Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Une vraie beauté

19 juillet, 2018

« Vous avez remarqué l’éclat de ma beauté ? »

« Euh… pas tellement, non ! »

« La régularité sensuelle de les traits ? »

« Non plus, ça manque de personnalité. C’est un peu lisse ! »

« Regardez bien l’harmonie de mon nez avec le dessin de ma bouche finement ourlée. C’est très émouvant, non ? »

« Euh…  Non, toujours pas ! »

« Et la douceur de ma peau, qu’est-ce que vous en pensez ? »

« Je m’ennuie. La peau de pêche, ce n’est pas mon truc, ça me provoque des irritations. »

« Bon, alors, ma chevelure douce et soyeuse, brune aux reflets acajou et auburn, je me ruine en shampooing et en coiffeur ! »

« C’est vrai qu’il y a du boulot, mais enfin, je ne parle pas à vos cheveux. »

« Et ma façon si féminine de réajuster une de mes mèches derrière mon oreille, ça ne vous bouleverse pas ? »

« Non, ça doit être gênant pour vous. »

« Et mon rire qui vibre comme du cristal, tout en dévoilant ma dentition parfaite. Mon dentiste se donne un mal de chien pour que ça ressemble à quelque chose. »

« J’espère que ce n’est pas remboursé par la Sécu. »

« Bon, alors passons à mon allure. La souplesse de ma silhouette, c’est quelque chose, non ? Si vous croyez que mes séances d’abdos me font plaisir ! »

« C’est méritoire, mais vous me paraissez un peu fluette ! »

« Et mes jambes fines et incroyablement longues, harmonieusement prolongées par des escarpins fins et délicats. J’en ai juste 53 paires. »

« L’industrie de la chaussure vous remercie. »

« Passons à la huitième merveille du monde : les courbes de mes reins et de ma poitrine. Les accidents de rue, causés par de violentes rencontres entre des hommes et des lampadaires, se multiplient. La municipalité s’inquiète avant chacune de mes sorties. »

« Il est vrai que vous êtes un danger public. »

« Bien, passons à mon tempérament jovial et avenant. On a tout de suite envie de mieux me connaitre, vous ne trouvez pas ? »

« C’est vrai qu’il y a une vraie curiosité touristique à visiter »

« Et ma modestie, qu’est-ce que vous en pensez ? Vous ne me trouvez pas confondante de modestie ? »

Les doubles

17 juillet, 2018

« Je vends des machines à reproduire. »

« Vous êtes représentant en photocopieuse, quoi ! »

« Pas du tout ! Mes machines peuvent reproduire n’importe quoi. Exemple : vous aimez bien Minet, votre chat. Vous faites entrer Minet dans ma machine et hop ! Il vous sort cinq ou six minets. »

« C’est consternant. »

« Je ne vous le fais pas dire. Mais ce n’est pas tout. Ma machine est vendue avec un vaporisateur de reproduction. »

« Qu’est-ce à dire ? »

« Exemple : vous avez été séduit par le paysage des gorges du Colorado lors de votre dernier Voyages aux Etats-Unis. Vous dites : gorges du Colorado au vaporisateur. Vous vaporisez longuement et hop ! Dans votre jardin, sous vos yeux ébahis, apparait le paysage du Colorado qui vous a tant plus. »

« Sidérant ! Nous sommes loin des photocopieuses, même en réseau. »

« J’ai pire. Vous pouvez vous reproduire vous-même. Vous avez la flemme d’aller passer le réveillon chez votre belle-mère. Vous entrez dans votre machine et hop ! Un autre vous-même sort qui peut aller s’ennuyer à votre place. »

« C’est un hologramme. »

« Non pas du tout. Un hologramme répète exactement vos attitudes et vos paroles. Le type qui sort de la machine a son autonomie, mais avec votre caractère. Si vous êtes nul dans certains domaines, il sera nul. Pendant le réveillon de votre belle-mère, il aura l’air de s’ennuyer copieusement puisque vous n’avez aucune envie d’y aller. La différence, c’est que vous aurez semblé faire l’effort d’y aller quand même. Votre femme Josiane, vous en sera reconnaissante. »

« C’est bien beau, mais qu’est-ce que j’en fais de mon autre moi-même après le réveillon ? »

« Vous pouvez l’envoyer bosser à votre place. Ou bien, il peut emmener Josiane et les enfants en vacances si ça vous gonfle. Pendant ce temps, vous prendrez du bon temps. »

