Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Un chargé de lui-même

23 mai, 2017

« Voilà, ça y est, j’ai obtenu un prêt de ma banque pour acheter ma bagnole. 10 000 euros pendant 4 ans à 5%. C’est un peu de l’arnaque, mais cela aurait pu être pire ! »

« Ça n’a pas été trop dur ?»

« Si, il a fallu négocier serré. Le chargé de clientèle voulait toutes sortes de garanties. Il m’a imposé plein de formalités. C’est tous les mêmes ! Ils vous demandent de la paperasse encore de la paperasse. Je me demande à quoi ça leur sert. »

« Mais en même temps, c’est vous le chargé de clientèle de la banque. »

« Si vous croyez que c’est plus facile. D’accord, je connaissais bien le dossier, mais il faut être très dur avec soi-même pour l’être avec les autres. C’est obligatoire. Sinon, c’est la porte ouverte aux excès. Je pourrais me consentir un prêt tous les huit jours ! L’un pour rembourser l’autre ! »

« Si je comprends bien, c’est de l’autonégociation. »

« Oui, j’ai dû batailler ferme pour me faire lâcher des conditions avantageuses. Avec la veine que j’ai, je suis tombé sur le plus dur des chargés de clientèle. Je me suis tellement énervé que j’ai bien cru que j’allais m’envoyer tout le dossier à la figure. Avec la mère Duboulot, ça aurait été plus simple.»

« Et depuis, vous allez mieux avec vous-même ? »

« Pas tellement. Je suis obligé de me harceler tous les jours à cause de mon découvert bancaire. »

« Comment faites-vous ? »

« Je me téléphone, mais comme par hasard je tombe toujours sur mon répondeur. Je vais être obligé de m’envoyer un recommandé ! »

« C’est troublant, en effet. »

« Il faut dire que mon salaire à la banque n’est pas très élevé. Je l’ai dit à mon chargé de clientèle qui m’a répondu qu’il était bien d’accord, mais que ce n’était pas son affaire. Heureusement, je viens de toucher une prime de fin d’année… »

« … que vous allez immédiatement placer en suivant les recommandations de votre chargé de clientèle. »

« Non, je me méfie, il va encore essayer de me refiler un placement sur lequel il perçoit une commission. Je suis bien placé pour le savoir. Ces gens-là pensent à leur profit d’abord au lieu de s’intéresser au client ! »

« Bon, alors finalement, vous me conseillez cette banque, oui ou non ? »

« C’est-à-dire qu’entre 9 heures et 18 heures, ce serait plutôt ‘oui’. Après ou avant, ce serait plutôt ‘non’. Vous comprenez ? »

« J’essaie, mais j’ai du mal. »

Un fantôme

22 mai, 2017

« Je suis rien. »

« Comment ça, rien ? »

« Rien du tout, je vous dis. D’ailleurs, je me demande comment vous pouvez parler avec un rien du tout, ça me déstabilise. »

« Je vous parle comme à un être humain. »

« C’est une erreur. Je ne suis pas un humain, je suis une huitre. Je ne l’ouvre jamais. Je n’ai rien à dire. Je suis un être falot, sans intérêt. Depuis, que vous vous adressez à moi, je suis complètement désarçonné. »

« Mais enfin, vous avez l’allure d’un homme… »

« Je suis complètement transparent. Regardez bien. Vous ne voyez rien à travers moi ? Comment faites-vous pour apercevoir de ma présence ? »

« Euh… j’observe. »

« C’est bien mon problème. Je ne fais pourtant aucun effort pour me mettre en valeur. Je n’ai aucune conversation. Je ne suis pas amusant du tout. »

« Mais pourquoi faites-vous ça ? »

« Je ne tiens pas à être repéré. Je suis tranquille comme ça. Je suis personne. »

« Pourtant vous êtes bien obligé de coexister avec d’autres. »

« Oui. Au travail, je suis dans le même bureau que Dugenou. Je ne suis pas sûr qu’il se soit aperçu de mon existence devant lui. Quand je pars en congés, personne ne s’en aperçoit. Tout le monde a oublié mes attributions. Moi aussi. »

