Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Inventaire d’inventions

17 octobre, 2017

« Si on n’avait pas inventé le téléphone portable, on pourrait déjeuner tranquillement au restaurant avec des convives, sans que l’un ou l’autre s’échappe toutes les cinq minutes en prétextant un coup de téléphone urgent. »

«Oui, mais on n’aurait pas le moyen d’envoyer lâchement, par texto les messages embarrassants qu’on n’a pas le courage de lancer en face-à-face à son interlocuteur. »

« Si Christophe Colomb n’avait pas découvert l’Amérique, on n’aurait jamais bu du Coca-Cola ou mangé un Cheese Burger. Personne ne serait obèse ou en surpoids. On ne serait pas en retard de 10 ou 20 ans sur les inventions des américains… »

« Il aurait mieux fait de découvrir le Japon. Je trouve la civilisation japonaise plus intéressante… »

« Si Gutenberg n’avait pas découvert l’imprimerie, ma boîte aux lettres ne serait pas toujours pleine de pubs dont je n’ai que faire. »

« En plus, on n’aurait pas pu recevoir nos feuilles d’impôts, ce qui aurait permis de faire semblant d’oublier de les payer ! »

« Si on n’avait pas inventé à la télé, on n’aurait pas eu la télé-réalité. Il aurait été dommage de s’en priver, tout de même ! »

« Et on n’aurait pas pu hurler comme des imbéciles devant les matchs de Ligue des Champions. »

« Si Joseph Cugnot n’avait pas inventé l’automobile, on n’aurait moins de pollution. »

« On ne se précipiterait pas tous dans le Midi en juillet et août et j’aurais plus de place sur la plage. »

« Si personne n’avait inventer la bicyclette, comment ferais-je pour suivre le Tour de France ? »

« N’empêche qu’il y aurait eu un peu moins de coureurs dopés ! »

« Et le revolver, inventé en 1815, ne me dites pas que c’est une nécessité. A part pour les films de cow-boys peut-être ! »

« Et si William Burt n’avait pas inventé la machine à écrire, qu’est-ce que je serais tranquille ! Je ne serais pas obligé de taper des mails toute la journée ! »

« Tout compte fait, Christophe Colomb a bien fait : c’est tout de même l’américain Howe qui a découvert la fermeture éclair. »

« Oui, encore que la mienne se coince toujours. Enfin… passons. Il est vrai qu’ils ont aussi inventé l’aspirateur. »

« L’aspirateur ? Je m’en serais bien dispenser. C’est la corvée tous les week-ends ! »

« Bon, alors, la poubelle… Vous ne pouvez pas me dire que ce n’est pas indispensable. Soyons fier de la poubelle, inventée par le français Eugène Poubelle. »

« Oui, sauf que c’est toujours moi qui la descend au rez-de-chaussée. Je préfère encore l’invention du gyrocompas en 1906, je n’ai encore pas encore compris à quoi ça sert, comme ça je suis tranquille. »

« Et l’invention du réfrigérateur au début du XXe siècle, ce n’est pas beau, ça ? Comment feriez-vous pour aller vous chercher une petite bière bien fraîche pendant vos soirées de foot à la télé ? »

« C’est vrai, mais rien ne vaut l’invention de la chasse d’eau en 1595 par l’anglais Harrington, il nous a tous sauvé ! »

Discussion difficile

15 octobre, 2017

« Je suis un être d’une grande lâcheté. »

« Et vous êtes contente comme ça ? »

« Bof, je m’y fais. »

« Comment vous vous débrouillez ? »

« Dès que j’ai quelque chose de désagréable à dire à quelqu’un, j’utilise le mail ou alors le texto. C’est moins traumatisant. J’ai horreur de regarder mes interlocuteurs quand je dois leur dire quelque chose de méchant. D’autant plus qu’ils pourraient être aussi tentés de me répondre véhémentement. »

« C’est vraiment lâche ! »