« Et quand il est trop usagé, j’en fais quoi de mon double… »

« Euh, je n’ai pas encore inventé la machine à l’éliminer. Il ne faudrait pas que vous soyez obligé d’aller en prison pour avoir tué votre double ! »

« Je préfèrerais éviter si possible. Le mieux serait que votre système fonctionne à l’envers : mon double entre par la sortie et il ne sort rien par l’entrée ! Il se volatilise ! »

« Je vais étudier la solution, mais il ne faudra pas se tromper. Si c’est vous qui entrez, vous entrez dans le néant, il ne restera plus que votre double qui ne sera pas quoi faire. »

« Bon, on va peut-être s’en tenir aux gorges du Colorado.»

Le dernier

15 juillet, 2018

« Je suis dernier. C’est une vocation ! »

« Je suppose que ça vous a pris dès l’école. Il n’y a pas de quoi se vanter. »

« Si justement, j’ai ouvert les portes de l’espoir à tous les cancres. J’étais le dernier en classe et je suis toujours vivant ! »

« Oui, mais dans quel état ! Vous êtes le dernier partout. »

« J’ai été le dernier du village à me mettre au smartphone. J’ai été tellement dernier que je n’en ai toujours pas. »

« C’est pour ça qu’on peut encore parler avec vous ! »

« Tout à fait. Je suis également le dernier à me précipiter sur les plages du Midi en plein mois d’août. »

« Effectivement, si tout le monde ambitionnait la dernière place, ça nous arrangerait. Josiane, mon épouse, aime les plages tranquilles. »

« Si ça vous intéresse, je peux vous laisser quelques places de derniers. Par exemple, pour draguer la belle Amélie, j’attends que tous aient tenté leur chance et j’arrive tranquillement en prenant l’air de celui qui est tellement sûr de son coup qu’il ne s’est pas pressé. »

« Non, je vous remercie, mais je crois que Josiane n’apprécierait pas vraiment. »

« Bon… alors, j’ai une très belle place de dernier du Tour de France. C’est d’un bon rapport, on est invité de partout. Les gens aiment bien se moquer de la figure du dernier qui s’en fout… du moment que ça rapporte. »

« Vous avez raison : personne ne connait l’avant-dernier, place qui ne présente aucun intérêt. Comment peut-on se moquer d’un avant-dernier ? »

« Je suis aussi le dernier à payer mes impôts, juste avant la date limite. Je profite le plus longtemps possible de mon argent. »

« Oui, mais à partir de l’an prochain, tout le monde sera à égalité avec la retenue à la source. Plus moyen d’être le dernier ! »

« C’est un vrai scandale démocratique. Heureusement, je suis le dernier du quartier à porter des « marcel »… Vous savez les maillots de corps de nos pères. »

« En effet, c’est très pittoresque ! Et en matière de culture, qu’est-ce que vous faites ? »

« Je veux être le dernier pour aller voir Stars Wars. Comme tout le monde me raconte l’histoire, finalement, je n’aurais peut-être pas besoin d’y aller. »

« C’est vrai que ce n’est pas la peine de se précipiter sur les films à la mode, ils finissent tous par passer à la télé. »

« Il me reste une question à régler. Quand on me dit que je suis le dernier des crétins, c’est un compliment ou non ? On peut penser que dans la hiérarchie des crétins je ne suis pas très bon, donc que je suis un peu moins crétin que les autres ! »

Histoire de blogs

12 juillet, 2018

« Vous avez vu le blog de Dugenou ? »

« Oui, je sais : ce qu’il dit est complètement débile. »

« On devrait l’interdire ! »

« Non, c’est un grand succès. Pour intéresser les gens, il faut être génial ou alors débile. Comme Dugenou, n’est pas génial, il n’avait pas le choix. »

« Quand même, on se dispenserait volontiers du rapport sur ses vacances de jeune homme chez sa grand-mère. »

« C’est comme ça ! Les gens « normaux » sont saisis d’une espèce de vertige devant le néant intellectuel de certains individus. Ils adorent se sentir déstabilisés. C’est sûr qu’avec votre blog consacré aux choux à la crème, vous ne déstabilisez pas grand monde. »

« Si je comprends bien, il faudrait que je devienne déglingué, sinon mon blog va rester à deux visites par mois : la mienne et celle de ma gamine que je paie pour qu’elle s’y rende au moins une fois par mois. »