« Je suis sûr que vous parlez de temps à autre. »

« Quand je parle, les autres continuent à parler entre eux. Ils ne comprennent pas ce que je dis. D’ailleurs, moi-même je ne suis pas certain de me comprendre. »

« Vous avez quand même des dossiers administratifs. Au minimum, vous êtes repéré par l’Administration ! »

« Même pas.  A la Sécu, ils ont perdu mon dossier. Aux Impôts, on m’a certifié que je n’existe pas. Je suis dispensé de taxes locales parce que la Mairie n’arrive pas à me prendre en considération. »

« Mais vous avez sûrement des soucis qui vous mettent en contact avec des gens. »

« Non. Comme je ne suis rien, il ne m’arrive jamais rien. Je ne souffre de rien. Sauf un jour où j’ai failli devenir quelque chose. »

« Ah ! Vous voyez ! »

« C’était une femme : Marie. Elle s’est adressé à moi par erreur. Mais il faut dire qu’elle aussi, c’était une rien du tout. »

Un modéré

21 mai, 2017

« Je suis d’accord avec vous. »

« Mais je n’ai encore rien dit ! »

« Aucune importance, je suis d’accord avec tout le monde. J’aime toutes les idées d’où qu’elles viennent. Si quelqu’un a une idée, ça revient à dire qu’il s’est fatigué pour la construire, c’est respectable. »

« Ce qui revient à dire que vous n’avez pas d’idées personnelles et que vous vous en fichez complètement. »

« Non, au contraire. Je suis d’avis que toutes les idées se valent. Je ne vois pas pourquoi mes idées seraient meilleures que les vôtres, ou vice-versa. »

« Vous pourriez essayer de me convaincre de vos opinions. »

« C’est risqué. Imaginez un peu que mes idées soient mauvaises, je vous mettrais dans l’embarras et vous m’en voudriez beaucoup. »

« Mais vous avez peut-être des arguments auxquels je n’ai pas pensé. »

« Peut-être, mais si vous n’y avez pas pensé, c’est que vous ne les trouvez pas bons. »

« Vous préférez donc ne pas discuter. »

« Non, j’ai dit que j’étais d’accord avec vous. C’est-à-dire que je considère que votre avis a le droit d’exister qu’il soit bon ou mauvais. Je ne méprise personne. »

« Donc, dans votre système, si je me trompe, personne ne me le dira. »

« Imaginons que je vous dise que votre avis est erroné.  De deux choses l’une, ou bien vous admettez vous être trompé et il n’y a plus de débat. Ou bien, vous vous énervez et il n’y a plus de débat non plus, puisque je serai obligé de m’énerver aussi. »

« Avec ce genre de raisonnement, il n’y a plus de discussion possible ! Ou alors sur la pluie ou le beau temps. »

« Si vous me dites qu’il fait beau, alors qu’il pleut, je continuerais à vous dire que vous avez raison et que je suis d’accord avec vous. A partir de là, nous pouvons disserter sur les motifs qui vous donnent raison. A priori, on a le droit d’aimer davantage la pluie que le soleil. »

« Résumons-nous : je peux dire n’importe quoi et vous serez d’accord ? »

« Oui, comme ça, vous me regarderez d’un œil favorable et non comme un adversaire, ce qui permet d’avoir un dialogue serein. Au cours de la discussion, vous pourrez alors évoluer en douceur sans perdre la face. »

« Nous y voilà. Avec vous, il ne faut pas que ça fasse de vagues ! Vous ne seriez pas un peu centriste par hasard ? »

« C’est quand même mieux que de vous cassez la figure sous le prétexte que vos idées ne me conviennent pas du tout ! »

Soirée électorale

18 mai, 2017

« Il faut être prudent en interprétant les premiers résultats, mais les premiers indices montrent bien que la force politique que je représente l’emporte nettement. On peut parler d’une vague populaire. »

« Je vous fais tout de même remarquer que c’est nous qui venons en tête dans de nombreuses circonscriptions, cher ami. Nous restons le premier mouvement de France. »