« C’est bien ce que je suis en train de vous dire. Je n’ai jamais compris qu’on puisse être agressif les uns envers les autres. Je suis pour la paix. »

« Mais enfin… si vous insultez quelqu’un par mail, vous vous imaginez l’état de frustration dans lequel vous le mettez ? »

« Il ne va sûrement pas être content ! »

« Oui, la réaction naturel d’un homme insulté, c’est de vous casser la figure. Vous le privez de cette opportunité, aussi risque-t-il de se venger sur des innocents ! »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, moi je ne suis pas très forte physiquement, aussi je me défends avec mes armes ? Même si elles sont lamentables, je préserve ma paix. »

« Et en plus, vous mettez votre interlocuteur en position de faire preuve de lâcheté, puisqu’il ne lui reste que la solution de vous insulter par mail. »

« J’ai une parade ! Je lui fais savoir que je n’ouvre plus ses mails ! Par mail, évidemment ! »

« Alors là, on touche le fond ! D’où vous vient cette manière de vivre ! »

« C’est que j’ai peur de tout ! Vous n’avez donc pas remarqué que la vie est une solution d’agressions, ce qui commence dès l’instant de la naissance. Pourquoi les nouveau-nés pleurent-ils ? Vous croyez qu’ils sont contents d’arriver sur Terre ? »

« Bon, mais enfin, une fois qu’on est dans le grand bain, il faut se défendre ! Prendre des risques ! »

« C’est facile à dire quand on est riche, beau et en bonne santé. Moi, je suis pauvre, laide et maladive. Vous ne croyez tout de même pas que je vais prendre des risques ? Tout ça pour être encore plus pauvre, laide et maladive ? »

« Bon, mais ça n’empêche pas que nous pourrions discuter en face à face, au lieu de le faire par Internet. »

« Il faudrait que je sois sûre que vous soyez sympathique, avez-vous une petite lueur de connivence au coin de l’œil ? »

« Je crois que je ne suis pas désagréable. Si vous avez peur, venez avec vos parents. Vous pourrez me dire des choses désagréables je ne vous casserai pas la figure. »

« Il faudra aussi que vous me disiez des choses encourageantes, par exemple que je dis des choses intéressantes, même si c’est complètement nul ! »

La critique est facile

12 octobre, 2017

« Est-ce que je peux vous harceler  de mes critiques ? »

« Non, je n’y tiens pas tellement. »

« Pourtant, je critique très bien. J’aime bien critiquer. »

« Moi, je n’aime pas trop être critiqué. J’ai déjà du mal à avoir une bonne estime de moi-même, alors si vous me démolissez… »

« Ne vous inquiétez pas. Moi aussi, je n’ai pas une bonne opinion de moi-même, c’est pour ça que je critique les autres, ça m’évite de m’autocritiquer. »

« Il est vrai que lorsqu’on vous regarde, on est frappé par le vide sidéral de votre personnalité. Vous n’êtes pas très intéressant. »

« Et voilà ! J’en étais sûr ! Qu’est-ce que je vous ai fait ! Je vous demandais gentiment l’autorisation de vous critiquer, et vous vous me harcelez sans me demander mon avis. »

« J’ai été un peu surpris. D’habitude les gens se passent de mon autorisation pour me critiquer, si possible dans mon dos. »

« Je trouve que ce n’est pas une pratique très intéressante. Moi, j’aime mieux critiquer mon prochain en face-à-face. »

« C’est courageux. »

« Peut-être, mais je profite ainsi de la mine déconfite de mon interlocuteur lorsqu’il est atteint par la pertinence de mes remarques acerbes. »

« Je retire ce que j’ai dit, ce n’est pas courageux, c’est pervers. »

« Et voilà, vous me critiquez sans ma permission. Enfin, je m’en fiche, vous ne me critiquez pas très bien. »

« Il y a une formation pour critiquer les gens ? »

