêles à frire… Et plus on crée de nouvelles richesses, plus on crée des morts potentiels et donc des déceptions. »

« Les seules qui ne sont pas déçues, ce sont les compagnies d’assurance dont les résultats financiers sont mirobolants. »

« Grâce à elles, nous pouvons changer plus facilement de voitures ou de téléphones ou de poêles à frire et accroitre les cimetières d’objets périmés plein de matériaux dangereux pour la nature. »

« Vous devriez prendre une assurance contre le risque de devenir un dangereux antiprogressiste. »

 

Banalité

14 juillet, 2019

« Je suis quelqu’un de très ennuyeux. Je ne raconte jamais rien d’intéressant. Socialement, je suis un vrai SDF. »

« C’est bien de le reconnaître. Vous êtes sûr que vous n’exagérez pas ?»

« Oui, oui ! Je ne dis jamais rien d’intéressant pour la bonne raison que je ne fais jamais rien d’intéressant. »

« Comment ça se fait ? »

« J’organise tellement bien ma vie qu’il ne peut pas m’arriver quelque chose d’imprévu qui me contraindrait à prendre des initiatives. »

« Bon d’accord, mais vous réfléchissez de temps en temps ? »

« Oui, mais ce n’est absolument pas intéressant. C’est d’une grande banalité. A part manger, dormir, bosser, je n’arrive pas à imaginer que je suis sur Terre pour faire autre chose. »

« Eh bien, ce sont des sujets. Comment mangez-vous ? Vous avez peut-être des idées gastronomiques passionnantes ! »

« Pas du tout ! Moi, c’est steak-frites et yaourt à la banane depuis mes 10 ans. Comment voulez-vous que je passionne quelqu’un avec ça ? »

« Effectivement. Et comment dormez-vous ? »

« Très banalement. A 22 heures 30 précises. Plus tôt ou plus tard ça me déstabilise. Je me couche après avoir mis mon pyjama à rayures bleues et après avoir soigneusement tapoté mon oreiller pour qu’il prenne la forme de ma tête. »

« C’est d’un intérêt palpitant. Et pour le boulot, c’est aussi nul. »

« Oui, je prends le bus qui passe à 8 heures 17. Je ne vous dis pas la crise lors des jours de grève. Et j’aime bien prendre la même place dans le bus. »

« Et au bureau ? »

« Je fais les mêmes gestes tous les matins. Poser le manteau, ouvrir le PC, boire un café, me gratter la tête… Rien, je vous dis. Je n’ai rien à raconter. »

« C’est consternant. »

« J’en arrive à m’ennuyer moi-même. Les autres savent au moins se raconter des histoires à eux-mêmes. Pas moi. »

Un chasseur

11 juillet, 2019

« Il parait que vous aimez la chasse ? Vous chassez quoi ? »

« J’ai voulu faire un stage de chasse à l’ours l’an dernier, mais Josiane n’a pas tellement apprécié. Elle ne m’a pas autorisé à affronter l’ours à mains nues. »

« Et la chasse à courre ? »

« Non plus, elle dit que je ne sais pas jouer du cor, et d’ailleurs que je ne sais pas jouer de grand-chose. De toute façon, j’étais ridicule dans l’habit traditionnel des chasseurs. »

« Le lièvre, peut-être ? »

« Ce n’est pas possible, mon chien en a peur et moi, je ne cours pas assez vite. De toute façon, Josiane me dit que je ne sais pas me servir d’un fusil sans mettre en danger mes camarades. »

« On se demande pourquoi vous êtes chasseur. »

« Parce que j’aime les petits matins glauques ainsi que l’ambiance saine et virile entre copains. »

« Vous pouvez vous lever à l’aube sans forcément partir à la chasse, quant à l’ambiance saine et virile, vous pouvez la trouver au bistrot du bout de la rue, chez la mère Boudingrin. »

« Et la communion avec la nature ? Hein ? Qu’est-ce que vous en faites ? »

« Vous pouvez toujours emmener, Josiane pour un pique-nique dans les bois, ça communique bien. »

« Non ! Elle me critique toujours ! T’as oublié les serviettes, le sel, le saucisson et gnagna et gnagna… Comment voulez-vous que je me sente en harmonie avec la nature dans ces conditions ? »

« Enfin bref, vous êtes un chasseur qui ne chasse pas. Et la pêche, ça vous tente ? Josiane est d’accord ? »

« Oui, à condition que je ne prenne pas de poisson. Elle dit qu’on ne doit pas attenter à la vie d’autrui et – qu’en conséquence – je peux très bien laisser tremper ma ligne dans l’eau en pure perte. De toute façon, vider un poisson, ça la dégoute et moi aussi. Alors… »

