Pour ceux qui ne comprennent rien à l’informatique

11 novembre, 2009

Le Slash regarde l’Arobase d’un air penché.

Il lui dit qu’il ne faut pas lui en raconter : il connaît la chanson et même tout le répertoire.

Son disque est rayé.

Son réseau ne répondra plus à ses demandes d’aide.

Le slash ne plaisante pas. Il arrête tous les passants sur la bande du même nom en criant : « Contrôle ! Halte ! ».

Ce ne sont pas des analyses de routine !

Il a de la mémoire et un sacré caractère !

L’Arobase n’a pas de chance, il ne lui arrive que des avatars.

Il a perdu son mot de passe et sa clé.

Il a égaré son annuaire et son adresse.

Il ne trouve plus non plus son curseur : il ne sait jamais où il le mets !

Et puis surtout, il a faim : il voudrait bien se restaurer.

Bon prince, le Slash le ramène à bon port !

 

 

Le beau dimanche de Monsieur le Baron

10 novembre, 2009

Le baron Léopold Petit-Grandin a horreur du dimanche. Surtout de ce moment où, selon la tradition ancestrale, il doit remonter la nef de l’église devant tout le village pour gagner le prie-dieu réservé à sa famille depuis plusieurs siècles. Le baron s’avance vers l’autel, le front haut et l’attitude recueillie. Du moins, il essaie. Il ne croit plus depuis belle lurette à la vie éternelle, l’existence terrestre étant déjà suffisamment ennuyeuse comme ça !

Mais le maintien de l’ordre dans cette société villageoise lui impose de parader devant les ouvriers et les villageois qui se découvrent un par un à son passage, l’air respectueux et vaguement indiscret. Leurs visages aux traits grossiers, leurs attitudes frustes, leurs silhouettes déformées par le travail offensent le goût de Léopold Petit-Grandin pour l’élégance et l’esthétisme. Il doit néanmoins se faire voir à cette foule vulgaire et silencieuse. La baronne Marie-Amélie, en capeline et voilette, forme à son bras le couple exemplaire qu’il convient de montrer au peuple comme une image pieuse. Elle a passé un renard autour de sa poitrine voluptueuse.

En ce jour de cérémonie des Rameaux d’avril 1925, tout en s’approchant de sa place, le baron Petit-Grandin pense une nouvelle fois qu’il hait le dimanche. On peut admettre que la religion se soit annexée ce jour pour conforter son influence auprès de la population inculte. Mais lui, il pourrait prendre ce temps pour s’adonner à d’autres activités plus divertissantes ou lucratives. La chasse par exemple. Depuis combien de temps n’est-il aller chasser ? Le pire, c’est d’être obligé de défiler devant tous ces bouseux aux cotés de Marie-Amélie qui, elle, tient fièrement à sa fonction de représentation sociale. Léopold Petit-Grandin soupire d’un air exaspéré en s’avançant vers sa corvée dominicale.

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Nos derniers résultats sportifs :

9 novembre, 2009

A l’issue d’une partie très disputée la Médiocrité l’a emporté sur la Bêtise par 4 buts à 2.

Dans l’autre match de la journée, l’Autosatisfaction a dominé la Suffisance bien que celle-ci ait contesté le but marqué par celle-là avec beaucoup d’amertume.

En match amical la Vanité a écrasé l’Incompétence qui semblait ne pas s’être remis de sa récente défaite devant l’Arrogance.

On notera l’excellent retour en forme de la Stupidité qui n’a fait qu’une bouchée de l’Ineptie, elle-même vainqueur de la Bassesse le week-end précédent.