« Oui. Pour bien critiquer, il faut attaquer sur un terrain que vous connaissez bien. Par exemple, si vous maîtrisez les codes vestimentaires, critiquez ma façon de m’habiller. »

« C’est vrai que vous êtes habillé à la mode d’avant-hier. »

« Ce n’est pas assez virulent. Je ne me sens pas envahi de honte. Par exemple, vous pourriez prendre un air dégouté en regardant mon pantalon à pattes d’éléphant. »

« Remarquez, je ne sais pas pourquoi je vous critique, chacun s’habille comme il veut. Il n’y a pas de loi, là-dessus. »

« Encore une chose à ne pas faire : vous faites preuve d’ouverture d’esprit. Comme pouvez-vous critiquez votre prochain dans ces conditions ? »

« On peut aussi critiquer de manière positive. »

« Alors là, c’est le pire. Si j’accepte vos critiques sans moufter, je suis en position de faiblesse, je ne pourrais plus vous critiquer. »

« Et quand les gens vous critiquent en face, vous faites quoi. »

« Je casse la figure. »

« C’est un réflexe de sauvage. »

« Mais nous sommes tous un beau gros tas de sauvages. »

Un ami Facebook

10 octobre, 2017

« Je ne sais pas si je vais vous conserver comme ami sur Facebook. Après tout, je ne vous aime pas beaucoup. »

« Oh, s’il vous plait, conservez-moi. Sinon, de qui vais-je pouvoir dire du mal ? Ou alors me moquer cruellement ? »

« Il est vrai que vos commentaires sont assez désobligeants. »

« N’est-ce pas ? Vous avez lu mes remarques sur vos photos de vacances ? C’était particulièrement cinglant ! »

« Oui, ça m’a bien énervé ! »

« Eh bien, restons bons amis sur Facebook ! Si vous me virez, je ne pourrais plus savoir ce que vous faites et je ne pourrais donc plus vous critiquer. »

« C’est vrai, mais si je vous conserve, couvrez moi de louanges ! »

« Tous vos contacts ne font que ça. Il vous faut un troublion qui dise du mal de vos projets ou alors qui fasse des astuces pourries sur votre dos, sinon vous allez vous ennuyer. »

« Le mieux serait qu’on dispose d’une modalité ‘ennemi’ sur Facebook. Vous pourriez vous déchainer contre moi. Mais faites attention, ce n’est pas donné à tout le monde d’être un bon ennemi. »

« Pendant qu’on y est, on pourrait avoir une troisième catégorie : ‘indifférent’. Vous seriez mon ‘indifférent’ sur Facebook, c’est-à-dire le mec dont je me fiche complètement ! »

« Ce n’est pas très sympathique, moi j’étais prêt à vous accueillir dans mes ennemis. »

« Méfiez-vous, si nous sommes ennemis, mes remarques acerbes sur vos passe-temps préférés – par exemple – vont vous atteindre durement, tandis que si nous sommes ‘indifférents’, vous pourrez vous en foutre autant que moi, je me fiche de vos affaires. »

« Tout bien réfléchi, restons amis. C’est plus simple pour s’envoyer des vacheries. Si vous êtes mon ennemi, je craindrais pour vous. »

« Ah bon ? »

« Oui, si vous êtes mon ennemi, personne ne voudra être votre ami, parce que j’ai très bonne réputation et très bon goût pour choisir mes amis. »

« Ah oui ! Je vous remercie. Il est vrai qu’être l’ennemi de tout le monde, ce serait assez consternant. Je pourrais me dire que je suis insupportable. C’est mieux d’avoir des amis avec qui je peux être désagréable, ça entretient le lien social. »

« Eh bien voilà une bonne chose de résolue ! Nous sommes amis Facebook, c’est-à-dire que nous nous rendons le service de nous détester. Je vais pouvoir vous critiquer et vous insulter sans crainte. »

