Eventuellement…

5 mars, 2019

« J’irai éventuellement chez le boucher. »

« Pourquoi dites-vous : éventuellement ? Vous y allez ou vous n’y allez pas. Il faudrait savoir ! »

« Comment voulez-vous que je vous le dise ? ‘Eventuel’, ça qualifie un évènement qui peut se produire ou pas. »

« Autrement dit, on n’en sait rien. On se demande pourquoi ce mot existe, si c’est pour signifier qu’on ne sait pas. C’est encore un mot qui sert à ceux qui parlent pour ne rien dire ! »

« Pas du tout ! Je vous signale simplement que l’idée de passer chez monsieur Boulingrin, mon boucher, me trotte dans l’esprit. »

« Si on va par-là, je peux dire que je vais éventuellement gagner au Loto, puisque c’est un évènement qui me passe souvent dans la tête. »

« Non, vous ne pouvez pas parce que la probabilité que vous gagniez est infime. ‘Éventuellement’ est réservé à des évènement à forte probabilité. »

« Alors, vous pourriez dire que vous allez ‘probablement’ voir le père Boulingrin. »

« C’est un peu trop précis. Quand on dit ‘probablement’, c’est que la probabilité est élevée. C’est très engageant. Si je n’y vais pas, ma femme va encore me faire un tas d’histoires. »

« Et si vous dites ‘éventuellement’, elle ne s’énerve pas ? »

« ‘Eventuellement’, ça me laisse une marge de manœuvre. Si j’ai la flemme de passer chez le boucher, je pourrais dire que je n’ai pas eu le temps ou que j’ai oublié… Enfin le baratin habituel, quoi… »

« C’est fou ce qu’il y a comme nuances dans un adverbe ! »

« Heureusement ! Parce que je ne me vois pas dire à Josiane que je fais des choses si j’en ai envie et que pour les corvées ménagères, elle se débrouille. »

« Elle pourrait vous répondre qu’elle pourrait ‘éventuellement’ changer de mari, ce ne serait pas encore très grave puisque c’est un évènement qui pourrait se produire ou pas ! »

« Vous avez raison, mais le glissement de ‘éventuellement’ à ‘probablement’ est très rapide. Il faut faire attention. Finalement, je vais sûrement passez chez le boucher ! »

Un marin fait escale en Bretagne

4 mars, 2019

Pascal

Fait une escale

Amicale

Et dominicale

A Cancale.

Dans sa contrée tropicale,

Il n’a pas de niche fiscale

Ni d’association syndicale.

Les métiers d’avant

3 mars, 2019

« Les hommes, il faut d’abord les éduquer et puis après les former. »

« Ce n’est pas la même chose ? »

« Pas du tout. L’éducation, c’est leur donner les bons codes pour s’intégrer à la collectivité : lire, écrire, compter… Quand ils sont éduqués, on considère qu’ils doivent contribuer à l’effort national pour produire de la richesse. »

« Autrement dit être formé pour exercer un métier. »

« Oui, depuis des siècles, c’est ainsi. Autrefois, on ne se préoccupait pas de la croissance. Le seul but c’était de vivre le plus longtemps possible et donc de se protéger des brigands et des envahisseurs. Il fallait donc des gens pour se défendre de la violence : c’étaient les nobles. Et les jeunes nobles étaient formés au seul débouché possible : la guerre. »

« Et si je ne veux pas me former ou me former à un métier qui ne sert à rien ? »

« Alors, vous n’êtes pas invité au partage de la richesse que vous n’avez pas contribué à construire. Comme on est sympa, on vous donnera des miettes pour que vous surviviez dans la misère si possible, de façon qu’on puisse montrer aux jeunes ce qui leur arrivera s’ils ne travaillent pas bien à l’école.»

