Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Liker or not liker

18 septembre, 2018

« Dans la position où je suis, je ne peux pas me permettre… »

« Vous permettre quoi ? »

« Tout ! Vous comprenez 25 000 followers me suivent sur Facebook. Une popularité pareille, ça vous impose un peu d’humilité. Si je prends du thé au petit déjeuner, tout le monde va le savoir. Du café aussi d’ailleurs. »

« Et alors ? »

« Et ma vie privé, vous en faites quoi ? Dès que vous les prenez pour amis, les gens s’autorisent à s’intéresser à ce que vous faites ! »

« Quel culot, en effet ! Mais enfin, si vous avez autant d’amis, c’est parce que vous l’avez voulu. C’est vous qui les invitez. »

« Certes, mais si je vous invite comme ami, c’est pour en avoir plus que les autres et ainsi conforter ma position sociale. Actuellement, je suis bien plus suivi que Dugenou qui plafonne à 800 amis sur Facebook. Il est vert de jalousie. »

« Soit ! Mais vos amis sont légitimes à regarder ce que vous faites ! »

« Ah bon ? Non, moi je veux des followers qui ne font rien, qui se contentent d’être mes amis. Et qui se dispensent de commentaires sur ce que je fais. »

« Pourtant votre reportage chez votre maman dans le Cantal a été très apprécié. Vous avez eu beaucoup de likes. »

« Ok, pour les likes, je me distingue. D’ailleurs, je tiens le compte. Celui qui ne me like pas 50 fois par mois est rayé de la liste. Mais, je n’aime pas trop les commentaires ironiques de ceux qui ont comparé mes vacances à celle de Dugenou aux Maldives. »

« Effectivement, vos amis n’imaginent pas la chance qu’ils ont d’être parmi vos amis. Ils devraient se confondre en likes toute la journée. »

« Absolument et ils doivent arrêter de me demander de liker leur page en échange. Dans ma position sociale, je n’ai pas que ça à faire. »

« Il parait que vous ne liker que les pages de gens dont l’influence peut vous servir. »

« Evidemment ! Si on veut progresser, on ne like pas n’importe qui. En plus je mets des commentaires élogieux. Comme ça, ils sont obligés de me répondre sur le même ton ! »

« Il parait qu’il va y avoir un bouton lèche-bottes sur Facebook. »

« Ah mince ! C’est toujours pareil, dès qu’on s’exprime librement, il y a des gens pour introduire des obligations morales ! Comme si c’était un crime de montrer les photos de mon stage de ski acrobatique dans les Alpes. »

« Oui, je l’ai liké pour ne pas vous énerver, mais enfin ce n’était pas vous ! »

« Et alors ? Vous avez liké l’intention, c’est ça qui compte. »

Le mépris

16 septembre, 2018

« Je le dis sans détour : Dugenou me répugne. »

« Comment ça, vous répugne ? »

« Oui, on le trouve dans toutes les histoires, tous les coups tordus, vous trouvez ça normal, vous ? »

« Dugenou est peut-être un peu m’as-tu-vu, mais de là à inspirer de la répugnance… »

« Chaque fois qu’il me parle, je vois dans ses yeux une interrogation : quel mauvais coup pourrais-je faire à ce minable ? »

« Vous avez beaucoup d’imagination. »

« Euh… ou peut-être. Remarquez, je n’aime pas beaucoup les gens, mais alors Dugenou, c’est pire que tout. Il dégouline de mépris, parfois il fait exprès d’avoir un coup de téléphone imaginaire pour ne pas écouter ce que j’ai à dire. »

« Ce n’est pas très élégant, en effet. »

« D’autre fois, il me tourne ostensiblement le dos quand j’arrive quelque part. »

« On a le droit de ne pas aimer quelqu’un, mais on devrait avoir un minimum de courtoisie entre êtres humains civilisés. »

« Vous avez raison, les bêtes sauvages se battent à mort, mais je ne pense pas qu’elles aient le pouvoir de se mépriser mutuellement au même point que nous. »

« C’est vrai :  le mépris et  la répugnance, sont une de nos spécialités. Vous pourriez peut-être vous expliquer avec Dugenou. »

« J’ai essayé, mais il m’a dit que j’étais une chiffe molle et qu’il n’avait de respect que pour les rapports de force dans lesquels il excelle. Et pas moi.»

