Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Un salarié revendicatif

28 janvier, 2022

« Monsieur le directeur, je ne serai pas le dindon de votre farce ! »

« Quelle farce ? »

« Vous me payez moins que les autres, la voilà la farce ! »

« C’est-à-dire que vous êtes moins qualifié et que vous n’en fichez pas très lourd ! »

« Pardon, pardon ! Grace à mon charisme, je dynamise les équipes. Vos salariés adorent me voir arriver dans les ateliers avec une bonne blague. »

« Conteur de blagues n’est pas un poste reconnu dans la collection collective. Les salariés aimeraient mieux que vous fassiez votre part de travail. »

« Vous en êtes encore là ? Je suis bien déçu. Vous ne savez donc pas que l’homme n’est pas fait pour travailler. Le travail use l’organisme humain, monsieur le directeur ! »

« Moi ce qui m’use, c’est que vous ne comprenez rien. J’ai des clients à satisfaire et des commandes à honorer. Si personne ne travaille, je coule l’entreprise. »

« Vous m’attristez beaucoup, monsieur le directeur. Vous êtes un prisonnier enchaîné au bon vouloir du consommateur. Vous êtes un bagnard qui fait tout pour satisfaire votre geôlier. »

« Je suis peut-être un bagnard, mais je fais vivre plusieurs dizaines de familles grâce au travail que je procure dans cette entreprise. »

« Vivre ? Vous plaisantez. Quand les pères de familles rentrent, abrutis par leur journée de labeur, vous savez ce qui se passe à la maison : un plat préparé au micro-onde, un petit coup de télé et hop au lit en attendant de recommencer le lendemain. »

« Et vous croyez que leur vie sera meilleure quand tout le monde sera au chômage ? »

« J’en étais sûr : le chantage du chômage, maintenant. En fait, avec vous, on passe d’un chantage à l’autre : sans diplôme pas de boulot, sans productivité pas de salaire, et sans salaire misère et chômage. Ah, elle est belle votre société. »

« Si je comprends bien, votre solution, c’est de vous asseoir et de regarder travailler les autres, tout en picolant un peu. »

« Pardon, j’introduis un élément profondément humain dans les relations de travail : le rire et la procrastination. »

« En tant qu’amuseur public, vous devriez savoir que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. »

« J’en étais sûr ! Nous passons aux menaces à peine voilées ! Je note que vous n’êtes qu’un être inhumain qui se sert des travailleurs comme de machines sans sentiment. C’est important les sentiments, c’est ce qui fait que la vie devient supportable. Je vais en parler à mon père. »

« Dugenou, je sais que votre père est un membre éminent du conseil d’administration. Ce qui explique votre situation particulière de glandeur qualifié, mais je ne suis pas certains que les japonais qui vont absorber l’entreprise aient entendu parler d’une qualification de glandeur. »

« Vous devriez saisir cet évènement comme une opportunité, monsieur le directeur. Nous pourrions tous apprendre le japonais. Ensuite, vous pourriez nous offrir un séjour culturel à Tokyo. »

Un sauvage

23 janvier, 2022

« Monsieur, vous êtes un sauvage. Vous vivez dans les bois. »

« Oui et alors ? »

« Savez-vous que la civilisation nous a apporté toutes sortes de bienfaits : un toit, un chauffage, une salle de bains, des équipements ménagers, etc… »

« Oui, mais enfin, avec de l’imagination, on peut vivre sans tout ce bazar qui coûte cher et qui pollue l’environnement. »

« Certes, mais vous ne me direz pas qu’un bon matelas… »

« On peut très bien dormir au contact de notre Terre nourricière et aller se laver à la rivière. Nos ancêtres ont vécu comme ça pendant plusieurs siècles. »

« Et pour vos distractions, c’est un peu restreint. »

« Pas du tout. Je peux me balader, lire, écouter les oiseaux… J’écoute les bruits de la forêt, quoi ! »

« Vous vous rendez compte : si tout le monde faisait comme vous, il n’y aurait plus de vie. Plus de gens dans les rues encombrés, plus de gens bourrés dans le métro, plus de gens au boulot… »

« En un mot : il y aurait davantage de gens libres de toute contrainte. Finalement, la civilisation tient debout grâce aux contraintes qui s’exercent sur chacun. »