« Donc, vous n’êtes pas pécheur non plus. Pour goûter au frisson de l’aventure, vous faites quoi ? »

« Il me reste les parties de croquet avec Josiane, à condition de la laisser gagner. »

 

Le courrier

10 juillet, 2019

« Vous avez remarqué ? »

« Quoi encore ? »

« On ne s’écrit plus de lettres à la main. On s’envoie des mails. Pourtant les courriers manuscrits, ça avait de la classe. Vous vous rappelez ? »

« Mon pauvre ! On n’en est plus à savoir ce qui a de classe ou pas. On est dans l’efficacité. Et puis c’est tout. »

« Pourtant, quand on écrivait à la plume d’oie sur un parchemin que l’on scellait de son sceau personnel… »

« Euh, maintenant, c’est mail et puis c’est tout. Même la poste est obligée de se reconvertir. C’est au point où l’une des phrases les plus prononcées dans la journée, c’est : t’as reçu mon mail ? »

« … et puis quand j’avais rédigé ma lettre dans un style raffiné, j’agitais une clochette, mon valet se précipitait et je pouvais lui commander : veuillez remettre ce pli à monsieur le comte X. En mains propres, bien entendu. Correspondre, ça avait de l’allure ! »

« Oui, enfin… ça, c’était il y a très longtemps. Essayez maintenant de faire partir votre mail en agitant une clochette … »

« Et le style de vos mails, vous avez vu le style. On ne comprend rien, c’est plein de faute. Il n’y a même plus de formule de politesse. Dans le temps, on pouvait écrire : je vous prie de bien vouloir croire, mon altesse royale, en l’assurance de mes respectueuses et honorables salutations. »

« Maintenant, c’est : salut ! Et puis c’est tout ! »

« Vous m’autorisez à vous envoyer une lettre comme dans le temps ? »

« Moi, je veux bien, mais il va falloir trouver un cavalier pour me l’apporter. En mains propres, bien entendu. Et moi, je vous répondrai par mail. »

« Et les cartes postales ? Pourquoi on ne s’envoie plus de cartes postales. C’était sympa de penser à moi quand vous étiez en vacances. »

« Bof ! J’avais un lot de formules-types que j’utilisais pour tout le monde du genre : bon souvenir de… Et puis pour allonger un peu, je faisais comme tout le monde aussi : on disait toujours qu’on passait de bonnes vacances sous le soleil, même quand on prenait la pluie. Autant utiliser les messages standards dans une bonne messagerie. »

« Les traditions se perdent. La demi-journée consacrée – en plein mois d’août – à rédiger vingtaine de cartes postales, en recopiant le même texte, c’était un moment d’un intérêt absolument délirant. »

Les automates

8 juillet, 2019

« J’ai honte, j’agis comme un automate. »

« Comment ça ? »

« Par exemple, quand on me dit : comment ça va ? Je réponds : très bien, même si ça va très mal. »

« C’est idiot, mais on en est tous là. La seule manière de s’en sortir, c’est d’être le premier à dire : comment ça va. Pour mettre l’autre dans l’embarras. »

« Et quand je rentre chez moi le soir, je pousse la porte et je dis : qu’est-ce qu’on bouffe ce soir ? C’est automatique ! Même si je n’ai pas faim. »

« Moi aussi, quand je franchis le seuil de ma maison, j’ai une phrase qui me vient tous les jours, sans que je le veuille vraiment : quelle journée de m… »

« Quand je me couche pour la nuit, j’enlève ma montre et je la mets toujours au même endroit ! Je pourrais changer d’endroit ! Eh bien non ! »

« Remarquez, on n’est pas les seuls à subir une espèce de programmation automatique. Figurez que tous les matins, j’entends Josiane me dire : n’oublie pas de descendre la poubelle ! »

« Effectivement, c’est très agaçant. En plus, on dirait que tous les automates ont été programmés de la même manière. Vous ne pouvez pas savoir le nombre de gens qui me disent dans la même journée : t’as reçu mon mail ? »

« Le grand manitou des ordinateurs humains n’épargne pas les enfants. Au contraire, plus il programme des jeunes, plus il se frotte les mains. Il faut voir le nombre de fois où mes gamins me sortent : c’est clair ! Ou alors : c’est trop bien ! Ou encore : grave ! »

« Le Grand Informaticien est engagé dans une œuvre néfaste de destruction du langage humain. C’est clair… Enfin, si j’ose dire. »

« La preuve, c’est que lorsque mon patron me dit qu’il a une nouvelle mission pour moi, je m’entends lui répondre à tous les coups : je suis surbooké ! »