« Comment ? Utiliser lâchement les nouveaux moyens de communication pour me critiquer ! Vous me décevez ! »

Des invités spéciaux

8 octobre, 2017

« Pensez à garder une place pour le dessert ! »

« C’est facile, il n’y avait pas grand-chose dans nos assiettes pour l’entrée et le plat principal. En plus, ce n’était pas très bon, nous n’en avons pas repris. »

« Mais alors pourquoi êtes-vous venu dîner chez nous ? »

« Parce que vous nous avez invités ! »

« Il fallait refuser. Vous auriez pu avoir un engagement antérieur, comme tout le monde, ou être malade juste ce soir. »

« Ce n’est pas possible, nous avons une très bonne santé d’une part et personne ne nous invite jamais d’autre part, car nous sommes peu agréables. »

« Je vois ça. »

« Remarquez, on a failli ne pas venir. Vous habitez un quartier très mal pratique. On ne peut pas se garer. D’habitude après 15 tours de pâté d’immeubles, je retourne chez moi. Mais là, je suivais un match à la radio. Vous pourriez déménager ! »

« Je vous ressers du vin ? »

« Non, il est un peu bouchonné. C’est comme votre vieux Porto de l’apéritif, je n’ai pas trop aimé, il m’est resté sur l’estomac. »

« Je comprends que personne ne vous invite. Vous n’avez pas une conversation très agréable. »

« Vous non plus, vous n’avez pas cessé de parler de vos vacances au Baléares pour nous faire sentir qu’avec notre petit budget, nous n’avons pas dépassé Grau-du-Roi. Vous êtes des hôtes assez cruels. »

« Mais c’est très bien Grau-du-Roi ! »

« Non, nous nous sommes beaucoup embêtés. Marthe a voulu participer à l’élection de Miss Camping, mais elle a été rejetée dès les éliminatoires. Moi-même, j’ai été classé dernier au concours des sosies de Claude François. »

« Quel manque de tact ! »

« En plus, vous nous avez soûlé avec vos espoirs de progression professionnelle pour nous intimider. On aurait préféré dîner copieusement. »

« Mais vous pourriez parler de vos enfants, ils sont sûrement charmants. »

« Ah, ça me fait penser qu’il faut que j’aille chercher Jules au commissariat et Béatrice à son cours d’agriculture… »

« Elle veut devenir exploitante agricole ? Enfin quelque chose d’intéressant chez vous ! »

« Non, elle apprend à cultiver le cannabis. Qu’est-ce qu’il y a pour dessert ? Le service n’est pas très rapide, je ne sais pas si on reviendra. »

« Ce n’est pas grave, j’ai préparé des sacs plastiques pour que vous puissiez emporter votre part de gâteau. »

Insultons-nous

5 octobre, 2017

« Moi, je n’emploie jamais de gros mots. »

« Et pourquoi ? »

« J’aime me sentir élégant, y compris dans le langage que j’emploie. Les gros mots n’évoquent que des choses viles ou ignobles. »

« Mais alors, comment vous faites quand vous vous énervez ? »

« J’emploie des onomatopées quand je sens que je vais dire une grossièreté comme : houps, boum, gasp, zip… »

« Voilà qui ne doit pas être très pratique pour injurier quelqu’un. Si vous me dites : monsieur, vous n’êtes qu’un gasp, je ne me sens pas tellement insulté. Je pourrais donc avoir envie de continuer à vous embêter. »

« Dans les cas difficiles, je me rabats sur le vocabulaire du XVIIIe siècle. Par exemple : vieux manche à gigot ou enseigne de cimetière pour les hommes, ou alors morceau de viande mal accroché ou coffre à graillon pour les femmes. A l’époque, on savait s’insulter de manière littéraire et recherchée. »

« Hou là ! J’ai peur de me faire traiter de vieux manche à gigot, maintenant. »

« Remarquez si ça ne vous convient pas, nous pouvons aussi nous battre pour vider notre querelle correctement. »