« J’en étais sûr : vous philosophez ! Depuis Diogène, ceux qui abandonnent tout se croient dans l’obligation de philosopher. »

« C’est normal, nous retournons à l’essentiel. Vous vous êtes un peu bas de plafond parce que votre vision est obscurcie par la nécessité de posséder toujours plus. »

« Dites tout de suite que je suis idiot. »

« Non, mais vous acceptez d’être un truc minuscule dans une grande machine qui vous dépasse et qui fonctionne de manière parfaitement cohérente. »

« Bon, vous m’avez convaincu. La semaine prochaine, je viens avec mes copains et on s’installe dans votre forêt. »

« Il ne manquerait plus que ça ! Vous allez tout gâcher ! Dès qu’un groupe de personnes s’installent quelque part, ils veulent s’organiser. Chacun se spécialise : on voit apparaitre des commerçants, des soignants, des maîtres pour les enfants… Et c’est reparti pour un tour ! »

« Si je comprends bien, on ne peut pas vivre comme des sauvages à plusieurs ! »

« Ben…. C’est ça. En plus vous allez me déranger. Si d’autres font comme vous, on aura bientôt introduit la civilisation dans la forêt. Pour avoir la paix, il ne me restera plus qu’à aller en ville. Reconnaissez que ce serait un comble. »

« Donc vous voulez conserver les avantages de la nature pour vous ! »

« Oui, ce serait mieux. En fait, je vous rends service. Je vous rappelle temps à autre qu’on peut très bien vivre heureux sans accumuler de l’avoir. »

« Eh voilà ! Vous philosophez et en plus, vous faites de la politique. Vous ne seriez pas un peu gauchiste par hasard ? Si ça ne vous dérange pas, je préfèrerais m’installer dans une forêt de droite. »

Partir un jour ?

5 janvier, 2022

« Je m’exile. »

« Vous voulez dire que vous partez en vacances à l’étranger. »

« Non, non. Je veux aller vivre ailleurs. Je ne me sens plus très bien en France. »

« Et pourquoi donc, cher ami ! Les impôts ? Vous avez quand même que vous payez des impôts pour financer les routes, les écoles, les hôpitaux dont vous vous servez… »

« Non, ce n’est pas ça… Je trouve qu’on accorde trop d’importance à des choses qui n’en n’ont aucune : la santé des stars du cinéma, le niveau du Psg, la plus belle chanson du moment, le feuilleton télévisé du soir… »

« S’occuper de choses futiles, n’est-ce pas un signe de bonne santé de la population… »

« Ou bien un signe d’abaissement intellectuel… »

« Vous croyez que nous devenons plus bêtes qu’avant ? Pour quelle raison ? »

« Evidemment ! Les publicitaires ont tout intérêt à vous faire ingurgiter le maximum d’images pour que vous achetiez sans réfléchir. »

« Oui, mais enfin, les gens vont à l’école… Ils sont éduqués ! »

« Ben non… Ils sont formés à trouver un emploi, gagner un peu d’argent pour faire tourner la grande machine économique ! »

« Et vous pensez que ce sera mieux ailleurs ?»

« Vous avez raison. La nature humaine est la même partout. Nous sommes cupides, prétentieux, imbus de notre personne sous toutes les latitudes. Mais j’ai envie de me donner l’impression de la nouveauté. »

« Bon, vous vous rendez compte que vous allez perdre vos copains, vos habitudes, votre langue, nos traditions ? »

« Oui… les traditions… parlons-en ! Si c’est pour aller saluer les pompiers au bal du 14 juillet ou bien s’empiffrer comme un porc à Noël… Merci bien ! »

« Et votre copain Dugenou, qu’est-ce qu’il en pense ? »

« Il est bien ennuyé, il ne pourra plus m’emprunter ma tondeuse à gazon. Il voudrait que je la lui laisse au motif que j’en n’aurais pas besoin en Patagonie ou ailleurs. »

« Et votre femme, elle est d’accord ? »

« Non, elle ne veut pas partir avant d’avoir vu la fin de « Plus belle la vie ». En plus, elle ne veut pas abandonner les dimanches chez sa mère. »

« Et votre boulot ? »

« Le patron me refuse une mutation à l’étranger au motif qu’il ne retrouvera pas un adjoint aussi compétent que moi. C’est sûrement pour me flatter ! »