« C’est exact. On a le droit de dire ce qu’on veut sur son propre blog, mais il ne faut pas s’étonner si c’est complétement inintéressant. »

« Je pourrais peut-être critiquer sévèrement le blog de Dugenou, en disant qu’il est idiot. Pendant que j’y suis, je critiquerai ceux qui vont sur son blog, en disant que ce n’est pas en lisant ce que dit un idiot qu’on devient intelligent. La bêtise, c’est contagieux. »

« Ne faites surtout pas ça ! Vous allez donner un merveilleux moment de publicité à Dugenou. Les gens adorent les polémiques sur le Net. Quand il a obtenu un excellent classement au concours des blogs les plus nuls, son compteur de visites a explosé. »

« Autrement dit, la nullité attire les gens. »

« Surtout qu’on peut se rendre sur le blog de Dugenou de manière anonyme. D’ailleurs, devant la machine à café, tout le monde le critique, ce qui veut bien dire que ses collègues vont voir son blog, tout en disant que Dugenou, c’est un crétin. »

« Remarquez… Je me demande pourquoi on a envie d’avoir beaucoup de visites. »

« Parce que ça vous valorise. Lorsque vous avez une petite situation de modeste salarié, tout entier dévoué à un patron que vous ne connaissez pas toujours parce qu’il habite New-York, ça vous fait du bien d’être considéré par des centaines de personnes, avides de savoir ce que vous avez à dire. C’est encore mieux s’ils commentent avantageusement ce que vous dites, ça vous donne l’impression de vivre un moment de gloire. »

« J’ai pourtant rédigé un article très percutant sur l’histoire du chou à la crème. »

« Vous devriez écrire un article sur le rapport entre le chou à la crème et le sexe. Là, je vous prédis un certain succès. »

« Je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup de rapports. Et puis, il faudra que je l’interdise à ma gamine ! »

Le cintre

10 juillet, 2018

« Je produis et je vends des cintres. »

« Voilà un créneau commercial qui me parait très fin. Ça marche ? »

« Vous plaisantez ! Le cintre est un objet éternel qui nous enterrera tous. Le cintre durera aussi longtemps que l’homme. »

« C’est ma foi vrai, je ne vois pas bien comment ranger mes vêtements sans cintre. A moins de les rouler en boule, mais Josiane n’est pas tellement d’accord. »

« Pour qu’on ne vende plus de cintres, il faudrait imaginer que le corps humain subisse une transformation ravageuse. Par exemple : plus d’épaules ! »

« On aura l’air de quoi sans épaules ? »

« Je vous le demande : de fils de fer ambulants peut-être. » 

« C’est une vision de la société cauchemardesque ! »

« Oui, c’est pour ça qu’il faut vénérer nos cintres. Il faudrait instaurer une journée des cintres dans le calendrier. Ce serait la Saint Cintre ! »

« Remarquez… Je suis étonné que personne n’ait encore inventé le cintre virtuel, ce serait très économique. »

« J’y travaille activement. »

« Comment ça va se présenter ? »

« Ce sera un cintre soutenu par des ondes électroniques invisibles, grâce auxquelles vos costumes seront comme suspendus dans les airs.  Ce sera une sorte de réalité virtuelle, ça nous économisera de la place dans nos placards. Quand vous devrez sortir et choisir un costume ou une robe, vous les appellerez et ils se présenteront à vous instantanément. »

« Euh…c’est-à-dire que je n’aimerais pas trop rencontrer mes costumes au détour de mon couloir en sortant de la salle de bains.  Le chien va avoir peur et hurler comme un dingue. »

« Dommage… Alors on peut aussi imaginer un cintre connecté, programmé pour examiner la qualité de vos vêtements. Au moindre accroc, il vous enverra un SMS. »

« En pleine réunion de direction, un SMS sur la bonne santé de mes pantalons ne me sera pas franchement indispensable. »

« Mieux encore ! Le cintre sera connecté à des sites spécialisée dans la mode et vous avertira dès que vos vêtements ne seront plus dans le vent. Il émettra un message vocal du genre : virer moi cette petite robe d’été. Ce sera très amusant. »

« Tous ces objets qui parlent, moi ça me traumatise un peu. Bientôt, l’être humain n’aura plus la parole. Halte à l’aliénation ! »

« J’ai encore mieux que mieux. Dès que votre vêtement est passé de mode, le cintre le détruit par combustion. »

