Bout à bout

23 août, 2017

Au bout

Du boulevard

Le bouffon

Danse la bourrée.

Le boulanger

Roulé en boule

Boude

Avec sa bouteille

Sans bouchon.

Elle est finie, la boum !

Tous des objets

22 août, 2017

« Je fais partie des gens qui restent chez eux et qui ne font rien. »

« Rien ? Ce n’est pas possible de rien faire. »

« Ah si ! Je m’enfile un plein bol de céréales le matin. »

« Ah ! Vous voyez ! Vous êtes bien obligé de faire quelque chose puisque vous allez au supermarché pour renouveler votre paquet de céréales. »

« Non, pas du tout ! Je me le fais livrer. »

« Et voilà, l’hypermarché était le dernier lieu d’une pseudo-socialisation des isolés comme vous. Et même ça, ça disparait ! »

« Vous avez l’air de penser que je vis comme à l’âge de pierre. »

« Non, même les hommes de Cro-Magnon vivaient en bandes, en s’appuyant les uns sur les autres. Vous, vous avez un destin de légumes. »

« Non, je vais devenir un objet, comme tout le monde. Mais attention, pas n’importe quoi : un objet connecté, tout de même ! »

« Quel intérêt ? »

« Tout deviendra plus facile à gérer. Aujourd’hui l’être humain a encore des sentiments : il se marie, puis il divorce quelques années plus tard, ça entraine des coûts supplémentaires. En période de restrictions budgétaires, vous comprenez… Quand on sera tous des objets, le problème sera résolu… »

« Comment vous faites pour ne rien faire, ça doit être compliqué ! »

« Non, pas tellement. Le progrès aide l’homme à ne plus en foutre une rame. Je ne lave plus ma salade qui est livrée en sachet. Je ne vais plus à la salle de sport, je me branche sur des électrodes qui font bouger mes muscles sans moi. J’utilise un robot au lieu de me fatiguer à passer l’aspirateur. Bref…. Je vais vers le rien, le néant absolu… »

« Vous vous entendez bien avec vos voisins ?»

« On ne s’entend ni bien, ni mal. On ne s’entend pas. Il faut dire que l’un appartient à la catégorie des gros nuls qui vont dans les clubs de strip-tease. Il finira sa vie en objet de mon opprobre. L’autre qui ne parle que de foot qui achèvera son existence en objet de ma compassion. »

« Et vous, quelle sorte d’objet, voulez-vous être ? »

« Il n’y aura bientôt plus d’objet utilitaire, puisqu’on ne construira plus rien. Je préfèrerais être un très bel objet décoratif. Comme un pot de fleurs. Ou alors un portrait historique, un peu comme le portrait de mes ancêtres accrochés dans l’escalier. »

« Vous êtes sûr que vous ne déprimez pas un peu ?»

« Non. Mais on va arrêter l’interview. En faisant de moi l’objet de votre attention vous retardez ma mutation. » 

L’histoire du moustachu barbichu

21 août, 2017

C’est fichu !

Le moustachu,

Mal fichu,

Barbichu,

Aux cheveux fourchus

Sous son fichu,

Il a chu.

Il est déchu.

Sa dette est échue.

Le jour du mariage

20 août, 2017

« J’aime bien les mariages. »

« Ah bon ! Vous êtes marié ? »

« Non, pas du tout ! Mais ça n’empêche pas ! Je parle du jour de la cérémonie évidemment, ce qui se passe après c’est une autre histoire. »

« Alors ! Qu’est-ce que vous aimez dans le mariage ? La robe blanche de la mariée ? Sa mine rose et ravissante ? »

« Oui, mais pas seulement.  Ce qu’il y a sympa dans les mariages, c’est que tout le monde a l’air content. Ce n’est pas si fréquent que ça : un moment où chaque invité est souriant ! La situation diamétralement opposée, c’est ce qui se passe dans l’ascenseur du bureau, le lundi matin, quand tout le monde fait la gueule. »

« C’est vrai que voir que des gens heureux, ça peut rendre heureux et sympathique. »

« Vous vous rendez compte, il y a pourtant plein de gens qui n’ont pas spécialement de raisons d’être heureux. Le père de la mariée qui a payé la note. Le témoin, mort de frousse à l’idée d’avoir peut-être perdu la bague, l’invité moyen qui s’est engueulé avec sa femme dans la voiture, celui qui se dit qu’il y avait tout de même plus de monde à son propre mariage… »