« Bref, ce n’est pas si simple que ça ! » 

« Oui, nos proches nous emprisonnent. »

Un nouveau candidat

2 janvier, 2022

« Nous sommes en pleine campagne présidentielle ! »

« Ah bon ? Qu’est-ce que c’est ? »

« Une période où vous pouvez essayer de devenir chef à la place du chef. »

« C’est intéressant. Je peux essayer ? »

« Si vous voulez, mais vous n’avez pas beaucoup de chances. Il faut bien connaître les problèmes du peuple et proposer des solutions. »

« Je vais proposer que tous les travailleurs soient augmentés. Je pense que si ça n’est pas la panacée, ça peut résoudre beaucoup de problèmes. »

« Ben non, ça ne fait pas très sérieux, c’est un peu démagogique. »

« Alors quand on propose des solutions aux problèmes du plus grand nombre, on est démagogique, c’est grave ? »

« Non, mais vous n’êtes pas crédible. Il faut faire des propositions qui portent sur des points sur lesquels le président peut agir. Réduire les impôts par exemple. »

« Ils font ça, les autres. ? »

« Oui, vous pouvez aussi dire que vous allez réduire le nombre de fonctionnaires. Le problème, ce n’est pas tellement de le dire, c’est de le dire d’un air martial et déterminé. »

« Ah mince, je n’ai pas tellement l’air martial. Et si je disais que je vais augmenter l’impôt des riches pour redistribuer de l’argent aux pauvres. »

« Surtout pas ! C’est très démagogique !! »

« Si je comprends bien chaque fois que je fais plaisir à un grand nombre de personnes, c’est démagogique. Et la démagogie, ce n’est pas bien. »

« Voilà ! Il faut faire des propositions impopulaires d’un air résolu pour bien montrer que vous êtes un candidat qui ne se laisse pas faire et qui va redresser le pays. »

« Ah bon ? Le pays est tombé ? »

« On n’en sait rien, mais ce n’est pas le problème. Il faut apparaitre comme un sauveur. Une sorte de Superman, prêt à tous les exploits !! »

« Bon d’accord ! Et ça suffit pour prendre la place du chef ? »

« Non, bien sûr. Il faut expliquer que le chef actuel gère très mal. Ce n’est pas compliqué : vous dites que tout ce qu’il a fait est nul. »

« Euh… mais ce n’est pas vrai ! »

« On ne vous demande pas d’être de bonne foi, on vous demande d’être efficace et être efficace, ça consiste à prendre la place du chef sans avoir de problème de conscience. Et en plus comme vous êtes plusieurs candidats, débrouillez-vous pour présenter les autres sous un jour très défavorable. »

« Je vois : je vais dire que ce sont des mous du genou. »

« C’est bien, mais il faut faire plus. Si vous pouviez les traiter d’irresponsables ou d’incompétents, ce serait encore mieux. Je m’occupe de leur trouver un problème avec le fisc. »

Une campagne électorale, ça se prépare

28 décembre, 2021

« Vous me flattez, monsieur. »

« Pas du tout, je constate votre merveilleux talent. Nous avons tous besoin d’un homme comme vous. Votre dernier discours m’a subjugué ! Quelle chance avons-nous de vous avoir ! » 

« Ne seriez-vous pas en train de flagorner de manière à obtenir un avantage de ma part, peut-être. Un emploi de conseiller à ma cour ou quelque chose comme ça ! »

« C’est-à-dire monsieur, que, du fait de votre haute fonction, vous avez sûrement besoin d’être entouré de gens compétents qui soient à la hauteur. »

« Bien entendu, vous ne pensiez pas spécialement à vous. Votre modestie n’a d’égal que l’humilité dont vous faites preuve lorsqu’il s’agit de ne pas vous faire remarquer. »

« Je ne le dirais pas mieux que vous, monsieur. Mon talent, comparez au vôtre, est modeste. Néanmoins, je me plierais volontiers à votre volonté, si vous me pensiez apte à remplir quelques menus services. »

« C’est vrai que nous avons toujours besoin d’un plus petit que soi, comme dit le fabuliste. Mais vous me semblez vraiment très petit. »

« Vous avez raison. Peu de gens font attention à ma personne, tant je me glisse partout dans l’indifférence générale. »