« Evidemment. Vous ajoutez à votre propre score celui de vagues alliés dont vous n’êtes même pas sûr. Comparons ce qui est comparable. Allons, allons. »

« Justement, notre score – par rapport aux dernières élections –  explose ! »

« Soyons sérieux, les circonstances politiques étaient complètement différentes. Vous feriez mieux de regarder les résultats dans la tranche des 18-25 ans. Nous triomphons nettement. L’avenir, c’est nous. »

« Vous voulez rire ! Il faut regarder les choses sur le long terme. Si on prend les élections de 2002 comme référence, vous vous effondrez cher ami, il n’y a pas d’autres termes. J’en suis désolé pour vous. »

« C’est bien un raisonnement de votre parti, ça ! Je vous signale qu’en nombre de voix, nous n’avons jamais été aussi bons. Notre parti attire tous ceux que vous avez déçus. Quelle arrogance dans vos manière d’interpréter les résultats ! »

« Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Le peuple s’est exprimé en notre faveur et vous vous déclarez vainqueur ! »

« Evidemment, compte tenu des obstacles que le système a opposé à notre campagne, le score que nous obtenons montre bien que les électeurs ne sont pas dupes de vos manigances et soutiennent activement notre programme. »

« Le niveau de l’abstention dans votre circonscription est certes regrettable, mais il témoigne du fait que votre offre politique ne répond pas à l’attente des citoyens. »

« Ah ! Ah ! Je me gausse. Si on ajoute les abstentionnistes à notre nombre de voix, vous êtes minoritaires, cher ami. Il va falloir vous y faire, minoritaires ! »

« Nous l’emportons même en zone rurale. La France profonde a entendu notre message. Les français nous ont fait confiance ! »

« Ah oui ? Dans vos fiefs électoraux, vous ne progressez pas ! Nous, nous conquérons de nouveaux territoires tout en confortant nos scores dans nos circonscriptions traditionnelles. La nouvelle géographie électorale montre que nos idées se répandent, tandis que les vôtres stagnent péniblement. »

« C’est la meilleure ! Vous êtes en train de démontrer que vous avez gagné tout en étant minoritaire. »

« Evidemment ! Nous l’avons emporté ! J’ai rencontré d’immenses foules lors de ma campagne qui l’ont clairement démontré. De toute façon, minoritaires ou pas on va vous pourrir la vie. »

Cher voisin !

16 mai, 2017

« Vous êtes très riche, cher voisin. »

« Comment le savez-vous ? »

« J’ai été consulté votre déclaration d’impôts, j’ai le droit. »

« C’est terriblement indiscret. »

« Oui, c’est pour ça que c’est intéressant. Et la dame que vous recevez tous les mardis pendant que votre femme est à son club de bridge, qui est-ce ? »

« Mais ça ne vous regarde pas ! »

« Ah ! Ah ! J’en déduis que vous batifolez dans le dos de madame. »

« Qu’est-ce que vous allez chercher ? Cette dame est mon infirmière qui vient me faire ma piqure hebdomadaire ! »

« Vous avez donc des ennuis de santé, cher voisin ! Mon Dieu ! Pourvu que ça ne soit pas trop grave. Si vous avez besoin de quelque chose, vous pouvez compter sur moi. Heureusement que je suis là, pour vous ! »

« En effet ! Bon ! On a fait le tour ? Je vais vous faire reconduire par Victor, mon majordome ! »

« Il est déclaré régulièrement ? Parce que vous savez que l’URSSAF ne rigole pas avec l’emploi clandestin, maintenant ! »

« Oui, ne craignez rien. Victor n’est pas un travailleur au noir. »

« Je vous fais confiance. Par contre, il faudrait qu’il évite de passer la tondeuse à gazon le dimanche. D’une part, ça me dérange et d’autre part, c’est interdit. Nous n’allons tout de même pas nous dénoncer à la mairie entre voisins. »

« Je suis d’accord. Evitons-nous les ennuis inutiles. »

« Et pour votre piscine, on fait comment ? »

« Comment ça, comment ? »

« Oui, vous avez oublié de la déclarer au service compétent du fisc. C’est ennuyeux. A moins que je puisse prendre des bains en juillet et en aout évidemment. »

« Mais vous êtes chez vous, cher voisin. »

« Pour votre barbecue du 14 juillet, je pense que je viendrais en famille. J’ai parlé de vous à mes cousins qui voudraient vous connaitre. »

« Mais comment donc ! Je suis flatté de l’intérêt de vous cousins.»