« Ce pauvre Dugenou doit souffrir d’un manque, ça arrive lorsque les gens ont pâti d’un déficit d’affection. »

« Je ne vais tout de même pas aller dire à Dugenou que je l’aime, ce serait le comble. »

« Non, mais invitez -le à diner. »

« Il va faire une drôle de tête. »

« Il sera probablement très gêné, c’est ce qui arrive quand on répond au mépris par la considération. S’il n’est pas gêné, vous pourrez envisager de lui casser la figure. »

« C’est une bonne idée. Si nous dînons en tête-à-tête, il sera obligé de me parler comme à un être humain. Je vais l’inviter chez moi, comme ça je demanderai à Josiane de lui cuisiner son poulet à la basquaise. Dugenou en a horreur. »

« Euh … j’ai dit de répondre au mépris par la considération, pas par la vacherie gratuite. »

« Justement moi quand je fais une vacherie à quelqu’un, c’est que bien que je considère son existence. »

Rire ?

13 septembre, 2018

« Vous gloussez. »

« Moi, je me glousse ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Vous émettez un son proche du cri d’une poule pour n’importe quel motif pour n’importe quel motif. C’est assez énervant. »

« Je ne glousse pas. Parfois, je suis saisi d’un léger embarras de la gorge. Vous, vous riez d’une manière très vulgaire. »

« D’abord, je ne ris pas, je m’esclaffe lorsque je suis gagné par l’hilarité. Et en plus, je ne le fais pour n’importe quoi. »

« Vous vous esclaffez bien trop bruyamment, ça me dérange. »

« Vous n’avez jamais envie de vous marrer ? »

« Je ne marre jamais. Au plus, je peux me gausser, avec distinction, bien entendu. »

« Et vous fendre la pêche, vous savez ? »

« Non, je n’ouvre pas la bouche en grand. La qualité de ma dentition ou de mes amygdales n’intéresse personne. »

« Quand même… vos maxillaires doivent vous démanger de temps à autre. »

« Peut-être, mais moi, je me mets ma main devant la bouche et j’émet un léger murmure de contentement. »

« Vous n’êtes pas très drôle. Un rire franc est souvent communicatif. »

« Ce n’est pas très élégant. A la rigueur, je pince les lèvres en remontant la commissure vers les joues pour signifier mon amusement à mon interlocuteur. »

« Je ne vois pas ce qu’il y a de vulgaire à se tordre de rire. »

« Vous voulez dire émettre un bruit tonitruant et assommant pour les autres en se contorsionnant comme un débile. Très peu pour moi. »

« Vous n’êtes pas obligé de vous rouler par terre, mais simplement rire en ayant pas peur d’ouvrir la bouche, tout en vous laissant aller. »

« Non, mais vous m’avez regardé. Encore un peu et vous allez m’en raconter une bien bonne, en me tapant sur le ventre. »

« Et simplement rigoler, vous savez ? Vous émettez un son du genre ‘haha’, tout en ayant un air joyeux. Vous n’êtes pas obligé à une autre manifestation physique. »

« Non, ‘haha ! ‘, c’est quand je ricane. Quand je m’esbaudis d’un quelconque manant qui a fait une faute de goût, et j’aime autant vous dire qu’à ce moment-là, je n’ai pas l’air joyeux du tout ! »

« Donc, vous ne savez pas vous amuser. »

« Effectivement, je ne perds pas mon temps à m’amuser. A l’extrême rigueur, je me divertis agréablement ! »