« Et si ça flanque le feu à ma maison ? Je ne me vois pas appeler les pompiers pour leur dire que mes cintres ont mis le feu à ma garde-robe. »

« Aucun problème, le cintre est connecté avec la caserne des pompiers au cas où ça se passe mal. Il assumera ses responsabilités. »

Objectivement

8 juillet, 2018

« Dumollard, il me faut tes objectifs. »

« Ah oui ? C’est obligatoire d’avoir des objectifs ? »

« Oui, si tu n’as d’objectif, tu ne sais pas où tu vas. Et si tu ne sais pas où tu vas, tu vagabondes. Et vagabonder, c’est interdit. »

« Bon, si je dis que j’ai l’objectif d’avoir des objectifs, c’est bon ? »

« C’est un peu faible. Il faudrait rapidement atteindre ton objectif d’avoir des objectifs. »

« Bon, ça y est, cette fois j’ai des objectifs ! »

« Ah bon ? C’est quoi ? »

« On est obligé de les dire nos objectifs ? »

« Evidemment ! Si tu ne dis pas quels sont tes objectifs, je ne peux pas les connaitre et je suis ramené au cas précédent, c’est-à-dire que pour moi tu n’as pas d’objectif. »

« Oui, mais alors si je dis que j’ai des objectifs et que je ne les atteints pas, je vais passer pour un nigaud. C’est très embêtant. »

« C’est fait exprès. Le système des objectifs est socialement discriminant, ça permet de distinguer les winners et les loosers. S’il n’y a plus d’épreuve, il n’y a plus de gagnant, et s’il n’y a plus de gagnant, nous ne sommes plus dans la société de la performance. »

« Je pourrais te donner un objectif bidon, que je suis sûr d’atteindre. Comme ça, je serai un winner. Un winner bidon, mais on en est plus là. »

« Euh… oui, c’est ce que tout le monde fait sauf les naïfs. »

« Bon, je vais dire que j’ai pour objectif d’aller faire mes courses au supermarché en sortant du boulot. »

« Non, ça ne va pas du tout. Aller au supermarché, c’est ce que tout le monde fait. De toute façon, tu es obligé d’y aller. Un objectif, c’est quelque chose qui parait difficile à atteindre, mais que – grâce à ta volonté – tu vas atteindre quand même. »

« Oui, mais tu m’as dit qu’on peut avoir des objectifs bidon. »

« Certes, mais le bidonnage a ses limites. Ton objectif doit avoir l’air d’un objectif pour les autres, même si toi, tu es sûr de l’atteindre. »

« On pourrait faire un truc un peu plus honnête. Par exemple, c’est toi qui me donne un objectif. »

« Et puis quoi encore ? Si je t’en donne un trop faible, je vais passer pour un démago et si je t’en donne un trop élevé, je serai un tortionnaire. »

« Tu ne m’aides pas beaucoup. »

« Ecoute le mieux, ce serait que tu demandes à Dugenou. C’est lui qui tient le dictionnaire des objectifs qui ont l’air d’objectifs. »

Chez le boulanger

5 juillet, 2018

« Bonjour, madame la boulangère, pourriez-vous me faire une remise de 20 % sur la baguette que je vous achète tous les jours ? »

« Non, monsieur le client, ce n’est pas là l’usage commercial. »

« Alors, une remise sur les croissants, madame la boulangère. J’en prends également quotidiennement pour mon petit déjeuner. »

« Pas davantage, cher client. Si tout le monde commence à me demander des remises, nous ne survivrons pas très longtemps. »

« Parfois, le boucher dont je suis également le client, me met trois steaks hachés pour le prix d’un seul. Il y a là un geste que je vous recommande. »

« Le père Boulard fait ce qu’il veut, moi j’ai assez de clients comme ça. D’ailleurs si vous pouviez laisser passer les gens qui attendent derrière vous… »

« Bon d’accord, passez chère madame, je vois que vous avez un besoin urgent d’acheter une baguette hors de prix. »

« Si vous pouviez vous dispenser de vous adresser à ma clientèle… »

« Je ne fais rien de mal, je mets un peu d’animation dans votre magasin. Sinon, c’est lugubre, on dirait un guichet de la Sécurité Sociale…. A propos que penseriez-vous d’une remise sur les tartelettes aux fraises ? »

« C’est toujours non, le cours de la fraise vient d’augmenter. »

