Un nouveau vent de révolte

14 mai, 2017

« Ah, les chiffres ! Vous avez remarqué : nous sommes dans une civilisation où l’on ne peut pas se passer de chiffres ! »

« Est-on plus heureux pour autant ? » 

« Je n’en sais rien, mais nos aïeux ne connaissaient pas forcément leur âge exact à 5 ans près. Pour autant, ça ne les a pas empêchés de vivre ! »

« Tout ça, c’est d’autant plus curieux que les gens ne manipulent pas bien les chiffres. Pour commencer parler des ‘chiffres du chômage’ est une erreur. Les chiffres sont les signes de 0 à 9, qui constituent les nombres. »

« Les journalistes devraient donc dire : et voici les nombres du chômage ! »

« En fait la question qui revient le plus souvent dans nos conversations civilisées c’est : combien ? Combien de chômeurs ? Combien je vous dois ? Combien d’enfants avez-vous ? Combien de fois allez-vous au dentiste ? Combien de femmes avez-vous eues ? Combien d’impôts payez-vous ? »

« C’est vrai ! Bientôt, il faudra résumer sa vie dans un tableau de statistiques. C’est un peu stressant. Je ne me résume pas à quelques nombres ! »

« Et avec la prolifération des sondages, c’est pire. Non seulement, votre personnalité va disparaitre derrière un tableau de statistiques, mais ce que vous pensez va être quantifié grâce à la réponse de vos concitoyens qui ne connaissent rien de vous. »

« Il faudrait se révolter avant qu’il ne soit trop tard ! »

« Oui, par exemple, je propose que le montant de mes impôts ne soit plus quantifié. Rien que de voir leur montant, ça me démolit le moral.  Nous devrions donner au fisc ce que nous aurions envie de donner ! »

« Ce serait plus sympa ! Moi, je voudrais une balance personnelle qui ne donne plus mon poids. Elle donnerait quelques indications comme : pas mal, légèrement enveloppé, franchement exagéré, rouleau compresseur… Ce serait plus marrant. »

« Une république sans chiffre ! Voilà ce qu’il nous faut ! Les citoyens ne pourraient plus se comparer entre eux. Nous éliminerions beaucoup de souffrances. Les plus petits ou les plus mauvais ne sauraient pas qu’ils sont les plus petits ou les plus mauvais. »

« Et puis les plus gros ou les plus forts arrêteraient de la ramener puisqu’ils ne sauraient pas au courant de leur suprématie. »

« On supprimerait les cours de maths à l’école, ça supprimerait une multitude de nullards sur les bancs scolaires. »

« Et puis, on supprimerait le nombre de jours de congés. On partirait en vacances pour une durée d’autant plus indéterminée que personne ne saurait la mesurer ! »

« Et pour les salaires ? »

« Il n’y a plus de salaire, plus de coût. Tout serait gratuit. Le seul chiffre appris à l’école serait le zéro. »

Hou ! Hou !

13 mai, 2017

Le loup

A de la toux

Et des poux.

Il est à bout.

Son cou

Roux

Est doux.

C’est fou !

Poissons de mai

12 mai, 2017

Sans l’ombre d’un doute,

Le mulet

A mené Colin

Au bar.

Julienne,

Très vive,

Lui tend la perche, 

D’un ton ferme :

Sors de ce lieu !

Une bourse d’emplois

11 mai, 2017

« Vous n’avez pas d’emploi ? Pas de problème, j’ai plein de propositions à vous faire ! »

« Par exemple ? »

« Enfonceur de portes ouvertes. C’est très utile dans la communication des entreprises. Il s’agit de rassurer les salariés et les clients en disant un grand nombre de banalités, d’un air très convaincu ! »

« C’est-à-dire que j’ai déjà du mal à me convaincre moi-même de quelque chose, alors… »

« Ce n’est pas grave ! J’ai aussi un très joli poste de constructeur d’usines à gaz. Il s’agit de prendre un problème très simple et de le compliquer au maximum. Par exemple, envoyer le courrier d’une société. Il faut dire qu’il doit être vu et corrigé par un grand nombre de personnes dont certaines voudront s’affirmer en pinaillant sur les virgules et vous obtenez une très belle paralysie des circuits ! »

