Tous coupables

11 janvier, 2018

« Vous là, le citoyen Monsieur Lambda… vous ne vous sentez pas un peu coupable ? »

« Coupable de quoi, grands dieux ? »

« Du chômage, par exemple. Vous êtes tous pareils, vous voulez tous un boulot intéressant, bien payé et pas fatigant. Vous êtes incapable de vous satisfaire du petit travail qu’on vous donne, alors que tant d’autres l’accepteraient si volontiers. »

« C’est un peu du chantage, ça ! Ce n’est pas moi qui devrait me sentir coupable. »

« Remarquez, vous avez de qui tenir. Il y a trente ans, votre chenapan de père Aristide Lambda était coupable de l’inflation. Il ne savait pas se contenter d’une petite hausse de salaire sous le fallacieux prétexte que les prix augmentaient de plus de10% par an. »

« C’est vrai que papa était un fieffé polisson. De quoi sommes-nous encore accusé dans la famille ? »

« Quand il y a des élections, vous ne daignez même pas vous déplacer. Savez-vous que vous mettez la démocratie en danger ? »

« C’est vrai, je suis désolé d’avoir dit qu’on vote à droite ou à gauche, c’est toujours pareil ! »

« Bon, passons à l’éducation de vos enfants. C’est simple : tout est de votre faute ! »

« Bon, pourtant Jeremy et Léa sont charmants. »

« Non, on sent déjà que leur niveau scolaire baisse. Ils sont loin derrière les chinois et les sud-coréens. Vous ne les faites pas assez travailler. C’est de votre faute. »

« Ah bon ? C’est tout ? »

« Et la pollution ? Vous ne vous sentez pas un peu responsable ? Même pour aller chercher le pain, vous prenez votre bagnole ! »

« C’est-à-dire que la boulangerie est à 3 kilomètres. »

« Passons à la dette de l’Etat ! »

« Je suis coupable aussi ? »

« Bien évidemment, ne faites pas l’innocent. Dès qu’on vous met une petite hausse d’impôt ou qu’on vous diminue les prestations sociales, vous faites un foin pas possible ! »

« C’est-à-dire que je défends mes intérêts, ça se fait. »

« Et voilà, vos intérêts, vous n’avez que ce mot à la bouche. Si tout le monde fait comme vous, où allons-nous ? Vous êtes coupable d’égoïsme et de cupidité. Par exemple, vous prenez vos congés, bientôt ? »

« Euh… oui, je prends mes congés légaux. »

« Et voilà, j’en étais sûr. Aucun sens des responsabilités. Aucune retenue !  Vous exercez vos droits sans aucune considération pour l’intérêt national. »

Miaou !

10 janvier, 2018

Le chat

Chafouin

En chaleur

Chasse

Dans la chapelle

Du château,

Puis dans mon chalet

De Chamonix

Quel chameau !

Les journées

9 janvier, 2018

« Vous avez vu, monsieur le directeur, nous sommes le 25 mars ! »

« Et alors ? C’est interdit ? »

« Non, mais c’est la journée internationale de la procrastination. Le rapport que je vous avais promis pour aujourd’hui, je le vois mieux pour la semaine prochaine. »

« Ah bon ? Vous êtes sûr ? Parce que la semaine prochaine, c’est la journée internationale de la bataille d’oreillers. Vous allez pouvoir vous réveiller ? »

« C’est vrai qu’il va falloir penser à honorer cette journée. Nous pourrions organiser un championnat au bureau, ça améliorerait nos relations de travail. »

« Non, je ne vois pas vraiment les choses comme ça. »

« J’y suis ! Vous nous réservez une surprise pour la journée mondiale des adjoints administratifs. Un petit voyage en Floride pour étudier les méthodes de nos homologues américains qui sont sûrement plus performantes que les nôtres. »

« Non plus. Pas de surprise au programme. »

« Bon, alors qu’est-ce qu’on fête dans cette entreprise ? La journée mondiale de la baleine, peut-être ? Elles vont être contentes. »

« Dugenou, vous ne croyez pas qu’avec la fête du travail, la fête nationale, noël, le jour de l’an, le lundi de pentecôte, et j’en passe… nous n’avons pas assez de journées à ne rien faire ? »

« Monsieur le directeur, nous avons besoin de plus de journées exceptionnelles. La preuve, nous avons importé Halloween, et le vendredi noir de nos amis anglo-saxons ! »

« Le vendredi noir, celui qui dure une semaine ? La semaine où toutes les secrétaires sont malades ? »

« Absolument, monsieur le directeur ! Réjouissez-vous, c’est moins que les quatre semaines qu’a duré l’Euro de foot. »

« Rassurez-moi, Dugenou ! Vous ne comptez tout de même pas organiser une festivité pour honorer la journée mondiale du Donut ? »

« Non, nous sommes corrects, monsieur ! Peut-être y aura-t-il un petit déjeuner spécial organisé par le service informatique, mais ce sera tout ! Nous nous réservons pour la journée internationale de la lenteur. »

« Ah bon ? Vous pouvez encore ralentir votre rythme de travail ? »

« Tout à fait ! C’est important d’aller moins vite pour prendre le temps de réfléchir. Qu’est-ce qu’on fait ? Qui est-on ? Vous ne trouvez pas ? »

« Si, bien sûr. Vous n’auriez pas une journée internationale de l’acharnement au boulot, par hasard ? Ça m’arrangerait ! »

« Non, mais je crois que vous avez oublié le 1er mars, vous devriez faire plus attention au calendrier. »

« Qu’est-ce qu’il y avait le 1er mars ? »

« C’était la journée mondiale du compliment ! »

C’est le pied !