« Non seulement le volume de notre vocabulaire se rétrécit, mais dans ce qu’il en reste on trouve de plus en plus d’anglicismes. »

« Aucune importance. Bientôt, on ne communiquera plus que par onomatopées. Avez- vous remarqué qu’on dit de plus en plus : yes ! »

Un affectif

2 juillet, 2019

« Parlez-moi avec tendresse ! »

« Avec QUOI ? »

« Avec tendresse. J’ai besoin de sentir l’affection que vous avez pour moi. »

« Vous ne voudriez pas en plus que je vous prenne dans mes bras. Soyons sérieux Dugenou ! Nous sommes entre professionnels ! »

« Peut-être, mais je fonctionnerais mieux si je me sentais entouré de chaleur et de de reconnaissance. »

« Ecoutez ! Ce n’est pas mon rayon. Pour ça, voyez votre femme ou votre petite amie, ce sera plus efficace. »

« Je vois un éclair méchant dans votre œil droit quand vous me parlez, ça me terrorise. Vous ne pourriez pas y mettre un peu d’aménité ? »

« Je vous défends de qualifier l’éclat de mes yeux, Dugenou ! »

« Je vous manque quand je ne suis pas là ? Vous pourriez poser ma photo sur votre bureau, à coté de celle de votre chien. »

« Dugenou ! Vous ne me manquez pas du tout et je vous prie de laisser mon chien tranquille ! »

« Le matin, quand je vous apporte votre café, nous pourrions échanger quelques mots sur la vie. Vous pourriez me demander au moins si j’ai bien dormi et j’en ferai de même. »

« A propos du café, j’aimerais mieux que ce soit Samantha, la secrétaire qui me l’apporte. Avec elle, je trouve toujours quelque chose à dire. »

« Le dimanche, vous ne voulez pas que nous fissions notre jogging ensemble dans les allées du parc. »

« Non, je n’y tiens pas. Vous ne courez pas assez vite. »

« Je trouve tout de même que nous gagnerions à avoir plus d’échanges. J’ai un point de vue très affuté sur la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. En vous, de quoi voulez-vous parler ? Je sens que vous êtes un féru de littérature. »

« Pas du tout. J’ai tout juste le temps de lire mon hebdomadaire de télé. D’ailleurs, je n’ai pas de temps pour quoique ce soit. Si vous pouviez vous contenter de passer l’aspirateur dans mon bureau, je vous porterais sûrement beaucoup d’affection. »

Tous connectés

30 juin, 2019

« Vous savez que maintenant, vous devez parler à vos objets puisqu’ils sont tous connectés. »

« Ah bon ? Il ne manquerait plus que ça. »

« Oui, vous dites : ‘Mets-moi de la musique, machin ‘ et il vous met de la musique. Vous n’avez plus besoin d’une chaîne stéréo dont vous n’avez jamais compris le fonctionnement. »

« Ce n’est pas mal, en effet. »

« Vous pouvez lui demander de fermer vos volets, aussi. »

« Et si le volet se coince, il répare ? »

« Non. La, il faut appeler le SAV. Dans les horaires d’ouverture, évidemment. »

« Dans le temps, quand le volet se coinçait, je lui mettais un bon coup de lattes dans les mandibules et ça repartait. »

« Oui, mais non. C’est plus comme ça qu’on fait maintenant. Vous pouvez aussi demander à vos objets de préparer le café du matin. « 

« Et si le paquet de café est vide, est-ce que la cafetière descend en chercher à l’épicerie de la mère Duchmol ? »

« Pour la télé, c’est un progrès, On n’a même plus à manipuler des télécommandes pour changer de chaînes ! Vous dites la chaîne que vous voulez et hop ! La télé comprend ! »

« Avant je pouvais cacher la télécommande à Josiane pour pouvoir mettre les matchs de foot, maintenant si on est obligé de se crier dessus pour choisir le programme, la télé ne va rien comprendre. »

« Sinon, vous pouvez aussi demander à votre robot de vous réciter un poème de Victor Hugo, ça vous cultiverait un peu pendant que vous mettez vos pantoufles. »

« D’accord, je vais m’acheter un aspirateur connecté. Vous croyez qu’il va monter les escaliers si je lui demande poliment ? »

« Ça m’étonnerait un peu, mais les sud-coréens son très inventifs. »

« Et pour régler mes factures, je fais comment ? Il y a un robot qui paie tout ? »

« Non, ça c’est le rôle des prélèvements automatiques. Vous réglez toutes vos factures comme ça. Vous ne vous occupez de rien et comme ça vous êtes à découvert à la fin du mois. »