« Vous savez que le duel est interdit à notre époque. Il ne nous reste plus que le plaisir de se casser la figure réciproquement. »

« Encore un recul de la civilisation. On a supprimé les lavoirs municipaux et les moyens de laver son honneur bafoué ! »

« Mais quand je vous lance une insulte, je n’ai pas forcément envie de vous insulter. Par exemple, si je vous dis : ‘mon con’, c’est très familier, presque affectif. Comment faites-vous avec les insultes familières ? »

«Je peux alors employer des insultes douces qui ont de l’allure : comme ‘ironie de la création’ ou ‘loutre analphabète’ ou alors ‘aspirateur à muscadet’ pour les personnes qui paraissent portées sur les boissons alcoolisées » 

« C’est vrai que ça ne coûterait pas cher de s’insulter avec distinction, c’est presque rigolo, mais ça exige de la culture. »

« Oui, le paradoxe, c’est qu’on s’insulte rarement entre personnes cultivées. Il faut alors pratiquer l’ironie fine et mordante. »

« Il devrait y avoir des formations. Il ne me viendrait spontanément à l’esprit de vous traiter de ‘sinistrose ambulante’ »

« Il faut relire le capitaine Haddock, c’est un bon éducateur. »

Tous très beaux !

3 octobre, 2017

« Quand je pense au nombre de gens qui ont la recette infaillible pour que j’ai le ventre plat et le dos droit, je crois qu’un jour, nous serons tous très beaux. »

« Même vous ? »

« Oui, bien sûr. Je serai droit comme un « i », je n’aurais plus mal aux articulations, j’aurai les dents blanches, le cheveux soyeux … Et on sera tous pareils. »

« Je n’oserai plus sortir. Si c’est pour rencontrer rien que des gens lumineux, ça va être dur à supporter. »

« Ah bon, pourquoi ? »

« Je ne pourrai même plus dire que je suis en forme puisque tout le monde le sera. Au contraire, à la moindre petite défaillance, je m’inquiéterai doublement. »

« Ce n’est pas tout ! Avec les progrès de la recherche esthétique, vous n’allez même pas vous voir vieillir. On sera tous des vieillards superbes. On aura tous au moins 20 ans de moins, même les centenaires. »

« Il suffira d’acheter dix ou quinze peaux de crème pour nourrir la peau, adoucir le regard, prendre soin de ses mains, etc… L’industrie pharmaceutique a de beaux jours devant elle. »

« Tout à fait. En plus, comme nous serons tous magnifiques, nous aurons tous envie de nous draguer réciproquement. »

« Ça va être du propre ! »

« Il faudra faire attention à ce qu’on dit, parce qu’il existe déjà des officines qui vous apprennent les mots à employer ou non pour attirer une femme ou un homme. Il ne s’agira pas de les employer par inadvertance dans la rue, sinon vous provoquerez inéluctablement et immédiatement un attroupement curieux autour de vous. »

« Vous ne trouvez pas que nos imperfections ont du bon ? Moi, j’aime bien être un peu négligé, ça ne sera plus possible ? »

« Impossible ! La police sera chargée de faire respecter l’ordre esthétique. Toute dent vaguement jaunâtre ou cheveu légèrement poisseux sera sanctionné d’une contravention. Si vous donnez l’impression d’être un peu ballonné du ventre… Hop ! Cellule de dégrisement. Pas question de défigurer le paysage. De toute façon, il faudra un permis. »

« Un permis de se montrer beau ?»

