Une histoire à l’eau de mer

25 avril, 2009

Ce matin, je prends mon thé sur la terrasse. Des écharpes de brumes s’attardent encore sur mon horizon maritime, mais je sais qu’elles se lèveront rapidement et que le ciel se dévoilera, lumineux, superbe. Comme tous les matins d’ailleurs.

Le vol affolé des mouettes en quête de leur pitance du matin me distrait un instant.

Autre rite journalier : l’hélicoptère a déposé les domestiques à six heures. Maria s’active dans la chambre. Alexandre s’occupe du petit déjeuner. Pierre travaille déjà dans la roseraie, sécateur en mains.

Lorsque j’ai acquis cette île perdue au milieu de l’Adriatique, j’avais l’impression d’avoir acheté le paradis pour moi seule. Personne ne la connaissait, elle ne figurait sur aucune carte. En construisant une villa de 20 pièces, dotée de tout le confort moderne sur les hauteurs de l’île de Birighi, je pensais même avoir inventé le paradis de mon vivant. Voilà dix ans, que je m’y suis assignée à résidence.

J’avais oublié un acteur insinuant et perfide : l’ennui. En dégustant la confiture de figues qu’Alexandre se procure chez le producteur, je suis obligée de m’avouer que je n’ai aucune idée de la manière dont je vais occuper ma journée. La question était la même hier et les jours d’avant et sera identique les jours suivants. Je ne suis dotée d’aucun don botanique. Pierre s’occupe admirablement de mes massifs, je n’ai plus que la peine de cueillir le fruit de ses efforts. Sur le plan artistique, le bilan n’est pas meilleur : les efforts méritoires de mes parents pour m’inculquer un peu de solfège sont enterrés depuis longtemps. De toutes façons, si une envie soudaine de musique classique me taquine, j’ai les moyens de convoquer immédiatement les meilleurs solistes européens pour un concert privé.

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Un peu de maths, ça ne fera de mal à personne

24 avril, 2009

Marcel est étudiant en maths. Il a chez lui l’intégrale de Serge Lama et une collection de produits dérivés de la morphine. Son comportement est donc tangent par rapport à la loi normale. Certains soirs, son taux d’alcoolémie croît de manière exponentielle. Parfois il sort en se soustrayant à son cercle familial et prend froid à ses sinus.

Marcel multiplie les paraboles pour essayer d’expliquer son chemin sinusoïdal. Il pense qu’il doit explorer ses limites faute de quoi son chemin va tendre vers l’infini et il ne trouvera pas de solution à son équation personnelle. Un jour, il verra la vie sous un angle droit, de manière carrée, avec hauteur et pourra tracer une parallèle avec la ligne droite suivie par son père ou entrer en corrélation positive avec le coefficient de détermination de ses aïeux.

Un doux rêveur…

23 avril, 2009

J’ai horreur d’arriver en retard. Quand vous êtes en retard, vous vous affolez, vous courez, vous vous mettez en nage et c’est généralement là que se produit l’incident qui va vous mettre encore plus en retard et compromettre définitivement vos chances d’attraper votre train : votre valise s’ouvre dans la rue, vous ne savez plus où est votre billet ou alors le train a changé de quai et vous n’avez pas entendu l’annonce dans le haut-parleur, occupé que vous étiez à récupérer de votre course haletante, chargé comme un mulet.

Ce matin, je suis donc en avance, comme d’habitude, pour prendre le TGV. A six heures trente, il y a déjà du monde. D’ailleurs, je suis surpris qu’autant de travailleurs se lèvent aussi tôt. La grande révolution du TGV a été de forcer ceux qui émergeaient tranquillement de leur lit vers sept heures trente à mettre le pied par terre deux heures plus tôt, pour avoir le plaisir de travailler à Paris, ce qui, n’est-ce pas, est tellement plus sûr pour envisager une promotion professionnelle.

Arriver en avance met à l’abri des inconvénients cités précédemment, mais suscitent d’autres désagréments. Le temps à passer, il faut le tuer. Je ne monte pas tout de suite sur les quais où je sais qu’il fait un froid de canard. Je veux bien prendre le train dans une certaine tranquillité d’esprit, mais pas au prix d’une bonne grippe. Je fais donc comme tout le monde, je vais au kiosque pour acheter une revue. Les hebdomadaires s’étalent devant mes yeux endormis. Les couvertures parlent toutes des mêmes sujets : j’en choisis une au hasard.

