Archive pour avril, 2017

Gare !

19 avril, 2017

Dans son hangar

Du Gard,

Près de la gare

Vit un bulgare,

Edgar,

Au regard

Hagard,

Prêt à la bagarre

Sans égards.

Séduction

18 avril, 2017

« Pourquoi vous chantez sous mes fenêtres ? »

« Vous n’aimez pas entendre mon aubade ? »

« Pas tellement, d’autant plus qu’à onze heures du soir, c’est plutôt une sérénade. L’aubade, c’est lorsque vous chantez au lever du soleil, c’est-à-dire à l’aube. »

« Mince, je me suis trompé. Je ne chante pas mal, pourtant. Qu’est-ce que je peux faire pour vous séduire ? »

« Vous me trouvez donc attirante ? »

« Non, pas tellement. »

« Alors pourquoi voulez-vous me séduire ? »

« Moi, j’aime bien qu’on me trouve séduisant, ça me réconforte. Vous comprenez… je ne suis pas très sûr de moi-même. Il faudrait que vous me regardiez avec une petite lueur d’intéressement dans les yeux. »

« Comme ça ? »

« Non ! Là, on dirait que vous avez envie de me taper dessus, je vais être obligé de continuer mes sérénades. Vos voisins vont encore vous en vouloir. »

« De toute façon, on ne fait plus comme ça pour attirer l’attention d’une femme ? La sérénade, c’était au Moyen-Âge. »

« C’était quand même très romantique.  Ne me dites pas qu’il faut que je vous invite à la pizzeria du coin de la rue. »

« Non plus. A la pizzeria, je ne serai sûrement pas séduite. Plutôt dans un resto cinq étoiles, autour d’une nappe blanche, dans une ambiance feutrée, avec une petite bougie qui jetterait une lueur dansante sur nos visages enfiévrés par la passion naissante… Evidemment, menu raffinée, champagne… Bref, il faut prévoir au moins 80 euros par tête. »

« Ah bon ! Et une petite balade dans le parc municipal, la main dans la main, ça ne pourrait pas faire l’affaire ? »

« Pas tellement. On en fait le tour en deux minutes et il y a plein de papier gras parterre. Vous devriez m’emmener au bord du lac pour observer le coucher du soleil. »

« Dans ma 4 L ? »

« Non, il faudrait une voiture de luxe. A la rigueur, j’accepterais une Audi A8, moteur V6, transmission intégrale, 233 chevaux ! »

« Si je comprends bien, c’est toujours la bagnole qui fait l’homme ? Je suis bien déçu ! Remarquez comme vous ne me plaisez pas du tout … Je n’ai pas vraiment besoin de vous séduire……. Je m’en tire bien… Prenons ma 4 L et allons prendre une limonade au bistrot, je vous expliquerai pourquoi vous ne me plaisez pas. »

« Oui, comme ça, c’est d’accord. »

Bien de chez nous !

17 avril, 2017

J’ai fait une séance de fitness

Avec mon coach

Qui est très cool,

Une vraie star

Qui fait du business.

Puis, j’ai été au fastfood

Avec un trader.

Enfin, j’ai pris un charter

Pour aller au meeting

Avec le steward.

Noblesse oblige

16 avril, 2017

« Vous avez un nom qui se dévisse. Vous êtes noble ? »

« Oui. Mes premiers ancêtres connus se sont distingués lors de la croisade du roi Saint-Louis qui leur a donné des terres et un titre en revenant au pays. »

« Donc, ils faisaient la guerre, vos aïeux… »

« Oui, ils ont tous fait la première croisade, les suivantes, la guerre de 100 ans, de 30ans, Austerlitz, Waterloo et tout le toutim… »

« Vous descendez d’une belle lignée de tueurs. »

« Oui, mais enfin, c’était pour la patrie. Plus ou moins. »

« Et il n’y a eu que des héros. »

« Oui, enfin… presque. Si j’excepte Gaston qui n’avait pas son pareil pour torturer les gens qui ne payaient pas l’impôt seigneurial ou alors Marguerite qui ne rechignait pas à la bagatelle. Et puis Domitien, le troubadour qui préférait faire des poèmes plutôt que de massacrer quelques ennemis comme tout le monde. »

«… Et vous qui avez préféré être vendeur au rayon outillage plutôt que de buller dans votre château moyenâgeux. »