« Ce n’est pas mal. Mais certaines entreprises vont embaucher des simplificateurs, ce qui compliquera ma tâche ! »

« Dans le même style, je viens de recevoir une offre d’emploi magnifique de coupeur de cheveux en quatre. C’est un poste directement rattaché à la direction. Il s’agit ni plus ni moins d’examiner tous les projets dont la direction ne veut pas, en soulevant un tas d’objections techniques pour les faire foirer. »

« Intéressant, mais risqué. Si le coupeur de cheveux en quatre ne trouve pas de faille, c’est lui qui est coupé. »

« Vous êtes difficile ! Je peux vous proposer aussi un emploi de fossoyeur de dossiers. C’est un peu comme le précédent. Quand la direction ne veut pas d’un projet, vous êtes chargé d’obliger le responsable à passer par toutes sortes de procédures inutiles et très longues, de façon à ce qu’il se décourage et qu’il retire son projet de lui-même ! »

« Il faut un certain culot. Je n’ai pas cette compétence dans mon CV. »

« Bon ! Vous avez de la chance ! J’ai ce qu’il vous faut ! Un très bel emploi d’inventeur de l’eau chaude ! Là, ce n’est pas trop fatigant, il s’agit d’inventer ce qui existe déjà, en prenant l’air très sérieux. Vous ne risquez rien. »

« Tout de même ! Celui qui a inventé le  truc qui existe déjà va m’en vouloir. »

« Ce n’est pas un problème. Vous pouvez lui répondre que vous ne faites que valoriser sa découverte. En plus, si vous avez un collègue ‘enfonceur de portes ouvertes’, il peut vous donner un coup de mains efficace. »

« Bon, à la rigueur. C’est tout ? »

« En dernière extrémité, j’ai aussi un emploi très qualifié, d’inventeur de fil à couper le beurre. Là, il s’agit d’inventer des choses très simples qui n’existent pas encore dans l’entreprise. Par exemple, vous proposez de mettre une sonnette d’entrée à la porte de votre boîte. En plus, vous pouvez prendre l’air étonné que personne n’ait pensé avant vous à une chose aussi simple. »

« Je préfèrerais un emploi qui serve à quelque chose. »

J’en ai marre

10 mai, 2017

Mon canard,

Je suis sorti de mon placard.

Je vais au hasard

Au Qatar

Puis à Dakar,

Dans les bazars

Avec un barbare

Et un radar

Pour éviter des avatars.

Tous des gamins !

9 mai, 2017

« J’en ai marre d’être infantilisé. »

« Comment ça ? »

« On nous raconte n’importe quoi et en plus, on nous explique la vie d’une manière odieusement simpliste. La guerre, c’est mal. La pauvreté, c’est mal. C’est mal, mais ça existe, et on ne nous dit jamais pourquoi ça existe. C’est mal, c’est tout. »

« Vous exagérez ! »

« Pas du tout ! C’est à la télé qu’ils sont les plus forts pour nous traiter comme des gamins. Il faut voir comment on nous annonce les vacances avec la mine gourmande des parents qui récompensent leur progéniture… »

« On ne va pas vous dire que c’est les vacances avec une tête d’enterrement ! »

« Et la météo ? Vous avez vu la météo ! Quand il va faire beau, Miss Météo vous le dit avec une mine sucrée, comme si elle nous offrait une friandise. »

« Euh… C’est agréable non ? »

« Non, pas tellement. Je suis assez grand pour savoir si le fait qu’il fasse soleil demain me fait plaisir ou non. »

« Bon, d’accord ! A tous les âges, la télé fascine. Il est normal que vous vous sentiez un peu déresponsabilisé. »

« Et les journaux ? Vous avez vu les journaux ? A longueur de colonnes on vous expose les secrets de beauté de Machine ou de Truc. Non mais, qu’est-ce qu’on en a à faire de leur crème antirides ou raffermissantes, je vous le demande ? »

« C’est du marketing, il faut bien vendre des produits de para-pharmacie. »

« Et vous avez vu qu’on vous explique aussi comment draguer cet été ? »