8 janvier, 2018

Dans mon pied-à-terre

De plain-pied,

Je n’ai aucun casse-pied

Pour me faire des croche-pieds.

Je suis à pied d’œuvre.

Je me lève du bon pied.

Je reste nu-pied.

Et travaille d’arrache-pied.

 

Ego…

7 janvier, 2018

« Je suis très égoïste. »

« Vous êtes content de vous ? C’est très mal d’être égoïste. »

« Pas du tout, ça veut dire que je m’aime à la folie. Je suis fou de moi-même. Si j’étais les autres je me draguerais et je finirais par m’épouser. »

« C’est peut-être un peu excessif, ne trouvez-vous pas ? »

« Pas du tout. Comme je suis nettement plus intéressant que les autres, il est assez logique que je tombe amoureux de moi-même. » 

« Mais en vous intéressant aux autres, vous pourriez enrichir encore un peu plus votre personnalité. »

« Je ne vois pas bien ce qu’ils peuvent m’apporter. Par contre, je peux vous parler de mon dernier voyage en Ouzbekistan, de ma nouvelle voiture, de mes recherches sur l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau, de mes trophées sportifs… »

« En plus de l’égoïsme, vous êtes donc égotiste. Vous n’arrêtez pas de parler de vous. Savez-vous que ça peut être un peu fatigant ? Je ne suis aller qu’à Palavas-les-Flots en vacances, mais je peux aussi en parler. »

« Ah bon ? Moi, sac au dos, seul au milieu des steppes de l’Asie Centrales, comment vous faites pour ne pas trouver ça intéressant ? »

« C’est vrai qu’on s’en fout un petit peu. »

« Vous n’êtes pas normal. Les autres se précipitent sur ma page Facebook pour me suivre partout. On s’inquiète de ma vie, de mon opinion. Je suis une sorte de leader pour tous ceux qui me connaissent. D’ailleurs les autres auraient intérêt à faire ma connaissance. »

« Egoïste, égotique et égocentrique… Vous avez la totale. »

« Non, je suis aussi narcissique. Je n’aime pas les autres, mais je veux que les autres m’aiment. D’ailleurs, il y a de quoi. Sinon, je déprime et c’est de leur faute. Vous ne voudriez pas me rendre malade, tout de même ? »

« Euh, non, ça m’ennuierait. »

« Alors décrivez toutes mes qualités au lieu de m’ennuyer avec des défauts que je n’ai pas. Vous voyez je m’inquiète de l’appréciation que vous portez sur moi. J’ai donc un certain intérêt pour vous. »

« A condition que je parle de vous. »

« Ce n’est pas de ma faute si je suis le seul sujet digne d’attention. J’ai beau essayer d’être modeste, les conversations finissent toujours par tourner autour de moi. »

« Et si je vous parlais de moi ? »

« Bon d’accord, allez-y ! On va rire ! Racontez-moi vos vacances minables à Palavas. Et votre bagnole qui ressemble à une épave, comment elle va ? Et dans votre boulot de sous-fifre, vous vous sentez bien ? »

Ces dames…

6 janvier, 2018

Sur le macadam

D’Amsterdam,

Je joue aux dames

Madame,

Sans ramdam.

A votre grand dam

Je mange de l’edam.

Est-ce que ça me damne ?

De la rime !

5 janvier, 2018

Je m’escrime,

Je trime,

Je me brime.

Ce n’est pas de la frime,

Ni un crime.

En prime,

Je me grime

Pour que ça rime !

Attaque-défense

4 janvier, 2018

« Je suis tout le temps sur la défensive. »

« Ah bon ? Qu’est-ce que vous craignez ? »

« Tout ! Je suis attaqué partout. Par n’importe qui. Dès que je mets les pieds dehors, je suis cerné par plein de panneaux qui me disent ce que je dois faire. Je suis obligé d’employer des manœuvres de contournement. »

« Dans l’espace public, il faut un peu de discipline. »

« C’est bien ça, le problème. Je ne peux pas faire ce dont j’ai envie. Au bureau, je ne vous dis pas, c’est encore pire. »

« Oui, mais là, l’obéissance à votre supérieur est une obligation contractuelle. »

« Vous ne comprenez pas. Je suis obligé de penser à me défendre toute la journée. L’attaque peut survenir à tout instant. »

« Et quelles armes employez-vous ? »

« Celle qui marche le mieux, c’est le ‘je n’ai pas le temps’. Il y a maintenant un modèle anglais plus performant : le ‘je suis surbooké’. Ça marche dans n’importe quelle situation. Sauf pour aller à la cantine évidemment. »

« Vous ne pouvez pas éternellement ne pas avoir le temps. »