« Je comprends, je comprends. Mais avouez que c’est un peu déprimant d’envisager les choses comme ça. »

« Non, ce n’est pas déprimant. Les anciens ressentaient de la fierté à avoir un savoir-faire entre les mains : les forgerons, les boulangers, les cheminots… »

« Oui, mais aujourd’hui, le seul savoir-faire qui se propage, c’est de savoir taper sur un clavier… »

« Je vois ce que c’est : monsieur est pour le retour des métiers anciens ! »

« Regardez les pyramides de Gizeh, je ne suis pas sûr que ceux qui les ont construites de manière aussi précise aient suivi un stage de formation en architecture moderne… »

« Ce n’est pas en construisant des pyramides que nous allons booster notre taux de croissance et réduire le chômage. »

« Non, mais nous pourrions remettre des pompistes dans les garages, ça m’éviterait de cochonner mon pantalon toutes les fois que je me sers à la pompe. »

« Vous n’avez qu’à vous former au métier de pompiste et puis au métier de guichetier à la poste et puis au métier de monteur de meubles… Vous ne croyez tout de même pas qu’on va tout faire à votre place. La formation, je vous dis ! »

Un petit jus ?

2 mars, 2019

La juste

Juge,

En jupe

De jute,

Juge

Avec justesse

Jude

Et Jules

Qui jurent.

Han ! Han !

1 mars, 2019

Dans le vent

Du Mans,

Jean,

Sur son banc,

A une dent

Contre tant

De gens

Qui vont en rangs.

Services publics

28 février, 2019

« Eh voilà, c’est terminé ! Dans le temps, on pouvait vouer le personnage aux gémonies ! Le percepteur des impôts était honni, vilipendé, moqué ! C’était chouette, on pouvait se défouler. »

« Maintenant, c’est fini. Avec le prélèvement à la source, on ne va même plus s’apercevoir qu’on paie des impôts. Contre qui allons-nous exercer notre rancœur ? »

« C’est vrai, le gouvernement ne prend pas assez en compte notre besoin de détester l’autorité. »

« Il y a bien les patrons… »

« Encore faut-il en avoir un ! Et puis ce sont eux qui nous paient. »

« C’est vrai ! Je pourrais détester le facteur… mais maintenant, je n’ai plus beaucoup de courrier…  Je ne le vois plus que pour le calendrier ! »

« Au train où vont les choses, on va être obligés de se détester entre nous. Ça vous dérangerait si je dis du mal sur vous ? »

« Je vous en prie, faite comme bon vous semble. D’ailleurs, j’aimerais volontiers vous rendre la pareille. »

« Il faudrait que vous me fassiez une crasse. Bon… attendez, je vais vous prêter 1000 euros et vous ne me les rendrez pas. Qu’est-ce que vous en pensez ? »

« Rien parce que je vous ai prêté 1000 euros, il y a un mois dont j’attends toujours le remboursement. »

« Vous ne m’arrangez pas. »

« J’ai une proposition : on ne peut plus détester le facteur, on va donc se moderniser : détestons notre fournisseur d’accès Internet. »

« Très bonne idée, il y a de quoi dire. Dès que vous avez le moindre problème, il n’y a plus moyen de joindre quelqu’un de compétent. Je ne vous dis pas les coûts téléphoniques ! »

« Et le gouvernement qui s’en fout, évidemment ! »

« Ah, ça va mieux ! On peut enfin dire du mal de quelqu’un ! »

« Oui, mais quand même, le percepteur, c’était une figure locale. On avait un service de détestation à portée de mains, encore un service public qui disparait ! Plus de curé, plus de bistrotier, plus de percepteur… »

Un poète

27 février, 2019

Sur l’herbe

Le Serbe

Acerbe

Et imberbe

Récite Malherbe,

Ses proverbes

Et ses verbes

Superbes.

Les coiffeurs

26 février, 2019

« Pourquoi passe-t-on autant de temps sur sa coiffure ? »

« Parce que c’est la partie de la tête la plus importante sur laquelle vous pouvez intervenir pour essayer de rattraper les malfaçons du visage. D’ailleurs la plupart des coiffeurs sont coiffeur-visagistes, ce qui veut bien dire qu’ils essaient de compenser les dégâts de la nature pour les moches. »

« C’est vrai que pour vous, c’est important. Vous devez en passer du temps chez le coiffeur ! »