« Et alors ? »

« Chaque fois que j’applique leurs méthodes, je me ramasse. Après tout, je drague comme je veux, je n’ai pas besoin d’être chaperonné comme un débutant. »

« Et au bureau, vous vous exprimez en tant qu’adulte ? »

« C’est le même processus. Le chef prend un air condescendant pour nous offrir de temps en temps un petit coup à boire afin de s’assurer de notre bonne humeur à son égard. On a vraiment l’impression de l’instituteur qui accorde une récréation supplémentaire à ses gamins ! »

« Pourtant au moment des élections, vous vous exprimez comme un citoyen responsable et adulte. On ne vous considère plus comme un enfant. »

« Vous plaisantez ! On vous demande votre avis tous les 5 ans. Au soir des élections, les politiciens vous remercient, ils vous mettent à la porte, et ils vous prient de revenir dans 5 ans. Pendant ce temps, c’est eux, les gens sérieux qui vont s’occuper de vos affaires ! »

Vive le V !

8 mai, 2017

Un convive

Vivace

Parle vivement

Et avec verve

De Vivaldi

A son vis-à-vis,

Une veuve

Qu’il vouvoie.

Le moyen

7 mai, 2017

« Je suis moyen. »

« Comment ça, moyen ? »

« Dès l’école, j’étais moyen. Je me tirais de mes examens avec une petite moyenne, sans plus. »

« Et plus tard ? »

« Plus tard, ça ne s’est pas arrangé. J’ai rencontré des gens nettement plus brillants que moi. Heureusement, j’ai connu aussi des nullards. »

« Mais vous pourriez progresser ! »

« Non. Je suis moyen, ça correspond à mon niveau intrinsèque en toute chose. Remarquez que je n’en souffre pas. Statistiquement, nous, les moyens nous sommes les plus nombreux. Il n’y a donc pas de quoi avoir honte. »

« Oui, mais enfin, vous vous distinguez bien par quelque chose ! »

« Non, mon nom est Martin, c’est le plus couru en France. Ma taille et mon poids sont dans la moyenne. Ma physionomie est banale. D’ailleurs, quand je sors dans la rue, j’ai souvent l’impression de me croiser. »

« D’accord, mais votre famille – per exemple – elle vous distingue ! »

« Mal ! Ma femme n’a pas encore compris que j’étais un moyen.  J’évite de le lui dire, elle pourrait mal le prendre. »

« Et vos gamins ? »

« Je pense que je leur ai transmis ma qualité de moyen. Quand ils ont fini de téléphoner aux copains, il disent « c’est clair », « c’est un truc de ouf »… Cette sorte d’interjections… Tous les gamins font ça ! »

« Et vos convictions politiques, elles sont comment ? »

« Très centristes évidemment. Il ne faut pas compter sur moi pour aller dans les extrêmes. »

« Tout cela est très banal, pas très intéressant, quoi ! »

« Vous êtes extraordinaire. Pour vous intéresser, il faut absolument présenter une anomalie. Mais il y a de la dignité à être moyen. Moi, au moins, je ne prends pas pour un être supérieur. D’ailleurs, j’aurais du mal puisque je suis moyen. »

« Si personne ne s’intéresse à vous, vous devez avoir des problèmes existentiels ? »

« Pas plus que la moyenne ! »

« Ah ! Si j’ai trouvé quelque chose qui vous distingue. Vous êtes le premier moyen à reconnaître que vous êtes moyen, de manière tout à fait décontractée en plus ! »

« Ah ? Oui, c’est vrai sur ce plan là, je ne suis pas moyen. »

Basse-cour

6 mai, 2017

Le peintre flâne

Avec  son chevalet,

Mais le ciel moutonne,

Il a des ampoules.

Il faut qu’il cravache

Pour rentrer au port

Dans son caveau,

Avec sa Chevrolet.

Tôt ou tard

5 mai, 2017

Ce n’est pas trop tôt !

Toto,

Le cuistot

D’Yvetot

Enfile son costard

Et son paletot

Puis rentre en auto.

C’est un fêtard,

Ancien routard,

Toujours en pétard,

Un peu vantard,

Souvent  en retard.

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