« Ou alors moins 10 % sur le pain au chocolat. Voilà une mesure qui vous assurerait une forte popularité dans la cour du collège voisin. Il est temps de donner un coup de vieux à votre clientèle ! »

« Justement ma clientèle de vieillards est derrière vous, si vous pouviez la laisser passer… »

« Je pourrais réorienter ma consommation vers le pain aux raisins. Avec un rabais de 5%, vous pourriez être la reine du pain aux raisins ! Je me chargerai de votre promotion… »

« … Contre une remise que je vous accorderais sur les baguettes, je suppose ! »

« Je n’osais pas vous le demander, mais enfin puisque vous insister, pourquoi pas ? Vous voyez, on peut trouver des synergies positives entre nous ? »

« Vous trouvez des synergies avec tous les commerçants du quartier ? »

« Non quand même pas. Uniquement avec les boutiques qui ont attiré mon attention par leur fort potentiel commercial. Pendant que j’y suis… Qu’est-ce que vous penseriez d’un rabais sur le gâteau que je vous achète chaque dimanche en sortant de la messe ?»

« Non plus. »

« Allons, allons, madame la boulangère. Je vous fais cadeau du carton et du petit kiki rose que vous mettez autour du gâteau dominical et on parle de -10 % entre vous et moi. »

Le grand mélange

3 juillet, 2018

« Vous croyez que les oranges maltaises viennent de Malte ? »

« Non, elles sont cultivées en Tunisie. »

« Et les omelettes norvégiennes ? »

« Vous pouvez en commander partout ! »

« Si je comprends bien, on est mal renseigné sur l’origine des choses. La canadienne de mon grand-père ne doit probablement rien au Canada. »

« Probablement. Vous pouvez aussi trouvez une salade mexicaine dans votre restaurant préféré, ça ne m’étonnerait pas. Ou alors danser la bourrée auvergnate à Strasbourg, si ça vous fait plaisir. »

« J’en étais sûr ! C’est un coup de la mondialisation. On ne sait plus où on est. Je n’ai rien contre les Bretons, mais on en trouve de partout. Bientôt les Bretons de Bretagne seront minoritaires ! Peut-être qu’un jour, si on continue comme ça, plus personne ne saura jouer du biniou ! »

« C’est comme ça, maintenant ! Les gens voyagent, se mélangent ! Les peuples se comprennent mieux ! On évite des guerres ! »

« Mais moi, je n’aime pas tellement les voyages. »

« Je vois ce que c’est : monsieur est pantouflard. Ça ne vous intéresse pas comment vivent les Inuits ou les Ouzbeks. »

« Non pas vraiment. J’ai beaucoup de soucis, je ne vais me coller ceux des Inuits ou des Ouzbeks sur le dos. »

« Il ne s’agit pas de vos soucis, mais de s’enrichir de l’apport d’autres civilisations. »

« Ce qui m’ennuie le plus, ce n’est pas le voyage, c’est le déplacement. Il faut payer l’avion, l’hôtel, l’assurance pour annulation… Pensez à réserver… Pfff… Et puis, on n’est jamais à l’abri d’une grève… Dormir parterre dans un aéroport pendant trois jours, merci bien ! … Aller attraper des maladies inconnues à l’autre bout du monde : merci bien aussi ! »

« Vous n’avez aucun goût pour l’aventure ! »

« Aucun. Vous êtes sûr que les Inuits ou les Ouzbeks ne veulent venir jusque chez moi, je pourrais leur montrer comme je suis civilisé. »

« Faites un effort. Allez ! Je vous prends un billet pour où ? »

« Vous avez raison ! Je me lâche ! Donner moi un billet pour Châteauroux. Avec une visite guidée : je veux tout voir, le rond-point, l’église, la perception… Je pourrai me baigner à la piscine municipale… » 

« Enfin… je constate en fin que monsieur prend des risques. »

« Je vous rapporterai un souvenir. »

Silence !