« Bien sûr. Si vous ne satisfaisez pas aux examens de beauté, vous ne sortirez pas dans la rue, ce sera interdit. Le permis marchera par points. Si vous avez un look négligé… Hop ! trois points en moins… L’haleine fétide : hop ! Six points en moins ! Il y aura des stages de beauté pour vous aider à récupérer votre permis. »

« Je suppose qu’il faudra être non seulement beau et mais optimiste aussi ? »

« Bien évidemment ! Une crise de déclinisme et c’est le tribunal correctionnel ! »

Déposer une plainte

1 octobre, 2017

« J’aime bien me plaindre. »

« Ah bon ? Et pourquoi ça ? »

« Si je me plains, j’attire l’attention sur moi. Si je vous dis que tout va bien, vous allez passer à autre chose, et ne pas me prendre en considération. »

« Et de quoi vous plaignez-vous en ce moment ? »

« Du tout-venant : le gouvernement, les impôts, le temps, les jeunes, les vieux… Ce n’est pas compliqué : quand je n’ai pas de motif, je sors ma liste. »

« Vous vous plaigniez bien ? »

« Oui, j’ai une très bonne technique. Je commence par soupirer lourdement. Au besoin, je gémis un peu. Vous êtes obligé de me demander ce que j’ai, et là, je sors ma liste ! »

« Et si je vous dis : ne vous en faites pas, ce n’est rien ! »

« Alors, je vous crie dessus en vous répondant que vous en parlez à l’aise et que vous ne savez pas ce que j’endure ! »

« Si vous m’énervez, je peux aussi vous répondre que je me fiche complètement de vos soucis ! »

« C’est le bouquet ! Vous êtes de la race des gens indifférents aux autres ! Pouah ! »

« Bon d’accord…. Alors qu’est-ce que je dois vous dire ? »

« Par exemple, si je me plains des impôts, racontez-moi une anecdote fiscale qui vous est arrivée et qui me renforce dans ma haine des impôts. Nous pourrons alors nous lamenter ensemble sur l’état de nos finances. »

« Donc, si je comprends bien, vous vous plaignez pour susciter une espèce de compassion collective ? »

« Oui, mais attention… Il ne faudrait pas que mes motifs de plainte disparaissent dans une espèce de magma. Je dois rester une vedette, dans cette affaire. »

« Il est vrai que vous n’êtes pas forcément le plus à plaindre. »

« Et voilà ! J’en étais sûr ! C’est exactement ce qui ne faut pas me dire ! Si je me plains de mon sort, ce n’est tout de même pas pour que vous plaignez les autres. »

« J’essaie de vous réconforter. En observant la situation des autres, on arrive à se trouver plutôt heureux par comparaison. »

« Vous tenez vraiment à m’enlever toutes mes raisons de me plaindre ? »

« Ce n’est pas le but de la manœuvre ? »

« Si, mais vous ne devez pas parvenir à me démontrer que je n’ai pas de raison valable de me plaindre pour que je puisse continuer à me plaindre. C’est clair, non ? »

Insatisfaits

28 septembre, 2017

« C’est terrible ! J’ai tout ce que je veux ! »

« Et alors, vous êtes heureux ! »

« Non, pas vraiment. Je n’ai aucun plaisir. Je ne ressens plus cette sensation de manque qui me poussait en avant. »

« Il y a beaucoup de gens qui aimeraient bien être à votre place. »

« C’est bien ce qui me navre. Ils ne savent pas ce que c’est que de ne plus savoir quoi s’acheter pour se faire plaisir. »

« Si je comprends bien, quand vous n’aviez pas un rond, vous étiez insatisfaite et maintenant que vous êtes riche, vous êtes insatisfait aussi. »

« Oui, je crois que c’est dans la nature humaine. L’homme a été posé sur Terre, puis on  lui a mis un truc qu’il passe sa vie à rechercher sans savoir ce que c’est. Vous trouvez ça drôle de chercher un truc sans savoir ce que c’est ? »

« D’accord, on peut philosopher, mais quand même, il ne vous reste qu’à vous laisser vivre tranquillement, sans souci. »