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Un commerce lucratif

21 avril, 2009

Maurice est trafiquant d’âmes. Parfois, il les achète, parfois il les vend. Ceux qui ont vendu leur âme à Maurice ne s’en vantent pas, car Maurice est dur en affaires. Beaucoup lui ont remis leur âme pour une bouchée de pain, une faveur passagère, un honneur superficiel. Lorsqu’un citoyen rend l’âme, Maurice intervient tout de suite pour exercer un droit de préemption sur l’esprit du défunt.

Certains n’ont pas voulu cautionner ce trafic. Ils sont repartis de l’échoppe de Maurice avec leur âme petite, basse, médiocre. On pourrait dire qu’ils s’en sont retournés la mort dans l’âme.

D’autres ont détourné le regard en passant devant le magasin de Maurice. Ces personnes ont l’âme chevillée au corps.

De son commerce, Maurice a tiré des âmes souillées, vils, basses qu’il répare dans son atelier d’insertion pour en sortir des âmes belles, hautes, droites, généreuses qu’il revend avec un bénéfice substantiel. Parfois pour fidéliser les bons clients, Maurice consent un supplément d’âme pour le même prix. Maurice est très riche.

Un désaccord chromatique

20 avril, 2009

Le rouge et le bleu ne s’entendent pas du tout. La mésentente dure depuis longtemps. La preuve c’est que quelqu’un a pris soin de les séparer sur le drapeau tricolore par le blanc, qui n’a rien demandé à personne. Le rouge s’énerve souvent, on pourrait dire qu’il voit rouge, le rouge ! Le sang lui monte aux joues lorsque le bleu lui reproche son tempérament trop agressif. Le rouge met alors en évidence la multiplicité de ses tons et de ses dégradés qu’il trouve du meilleur effet. Ce n’est tout de même pas le bleu qui peut réussir ce chatoiement de teintes empourprées quand l’automne embrase les prés et les forêts tout de même ! Et puis le rouge fréquente la haute société, il n’a donc rien à voir avec le milieu prolétaire du bleu. Personne n’a jamais dit qu’on allait déployer le tapis bleu pour accueillir des hôtes de marque ! Par contre, on parle fréquemment dans les familles ouvrières du bleu de travail !

Le bleu, lui, vante l’harmonie des ciels marins et des flots de l’océan qu’il souligne à merveille en été comme en hiver. Le bleu dispose de nombreuses variétés qui en fait une couleur très subtile : l’indigo, le cyan, l’outre-mer ! Et puis, il sait aussi tellement bien se mêler aux reflets d’argent dans le regard des jolies femmes lorsqu’elles deviennent amoureuses. On n’a encore jamais vu des yeux rouges lorsque les sentiments enfièvrent les coeurs, enfin sauf sur des photographies ratées. De plus, contrairement aux affirmations du rouge, le bleu s’enorgueillit d’une lointaine ascendance aristocratique. Il fut la couleur des rois de France dès les premiers capétiens. Enfin, jusqu’à cette regrettable affaire de 1789.

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Les vacances à la maison

19 avril, 2009

Il ne faut pas dire que l’on a passé ses vacances chez soi. Les vacances sont faites pour ne pas profiter de l’appartement ou de la maison dont vous vous donnez un mal de chien à honorer les traites.

Ranger ses placards qui débordent d’objets aussi inutiles qu’hétéroclites, réparer le robinet de la salle de bains qui goutte depuis des mois, tailler ses rosiers qui profitent de vos longues journées de boulot pour semer la pagaille dans votre jardin, ce ne sont pas des occupations de vacances. Ni de périodes laborieuses d’ailleurs, pendant les quelles vous avez autre chose à faire, bien entendu.

Donc, il faut laisser tranquille le bazar qui s’installe chez vous et partir. Profiter des mois d’été pour faire la connaissance de vos voisins ou de l’histoire de votre commune n’est pas bien du tout. Ça fait pauvre et ce n’est pas assez exotique pour être  raconté à la cantine lors de la rentrée de septembre.