Ecrire

11 septembre, 2018

« Vous voulez écrire ? Ça ne va pas ? C’est extrêmement dangereux ! »

« Comment ça, dangereux ? »

« Bien sûr ! Il faut maîtriser l’orthographe, la grammaire, la syntaxe. Si ce n’est pas le cas, vous allez passer pour un imbécile ! »

« Oui, bof, je me débrouille… »

« Et le vocabulaire, il faut avoir du vocabulaire ! Et puis aussi, le sens de l’image. Quand Balzac écrit : « il maniait agréablement une canne dont le pommeau d’or sculpté n’altérait point la fraicheur de ses gants gris », on voit le tableau : une main élégamment gantée qui joue d’une canne richement ornée. »

« Oui, c’est vrai, Balzac, ce n’est pas mal, mais il faut bien que je débute. »

« Vous êtes sûr d’avoir quelque chose d’intéressant à raconter ? Si vous faites un roman policier dans lequel les gendarmes courent après les voleurs, merci bien ! On a déjà donné ! »

« Vous avez raison je vais écrire que ce sont les voleurs qui courent après les gendarmes. »

« N’allez pas non plus nous raconter vos vacances de jeunesse chez votre grand-mère qui faisait de si bonnes confitures. On s’en fout complètement. »

« Non, ma grand-mère n’était pas tellement confiture. »

« Ayez un peu d’imagination ! N’allez pas nous décrire une bataille interstellaire avec des êtres affreux mi-hommes, mi- bêtes qui s’exterminent entre eux. »

« Voilà qui tombe bien, je n’aime pas tellement le sang. »

« Et puis alors pas de romance à l’eau de rose, hein ! C’est très, très dangereux ! Ou bien je m’endors à la page 20, ou alors nous tombons dans un érotisme torride, une fois que la jeune fille a succombé aux avances effrontées du jeune homme ! »

« N’ayez crainte, j’ai horreur des histoires de sexe. »

« N’oubliez pas non plus que les histoires qui finissent mal me dépriment. Epargnez-moi des histoires de guerre par exemple. Ça m’empêche de dormir. »

« Non, moi, j’aurais plutôt envie d’écrire mes réflexions sur la vie à partir de mes expériences personnelles. »

« Mais tout le monde se fiche de votre avis, mon pauvre. Les gens qui ont disparu en emportant modestement leur opinion sur la vie se comptent par millions. »

« Mais, moi j’ai besoin d’exprimer ce que je ressens. »

« Pff… Vous avez tellement d’autres champs à explorer beaucoup plus intéressants ! Je vous ai donné plein d’idées ! »

« Euh… si j’évite tout ce qui vous déplait, il ne me reste plus grand-chose ! »

Les 4 saisons

9 septembre, 2018

« Vous vous rendez compte. Dans mille ans, le soleil ou la pluie formeront encore l’essentiel de nos conversations quotidiennes. »

« Oui, peut-être, mais avec le dérèglement climatique, aura-t-on encore de vraies saisons en l’an 3000. »

« Peut-être pas, mais est-ce vraiment important d’avoir des saisons ? »

« Bien sûr que oui. Je trouve que ça nous permet d’explorer toutes les nuances de l’âme humaine influencée par les humeurs de la nature. Par exemple, quand arrive l’automne, je me sens envahi d’une tristesse nostalgique en foulant au pied les tapis de feuilles mortes, tout en pensant aux beaux jours qui s’en vont. »

« Oui, mais après, vous avez les beaux jours d’hiver tellement vivifiants. »

« Certes, mais là, je sens le froid, comme un grand vide qui s’ouvre sous mes pas. C’est très angoissant le froid. »

« Avec la neige, ce n’est pas mieux ?»