« Mon banquier, il est robotisé aussi ? »

Querelle de voisinage

27 juin, 2019

« L’odeur de votre barbecue me dérange, monsieur. »

« Et vous, l’étendage de votre linge me bouche la vue sur la campagne. »

« Puisqu’il en est ainsi, nos avocats régleront cette affaire devant le Tribunal. Nous chicanerons à loisir. »

« Comment ? Vous entendez priver un honnête citoyen comme moi de la jouissance de l’institution estivale dont bénéficie chaque français : le barbecue de plein-air agrémenté d’un petit rosé. Vous n’avez qu’à supprimer le Tour de France pendant que vous y êtes. »

« Quant à mon linge… Vous vous rendez compte que vous tentez de m’obliger à utiliser une machine à laver qui gaspille de l’énergie alors que Dame Nature, par son soleil généreux, nous offre un lave-linge entièrement gratuit. »

« Ce n’est pas Dame Nature qui est obligé de faire sa sieste devant vos sous-vêtements.»

« Puisqu’il en est ainsi, je vais également contester la tenue de vos parties de pétanque au cours desquelles vous poussez de grands cris grivois ! »

« Et si on parlait de votre pauvre chat qui vient quémander de la nourriture chez moi. Nous sommes en plein dans de la maltraitance animale. Vous pouvez préparer votre baluchon pour le pénitencier. »

« Nous nous y retrouverons, monsieur, car j’ai bien constaté que vous lorgnez Josiane par-dessus la haie qui nous sépare avec un regard que je n’oserai même pas qualifier ! Nous sommes en plein harcèlement sexiste ! Josiane n’en dort plus ! Elle doit sortir avec une canadienne pour traverser le jardin ! »

« Et si nous réglions ça à l’amiable ? »

« Bon d’accord. Tout irait mieux si vous m’invitiez à votre barbecue annuel au lieu de m’imposer ses fumées. »

« Euh… c’est-à-dire que je reçois du beau monde, ce jour-là. Alors, vous comprenez… Ce serait mieux si je pouvais venir chez vous pour profiter de votre piscine. »

« Je vous vois venir. Vous voulez aussi profiter de la vue de Josiane en maillot de bain. Je ne vais pas l’habiller en manteau d’hiver tout l’été. »

« Dois-je en conclure que vous refusez mes propositions de compromis ? »

« Non, le mieux, c’est que nous allions squatter chez Dugenou. Il fait un barbecue, il a une machine à laver, il ne joue pas à la pétanque, il n’a pas de chat et sa femme ne porte pas de maillot de bains ! »

 

 

 

 

 

 

 

La peur

25 juin, 2019

« J’ai peur de tout. »

« Oh, mon pauvre, ça doit être très désagréable. »

« Dans la rue, les gens me regardent d’un air louche, je suis obligé de marcher à reculons pour éviter les attaques par derrière. »

« Vous avez raison les gens sont méchants. »

« Au bureau, je marche en me pliant en deux pour éviter les jets de projectiles : agrafeuses, dictionnaires ou autre… »

« De quoi avez-vous peur ? »

« Je ne sais pas. Généralement, on a peur de l’inconnu. Si je connaissais ce qui me fait peur, ça ne me ferait pas peur. Vous comprenez ?»

« Si je comprends bien, c’est pathologique ! »

« Oui, même vous avec vos gros yeux et vos grandes oreilles, vous me faites peur. Etes-vous sûr que vous n’êtes pas animé de mauvaises intentions à mon égard ? »

« Non, moi je suis sympa. »

« Les gens sympas me font encore plus peur que les autres. Il se peut que vous soyez sympa pour mieux tromper ma vigilance. C’est une incertitude assez stressante. Soyez un peu moins sympa ! »

« Avez-vous pensé que les autres puissent avoir peur de vous ? »

« Ah ben, non ! Je ne vois pas comment les gens pourraient avoir peur de quelqu’un qui a peur d’eux. »

« Personne n’aime les peureux, enfin…ceux qui paraissent peureux, ça bouscule les repères sociaux. Parmi les gens « normaux » personne n’a peur de personne. Vous, vous déstabilisez tout le monde. »

« Eh voilà… ça va être encore ma faute. »

« J’en ai bien peur. »

« Ah vous voyez ! Vous avez peur aussi ! Je vous file la pétoche ! Un peu de courage, mon vieux ! On n’est pas entre poules mouillées. »

« Vous ne comprenez rien : il y a des peurs convenables et des peurs idiotes. Moi, j’ai des peurs sympas. »

12345...150