Bon anniversaire !

10 juin, 2018

« Vous avez vu ? Je viens d’attraper 50 ans. »

« Ah bon ? Comment aurais-je pu m’en douter ? »

« C’est écrit sur Facebook. Et dans ces conditions, il est d’usage de m’envoyer un message. »

« Vous savez tout de même que les gens ont des messages préprogrammés et qu’ils envoient le même à tout le monde. »

« Oui, je sais, je fais la même chose. Mais c’est une manière de ne pas se sentir seul. Quand je vous dis : bonne journée, vous vous doutez bien que je me fiche de la journée que vous allez passer. Sur Facebook, c’est pareil, vous devez me souhaiter bon anniversaire, même si vous n’en avez rien à faire. »

« Je comprends. La civilisation nous conduit à faire des choses sans raisons valables. Et le progrès technique reproduit cette démonstration d’hypocrisie sociale. »

« Remarquez bien que rien ne vous empêche de vous intéresser sérieusement à l’âge que j’ai. Fais-je un bon cinquantenaire ? Ai-je conservé ma vigueur de jeune homme ? Ou bien ai-je acquis un peu de cette sagesse propre à l’âge avancé ? »

« Je vois… je vois… Voilà beaucoup de questions intéressantes, mais figurez-vous qu’aujourd’hui, j’ai plein de rendez-vous ! »

« Je vois ce que c’est. Monsieur n’a pas le temps de s’intéresser à moi. Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas le seul. Parmi tous les messages que j’ai reçus ce matin, aucun ne s’est inquiété de savoir si j’abordais le prochain demi-siècle avec sérénité et maturité. Un tel souci ne figure pas dans les messages préprogrammés. »

« Comme quoi l’informatisation permet de se délivrer beaucoup d’obligations, mais escamote un peu la nécessité d’approfondir les relations humaines. »

« Oui, je crains qu’un jour, le langage soit réduit à quelques mots programmables, c’est-à-dire qui n’impliquent pas un échange de sentiments. »

« Bon, j’ai une idée au lieu de vous envoyer un message : bon anniversaire tout sec, je vais vous envoyer ce même message avec une icône qui représentera un thermomètre, comme ça vous ressentirez la chaleur de mon intention. Est-ce que ça vous va ? »

« C’est mieux que rien, à condition d’être vigilant, il ne faudrait pas que votre thermomètre indique une température négative, ce qui me froisserait. »

« C’est vrai qu’il faut faire attention aux émoticônes. L’autre jour j’ai expédié quelques mots au patron, mais je me suis trompé d’émoticône. Il a crû que j’étais écœuré par ses nouvelles directives. »

« Résumons-nous, monsieur le directeur-adjoint, puis-je considérer qu’en dépit de votre lourde charge de travail, vous me souhaitez un bon anniversaire avec chaleur ? »

« Tout à fait Dugenou ! Vous voyez : je sais combiner l’intérêt des technologies avec ma gestion des rapports humains. Nous gagnons ainsi beaucoup de temps ! »

Chercheur d’or

9 juin, 2018

Or,

Horreur !

Horace,

Ce hors-la-loi,

Cette ordure,

Joue de l’orgue

Sous l’orme

Et dans les orties.

L’orage

Pointe à l’horizon.

En voiture…

8 juin, 2018

Dans ma voiture,

Je prenais des bitures.

C’était dans ma culture

Et même dans ma nature.

Ce n’était pas très mature.

C’était une dictature

Comme une torture.

Je me suis mis à la confiture

Et à la lecture.

C’est mieux, ces nourritures.

Et ma place ?

7 juin, 2018

« Ça y est, c’est bon ! Je suis admis dans la société ! Au bureau, j’ai ma place de parking. Dans l’open space, j’ai mon fauteuil, juste à coté de la mère Dupont. « 

« Et vous êtes content comme ça ? »

« Oui, ça veut dire qu’on respecte ma présence. A la maison, j’ai mon fauteuil, personne ne s’aviserait de s’y asseoir en ma présence. »

« Si je comprends bien, il vous faut un territoire pour vous sentir heureux ! »

« Tout à fait. Au bistrot, j’ai été obligé de soudoyer les serveurs pour qu’ils me réservent la même place. Si je déjeune sur une autre table, je digère mal. Ils ont vite compris qu’il vaut mieux ne pas me contrarier. »

« C’est tout ? »