« Et si nous abattions la haie qui sépare nos propriétés ? Ce serait beaucoup plus sympa. Je pourrais voir ce qui se passe chez vous et intervenir en cas de danger. »

« Euh… non, je ne tiens pas à savoir ce qui se passe chez vous ! »

Un nouveau vent de révolte

14 mai, 2017

« Ah, les chiffres ! Vous avez remarqué : nous sommes dans une civilisation où l’on ne peut pas se passer de chiffres ! »

« Est-on plus heureux pour autant ? » 

« Je n’en sais rien, mais nos aïeux ne connaissaient pas forcément leur âge exact à 5 ans près. Pour autant, ça ne les a pas empêchés de vivre ! »

« Tout ça, c’est d’autant plus curieux que les gens ne manipulent pas bien les chiffres. Pour commencer parler des ‘chiffres du chômage’ est une erreur. Les chiffres sont les signes de 0 à 9, qui constituent les nombres. »

« Les journalistes devraient donc dire : et voici les nombres du chômage ! »

« En fait la question qui revient le plus souvent dans nos conversations civilisées c’est : combien ? Combien de chômeurs ? Combien je vous dois ? Combien d’enfants avez-vous ? Combien de fois allez-vous au dentiste ? Combien de femmes avez-vous eues ? Combien d’impôts payez-vous ? »

« C’est vrai ! Bientôt, il faudra résumer sa vie dans un tableau de statistiques. C’est un peu stressant. Je ne me résume pas à quelques nombres ! »

« Et avec la prolifération des sondages, c’est pire. Non seulement, votre personnalité va disparaitre derrière un tableau de statistiques, mais ce que vous pensez va être quantifié grâce à la réponse de vos concitoyens qui ne connaissent rien de vous. »

« Il faudrait se révolter avant qu’il ne soit trop tard ! »

« Oui, par exemple, je propose que le montant de mes impôts ne soit plus quantifié. Rien que de voir leur montant, ça me démolit le moral.  Nous devrions donner au fisc ce que nous aurions envie de donner ! »

« Ce serait plus sympa ! Moi, je voudrais une balance personnelle qui ne donne plus mon poids. Elle donnerait quelques indications comme : pas mal, légèrement enveloppé, franchement exagéré, rouleau compresseur… Ce serait plus marrant. »

« Une république sans chiffre ! Voilà ce qu’il nous faut ! Les citoyens ne pourraient plus se comparer entre eux. Nous éliminerions beaucoup de souffrances. Les plus petits ou les plus mauvais ne sauraient pas qu’ils sont les plus petits ou les plus mauvais. »

« Et puis les plus gros ou les plus forts arrêteraient de la ramener puisqu’ils ne sauraient pas au courant de leur suprématie. »

« On supprimerait les cours de maths à l’école, ça supprimerait une multitude de nullards sur les bancs scolaires. »

« Et puis, on supprimerait le nombre de jours de congés. On partirait en vacances pour une durée d’autant plus indéterminée que personne ne saurait la mesurer ! »

« Et pour les salaires ? »

« Il n’y a plus de salaire, plus de coût. Tout serait gratuit. Le seul chiffre appris à l’école serait le zéro. »

Une bourse d’emplois

11 mai, 2017

« Vous n’avez pas d’emploi ? Pas de problème, j’ai plein de propositions à vous faire ! »

« Par exemple ? »

« Enfonceur de portes ouvertes. C’est très utile dans la communication des entreprises. Il s’agit de rassurer les salariés et les clients en disant un grand nombre de banalités, d’un air très convaincu ! »