Décidemment, Mesdames, Messieurs, quel championnat ! Gageons que nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

Un petit gars de banlieue

8 novembre, 2009

La glorieuse incertitude du sport existe bel et bien. La preuve, c’est que je suis là. Atteindre les demi-finales du 100 mètres olympique, c’était déjà un exploit impensable pour moi. Ce sont les journalistes français qui l’ont dit. Et le staff de l’équipe de France m’avait prévenu : on ne contredit pas les journalistes, sinon c’est qu’on n’a rien compris à la nécessité de soigner son image de marque. D’ailleurs, il vaudrait mieux que je ne parle pas trop selon les dirigeants. Il faut penser aux sponsors et ne pas dire de bêtises dans les micros !

En série, l’affaire s’est avérée facile. J’avais presque le temps de tailler une bavette avec le canadien qui courait tranquillement à mes cotés. Nous avions l’impression d’expédier les affaires courantes. En demi-finale, l’anglais qui m’avait battu aux championnats d’Europe a eu la bonne ou la mauvaise idée de me narguer avant la course. Son arrogance m’a exaspéré si bien que j’étais survolté et que c’est moi qui l’ai sorti de la compétition. Les journalistes ont été fortement contrariés : ils ne m’ont même pas interrogé. J’avais déjoué leurs pronostics, ça n’était pas très bon pour mon image. Mais enfin, pour une fois qu’un français se distinguait, ils ne pouvaient quand même pas faire la fine bouche. Ils se contentèrent de dire que je ne ferai pas le poids en finale dont le niveau allait être beaucoup trop relevé pour moi et qu’ils en étaient désolés d’avance.

Me voilà au départ de l’épreuve la plus prestigieuse du monde aux cotés des trois inévitables américains. Ils sont monstrueux, on dirait des haltérophiles. On ne voit que leurs veines saillantes qui courent le long de leurs musculatures sombres, sculpturales et luisantes.  Ils ont compris depuis longtemps que pour courir vite, il fallait certes des jambes mais aussi des épaules. J’espère qu’ils ne sont pas anabolisés sinon on va encore avoir des histoires. Il y a aussi deux Jamaïcains, également impressionnants. Chez eux le sprint est une religion, un peu comme le tiercé chez nous. Et puis un nigérien et un ivoirien. Avec ces deux là, nous allons probablement nous disputer la dernière place. Huit blacks en finale, c’est le tarif habituel !

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Le long de la rivière

7 novembre, 2009

Jules se promenait tranquillement le long de la berge.

Il enjamba précautionneusement un tronc d’arbre en travers de son chemin.
Les joggeurs trottinaient en soufflant fortement.

Un homme arpentait à grands pas un terrain en ayant l’air de compter la distance qu’il parcourait.

Main dans la main, un couple d’amoureux se baladait en se regardant.

Des enfants couraient les uns derrière les autres en riant.

Certains jouaient en avançant à cloche-pied.

D’autres sautaient pour effleurer des doigts les branches des arbres.

Un homme âgé cheminait lentement en plantant sa canne à chaque pas.

Au loin, un cheval de course trottait, encouragé par son jockey.

Un jeune chien bondissait de toutes parts.

L’intelligent du village

6 novembre, 2009

Le village de Ponteau-sur-Yvette était connu pour le niveau d’abêtissement de ses habitants, inversement proportionnel à leur bagage éducatif. En dépit de l’abnégation sans faille de plusieurs générations d’instituteurs de la commune voisine, les trois cent cinquante âmes n’avaient guère été plus loin que le Certificat d’Etudes. Et encore, pas tous ! Les spécialistes les plus réputés de l’Education Nationale s’étaient penchés en vain sur ce phénomène unique dans les annales académiques. Se perdant en conjectures, ils avaient cessé leurs investigations après avoir conclu qu’un microclimat existait sur la commune qui rendait tout apprentissage correct du français et du calcul inaccessible à l’entendement des habitants de cet endroit.

