Archive pour février, 2022

Le nouvel avare

3 février, 2022

« Bonjour, monsieur Papagon ! Vous portez le même pull que la semaine dernière et que le mois dernier et que l’an dernier. »

« Oui et alors ? Il a appartenu à mon père. Il est très bien entretenu et il me tient chaud. N’est-ce pas ce que l’on demande à un pull ! »

« Bon, mais ces pulls jacquard, on en porte plus depuis les années 1950. C’est comme votre Dauphine, modèle 1957, ça tient encore la route ce truc-là ? »

« Parfaitement, je l’entretiens moi-même. De toute façon, il n’existe plus aucun garagiste compétent pour ce genre de moteur. »

« Quant à votre télé, n’en parlons pas ! Vous savez qu’il existe plusieurs centaines de chaînes aujourd’hui alors que vous vous contentez d’une chaine en noir et blanc ! »

« Figurez-vous que les gens du quartier viennent souvent la voir. La seule chose que je regrette, c’est la disparition de la piste aux étoiles du mercredi soir, c’était très divertissant. »

« Vous êtes toujours amoureux des speakerines ? »

« Elles, au moins, savait apporter un peu de chaleur humaine dans les foyers, ce n’est pas comme vos animateurs rigolos qui rigolent entre eux. »

« Et votre maison qui date du 18e siècle ? Elle est traversée par toutes sortes de courants d’air. Vous la chauffez l’hiver ? »

« Avec des bottes fourrées et deux ou trois pulls, c’est très vivable. Rassurez-vous, ce n’est pas moi qui vais gaspiller de l’énergie. »

« Je vous crois. D’ailleurs, vous ne gaspillez pas grand-chose. Votre banquier doit être content de gérer tous vos avoirs ! »

« Je ne vais sûrement pas confier toutes mes économies à ces gens-là pour qu’il se servent largement au passage ! »

« Tout est sous votre matelas ? »

« Non, mais dites donc, ça ne vous regarde pas ! Je fais ce que je veux de mon argent. »

« Vous n’avez jamais envisagez de vous offrir de petits cadeaux : un voyage par exemple ? »

« Pour aller constater qu’au bout du monde des peuples vivent dans une misère noire et me faire honte de ma fortune ! N’y comptez pas ! »

« Et pour les impôts ? »

« Les quoi ? Le roi Philippe-Auguste a exempté ma famille jusqu’à la fin des temps, en reconnaissance des services rendus par mon ancêtre Arnaud à la bataille de Bouvines. »

« Ce n’est pas vous qui polluez l’atmosphère, si je comprends bien. »

« Je suis d’une vieille tradition écolo. Mes ancêtres vivaient en communion avec la nature. Nous sommes une grande famille d’écolos. Fortunés, mais écolos quand même. »

« Il parait que vous avez fait un don à l’Eglise. »

« J’en ai beaucoup débattu avec l’abbé Cane. Nous avons convenu d’une somme destinée à préparer mon salut. C’est en quelque sorte un don à moi-même. »

L’ouverture du bal !

2 février, 2022

C’est le grand bal des cannibales.

Les soudards sont soûls tard.

Les assassins vont en essaims.

Les canailles sentent l’ail.

Les sacripants crient : pan !

Les voyous entonnent des youyous.

Une crapule pue le vin.

Un scélérat chasse les rats.

Un vaurien ne vaut rien.

Choix d’un métier

1 février, 2022

« Tu sais quoi ? Notre fils Louis veut faire une carrière de croque-mort ! Il dit que nous ne sommes que de passage sur terre et qu’il faut s’habituer à la mort. »

« Il a peut-être raison, mais c’est une raison de plus pour s’amuser tant qu’on peut. Il pourrait DJ, standuper, dessinateur humoristique… »

« Il veut bien d’une alternative : se livrer à une vie de débauche. »

« Ce n’est pas un métier, ça. »

« Peut-être, mais il se verrait bien ne rien faire, se lever à n’importe quelle heure, se noyer dans l’alcool et le sexe…  Je suis très réservée sur ce choix ! »

« Il parait qu’il accepterait à la limite une place de poète maudit. »

« C’est déjà plus intéressant que croque-mort. Il n’est pas contre une carrière de modèle pour les magazines de mode. Il dit qu’il lui suffira de paraître et de se laisser photographier pour encaisser du fric. Beaucoup de fric. »

« Il faudrait peut-être lui faire remarquer qu’il n’est pas assez beau pour faire model. »

« Il a aussi l’envie de faire du cinéma ou de la télé à condition d’avoir un prompteur parce qu’il ne sait pas apprendre par cœur ses textes. Ce serait une charge mentale qui l’empêcherait d’exprimer le potentiel de sa personnalité. »

« Et agent d’assurances, spécialistes du porte-à-porte, ça ne le tenterait pas, par hasard. »

« Non, il pense à quelque chose de plus créatif. En plus, il souhaiterait que nous ne démolissions pas ses rêves de jeune homme à coup de sarcasmes. »

« En somme, il ne voudrait pas faire grand-chose. Ne serait-il pas un peu fainéant ? »

« Il dit qu’il s’insurge quand tu dis qu’il n’est pas courageux. D’ailleurs sa volonté d’être croque-mort, c’est-à-dire de regarder la mort en face prouve bien qu’il est d’un grand courage. » 

« Et si on lui coupait les vivres ? »

« Il n’est pas contre. Seul dans la rue, à tendre la main, il pense qu’il pourrait mieux exprimer le désespoir qui anime le fond de sa personnalité. Par ailleurs, je te signale que les voisins en feraient des gorges chaudes, voire appelleraient la police. »

« C’est vrai que les Dugenou ne manqueraient pas de raconter que je suis un bourreau ou un tortionnaire extrémiste. »

« Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ? »

« Laissons-le faire son stage de croque-mort, mais j’aimerais autant ne pas avoir à déjeuner devant une tête de croque-mort. J’ai mes limites. »

« Il va être content,  c’est là qu’il pourra le mieux exprimer son potentiel créatif. Je me demande bien comment ? »

« Si ça ne marche pas, il pourra se réorienter vers une carrière d’observateur. »

« C’est un métier, ça ? »

« Oui, au Journal Télévisé, il disent tout le temps : d’après les observateurs… »

12