« C’est vrai. Quand les attaquants sont trop virulents, je sors la grosse artillerie. Par exemple, le ‘c’est pas mon boulot, il faut voir Dugenou’. Dans les cas extrêmes, j’ai une très bonne défense anti-aérienne avec le ‘je ne suis pas au courant, j’étais en congé’ »

« Il y a toujours des assauts sournois qu’on ne voit pas venir. Quand on vous refile une réunion à laquelle personne ne veut aller, par exemple. »

« C’est vrai, j’ai un système de surveillance permanent, et au moment où l’ennemi croit s’infiltrer dans mes lignes, je sors le ‘quelle malchance, j’ai justement une formation importante, ce jour-là’ ! »

« Vous êtes très organisé. Et à la maison, vous n’êtes jamais débordé sur votre aile droite ? »

« Si, il y a souvent des tentatives pour me faire mettre le couvert. Mais là je déclenche un missile sol-sol à moyenne portée : le célèbre ‘Tu vois pas que je suis crevé’. Il date un peu, mais pour les attaques les plus courantes, c’est encore efficace. »

« Et pour les tentatives de vous empêcher de voir le foot à la télé ? »

« Ça, c’est une attaque frontale très dure. Je sui obligé de recourir à ma division de blindés. J’utilise le ‘pour une fois que je veux regarder la télé’ ou alors un modèle très perforant, le ‘quand tu veux voir un film, je ne fais pas tant d’histoires’. »

« Et pour les devoirs de maths du gamin que vous ne savez pas faire ? »

« Là, il faut y aller au lance-roquettes. Le ‘tu ne crois tout de même pas’ que je vais le faire à ta place’ fait très bien l’affaire. »

Au su et au vu

3 janvier, 2018

Dans sa maison cossue

Sans issue,

Le bossu

Pansu

Et ossu

Coud des tissus.

Je l’ai aperçu.

Chez lui, j’ai été reçu

Par un coup de massue.

Je n’ai pas été déçu.

La guerre des sexes n’aura pas lieu

2 janvier, 2018

« Il y a un individu dans la rue. »

« C’est un homme ou une femme ? »

« C’est forcément un homme, puisque qu’individu n’a pas de féminin. Si c’était une femme, j’aurais dit une personne. A la rigueur : une personne de sexe féminin. »

« Je trouve qu’il y a beaucoup de mots désagréables pour désigner un homme. Par exemple, si vous dites : il y a un mec dans la rue, je vois tout de suite que son allure suspecte vous rend méfiant. Si c’est une femme, vous n’avez pas de mot aussi court pour me faire part de votre méfiance. Vous êtes obligé de dire une femme à l’allure suspecte. »

« Remarquez que mec ne désigne pas forcément un individu louche. Les femmes disent souvent ‘mec’ pour désigner leur amoureux. »

« Ce n’est pas beaucoup mieux. Dire qu’elles ont un amoureux, c’est beaucoup trop engageant. Et puis, ça fait vieille France. « Mec », ça fait jeune et décontractée. On peut virer un ‘mec’, larguer un ‘amoureux’, c’est plus délicat. »

« Bon, alors je vais vous dire qu’il y a un type dans la rue. Comme ça, je ne transmets pas une image négative. Un type, c’est un type. »

« Dans ce cas, je vois effectivement un être humain assez neutre. Mais vous n’avez toujours pas de féminin pour dire la même chose d’une femme. Vous êtes obligé de dire : une femme d’aspect commun, sans caractéristique particulière. »

« C’est vrai qu’avec les femmes, c’est toujours plus compliqué. Si ‘type’ ou ‘mec’ induit un jugement négatif à priori, je peux dire qu’il y a un gars dans la rue. Mais je ne peux toujours pas dire ça au féminin. C’est assez dérangeant. »

« Remarquez, vous pourriez toujours dire qu’il y a une femme dans la rue. C’est simple et ça ne la caractérise pas. »

« Il faut faire attention à ce qu’on dit. Si je vous informe qu’il y a un bon homme dans la rue, c’est assez sympa. Vous voyez tout de suite une silhouette rondouillarde et bienveillante. Si je dis : il y a une bonne femme dans la rue, c’est beaucoup plus brutal. Une bonne femme, ça peut évoquer une personne au caractère acariâtre ou méchant. »

« Vous avez raison. Pour désigner un homme, vous avez plus de mots, donc plus de nuances possibles. Si la vision de cette silhouette vous a amusé, vous pouvez dire qu’il y a un pékin dans la rue. Le féminin est toujours impossible. »

« Oui, je peux aussi dire qu’il y a un pingouin dans la rue, c’est encore plus hilarant. Mais la femme du pingouin, est-ce la pingouine ? La question se pose ! »

« Il y aurait peut-être un moyen de s’en tirer en disant qu’il y a un gonze dans la rue, parce que le féminin ‘gonzesse’ est admis, même si le terme est un peu méprisant. »

« Le problème, c’est qu’il n’y a personne dans la rue. Ce qui signifie que la guerre des genres n’aura pas lieu puisque je peux dire qu’il n’y a pas âme qui vive ! »

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