« Non, mon territoire s’étend à la notion de trajet. J’ai un trajet à moi que j’emprunte tous les matins. Personne ne devrait s’y opposer. Mais parfois, une bande d’intrus s’autorisent à faire des travaux dans ma rue et m’obligent à changer de trottoir ! »

« Et quand vous n’avez pas d’emplacement réservé ? »

« Ce n’est pas normal, je suis malheureux. Chez le médecin ou chez le dentiste, je devrais avoir mon créneau. Eh bien figurez-vous que je suis obligé de le réserver à l’avance ! »

« C’est intolérable, en effet. »

« Mes emplacements sont une prolongation de ma personne. Il y a une sorte de consubstantialité entre moi et mon fauteuil. »

« Vous ne le prêtez jamais ? »

« Non, ce serait un honneur démesuré. Je n’ai encore rencontré personne qui en soit digne. Peut-être le Président de la République et encore. »

« Et quand quelqu’un s’approche de vos territoires ? »

« Je montre les crocs, tel le chien de garde devant le manant qui menace d’envahir son espace vital. Et lorsqu’un intrus me pique ma place, j’aime autant vous dire que ça se passe mal. Je lui casse la figure si je peux, sinon je l’agonis de remarques blessantes. »

« Vous avez donc un emplacement physique qui vous est réservé dans la vie. Et sur le plan intellectuel ? »

« C’est pareil ! Ma pensée me situe forcément quelque part. La preuve, c’est que je pense toujours la même chose. Je suis écologiste, libertaire, fan de Claude François et du gratin dauphinois. J’aime mieux vous dire qu’il n’est pas encore né, celui qui me fera bouger de cette position. »

« Vous savez que la notion de territoire individuel tend à disparaitre. Aujourd’hui, on parle de colocation, de covoiturage, de partage… »

« Vous plaisantez ? Qu’est-ce que vous faites de mon identité profonde ? »

Variations de température

6 juin, 2018

Il m’a pris mon gel pour les cheveux.

Il en fait des gorges chaudes.

Nous sommes en froid.

Si j’étais un type bouillant.

Je le mettrais sur des charbons ardents

Pour qu’il ait des sueurs froides.

Mais, ça ne me fait ni chaud, ni froid.

 Il en sera pour ses frais.

Peu me chaud.

Chicane

5 juin, 2018

« Monsieur, je vais vous poursuivre en justice ! »

« Ah bon ? Qu’est-ce que je vous ai fait ? »

« Vous m’avez toisé du regard. »

« Ben… non, je vous ai juste regardé. Enfin… si je vous ai mal regardé, je suis désolé. On ne va tout de même pas se battre en duel. »

« Non, mais c’est dommage. Je vous défierais volontiers sur le champ, mais les duels sont interdits maintenant. Je n’ai pas envie d’avoir des histoires avec la police. »

« Donc, nous allons devant les tribunaux ? »

« Oui, j’ai une armée d’avocats qui vous ramèneront à la raison. Il suffit de bien les payer. C’est tout de même plus confortable qu’un duel à l’épée. »

« Tout à fait. C’est un des progrès de la civilisation. On n’est pas obligé de tuer l’autre pour avoir raison. Mais au fait, un regard de travers est-il un délit ? »

« Je n’en sais rien, mais si je veux me faire respecter, je suis bien obligé d’inventer quelque chose. »

« Vos avocats vont se trouver devant un problème : le délit de mauvais regard n’existe pas ! »

« Ah bon ? Comment puis-je vous attaquer, alors ? »

« Vous n’êtes peut-être pas obligé de m’attaquer ? »

« Si ! Je dois montrer ma puissance ! Puisque c’est comme ça, je suis navré, mais il va falloir que vous me calomniez ! »

« Je vais essayer, mais c’est difficile : vous avez une vie exemplaire. Il parait même que vous déclarez toute votre fortune aux impôts et que vous faites des dons aux nécessiteux. »

« Désolé ! Mais vous pourriez dire que je maltraite mes enfants. J’ai obligé Marie-Rose à sortir première de Polytechnique. »

« C’est dur ! Mais ce n’est pas vraiment calomnieux de répandre cette nouvelle. Pour qu’il y ait calomnie, il faudrait que je répande une information déshonorante sur votre compte. »

« Bon, alors, flanquez moi une rouste. Coups et blessures, tout de même, ça compte devant les tribunaux ! »

« C’est-à-dire que vous êtes deux fois plus costaud que moi, ça fait un peu coup monté. »

« Escroquez-moi ! Voilà un prêt deux mille euros, j’exige le remboursement immédiat. »

« Tenez-les voilà vos deux mille euros ! »

« Vous n’y mettez pas beaucoup du vôtre ! »

« Bon, allez, je vais faire un effort. Je vais vous faire la réputation d’un infâme chicaneur. Vous cherchez n’importe quelle raison pour me traîner en justice. »

Ca va mal !