1 juillet, 2018

« C’est terrible. Je n’aime que le bruit. Partout où je passe, il faut qu’il y ait du bruit. Chez moi, je mets la musique à fond, ça énerve tous les voisins. »

« C’est consternant. Je peux vous vendre du silence. J’ai un très bel assortiment à vous proposer. »

« Par exemple. »

« On pourrait commencer avec une minute silence, histoire de se dérouiller puisqu’il y a longtemps que vous n’avez pas pratiqué. »

« Ils sont de qualité vos silences ? »

« Tout à fait, monsieur. Ils répondent tous aux normes imposées par la loi du silence. »

« Je ne voudrais surtout de silences pesants ! »

« Ne craignez rien, monsieur, tous nos silences sont feutrés. Nous sommes une maison sérieuse : nous ne faisons pas de silence assourdissant. »

« Je ne suis pas croyant. Je ne veux pas non plus de silence religieux ! »

« J’ai ce qu’il vous faut : regardez ce silence éloquent ! C’est un produit très rare qui nous vient des Etats-Unis : un silence éloquent ! C’est un silence qui parle ! Pour commencer votre cure de silence, c’est idéal. »

« Oui, ce n’est pas mal. Il y a des options ? »

« Oui, nous pouvons vous mettre le silence qui en dit long, ça complète à merveille le silence éloquent ! »

« J’espère qu’il n’est pas trop directif, parce qu’on m’a parlé souvent du silence qui règne ! Il ne faudrait pas qu’il prenne le pouvoir. »

« Au contraire, c’est vous qui commandez ! C’est vous qui imposez le silence ! »

« Très bien ! Il y a une garantie ? »

« Ce n’est pas la peine ! C’est incassable ! Vous ne pouvez pas rompre le silence ! »

« Parfait ! Je tiens à ce qu’on respecte le silence que j’achète. Je compte bien garder le silence très longtemps ! A propos j’espère qu’il est léger, la dernière fois je me suis fait refiler un silence de plomb. J’ai eu du mal à le tolérer. »

« Allez ! Comme vous êtes un bon client, je vous met ce silence-ci pour le même prix. Ils s’entendent très bien, c’est comme qui dirait un silence complice. »

« Oui, il a l’air bien, ce n’est pas comme celui qui est à côté, on a l’impression que c’est un silence embarrassé, ou alors un silence gêné peut-être. »

« Vous avez raison. ! Certains clients aiment bien les silences qui déstabilisent. Les silences glacés par exemple. »

« Ah bon ? Il y a des parfums de silence ? A la fraise, au chocolat… ? »

Divergence culturelle

28 juin, 2018

« Avec moi, pas de circonlocution ! Ce que j’ai à dire, je le dis direct ! Non mais alors ! »

« Ah bon ? »

« Oui, par exemple si je ne vous trouve pas sympathique, je ne vais pas aller dire : votre fréquentation me procure des problèmes d’ordre relationnel. »

« Oui, en effet, ce serait sot. »

« Autre exemple. Je trouve que vous n’êtes guère intelligent. Je ne vais pas  vous dire : je crains que votre capacité de compréhension révèle des marges de progrès. »

« C’est vrai ! Je ne comprendrai rien ! »

« Je suis désolé, mais je suis obligé de vous dire que vous n’êtes pas un personnage intéressant. »

« Voilà qui tombe bien. Moi je trouve que votre sphère culturelle est un peu éloignée de mes propres centres d’intérêt. »

« Qu’est-ce que c’est que ce charabia ! »

« Moi, j’essaie de vous dire délicatement que nous ne sommes pas du même milieu culturel, sans pour autant juger du vôtre. »

« Vous me méprisez, monsieur ! »

« Non au contraire, j’essaie de vous dire que toutes les origines sont également respectables. »

« Oui, mais vous le dites de façon que je ne comprenne pas. Moi, je trouve que vous êtes un être prétentieux et imbuvable. C’est beaucoup plus clair. »

« C’est plus clair, mais on sent tout de suite que vous chercher à me rabaisser et même à me blesser. J’envisage donc de vous lancer des remarques désobligeantes pour vous faire sentir mon courroux. »

« Moi quand je n’aime pas quelqu’un, je ne fais pas des phrases de trois kilomètres de long, je frappe directement. »

« C’est bien ce qui nous différencie. Je vous ferai remarquer qu’avant d’en venir à un acte belliqueux, j’ai laissé la porte ouverte aux négociations. »

« Je vois ce que c’est. Comme vous avez peur de vous bagarrer, monsieur fait des phrases compliquées pour me déstabiliser. En garde ! »

« Puis-je savoir pourquoi nous nous empoignerions, monsieur ! »

« Je n’en sais rien… Je ne comprends rien…. Vous m’énervez… Vous n’avez qu’à parler comme moi ! »

« Nous sommes donc en présence d’une dispute basée sur des différences irréconciliables ! »

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