Archive pour le 17 janvier, 2012

Invitation

17 janvier, 2012

« Je vous invite à vous taire ! »

« Vous m’invitez… C’est sympa ! »

« Oui, mais c’est à vous taire ! Je ne vous invite pas à diner, il ne faut pas confondre. »

« Vous ne m’invitez jamais chez vous. Comment ça se fait ? C’est assez dérangeant. Vous voyez bien que je suis perturbé. Nous pourrions passer la soirée à boire et à manger. Nous ririons beaucoup. Je suis très drôle. Et puis, après le diner, je m’effondrerai dans votre canapé. J’espère qu’il est moelleux. Verre à la main nous continuerions à délirer sur les femmes, la vie, la mort. Vers minuit, vous auriez l’idée de sortir une bouteille de champagne de votre frigo. Bien sûr, nous n’aurions aucune envie de dormir.

Peut-être même pourrions nous sortir pour profiter d’une belle nuit d’été. Sur le trottoir, devant chez vous, nous entonnerions à tue-tête « Nuit de Chine ». Vos voisins hurleraient leur mécontentement aux fenêtres, et pour les narguer, nous enchainerions de plus belle avec « Au clair de la lune », tout en nous marrant comme jamais.

Comment ça ? Ça ne vous convient pas ? Vous n’êtes pas très amusant ! Vous n’avez pas de canapé ? Ni de  champagne au frigo ? Comment voulez-vous que je fréquente votre compagnie dans ces conditions ?

Bon… je vous vois en plein désarroi. On va faire autrement : vous m’invitez au restaurant. Au chinois, ce n’est pas trop cher et puis ça nous dépayserait. On mangerait des choses exotiques avec des baguettes. Vous auriez du mal à manger parce que vous êtes d’une grande maladresse. Je vous montrerais comment faire. Ça nous ferait hurler de rire.

Vers minuit alors que les serveurs commenceraient à s’impatienter, nous commanderions une coupe de champagne puis nous la viderions en nous tordant d’hilarité. Puis nous jetterions notre verre par-dessus notre épaule comme les slaves. Les serveurs ébahis ne les rattraperaient pas au vol, ce qui entrainerait un redoublement de notre jubilation. »

« Je vous invite à vous taire. »