4 juin, 2018

A fond de cale,

Je râle,

Je suis sale,

Je suis pâle,

J’ai la dalle.

J’ai la gale.

Ce n’est pas de la balle.

Je vais faire mes malles.

Il est temps pour un conte de l’étang

3 juin, 2018

Dans l’étang, on parle.

Charles, le gardon fait un tour avec Ginette, l’ablette. Elle connait un coin où on peut se nourrir à l’aise, un bon restaurant en quelque sorte. Mais elle a bien précisé qu’elle sort avec Charles en tout bien, tout honneur puisqu’elle est promise à Pierrot.

Pierrot est un petit goujon qui se prélasse dans les bas-fonds en attendant que Ginette, l’ablette revienne des courses pour passer à table. Il ne se méfie pas de Charles, ce gros balourd de gardon qui fait le fiérot en tournoyant autour de Ginette, l’ablette.

Voici la mère Chimène, la vieille perche, qui est un peu bigleuse et qui ne reconnait pas Pierrot. Chimène du haut de ses dix ans, n’est plus assez agile pour trouver de la nourriture. Elle vit de la charité publique.

Ce qui n’est pas le cas de Valentine, l’anguille qui se faufile partout, surtout là où on ne l’attend pas. Elle rapporte à Pierrot, le petit goujon, qu’elle vient de croiser Ginette, l’ablette en charmante compagnie de Charles, le gardon.

Pierrot, le petit goujon sourit jaune. Charles le gardon est nettement plus gros que lui. C’est un monstre de 40 centimètres, ce qui est rare dans sa confrérie. Il a acquis une sorte de leadership parmi tous les gardons de l’étang. Il est bien possible que Ginette, l’ablette, succombe à cet « homme » de pouvoir.

Louis, le vieux pêcheur s’installe sur les bords de l’étang.

Blanche, la tanche sonne l’alerte. Il ne faut pas s’approcher de l’extrémité sud de l’étang. Louis, qui repart bredouille tous les matins, pourrait bénéficier d’une exception à son incompétence si un malheureux s’approchait de sa ligne.

Pierrot, le goujon, s’inquiète. Charles pourrait entraîner Ginette, l’ablette vers des endroits dangereux. Il est temps de secouer les nageoires pour partir à leur recherche.

Il rencontre en chemin Albertine, la truite, qui lui dit de ne pas s’inquiéter. Louis est incapable de pêcher quoi que ce soit. Il n’est jamais à jeun lorsqu’il s’installe au bord de l’étang.

Pendant ce temps, Charles, le gros goujon fait le beau auprès de Ginette, l’ablette. Heureusement, les ablettes vivant en bancs, Ginette est suivie de loin par ses copines de bancs, Paulette et Henriette qui connaissent bien les manœuvres du gros Charles pour les avoir déjà subies.

Pierrot, le petit goujon, arrive sur les lieux, les yeux bouffis de sommeil. Paulette et Henriette s’empressent de le renseigner. Charles fraye avec Ginette. Ils vont en direction de Louis le pêcheur. Vite, il faut intervenir.

Pendant ce temps, Charles ne se sent plus. Il pense déjà à son avenir avec Ginette. Ce pauvre petit goujon de Pierrot ne fait pas le poids. Tiens ! Le voilà, ce minuscule, qui tourne autour d’un vermisseau. Charles pense que cette nourriture, il pourrait l’offrir en cadeau de fiançailles à Ginette. Ce serait du dernier chic.

Il balaie Pierrot, le petit goujon d’un coup de nageoire et se jette sur le vermisseau.

Vers midi, Louis plia les gaules et revint de l’étang jusqu’au village en arborant sa première prise depuis bien longtemps : un magnifique gardon.

Hi ! Hi ! Hi !

2 juin, 2018

Cet hiver

Ce hippie,

Un histrion

Hilare

Et hideux

Ecoute un hit

Sur sa hifi,

Avec son hibou

Et sa hyène

L’histoire de l’oie

1 juin, 2018

Aïe !

Est

L’oie

Aux

Œufs

D’Or ?

L’été

Elle

Est

Sur l’eau.

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