« C’est-à-dire que j’ai déjà du mal à me convaincre moi-même de quelque chose, alors… »

« Ce n’est pas grave ! J’ai aussi un très joli poste de constructeur d’usines à gaz. Il s’agit de prendre un problème très simple et de le compliquer au maximum. Par exemple, envoyer le courrier d’une société. Il faut dire qu’il doit être vu et corrigé par un grand nombre de personnes dont certaines voudront s’affirmer en pinaillant sur les virgules et vous obtenez une très belle paralysie des circuits ! »

« Ce n’est pas mal. Mais certaines entreprises vont embaucher des simplificateurs, ce qui compliquera ma tâche ! »

« Dans le même style, je viens de recevoir une offre d’emploi magnifique de coupeur de cheveux en quatre. C’est un poste directement rattaché à la direction. Il s’agit ni plus ni moins d’examiner tous les projets dont la direction ne veut pas, en soulevant un tas d’objections techniques pour les faire foirer. »

« Intéressant, mais risqué. Si le coupeur de cheveux en quatre ne trouve pas de faille, c’est lui qui est coupé. »

« Vous êtes difficile ! Je peux vous proposer aussi un emploi de fossoyeur de dossiers. C’est un peu comme le précédent. Quand la direction ne veut pas d’un projet, vous êtes chargé d’obliger le responsable à passer par toutes sortes de procédures inutiles et très longues, de façon à ce qu’il se décourage et qu’il retire son projet de lui-même ! »

« Il faut un certain culot. Je n’ai pas cette compétence dans mon CV. »

« Bon ! Vous avez de la chance ! J’ai ce qu’il vous faut ! Un très bel emploi d’inventeur de l’eau chaude ! Là, ce n’est pas trop fatigant, il s’agit d’inventer ce qui existe déjà, en prenant l’air très sérieux. Vous ne risquez rien. »

« Tout de même ! Celui qui a inventé le  truc qui existe déjà va m’en vouloir. »

« Ce n’est pas un problème. Vous pouvez lui répondre que vous ne faites que valoriser sa découverte. En plus, si vous avez un collègue ‘enfonceur de portes ouvertes’, il peut vous donner un coup de mains efficace. »

« Bon, à la rigueur. C’est tout ? »

« En dernière extrémité, j’ai aussi un emploi très qualifié, d’inventeur de fil à couper le beurre. Là, il s’agit d’inventer des choses très simples qui n’existent pas encore dans l’entreprise. Par exemple, vous proposez de mettre une sonnette d’entrée à la porte de votre boîte. En plus, vous pouvez prendre l’air étonné que personne n’ait pensé avant vous à une chose aussi simple. »

« Je préfèrerais un emploi qui serve à quelque chose. »

Tous des gamins !

9 mai, 2017

« J’en ai marre d’être infantilisé. »

« Comment ça ? »

« On nous raconte n’importe quoi et en plus, on nous explique la vie d’une manière odieusement simpliste. La guerre, c’est mal. La pauvreté, c’est mal. C’est mal, mais ça existe, et on ne nous dit jamais pourquoi ça existe. C’est mal, c’est tout. »

« Vous exagérez ! »

« Pas du tout ! C’est à la télé qu’ils sont les plus forts pour nous traiter comme des gamins. Il faut voir comment on nous annonce les vacances avec la mine gourmande des parents qui récompensent leur progéniture… »

« On ne va pas vous dire que c’est les vacances avec une tête d’enterrement ! »

« Et la météo ? Vous avez vu la météo ! Quand il va faire beau, Miss Météo vous le dit avec une mine sucrée, comme si elle nous offrait une friandise. »

« Euh… C’est agréable non ? »

« Non, pas tellement. Je suis assez grand pour savoir si le fait qu’il fasse soleil demain me fait plaisir ou non. »

« Bon, d’accord ! A tous les âges, la télé fascine. Il est normal que vous vous sentiez un peu déresponsabilisé. »