« Nous pourrions faire de vous un excellent espion. »

« Oui, mais alors pas dans un contexte trop dangereux. Je ne suis pas très courageux. Et puis j’aime bien ma tranquillité. »

« C’est-à-dire que la prochaine campagne électorale ne sera pas très tranquille. Les citoyens sont nombreux à vouloir exprimer un mécontentement. »

« Ah bon ? Vous avez été pourtant exemplaire. Je pourrais être chargé, dans votre entourage, de recueillir les témoignages de satisfaction. »

« Vous n’aurez pas beaucoup de travail. Un élu sortant fait rarement l’objet d’une campagne de satisfaction »

« Je pourrais la susciter. Rien de plus facile que de vous envoyer une montagne de textos ou de tweets louangeurs. Je pourrais aussi faire jeter des fleurs sur votre passage. »

« A propos vous avez des références ? »

« Tout à fait, j’ai participé à la dernière campagne de Dugenou qui m’appréciait beaucoup ! »

« Dugenou ? Mon adversaire politique ? Ne seriez-vous pas enclin à passer d’un camp à l’autre sans vergogne ? Ne seriez-vous pas un traitre capable de trahir son camp en fonction de ses intérêts ? »

« Euh…oui, mais je ne trahis pas, monsieur, je survis. Si vous croyez que c’est facile ! »

« Non, je ne crois pas. Remarquez, j’aime bien les traitres qui ne manquent pas de cynisme. On sait à quoi s’attendre, on est rarement déçu. »

« En effet, monsieur, je me flatte d’avoir une belle carrière de traitre ! Je trahis avec beaucoup d’élégance. Quand je changerai de camp, vous pourrez vous indigner et vous faire passer pour une victime. Les électeurs aiment bien les victimes. »

L’humoriste

25 décembre, 2021

« Il parait que vous voulez vous moquer de moi ? »

« Oui, si ça ne vous dérange pas, ça m’arrangerait. Il faut savoir que je me moque de tout le monde, je suis humoriste. »

« Peut-être, mais enfin, vous me blesseriez cruellement. Vous pourriez éviter de vous moquer des êtres humains. »

« Je ne vais tout de même pas tourner une paire de chaussettes en dérision. »

« Pourquoi pas ? C’est une question d’imagination. »

« Mais les gens aiment mieux que je raille leurs contemporains. C’est comme les jeux du cirque : tant qu’ils ne sont pas eux-mêmes dans l’arène, ça les distrait. »

« Mais pour faire rire, il faut être capable de détecter le ridicule. Or moi, je ne suis pas plus ridicule que vous ! Et je n’ai pas envie d’être dans l’arène. »

« Vous avez certainement des tocs ou des habitudes dont je peux tirer parti. Par exemple, vous dites souvent : c’est clair ! »

« Et alors ? C’est le cri de ralliement de la jeunesse : c’est clair ! »

« Vous voyez, vous êtes ridicule. Donc je vais vous singer : j’en ris d’avance. C’est clair ? »

« Vous n’exercez pas votre métier de manière très intelligente. Vous pourriez faire des jeux de mots très spirituels comme Raymond Devos. Par exemple : à quand le car pour Caen, c’est une phrase célèbre qui mérite de rentrer dans l’Histoire. »

« Certes, mais je voudrais faire rire sans trop me casser la tête. Alors me moquer de vous, c’est ce qu’il y a de plus simple. Si vous pouviez être un peu prétentieux, ça m’arrangerait. »

« Ben… non, pas moi. Vous pourriez vous ficher de votre propre figure. Je trouve qu’il y a de quoi faire au lieu de vous en prendre aux autres. »

« Ben… non, moi ça ne me ferait pas rire de m’agonir de railleries.  Si je ne me marre pas comment voulez-vous que je fasse marrer les autres ? »

« Attaquez-vous aux politiciens ou aux belles-mères. Tout le monde fait ça ! »

« Justement, ce n’est pas original. Tandis que vous, personne ne vous connait, je peux donc vous démolir à fond. »

« Bon ! Puisqu’il en est ainsi, moi je vais me moquer de vous ! Je vais rédiger un pamphlet cinglant dont vous me donnerez des nouvelles. »

« Vous feriez ça ! Ce n’est guère sympathique. Un homme dont je me moque ne doit pas se rendre compte qu’il est raillé. Ce n’est pas du jeu. »

« Puisque c’est comme ça, je vais devenir quelqu’un de complètement lisse. Comme ça vous n’auriez rien pour vous moquer de moi. »

« Parfait, vous allez ennuyer tout le monde. Je pourrais m’esclaffer de votre tendance à être sans personnalité. Les gens vont mourir de rire ! »

« Et si je me rebelle, je suis sûr que vous stigmatiseriez mon absence d’humour ! Quelle ignominie ! »»

Vive le troc !