« Oui, la Comtesse, ma mère, n’était pas très contente. L’honneur du titre et de la famille commandait que je croupisse dans la misère. »

« Et vos gamins ? »

« Euh… ils ne foutent rien à l’école pour ne pas déroger. Ils disent que des nobles n’ont pas à travailler. Le peuple est formé pour ça. Leur grand-mère est ravie : si tout va bien ils devraient grandir dans la mendicité. »

« Et votre chef de rayon, ça ne vous dérange pas qu’il vous appelle : monsieur le comte ? »

« Non, pas de problème. J’ai anobli tout le personnel. Le chef, c’est l’archiduc. Moi je l’appelle : son Excellence. »

« Et vos clients ? »

« Les affaires marchent bien. Le peuple se rend nombreux en procession dans mon secteur. J’ai mes tarifs : pour un marteau acheté, l’intéressé est élevé à la dignité de vicomte. Pour une panoplie complète de bricolage, je crée un duché, le client repart avec le titre de Duc, moyennant un petit supplément, on peut aller jusqu’à Grand-Duc. »

« Ça doit leur faire bizarre quand ils rentrent chez eux. »

« Oui, quand madame dit : son Excellence a-t-elle pensé à passer au boulanger pour rapporter la baguette ? On doit se demander à qui elle parle. »

« C’est bon pour les affaires votre truc ! »

« A propos qu’est-ce que je vous sers ? Une boite de vis de 12 ? Il me reste un titre d’écuyer-adjoint, ça vous dit ? »

« Euh… je préfère roturier-en-chef ! »

Du simple au double

15 avril, 2017

Omar s’est mis au homard.

Ce repas faste lui est néfaste.

Mais cet escroc a les crocs.

Ce lourdingue est lourd, dingue.

Ce n’est pas un galant, c’est un gars lent.

Il n’a pas de salaire, ça a l’air.

Dans sa salopette, c’est une lopette.

Quand il va aux funérailles, il raille.

Il faut clore ce fol folklore.

Qu’en dira-t-on, tonton ?

14 avril, 2017

Les marionnettes ainsi font-font

Elles distribuent des bonbons

Et des concombres

C’est con-con.

Hon ! Hon !

Puis Non ! Non !

Dit mon tonton,

En faisant de bons bonds,

Tandis que mon chat Pompon

Fait des ronrons.

.

Trop bon !

13 avril, 2017

« Je vous complimente. »

« Ah bon, pourquoi ? »

« Je n’en sais rien, mais vous avez surement des qualités qui suscitent l’admiration, comme tout le monde. »

« Vous flagornez. Qu’est-ce que vous attendez de moi, en échange de vos flatteries. Ne seriez-vos pas en train de me rejouer la scène du corbeau et du renard ? »

« Je n’attends rien. Promis. C’est étonnant comme les gens n’aiment pas qu’on dise du bien d’eux. Voilà qui montre bien que nous sommes dans une société où la règle, c’est l’agression entre les individus. »

« Peut-être, mais là vous me mettez dans la situation où je vais être obligé de vous trouver des qualités et de les énoncer alors que je n’en ai pas tellement envie. »

« Vous allez me gêner. »

« Alors qu’est-ce que je fais de vos compliments ? Je dis qu’ils sont bien trop élogieux et que je ne les ai pas mérités. »

« Non, si vous faites ça, je vais être obligé d’en rajouter une couche en disant qu’en plus vous êtes d’une très grande modestie qui vous honore. »

« Vous avez raison, ça ferait beaucoup. Je vais dire qu’en effet je suis doté de toutes les qualités que vous me reconnaissez. »

« C’est mieux. Il faut savoir s’assumer, même quand on est un être merveilleux. »

« Vous êtes sûr que je ne peux pas vous complimenter aussi ? »

« Non. D’autant plus qu’à côté de vos mérites, les miens sont peu de choses. »

« Vous voyez… Déjà, on peut dire que vous êtes modeste ! »

« Ah oui ! Mince ! Je n’ai pas fait exprès. Le mieux serait que vous me détestiez. »

« … Ce qui ne va pas tarder ! On ne déballe aux gens leurs qualités comme vous le faites ! C’est très malséant. »