« Vous en avez de bonnes ! Ce n’est pas simple de ne pas être inquiet. Comme je n’ai pas d’autres sujet, je suis obligé de me soucier de ma santé. Je me demande si je n’ai pas attrapé quelque chose. Vous ne trouvez pas que j’ai mauvaise mine ? »

« Non, au contraire. »

« Vous ne m’arrangez pas beaucoup ! Heureusement que le gouvernement va baisser ma pension de retraite, ça va ma donner l’occasion de m’angoisser. Vais-je pouvoir continuer avec le même pouvoir d’achat ? Personne n’y pense ! »

« Avec tout le pognon que vous avez accumulé, je ne me fais pas trop de soucis pour vous. »

« Bon, alors qu’est-ce que vous me conseillez pour ressentir une impression de manque ? »

« Bof ! Quand on a tout vécu, il ne reste plus qu’à regarder les autres. S’ils sont sympas, ils peuvent vous faire partager leur sentiment d’insatisfaction. »

« Par exemple ? »

« Moi, je voudrais passer chef de produit dans ma boite, mais mon patron n’a pas encore remarqué mes grandes qualités. »

« Ah, ça y est, ça marche ! Je suis très insatisfait du sort qui vous est réservé dans votre entreprise. Je me sens personnellement outragé ! Voulez-vous que j’aille voir votre patron ? Avec moi, ça va barder ! »

« Euh… non, je ne préfèrerai pas. Le problème des éternels insatisfaits, c’est qu’ils n’ont pas tellement envie de voir disparaitre leur motif d’insatisfaction. »

« Bon, alors on fait comment ? »

« On se contente d’être satisfaits de nos insatisfactions respectives. »

Sa Majesté !

26 septembre, 2017

« Gardes ! Emparez-vous de lui ! »

« Ça ne va pas non ? Pourquoi dites-vous ça ? Vous n’avez pas de gardes ! »

« Peut-être, mais j’aime bien me prendre pour le Roi. »

« Et ça marche ? »

« J’ai invité tout mon immeuble à assister à mon lever quotidien, mais ils n’osent pas. Mon arrivée à la cuisine en pantoufles, à la recherche du paquet de café, c’est pourtant un spectacle intéressant. »

« Et après dans la rue ? »

« J’ai essayé d’embaucher des hommes de mains pour me protéger, mais ça n’intéresse personne. Il faut dire que ce n’est pas payé. Je suis obligé de crier moi-même : ‘Faites place à sa Majesté’. »

« Et on s’écarte devant vous ? »

« Les gens me regardent en se tamponnant le front avec l’index, mais ils finissent par me laisser le passage. »

« Les personnes vous parlent ? »

« Non, les manants n’ont pas le droit de m’adresser la parole. Il ne manquerait plus que ça ! Certains effrontés ne baissent pas la tête à mon passage. »

« Quelle impudence ! »

« Au bureau, c’est pire. Il n’y a pas d’orchestre pour jouer l’hymne national quand je pénètre dans l’entreprise. »

« Ce n’est pas possible ! »

« Si. Et parfois, un individu, un soudard sans doute, m’adresse la parole pour me demander si je vais bien, sans avoir formuler une demande d’audience. » 

« Il y a des sans-gênes ! »

« Le comble, c’est qu’un homme – sans doute mal informé – s’inquiète constamment de savoir si j’envisage de travailler. Moi, travailler ! Vous vous rendez compte ? »

« En effet, quelle abomination ! »

« Et à la cantine, vous savez ce qui se passe à la cantine ? Eh bien je vais vous le dire : il n’y a pas de domestique pour me servir ! Vous le croyez, ça ? Le pire, c’est qu’on ose me servir des frites molles ! »

« … alors que tout le monde sait que sa Majesté ne supporte que les frites croustillantes. »

« Absolument, manant. Je vois qu’il me reste un bon sujet. Si vous pouviez vous agenouiller, je pourrais peut-être imposer mes mains pour vous guérir de quelque chose. »

« Sa Majesté set bien bonne !! »

12345...124