« Et les journaux ? Vous avez vu les journaux ? A longueur de colonnes on vous expose les secrets de beauté de Machine ou de Truc. Non mais, qu’est-ce qu’on en a à faire de leur crème antirides ou raffermissantes, je vous le demande ? »

« C’est du marketing, il faut bien vendre des produits de para-pharmacie. »

« Et vous avez vu qu’on vous explique aussi comment draguer cet été ? »

« Et alors ? »

« Chaque fois que j’applique leurs méthodes, je me ramasse. Après tout, je drague comme je veux, je n’ai pas besoin d’être chaperonné comme un débutant. »

« Et au bureau, vous vous exprimez en tant qu’adulte ? »

« C’est le même processus. Le chef prend un air condescendant pour nous offrir de temps en temps un petit coup à boire afin de s’assurer de notre bonne humeur à son égard. On a vraiment l’impression de l’instituteur qui accorde une récréation supplémentaire à ses gamins ! »

« Pourtant au moment des élections, vous vous exprimez comme un citoyen responsable et adulte. On ne vous considère plus comme un enfant. »

« Vous plaisantez ! On vous demande votre avis tous les 5 ans. Au soir des élections, les politiciens vous remercient, ils vous mettent à la porte, et ils vous prient de revenir dans 5 ans. Pendant ce temps, c’est eux, les gens sérieux qui vont s’occuper de vos affaires ! »

Le moyen

7 mai, 2017

« Je suis moyen. »

« Comment ça, moyen ? »

« Dès l’école, j’étais moyen. Je me tirais de mes examens avec une petite moyenne, sans plus. »

« Et plus tard ? »

« Plus tard, ça ne s’est pas arrangé. J’ai rencontré des gens nettement plus brillants que moi. Heureusement, j’ai connu aussi des nullards. »

« Mais vous pourriez progresser ! »

« Non. Je suis moyen, ça correspond à mon niveau intrinsèque en toute chose. Remarquez que je n’en souffre pas. Statistiquement, nous, les moyens nous sommes les plus nombreux. Il n’y a donc pas de quoi avoir honte. »

« Oui, mais enfin, vous vous distinguez bien par quelque chose ! »

« Non, mon nom est Martin, c’est le plus couru en France. Ma taille et mon poids sont dans la moyenne. Ma physionomie est banale. D’ailleurs, quand je sors dans la rue, j’ai souvent l’impression de me croiser. »

« D’accord, mais votre famille – per exemple – elle vous distingue ! »

« Mal ! Ma femme n’a pas encore compris que j’étais un moyen.  J’évite de le lui dire, elle pourrait mal le prendre. »

« Et vos gamins ? »

« Je pense que je leur ai transmis ma qualité de moyen. Quand ils ont fini de téléphoner aux copains, il disent « c’est clair », « c’est un truc de ouf »… Cette sorte d’interjections… Tous les gamins font ça ! »

« Et vos convictions politiques, elles sont comment ? »

« Très centristes évidemment. Il ne faut pas compter sur moi pour aller dans les extrêmes. »

« Tout cela est très banal, pas très intéressant, quoi ! »

« Vous êtes extraordinaire. Pour vous intéresser, il faut absolument présenter une anomalie. Mais il y a de la dignité à être moyen. Moi, au moins, je ne prends pas pour un être supérieur. D’ailleurs, j’aurais du mal puisque je suis moyen. »

« Si personne ne s’intéresse à vous, vous devez avoir des problèmes existentiels ? »

« Pas plus que la moyenne ! »

« Ah ! Si j’ai trouvé quelque chose qui vous distingue. Vous êtes le premier moyen à reconnaître que vous êtes moyen, de manière tout à fait décontractée en plus ! »

« Ah ? Oui, c’est vrai sur ce plan là, je ne suis pas moyen. »

Tôt ou tard

5 mai, 2017

Ce n’est pas trop tôt !

Toto,

Le cuistot

D’Yvetot

Enfile son costard

Et son paletot

Puis rentre en auto.

C’est un fêtard,

Ancien routard,

Toujours en pétard,

Un peu vantard,

Souvent  en retard.

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