« Si, la neige c’est démocratique, ça recouvre tout sans distinction, d’un tapis de douceur immaculée. La neige me donne le sentiment d’être sur une autre planète où tout serait doux, calme et silencieux. »

« Je vous signale tout de même qu’il est obligatoire par arrêté municipal de déneiger devant chez vous pour que personne ne casse la figure. C’est moins poétique. »

« Pfff.. Quel ennui ! Heureusement, il y a le printemps. Moi ce que j’aime bien, c’est le pré-printemps, cette période où l’on sent que le printemps est là, mais pas encore tout à fait. C’est très sensuel. »

« Je vois ce que vous voulez dire, c’est cette période où on ne sait pas comment s’habiller pour sortir. »

« Si vous voulez. Mais je reconnais que rien ne vaut le printemps. C’est très émouvant le printemps. On a l’impression d’assister à la renaissance d’un monde qu’on croyait enfui pour toujours. Cela me donne beaucoup d’espérance en un avenir meilleur. »

« Pfff… Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ? Je suppose que l’arrivée de l’été vous met dans tous vos états. »

« Oui, mais avant, il y a le pré-été. C’est cette période du 1er au 30 juin. Il fait bon. On respire comme si, enfin libre, on sortait de l’enfer. Les jours s’allongent. On a le sentiment que la nuit et l’ombre, définitivement vaincues, n’arriveront jamais. »

« Et l’été ? »

« Oui, c’est bien. On se découvre les uns les autres. On entend la nature. Je m’endors après un repas plantureux à l’ombre de mes arbres centenaires épanouis, tout en me laissant bercé par le doux bruissement de la bise dans le feuillage des peupliers qui bordent la rivière. »

« J’en étais sûr : vous êtes contre les réformes. On ne peut même pas vous supprimer les saisons ! »

Un noceur

6 septembre, 2018

« Je fais la nouba presque tous les soirs. Alcool, tabac, musique, sexe, j’aime autant vous dire que ça y va ! Je suis un vrai déglingué ! »

« Je vois ça. Et ça vous rend content ? »

« Le problème, ce n’est pas d’être content, c’est de montrer que je suis dans le coup. Je ne suis pas du genre à rester dans mon coin, à regarder des conneries à la télé. Je suis un homme qui aime la vie. »

« Au train où vous allez, vous écourtez votre vie. »

« Peut-être, mais je la vis intensément. D’ailleurs, il faudrait que j’écrive pour que le monde sache que j’aime la vie. »

« Oui, on commence à le savoir, mais vous pourriez le faire plus sainement. Faire du sport, vous couchez tôt, par exemple. »

« Un noceur comme moi ? Aller au lit à neuf heures ! Vous n’y pensez pas. Deux heures du matin, c’est bien assez tôt. »

« Et qu’est-ce que vous racontez pendant vos soirées ? »

« Je dis n’importe quoi en rigolant très fort à cause de la musique qui est à fond. Un verre à la main, évidemment. En mettant les choses au mieux, c’est-à-dire pendant les instants où je suis conscient de ce que je dis, je me moque des bourgeois qui vont au lit à neuf heures, au lieu de s’amuser comme moi. »

« Vous êtes sûr de vous amuser. »

« Non, certains soirs, je suis obligé de quitter la fête parce qu’il y a des gens qui me posent cette question, en ayant l’air de penser que j’en rajoute. Certains ont le culot de penser que je comble un manque affectif en m’étourdissant. »

« En effet, quel drôle d’idée ! »

« Comme si, sortir sur le pavé, au petit matin, complètement imbibé, inconscient, presque comateux ça permettait d’oublier la petitesse de ma condition humaine. »

« On se demande ce que vont chercher vos détracteurs. »

« Oui, je n’oublie rien du tout. J’aime autant vous dire que lorsque je me réveille à trois heures de l’après-midi, en supposant que j’ai réussi à atteindre mon lit, mon corps me rappelle tout à fait la faiblesse de la condition humaine : j’ai mal partout. »

« Et sur le plan intellectuel. »