« Et puis les mariés qui s’embarquent dans une aventure, en se débrouillant pour ne pas écouter la petite voix qui leur demande s’ils sont bien sûrs de ce qu’ils font. »

« Aucune importance. Même si on est inquiet, on fait semblant de ne pas l’être et on s’amuse comme des fous. »

« Euh…. On s’amuse, si on veut. C’est là qu’il y en a qui s’enivrent parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire dans la vie. C’est là aussi que les célibataires qui se fichent des mariés sont venus dans la seule intention de draguer les demoiselles d’honneur. C’est là que je prends mal au cœur à force d’enfourner des pâtisseries. C’est là que les serveurs circulent en prenant l’air compatissant de ceux qui savent comment un mariage « normal » se termine… A commencer par le leur. »

« Vous voyez tout en noir. Amusez-vous que diable ! »

« J’ai sacrifié un week-end, j’ai été obligé de m’acheter un habit de cérémonie que je ne remettrai pas de sitôt, j’ai fait la bise à plein de gens que je ne connais pas ou que j’aime pas. J’ai été à la messe pour solliciter une divinité qui ne pense pas souvent à moi. A part ça, tout va bien. »

« Il faut respecter les rites sociaux. Il y a des moments où il faut se réunir pour célébrer quelque chose dans la joie et la bonne humeur, ça fait du bien à tout le monde. Si vous faites la gueule, personne ne vous invitera plus. »

« J’espère bien, mais ce n’est même pas sûr. Il y a des pervers qui continuent à me convier pour augmenter leur nombre d’invités ou pour me coller en face d’une cousine dont ils ne savent pas quoi faire. Merci bien ! »

« Je vais vous faire plaisir : je ne vous inviterai pas au mien ! »

Sa Majesté

19 août, 2017

Le Roi

Boit,

Mange une noix

Et lit la loi

Deux fois,

Avec son doigt.

Il ne reste pas coi :

Toi,

Tu répares le toit.

Soit !

Double jeu

18 août, 2017

Le berbère est un cerbère.

Sur la bordure, des ordures.

Devant la poste du compost.

Va sous l’auvent, à l’abri du vent.

Puis sors, prend ton essor.

A Lucerne, je te cerne.

A Milan, on fait le bilan.

Sur le Don, je te fais un don.

Sur le forum, buvons du rhum.

Le vice et la vertu

17 août, 2017

L’homme vertueux rencontre le pécheur.

Le vertueux se plaint. En toutes circonstances, il doit avoir un comportement irréprochable. Un petit écart et hop ! Il n’est plus vertueux.

Il envie le pécheur qui peut aller et venir en faisant n’importe quoi. Des péchés en pagaille, s’il veut ! Nul besoin de se surveiller en permanence.

Certes, dit le pécheur, mais ce n’est pas une sinécure. Où que j’aille, je suis très mal jugé par mes semblables. Dans un individu comme moi, il n’y a rien à sauver. Je suis parfois regardé avec un mépris qui me fait de la peine.

Finalement, ceux qui s’en tirent le mieux dit l’homme vertueux, ce sont ceux qui sont à mi-chemin entre la vertu et le péché. C’est à se demander pourquoi je me donne autant de mal pour être impeccable.

Et moi, répond le pécheur. Je me défonce pour être avare, jaloux, colérique… Personne ne m’en sait gré.

On se demande bien, s’étonne le Vertueux, pourquoi on devrait vous féliciter d’être aussi mal intentionné ?

Mais parce qu’en commettant tous les péchés du monde, je sers de contre-exemple à tous. Je suis un mauvais exemple, mais enfin tout de même un exemple… En me désignant à l’attention de leurs gamins, les mères de famille peuvent leur faire horreur de telle façon qu’ils restent dans le droit chemin.

Finalement, renchérit le Vertueux, nous sommes deux marginaux. Personne ne nous aime vraiment : vous parce que vous êtes trop épouvantable, moi parce que les personnes trop parfaites sont parfaitement ennuyeuses.

Le Pécheur réfléchit : c’est extraordinaire, ce qui intéresse les gens, ce sont les modèles de personnes au caractère mièvre. Ni trop ceci, ni trop cela.

