Les prévisionnistes

« Il faut tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop trad. Sinon, on va tous dans le mur.  »

« Comment le savez-vous ? Vous avez des dons de divination de l’avenir ? »

« Oui, avec l’expérience du passé, on finit par se douter de ce qui va arriver. »

« Si on avait tout prévu, on n’aurait pas la crise aujourd’hui. Il n’y aurait pas de violence scolaire ou dans les banlieues, il n’y aurait pas de misère… Bref, tout le monde serait heureux. »

« Ne vous inquiétez pas tout ça, c’était prévu aussi. Je n’ai pas dit qu’il faut que tout le monde soit heureux, j’ai dit que tout ce qui arrive était prévu. Nos instances gouvernantes sont là pour ça : gouverner, c’est prévoir ! »

« Si je comprends bien, l’important ce n’est pas qu’on aille dans le mur, c’est de prévoir qu’on va y arriver. »

« Oui, comme ça, je peux tirer la sonnette d’alarme pour me rendre intéressant. Les gens adorent qu’on leur annonce des catastrophes. »

« Mais si on n’arrive pas dans le mur ? »

« Je pourrais dire tranquillement que c’est grâce à moi, puisque j’avais tiré la sonnette d’alarme à temps. »

« Bon autrement dit, le plus important est de faire des prévisions. Qu’elles soient justes ou fausses, ça n’a aucun intérêt. »

« Evidemment, gros nigaud. En mettant les choses au pire, si mes prévisions sont fausses,  je ferai demain d’autres prévisions en tenant compte de mes erreurs passées, comme ça je passerai pour un homme sérieux qui accepte de se tromper et qui en tire des conséquences pour rectifier le tir. »

« Bref, vous vous en tirez tout le temps. Et les brillants prévisionnistes qui avaient prévu qu’en l’an 2000 tout le monde circuleraient en soucoupe volante, vous en pensez quoi ? »

« C’était un scénario tout à fait vraisemblable. C’est un exemple d’une prévision qu’il faut réajuster. Moi, je prévois ça pour l’an 3000. Et puis, si la réalité ne colle pas à mes prévisions, ce sera pour l’an 4000… »

« Mais on ne sera plus là pour vérifier… »

« C’est justement ce qui me permet de prévoir l’avenir. C’est un métier. Je ne prévois pas dans le court terme. Quand je dis qu’on va dans le mur, je ne donne pas de date. Si on heurte le mur, j’aurais raison. Si on ne le heurte pas, je vais continuer à dire qu’on y va quand même, et que ce sera les générations futures qui en feront les frais. Quand on parle de nos enfants, c’est assez facile de culpabiliser les gens. J’ai raison dans tous les cas de figure. »

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