« Même si j’ai passé une nuit d’enfer, cela ne me fait pas oublier la vanité des ambitions humaines. Je sais parfaitement que je dois passer le lendemain à Pôle Emploi, puis chez mon père pour lui demander un peu de fric. Vous voyez, je ne perds pas le sens des réalités ! Je suis un bourré conscient ! »

« En effet, je vous ramène chez vous en brouette ? »

Egalité et différence

4 septembre, 2018

« On est pareils. On a une tête, deux jambes et deux bras. »

« Certes, mais enfin les comparaisons s’arrêtent là. »

« Pas du tout. Nous avons tous les deux les mêmes besoins : manger, dormir, s’abriter. »

« Oui, ce sont des besoins primaires. On en est tous là. J’ai d’autres caractéristiques qui me distinguent. Je suis plus grand et plus musclé que vous. J’ai un visage plus harmonieux, une allure plus élégante… »

« Peut-être, mais ça, c’est la carrosserie. »

« Comment ça la carrosserie ?»

« Toutes les voitures à essence sont produites à partir de quelques principes de base : le volant, quatre roues, le moteur à explosion… La différence se fait sur le reste, c’est ce que j’appelle la carrosserie. »

« Mais c’est important la carrosserie, ça permet d’utiliser plus ou moins d’essence par exemple. »

« L’apparence est-elle aussi importante que ça ? Pendant plusieurs décennies, mon père circulait en 2 chevaux et ne se croyait pas déshonoré pour autant. »

« Si je comprends bien, vous voudriez qu’on vive tous dans notre état initial : à moitié nus dans la nature, vivant de chasse et de cueillette. »

« Non, mais je fais simplement remarquer que nous avons beaucoup plus de points communs que vous le pensez. Par exemple, nous nous lavons tous les jours. Nous préférons le beau temps au mauvais. Et ainsi de suite… »

« Bon d’accord, nous sommes tous des êtres humains. Celui qui ne se laverait pas ou qui préférerait la pluie eu soleil n’est pas encore né. Qu’est-ce que vous en déduisez ? »

« Rien. C’est juste pour dire qu’on est identique. »

« Mais vous savez que les fourmis sont plus identiques entre elles que nous ? »

« Certes, mais elles, elles ne cherchent pas à aller contre nature en faisant tout pour se distinguer. Avez-vous déjà vu une fourmi en voiture de luxe ou en robe du soir. »

« Non, je reconnais que ce serait bizarre. Le fait est que les hommes et les femmes, tout en se revendiquant égaux, n’aiment pas être pareils. Josiane n’apprécie pas du tout de    rencontrer une copine qui porte la même robe. »

« Moi, je n’aime pas trop croiser quelqu’un qui a un physique proche du mien. J’ai toujours l’impression d’être n’importe qui. »

« Voilà bien le problème, nous tenons tous à notre singularité, tout en ne manquant pas l’occasion de dire que nous sommes tous frères avec les mêmes droits évidemment. »

« Et qui c’est qui profite de cette course à la singularité ? Hein ? »

Restons optimistes

2 septembre, 2018

« Toutes les machines s’usent. On entretient, on remplace les pièces défaillantes, mais il y a forcément un moment où il vaut mieux acheter que réparer. C’est moins coûteux. »

« Et le corps humain, c’est pareil. On a des rhumatismes. Mal aux os, mal aux articulations, tendinites à répétition…. Alors, on va chez le médecin pour qu’il nous répare tout ça, mais il y a un moment où ce n’est plus la peine… »

« D’où la nécessité de faire des enfants, ce sont en quelque sorte des machines de remplacement. » 

« Oui, mais il y a un petit problème… On peut remplacer un squelette par un squelette neuf, mais on ne peut pas remplacer l’intelligence humaine. »

« C’est vrai que c’est un truc qui ne s’use pas. Au contraire, c’est un truc qui se bonifie, moi j’ai l’impression d’être plus intelligent qu’il y a dix ans. »