12 décembre, 2021

 «Je vous cède un aspirateur. Qu’est-ce que vous me donnez en échange ? »

« Rien. Je n’ai pas vraiment prévu de vous faire un cadeau. »

« Il ne s’agit pas de cadeau. Je vous propose de revenir au temps du troc, c’est beaucoup plus sain que les opérations monétaires. »

« Oui, mais moi, je n’ai rien à faire de votre aspirateur. J’en ai déjà un qui marche très bien. »

« Je vois que vous avez besoin d’une table de jardin. Je vous échange la mienne contre la niche de votre chien. »

« Non, Papouf aime bien son petit coin. Pas question ! »

« Je vois ce que c’est, monsieur est plus favorable à la financiarisation de l’économie qu’à une économie locale basée sur le bon voisinage. »

« Parfaitement, je garde mon argent, je le fais travailler et lorsque je trouve le meuble de jardin qui me plait, hop ! Je l’achète ! »

« Dites tout de suite que ma table de jardin est pourrie ! »

« Je vous dis que mon chien adore sa niche. Mettez de l’argent de coté pour en acheter une neuve pour votre clébard. »

« Ben non ! Youpi préfère l’ancien au moderne, c’est son droit ! »

« Ecoutez ! Cela a pris des siècles pour que nous nous dotions d’instruments monétaires et financiers cohérents. Nous n’allons pas revenir en arrière. »

« Vous trouvez que c’est un progrès ! Les banquiers se livrent à toutes sortes d’entourloupes pour concentrer la finance entre leurs mains cupides de capitalistes endurcis. »

« Oui, mais grâce à eux, l’investissement se développent : nous avons des écoles, des hôpitaux, des routes, des industries de pointe… »

« Pour qu’ils gagnent encore plus de pognon. Ils se fichent bien de l’endroit où dort Youpi ! »

« C’est sûr que ce n’est pas leur première préoccupation. »

« Vous ne seriez pas partisan d’une mondialisation heureuse ? »

« C’est-à-dire que je suis plutôt partisan de m’acheter ce que je veux, quand je veux, sans être obligé de tenir compte des états d’âme de Youpi.»

« Finalement, vous n’êtes qu’un petit rouage dans un vaste système qui vous domine, alors que je vous proposais de prendre en main votre destinée de consommateur. »

« Faites comme moi : achetez quelques actions ou obligations et attendez que la rente tombe. Vous aurez le temps de construire une cabane pour Youpi. »

« Comment ? Vous suggérez que je vende mon âme au capitalisme libéral triomphant ? Vous vous moquez, monsieur ? »

« Pas du tout. Je cherche à vous faire profiter du développement économique général au lieu de chercher à m’arnaquer par le biais de l’échange plus ou moins inégal. Nous aurions une relation plus apaisée entre voisins. »

Les recettes du succès (par Maurice Dugenou)

7 décembre, 2021

« Maurice Dugenou, comment faites-vous pour avoir autant de succès populaire dans tous les domaines professionnels ou privés ? Pouvez-vous nous donner votre recette ? Comment faites-vous pour que les gens vous aiment ? »

« C’est simple ! La première des choses, c’est de faire en sorte qu’ils aient besoin de vous. Par exemple, au lycée, je faisais les devoirs pour la moitié de la classe. Tous mes camarades m’aimaient. »

« Certes, mais tout le monde n’a pas vos capacités intellectuelles. »

« Oui, je vous l’accorde, mais on peut raisonner en sens inverse. Si vous êtes très mauvais sur le plan professionnel, les gens adoreront vous fréquenter puisque vous ne représentez aucun danger pour leurs carrières. »

« C’est que moi, je n’ai pas trop envie d’être mauvais… Vous n’auriez pas une autre technique.»