Le Vertueux réfléchit : tout compte fait, je vais essayer de commettre quelques péchés. Qu’est -ce que vous me conseillez ?

Le Pécheur approuve : vous avez raison et vous me donnez une idée. Vous pourriez être le Vertueux low-coast. Tout le monde ne peut pas être le Vertueux haut de gamme, donc vous donneriez l’exemple du Vertueux low-coast, c’est-à-dire celui qui est un peu vertueux, mais pas trop. Voilà qui devrait satisfaire une nouvelle clientèle.

Et vous, demande le Vertueux… Vous seriez le pécheur low-coast, celui qui commet tous les péchés du monde, mais qu’on voit de temps à autre accomplir une bonne action. A la surprise générale.

Le pécheur conclut : je suis d’accord. Il faut s’ouvrir aux pauvres qui ne peuvent pas se payer le luxe d’être irréprochable ou alors de se ficher complètement d’être immonde avec leurs contemporains. Heureusement qu’on est là !

Le Vertueux tempère : ne soyez quand même pas trop bon, ne nous concurrençons pas !

Leçon de franglais

16 août, 2017

Ce free-lance

N’est pas un has-been.

Après son footing,

Il joue au baby-foot.

Puis, il fait un check-up.

Enfin, il lit un best-seller

Dans son camping-car

Low-coast,

Tout en attendant une pin-up.

Bye !

En file indienne

15 août, 2017

« Vous avez remarqué ? »

« Quoi encore ? »

« Où qu’il aille, l’homme se déplace toujours en file indienne, les uns derrière les autres : à l’école, au péage de l’autoroute, au supermarché, à la pompe à essence, au guichet de la sécu, chez le médecin… »

« Chez le médecin, on voit mal 3 ou 4 patients se présenter de front. Mais je suis d’accord, faire la queue est une activité consubstantielle à la vie en collectivité. »

« Les Sioux utilisaient cette technique de façon à ne pas révéler leur nombre lorsqu’ils se déplaçaient sur le sentier de la guerre. »

« Ah bon ? »

« Oui, puisque l’un mettait ses pieds dans les traces du précédent, c’était astucieux. Aujourd’hui, je ne mets pas mes pieds dans la trace de celui qui me précède à la caisse du supermarché, ça ne sert à rien. »

« Bon, on ne devrait donc pas dire qu’on est en file indienne, puisqu’on avance n’importe comment. »

« Le principe reste le même. On a l’impression d’une chaîne infernale dans laquelle, on est qu’un petit maillon, identique au précédent et au suivant. D’ailleurs Jacques Brel a fait une excellente chanson sur ce thème. »

« Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que l’individu moyen tient à ce système. Chaque fois que j’essaie de déborder la file à la Sécu ou au cinéma, je me fais casser la figure. Il parait que c’est chacun son tour. »

« Ça s’appelle la discipline collective. Mais vous pouvez payer quelqu’un pour qu’il tienne votre place dans la file du ciné pendant que vous allez boire un coup, ça se pratique aux Etats-Unis. »

« C’est quand même étonnant. Tout se vend, y compris notre place dans la société, si on n’a pas envie de la tenir. »

« Faire la queue est une activité stressante, elle est donc « marchandisable » comme toutes les activités agaçantes : laver la salade, faire le ménage, etc…  Donc, il est normal que les marchands fassent un objet désirable du fait de ne pas faire la queue, par exemple en vendant un pass qui vous évite d’attendre à la barrière de péage. »

« Moi, je m’en fous, j’aime bien faire la queue. J’ai le temps de regarder mes contemporains, de réfléchir à ma place dans le monde… Et puis quand il n’y a pas de queue à la Sécu, je me demande toujours si ce n’est pas le jour de fermeture, ou si je ne me suis pas trompé de guichet. C’est aussi très traumatisant. »

« Vous avez raison, il devrait exister aussi un ‘pass’ qui assure de faire la queue partout où l’on se présente. C’est un moment de grande humanité ».

Ce n’est pas bien !

14 août, 2017

Avec malice

Le Malin,

Malin

Et malpoli

A enfermé ce mâle

Dans une malle.

Ce maléfice,

C’est mal

Et malsain.

123456...315