« Coiffeur ! En voilà une belle profession ! C’est un métier qui n’est pas près de disparaître. Les hommes et les femmes auront des cheveux pour longtemps. En l’an 3000, nous serons tous chômeurs ou rentiers et eux, ils seront toujours là ! Et tous les matins, nous nous trouverons encore une tête à faire peur. »

« Les coiffeurs ont un rôle social très important. Les bistrots disparaissent, les épiciers aussi, les vocations de prêtres sont moins nombreuses… Bref, le coiffeur ou la coiffeuse est la dernière personne avec laquelle je peux papoter ou dire n’importe quoi. Il est toujours d’accord avec ce que je dis, ce n’est pas comme à la maison ! Le coiffeur, c’est une vraie thérapie. »

« Le coiffeur a aussi un rôle d’informateur. C’est là que j’ai appris que Meghan Markle allait enfanter. Même la télé n’en a pas parlé ! »

« Et puis les revues disponibles donnent des idées, moi j’envisage la coupe de Kate Middleton, ça va bien avec l’éclat de son visage et du mien. Ou alors, je me coiffe comme Claire Chazal, ça me donnera l’air cultivée. »

« En plus, grâce aux coiffeurs, l’industrie des produits de beauté est florissante. Elle a inventé le shampooing, l’après-shampoing, l’avant shampooing… le truc qui fait les cheveux lisses, celui qui les fait bouclés, le machin qui donne du volume ou qui fait plat… »

« Il manque encore le bidule qui fait repousser les cheveux. Celui qui trouve la formule, sa fortune est faite ! »

« Oui. Mais certains vanteront alors le charme de la calvitie, surtout pour les hommes. Parce que pour nous, hein…. Le même qui a inventé les cheveux qui repoussent pourra doubler sa fortune en inventant le produit qui empêche les cheveux de pousser. »

« Le plus terrible, ce serait que quelqu’un invente le robot-coiffeur ! »

« Ce serait bien un coup des japonais, ça ! »

Ce n’est pas con

25 février, 2019

A son balcon,

Sous les flocons,

Le gascon

Au visage rubicond

Boit au flacon

Observe le vol du faucon

Sorti de son cocon

Fécond.

 

Un évadé

24 février, 2019

« Vous avez vu ? Je suis relaxé ! »

« Vous étiez en prison ? »

« Non, je me suis échappé des petits soucis quotidiens. Par exemple, si le ménage n’est pas fait chez moi, je m’en fous complètement. Ou alors, si je n’ai pas payé une facture, ça m’est complètement égal. »

« Voilà qui doit valoir des ennuis ! »

« Non, certainement pas. Je n’ai pas échangé des soucis contre des ennuis. Il ne manquerait plus que ça. »

« Et faire des courses au supermarché, vous n’y pensez pas ? Moi, quand le paquet de café est vide le matin, ça m’énerve. »

« Et voilà, c’est comme ça que commence les problèmes d’estomac. Vous n’avez qu’à descendre au bistrot pour prendre votre déjeuner. En plus, c’est dans une ambiance populaire. C’est plus sympa que boire votre jus en compagnie de votre frigo. »

« Et quand votre femme n’a pas repassé votre chemise blanche sous le fallacieux prétexte que vous pourriez vous occuper de vos affaires ? »

« Je m’en fous aussi. Si vous croyez que votre patron va perdre son précieux temps à regarder votre chemise. »

« Mais justement… N’est-il pas interdit d’avoir l’air trop décontracté dans votre boite ? »

« Euh… non, pourquoi ? »

« Parce que dans la mienne, prendre l’air surbooké et complètement halluciné par la peur de ne pas tenir ses objectifs, c’est obligatoire. »

« Moi, j’ai proposé une salle de relaxation pour soulager les gens comme vous. »

« Et vous pouvez vous reposer 10 minutes de temps à autre ? »

« Oui… enfin, non… hier, j’ai été tiré de ma sieste vers seize heures par le bruit de la photocopieuse, juste à côté. Le patron s’est excusé. »

« Il est de bonne composition. »

« Oui, il me montre en exemple. Je suis celui qui refuse de se tuer au travail. Si tout le monde était comme moi, il y aurait moins d’absentéisme. »

1...34567...370