« Je suis désolé, je n’ai pas été très bien élevé par mes parents. C’est vrai, ils auraient pu m’apprendre la méchanceté gratuit en dénigrant tout le monde ! »

« Vous avez l’air d’avoir eu une enfance difficile. »

«Oui. Dès l’âge de 3 ans, j’ai dû apprendre à respecter mes camarades de bac à sable. A 6 ans, je protégerais les plus faibles dans la cour de récréation. A 10 ans, j’organisais une caisse de secours pour les enfants sans Noël. »

« Je comprends mieux votre obsession d’être bon pour les autres. »

« Le corps médical ne m’a pas laissé beaucoup d’espoir d’en sortir. »

Un chaud et froid

12 avril, 2017

Le chauve

Godefroi

Descend du beffroi.

Sur la chaussée,

Il fait froid.

A Sochaux,

Il montait son palefroi.

Sur le boulevard des maréchaux,

Et dans les chaumières,

Il semait l’effroi.

Décroissance ?

11 avril, 2017

« Vous avez remarqué ? »

« Quoi encore ? »

« Une bonne partie de l’activité des hommes consiste à s’autodétruire pour bénéficier d’une période de croissance lorsqu’ils se reconstruisent. »

« Certes, les périodes de croissance économiques coïncident souvent avec les après-guerres, mais il ne faudrait pas généraliser. »

« Si, on peut. Suivez mon raisonnement : leurs déchets. Les hommes consomment de plus en plus, ils s’ensevelissent sous leurs propres déchets et hop ! Ils inventent l’industrie du retraitement et du recyclage de leurs déchets. Non seulement ils se sauvent, mais en plus ils font leurs malins puisqu’ils ont relancé le taux de croissance économique.»

« Vous avez un autre exemple ? »

« Oui. Ils ont inventé l’automobile, mais ils n’ont pas fait gaffe qu’ils inventaient aussi les accidents qui vont avec. Résultat : les hôpitaux tournent bien, ça crée de l’emploi. »

« Autrement dit, ils se font du mal ce qui n’a pas vraiment d’importance, puisqu’ils se réparent derrière pour le plus grand profit de la machine économique. S’ils évitaient de s’en prendre à leur santé, ce serait mieux ! »

« La prévention, ça crée de beaux messages publicitaires à la télé, mais pas beaucoup d’emplois. »

« Mais tout de même, il existe des activités constructives : l’éducation, par exemple ! »

« Sauf que, lorsque ça ne marche pas, les gamins se retrouvent sans diplôme et il faut recommencer à les former à un métier : c’est encore de la réparation de dégât social. »

« Si je comprends bien, la croissance est due au fait que les hommes se consacrent essentiellement au rafistolage de leurs bévues. Mais prenons l’invention de la télé, par exemple, ça ne répare rien du tout, c’est un progrès absolu. »

« La télé a aussi provoqué la mise au rebut des vieux postes qu’il faut recycler. Elle a aussi diffusé des images de violence qui ont perverti nos jeunes esprits qu’il faut rééduquer par la suite. »

« Certes, toutes les innovations ont des effets négatifs qu’il faut bien corriger, mais on ne va pas s’arrêter d’innover pour autant. L’invention qui n’aura pas d’effet secondaire néfaste reste à trouver. En attendant, nous nous félicitons chaque mois de résultats économiques en hausse qui sont dus au bricolage des conséquences de notre incurie.»

« Avec une théorie comme la vôtre, mon pauvre, la société n’avance plus. On ne cherche plus des médicaments nouveaux pour soigner par exemple. »

« Si, on cherche et on trouve. Les hommes ne font pas exprès de se mettre en difficulté, en étant malades par exemple. Je pense qu’ils sont condamnés par une volonté supérieure à une course poursuite vers l’avant. Pour le moment on gagne, mais il ne faut pas faire les fanfarons, parce que ce n’est peut-être pas éternel. »

« C’est déprimant votre truc. »

« Je sais c’est la raison pour laquelle les hommes ont inventé l’industrie de la communication pour que les gens se rassurent et continuent à aller de l’avant en consommant toujours plus. »

Cache-cache

10 avril, 2017

Que je sache,

Louis élève sa vache.

Il cultive de la mâche.

Il n’est pas une tache

Ni un lâche.

Parfois il se fâche.

Alors, il jette sa hache

Puis se cache

Sous sa bâche.

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