« Si… vous pouvez intriguer. Commencez par prendre des airs mystérieux. Puis choisissez une commère qui colportera à coup sûr ce que vous allez lui dire. Laissez tomber, comme par hasard, que vous écrivez et que vos livres ont du succès. Les marques de sympathie vont affluer et en plus, vous aurez l’air modeste puisque vous avez caché votre succès ! »

« Pas mal ! Le petit problème, c’est que je n’ai aucun don ! »

« Vous pouvez essayer l’humour. C’est un article assez recherché. Mais attention ! Evitez le style « gros rigolo », ça peut marcher un temps, mais ça devient vite vulgaire. Le pince-sans-rire s’en sort mieux ; il peut s’installer dans le temps. »

« Bon ! Admettons ! Mai je ne peux pas me précipiter sur les gens pour leur faire part d’une bonne vanne, en supposant que j’en ai une. »

« Non, effectivement ! Il faut cultiver la rareté. Sachez-vous retirer des groupes, de façon que votre présence soit désirée. Lorsque vous arrivez dans une conversation, faites comme si vous passiez par hasard et retirez-vous rapidement en prétextant quelque chose d’urgent. »

« Donc, il faut briller par son absence… »

« Tout en laissant traîner un peu de soi. »

« Et comment faire si je dois affronter quelqu’un qui a autant de succès que moi ? »

« L’essentiel, c’est de ne pas avoir l’air jaloux ou envieux, c’est très mauvais. Affichez plutôt un léger sourire quand il sort une vanne pour donner à penser qu’à vous on ne la fait pas ou que la vanne de votre concurrent est amusante, mais sans plus. »

« J’imagine qu’avec toutes ces techniques, le succès auprès des femmes est assuré. »

« Non, là on aborde un terrain délicat. Si elle vous prend pour un rigolo, vous êtes foutu. Il faut inverser l’ordre des facteurs. Au lieu de vous préoccuper de vous, donner lui l’impression qu’elle est particulièrement drôle et intéressante. »

« Et ça marche ? »

« Pas forcément, mais l’échec fait partie de la vie. En désespoir de cause, vous pouvez jouer le mec naturel. Soyez comme vous êtes, ça ne peut pas être pire que vos recettes pour plaire que ce soit auprès des femmes ou de votre patron. »

« … d’autant plus, qu’elles ou ils doivent avoir l’habitude des gens qui ont des astuces pour avoir du succès ! »

De toutes les couleurs !

28 novembre, 2021

Le bleu dit qu’il est noble par nature. On disait des princes d’antan qu’ils étaient de sang bleu. En plus, il offre un grand nombre de nuances au regard : du bleu ciel au bleu nuit en passant par le bleu outremer.

Le rouge ne l’entend pas ainsi. Il symbolise le courage du peuple qui versa son sang sur les champs de bataille ou dans des révoltes contre l’oppression. Le rouge cerise offre au gourmand l’occasion d’exciter ses friandes papilles.

Le vert s’énerve. C’est lui qui est la couleur de la Nature, mère de toute chose. Quand on est vert, on est écologiste, on est pour la protection de la mer, on est pour manger sainement… Bref, le vert est la couleur qui sauvera la civilisation !

Parlons un peu de moi, dit le jaune. Je suis extrêmement intéressant. Je ne plastronne pas au premier rang, mais en me mêlant aux autres, je peux changer les choses. En épousant le bleu, je peux devenir vert par exemple.

A ces mots, le violet ne se retient plus. Il dit qu’il est sans doute la couleur la plus élégante. N’importe qui ne peut pas porter du violet. La preuve : les prélats s’en sont réservé l’usage quasi exclusif. En plus, les autres – le bleu et le rouge – se mettent à deux pour accéder au violet.

L’orange s’énerve. Lorsque le crépuscule survient les soirs d’été, qu’aperçoit-on à l’horizon ? Dans un subtil dégradé des teintes mordorées accompagnent le coucher du soleil. Par conséquent l’orange estime être la plus belle des couleurs puisqu’il peut offrir un tel tableau quotidien. 

Il restait le blanc qui n’avait rien dit. Il agita ses petites mains pour qu’on prête attention à la couleur de la paix et de la fraternité. Au passage, il dit aussi être très propre puisqu’il symbolise la virginité. Et l’hiver ? Qui est-ce qui calme tout le monde en recouvrant la campagne d’un voile immaculé ?