« Quand vous décèderez, il faudrait vous remplacer par un enfant ayant une intelligence égale à la vôtre, ce qui sera difficile. Ce serait plus facile si vous deveniez de plus en plus bête, ça ne vous tente pas ? »

« Non, pas vraiment. Encore que la civilisation avec la consommation à outrance, la télé-réalité, les vacances en troupeau sur la plage, les hystéries collectives dans les stades de foot…. elle fait tout pour nous abêtir. On peut même se demander s’il n’y a pas un gigantesque complot pour qu’on ne devienne pas trop intelligents, ce qui pourrait entrainer des révoltes et des tas d’histoires gênantes pour nos gouvernants. »

« Le mieux, ce serait de nous transformer en robots. Comme ça, nous ne serions pas plus intelligents que le permettrait le cerveau central qui nous commanderait. »

« Ainsi la machine humaine pourrait être remplacée par une neuve à qualité égale. Ce serait maîtrisé et très économique. »

« Bon… arrêtons les scénarios catastrophes. Nous dirigeants sont assez sages pour ne pas nous entrainer sur cette pente dangereuse. »

« En effet, nous avons de la chance. Désormais nos achats, nos paiements d’impôts, nos réservations, tout est permis par Internet. De cette sorte, nous, les êtres humains nous pouvons nous concentrer sur l’essentiel : la réflexion, la lecture, l’art… »

« Et le travail… Enfin, jusqu’à ce que tous les travaux soient robotisés, auquel cas nous pourrons tous nous concentrer sur le chômage. »

« N’êtes-vous pas en train de mettre en évidence une contradiction : travaillons plus, dans un monde où il y de moins en moins de travail. Si c’était le cas, nos dirigeants s’en seraient aperçus. J’ai toute confiance. »

« En fait le travail ne disparait pas, il s’émiette. Moi, j’ai un peu de mal à me passionner pour une table pleine de miettes de pain. »

« Allons, allons, ne vous abandonnez pas aux sirènes du déclinisme. »

Une vedette

30 août, 2018

« Je suis une vedette du show-business »

« Et ça vous plait ? » »

« Oui, les gens m’admirent, m’applaudissent, me louent. Bref, je ne me sens plus. »

« Il faut beaucoup d’orgueil pour être admiré. »

« Il faut dire que je suis assez intéressant. Lorsque je parais quelque part, quelque chose se passe. J’ai une sorte de présence qui illumine. »

« Vous êtes un peu prétentieux, non ? »

« Pas tant que ça. Si on vous proposait beaucoup de pognon pour vous afficher dans des émissions de télé, vous hésiteriez vous ? »

« Je me demanderais si j’ai quelque chose à dire. »

« Ah bon ? Moi, je dis n’importe quoi. En général, ça suffit largement. En plus, je rigole à mes propres plaisanteries. Et les gens applaudissent. »

« Ils sont obligés ! Les applaudissements sont orchestrés. »

« Et alors ? C’est mieux ! Si les gens se mettent à applaudir en ordre dispersé, vous imaginez un peu la pagaille. »

« Il n’y a rien d’authentique, de spontané là-dedans, ça ne vous gêne pas ? »

« Non, pas trop. Tout le monde gagne de l’argent : les mecs de la télé, mon agent, moi, les vendeurs de télé… C’est comme ça que nous sommes la cinquième puissance du monde ! »

« Vous êtes d’un cynisme… »

« Ah bon ! Et vous, comment ça se passe dans votre entreprise ? Votre patron gagne 200 fois le salaire minimum et tout le monde est content. Il est pourtant comme toi : il a un toit comme toi, il mange comme toi, il a pour toute peine de faire son jogging le dimanche comme toi. Et il se goberge… »

« Bon, bon, d’accord… On propose une drôle de société aux jeunes, tout de même ! »

« Vous vous rendez compte de ce que serait la vie, si toutes les vedettes du cinéma et de la chanson étaient au RSA. Comment voulez-vous admirez un type qui gagne 800 euros par mois ?»