Louis, le bistrotier, était un exemple impressionnant de cette non réussite. Le garçon se montra très tôt beaucoup plus intéressé par les bergères qui gardaient les chèvres dans les prés voisins que par sa scolarité qu’il suivait à temps partiel, très partiel. A titre exceptionnel, le maire Martial savait lire, c’est d’ailleurs l’unique raison pour laquelle il était maire. Il avait acquis et cultivé ce don grâce à l’abonnement de son père à France Football que son géniteur lui laissait parcourir lorsqu’il était enfant après l’avoir dûment analysé pendant trois jours les matchs du week-end.

Le facteur Germain lui n’avait pas besoin de lire dans la mesure où le reste du monde n’écrivait pas beaucoup aux résidents de ce village. Le préposé reconnaissait les lettres administratives des impôts ou de la préfecture à la cocarde tricolore qui ornait les enveloppes officielles et ce savoir-faire lui suffisait largement. Le temps libre que lui laissait son emploi, il pouvait le passer dans l’arrière salle du café de Louis à disputer des parties interminables de dominos avec les anciens du bourg.

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Au concert

6 novembre, 2009

Raymond n’aimait pas aller au concert : il s’y rasait consciencieusement.

Mais Raymonde n’était pas du genre à couper les cheveux en quatre.

Parée de ses plus belles bouclettes et de sa meilleure robe de soirée, elle sortait tous les samedis.

Raymond frisait alors sa moustache, lissait sa barbe et la suivait.

Un jour, ils écoutèrent une cantatrice anglaise qu’il trouva au poil.
Mais Raymonde n’aima pas sa queue de cheval.

Elle dit qu’une chanteuse lyrique devait être frisée.

Surtout une anglaise.

 

Micromonde

4 novembre, 2009

Le hanneton est dans le thon.

La libellule bulle.

La fourmi fourmille d’idées.

Le grillon grille des marrons.

Le criquet joue au cricket. Avec des anglais.

Le moustique souffre d’un tic.

La cigale fume le cigare.

La punaise s’enfonce dans la nuit.

Dépressif, le cafard l’a.

La coccinelle circule dans une voiture toute ronde.

L’araignée s’est peignée.

Le mille-pattes se prend les pieds dans le tapis.

La sauterelle ne fait rien, d’ailleurs elle ne voit pas pourquoi elle sauterait, la sauterelle !

Mademoiselle Houspillon

3 novembre, 2009

Ce fut la traversée du désert. La vraie. Il y a encore douze mois, j’étais derrière mon bureau. Je commandais, j’ordonnais et une armée d’exécutants exécutait. Enfin… une petite armée, composée d’une vingtaine de vendeurs, de gestionnaires et de Wanda ma secrétaire.

Je n’ai encore pas compris cette façon de se prendre pour Dieu le Père qui s’empare de vous dès que la vie professionnelle vous met en situation de faire faire ce que vous voulez à un autre ou une autre qui n’a pas eu la même chance que vous. Je me suis conduis aussi bêtement que n’importe quel chefaillon, fasciné par le petit bout de pouvoir que je croyais exercer au sein d’une entreprise de fabrication de cuisines dont je n’ai même pas vu venir la fin et l’absorption.

Il y a douze mois, je pensais tout savoir des hommes, des  femmes. J’avais des idées sur tout, notamment sur les meilleures manières de les faire bosser. J’étais nanti d’un diplôme supérieur en management autant dire que ma conception d’une vie optimale dans une collectivité laborieuse relevait du fantasme.

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Des bruits qui courent.

2 novembre, 2009

Max n’articulait pas : il émettait souvent des borborygmes indistincts.
Il aimait s’asseoir au bord de la fontaine pour écouter le gargouillis de l’eau.

Le bruissement des feuillages dans le vent l’apaisait.

Lorsqu’il avait faim son estomac émettait des gargouillements.

Alors, il se levait et traversait la rumeur de la foule.

Certains piétons grommelaient, d’autres marmonnaient.

Dans le grouillement des magasins, il achetait un croissant à un boulanger qui bougonnait.

Puis, il retournait s’installer à l’écart pour écouter le murmure de la nature.

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