Ah, mince ! On a oublié le noir !

Le noir règle son compte au bleu qui s’en prend à l’âme des gens en l’obscurcissant lorsque les hommes sont blessés par la vie.

Il fait également remarqué au passage que le rouge est la couleur de tous les martyrisés par la violence de l’injustice. Le rouge est donc sanguinaire.

Le jaune, c’est celui qui brise les grèves. Celui qui fait fi de la solidarité avec ses camarades de lutte. Le jaune manque de dignité.

Le noir n’a rien contre le violet, mais tout de même il le trouve assez louche. N’y a-t-il pas un paradoxe entre symboliser la sagesse et être un indice de rage dans l’expression : violet de rage. Par ailleurs, pourquoi se cache-t-il sous des pseudonymes comme parme ou mauve ?

Parlons de l’orange, dit le noir avec une certaine jubilation. L’orange, c’est la couleur des bagnards américains qui ont commis les pires exactions ! Il n’y a pas de quoi être fiers ! L’orange est un voleur ! Il est le seul à avoir pris le nom d’un fruit qui ne demandait rien à personne !

Quant au blanc, le noir s’esbaudit, il suffit qu’il le touche pour le transformer en gris, avec une bonne cinquantaine de nuances, s’il le veut.

Soyons sérieux, affirme le noir. Moi, j’offre quelque chose de magique. L’obscurité de la nuit inspire les poètes. Lorsque le soleil est couché, les hommes sont confrontés à leurs sentiments. C’est à cet instant-là que leurs âmes s’élèvent vers un peu plus de grandeur.

Bon, on en a vu de toutes les couleurs !

Enfin des décisions !

23 novembre, 2021

Les atermoiements n’ont que trop duré. Il faut envisager de passer à l’action.

Une démarche de concertation pourrait être engagée. C’est possible, bien que rien ne soit certain.

Je m’interroge.

Je ne sais pas. On est en train de faire une étude. J’attends un premier rapport qui sera suivi d’un second, puis d’une réunion interne.

C’est donc trop tôt. Tout ça est très éventuel.

Je n’exclus rien, mais je n’ai rien décidé.

Après la réunion, des discussions préliminaires auront lieu en vue d’une conférence préparatoire.

Toutes les options sont sur la table à côté de la machine à café.

Je suis très mobilisé sur la question. La possibilité de trancher est étudiée de très près.

Nous n’avons que trop tarder, maintenant il faut que chacun prenne ses responsabilités. En tous cas, il n’est plus possible de procrastiner.

Je recevrais prochainement toutes les parties prenantes et je n’hésiterai pas à dire ce que j’en pense.

Il est possible que nous aboutissions un accord sans que cela ne constitue un engagement de ma part.

Je ne suis pas du genre à tergiverser. Mais une décision est, à ce stade, encore très hypothétique. Je dirais même incertaine.

Je vais aussi me réunir avec moi-même. Ce sera un sujet prioritaire.

Il est pensable que les termes d’un agrément apparaissent.

Il n’est pas inenvisageable qu’on aboutisse à un protocole d’accord conduisant à un processus d’engagement avant d’entrer dans une phase d’adhésion.

J’ai confiance dans l’avenir. Les conditions sont réunies pour qu’une réflexion collective se poursuive autour d’un bon cassoulet.

Un modus vivendi pourrait se dessiner dans des conditions qui reste à préciser.

Des indices laissent déjà penser qu’une communauté de point de vue pourrait se dégager.

On peut même penser à une éventuelle convergence des idées.

Soyons prudents, mais confiants : la probabilité d’un compromis n’est pas nulle.

Il n’est pas inimaginable que les positions respectives se rapprochent.

Il est même concevable que des négociations s’engagent dans un esprit d’ouverture.

D’ailleurs, je propose que la conférence débouche sur un colloque, voire un symposium ou tout simplement un séminaire qui formaliserait les termes d’un pacte éventuel. 

Les derniers points de désaccord font déjà l’objet d’un examen attentif.

Les conditions d’un projet d’un potentiel traité sont réunies.

Comme vous le voyez, la volonté de réussir rapidement est forte.

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