« C’est vrai qu’en dessous d’un niveau minimal de revenu, on ne crie pas le nom d’un individu dans la rue comme un imbécile, en se lacérant la poitrine avec des ongles griffus. »

« Et puis vous nous verriez sur les plateaux de télé, en haillons ? Comment faire des astuces et en rigoler bêtement quand on est en haillons ? »

« C’est vrai. C’est beaucoup plus intéressant quand vous êtes en vêtements somptueux et que vous vous esclaffez dès que quelqu’un dit n’importe quoi »

« Se mettre en valeur est un métier. N’ayez pas honte, ce n’est pas le vôtre. Votre attitude modeste, tout en retenue vous va très bien. »

Quel pied !

28 août, 2018

-          Vous avez le pied égyptien ? Je ne m’entends pas avec les pieds romains.

-          Monsieur, vous me cassez les pieds !

-          Il faut dire qu’avec tout votre pognon, vous êtes sur un grand pied.

-          Ce n’est pas une raison pour vous prosterner à mes pieds.

-          Je m’en garderai bien. Tout au plus je peux vous faire un pied de nez pour vous exprimer le dédain dans lequel je tiens les gens fortunés.

-          Si je comprends bien, vous m’avez dans le nez.

-          Tout à fait. Je ne suis pas prêt à me laisser marcher sur les pieds.

-          Je vois ça : vous vous défendez pied à pied.

-          Nous pourrions à la rigueur nous entendre si vous arrêtiez de vous moucher du pied. Ce qui n’est pas le cas.

-          Allons, allons ! Vous raisonnez comme un pied !

-          Pas du tout. C’est vous qui vous prenez pour quelqu’un d’important. Vos pieds ne touchent plus terre.

-          Qu’en savez-vous, je suis peut-être un tigre de papier ou alors un colosse aux pieds d’argile, si vous préférez ?

-          C’est ça, oui ! Vous essayez de me couper l’herbe sous les pieds !

-          Je vois qu’on ne vous la fait pas. Vous êtes très fort et très subtil. Vous avez bon pied, bon œil.

-          Arrêtez de me faire encore un appel du pied avec vos viles flatteries.

-          Ouh ! Là, là ! Vous vous êtes levé du pied gauche !

-          Pas du tout, C’est vous qui mettez les pieds dans le plat !

-          Vous dites n’importe quoi, mais vous retombez facilement sur vos pieds.

-          C’est sûr, je ne suis pas du genre à trainer les pieds dans la discussion.

-          Bon… moi, je ne suis pas près de remettre les pieds chez vous.

-          Je vois ce que c’est : nous passons au mépris. Vous foulez au pied mon invitation avec beaucoup de désinvolture.

-          Euh… j’ai l’impression que nous sommes partis du mauvais pied !

-          C’est malin ! Maintenant que vous m’avez dit ça, je ne sais plus quoi répondre. Je ne sais plus sur quel pied danser.

-          Ne vous tirez pas une balle dans le pied, ça ne sert pas à grand-chose.

-          Nous revoilà donc au pied du mur.

-          Heureusement que je n’ai pas pris tout ce que vous m’avez dit au pied de la lettre ! Sinon nous serions fâchés.

-          Vous avez raison, remettons-nous le pied à l’étrier !

-          Oui, pour commencer, vous pourriez arrêtez de faire une tête de six pieds de long. Ce serait sympa.

-          Vous pourriez me prêter 1000 euros, ça me tirerait une épine du pied.

-          Entendu ! Vous voyez qu’on pourrait discuter sur un pied d’égalité.

-          Je vous attends de pied ferme !

-          Mettons un prêt sur pied.

-          Ah ! Enfin ! C’est le pied !

-          Pas de problème ! Signez en pied de page !

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