Leçon de courtisanerie

« Je pourrais vous courtiser ? »

« Pourquoi voulez-vous me courtiser, Dugenou ? »

« Quelle question ! Pour obtenir une promotion évidemment ! »

« Euh… Dugenou, je vous signale que lorsqu’on a projeté de fayoter avec son patron, on ne le lui annonce pas. »

« A bon ? On fait comment alors ? »

« On fayote sans le dire. Il faut qu’il s’en aperçoive, mais que ce ne soit pas trop outrancier quand même, sinon ça tourne au ridicule et ça devient contreproductif. »

« D’accord ! Je vous apporte votre café tout de suite ! Combien de sucres ? »

« Dugenou, le coup du café est réservé à ma secrétaire. Vous pourriez être porteur de café-adjoint pour la suppléer pendant ses congés, mais il ne faut pas m’incommoder avec des questions bas de gamme. Vous devez vous débrouiller pour connaitre le nombre de sucres que je prends et ne pas l’oublier. »

« Bon, alors, je vous aide à passer votre manteau et je porte votre serviette. »

« Considérez son patron come un handicapé, ce n’est pas terrible pour votre promotion, Dugenou !! »

« Alors, je fais comment pour me faire bien voir ? »

« Il faut faire ça plus finement. En réunion, hochez vigoureusement la tête pour montrer que vous êtes tout à fait d’accord avec moi. Faites des remarques qui mettent en valeur mes décisions et mes plans d’action. »

« Alors, il faut faire comme Mollard ? »

« Un peu plus adroitement. J’en ai marre de le voir arriver dans mon bureau à huit heures du soir pour me montrer qu’il travaille tard. »

« Avec moi, ça ne risque pas. Je pars à seize heures, seize heure trente au maximum. Josiane n’aime pas que je traîne trop tard dans les rues. »

« Vous pouvez fayoter, mais n’oubliez pas de travailler un peu quand même ! »

« Ah bon, il faut travailler aussi ? Je ne sais pas si je vais avoir le temps. Il faut que je prépare un plan pour honorer votre stratégie commerciale…  Mollard, lui, s’est spécialisé sur l’excellence de votre gestion financière. Il dit partout que vous êtes un as en matière boursière et que nous avons bien de la chance de vous avoir comme manager. »

« Ah bon, il dit ça, Mollard ? »

« Oui, et tout le monde le croit ! »

« Pendant que j’y suis, prenez sa place à la cantine, j’en ai un peu marre de déjeuner devant sa tête de faux-jeton. »

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