Par contre se ruiner pour avoir le plaisir de parcourir les routes d’Ouzbekistan à la recherche des trésors de Samarkhand ou en espérant vainement revivre les contes des milles et une nuits, c’est bien mieux. Vous n’aurez plus un sous pour déjeuner à la cantine, vos rosiers vont pourrir sur pied et vos placards déborder de choses inutiles. Mais c’est comme ça que la vie va.

Notre coin gastronomie

19 avril, 2009

Bloggeur testant sa propre cuisine pour pouvoir en parler sur son blog

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Le sens de la marche

18 avril, 2009

 Gérard marche depuis un moment au milieu de la foule. Il vient de débarquer de son train. Dès la sortie de la gare, il s’est trouvé happé par cette vague populaire. L’air sent bon le printemps. Un doux soleil réchauffe le pavé. Mais Gérard a oublié que le mois de mai s’est installé depuis quelques jours et qu’au mois de mai en ville, on manifeste au même titre qu’on moissonne au mois d’août dans nos campagnes.

Les hommes et les femmes, criant et chantant, ont envahi la chaussée. Bras de chemise et robes légères s’agitent en cadence au rythme de tambourins invisibles. Gérard ne comprend pas ce que les gens psalmodient en choeur. De plus, il a l’impression que les manifestants ne comprennent pas ce que les haut-parleurs hurlent. Si bien que du début à la fin du défilé, les slogans ne sont pas les mêmes : ils se percutent, s’entrecroisent, fusionnent dans un brouhaha bruyant et inaudible. Par moment, Gérard croit entendre des mots : salaire, logement, papier… Mais la logique d’ensemble lui échappe. Il se demande s’il ne devrait pas consulter son othorino.

Gérard regarde autour de lui pour se rassurer. Il interroge Marcel, un jeune gars à l’air décidé qui lève le poing en éructant son mécontentement. Marcel s’indigne des licenciements dans son entreprise, il n’est pas encore dans la charrette, mais il se sent menacé. Il faudrait que Gérard comprenne que les patrons font des millions d’euros de bénéfices tout en jetant la main d’œuvre sur le pavé pour accroître encore leurs marges ! Gérard approuve fortement. Marcel s’excuse : il n’a pas que ça à faire. Il reprend sa marche en redressant sa banderole et vociférant de plus belle.

Plus loin, Chantal porte une pancarte hâtivement fabriquée. Gérard croit bon de lui faire remarquer qu’elle la tient à l’envers. Chantal sourie et rectifie. C’est qu’elle vient de loin : elle a voyagé toute la nuit en car depuis son Cantal. Elle est un peu fatiguée, mais tient à manifester son courroux avec ses collègues du département. Gérard trouve que Chantal a l’air naturel : ses cheveux tirés en arrière, son regard noir et cerné, et ses lunettes à grosses montures lui donne une mine sévère qui lui rappelle son institutrice de CM1. Chantal vient sûrement protester contre la politique du Ministère de l’Education Nationale. « Non, non ! », répond Chantal : elle est là pour défendre le prix du fromage de chèvre qui s’effondre. Gérard est certainement au courant….

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Le management par objectifs

17 avril, 2009

Le huitième jour Dieu condamna l’Homme à avoir des objectifs. L’Homme doit savoir ce qu’il a à faire et le faire. Ne pas savoir où l’on va est un péché. Que certains ont commis avec constance. Nous sommes ainsi obligés, bien que cela nous coûte, de dénoncer Christophe Colomb qui n’avait aucune idée de sa destination en s’embarquant à bord de son navire un jour de 1492.

Le résultat, on le connaît ! Le dénommé Colomb découvrit les States et c’est à lui qu’on doit aujourd’hui le hamburger et l’obésité, Wall Street et la crise financière, les sprinters américains et nos lamentables prestations aux Jeux Olympiques.

Pour essayer de se rattraper, Dieu inventa l’entretien d’évaluation afin que l’on soit sûr que l’Homme ne dévie pas de la trajectoire souhaitable. C’est du management.

Lucien Grognasson s’inquiète

16 avril, 2009

Ce matin, Lucien Grognasson se réveille avec une curieuse sensation.

Il n’a mal nulle part depuis qu’il a consulté un rhumatologue.

Le gouvernement vient d’augmenter sa retraite.

Les impôts sont abaissés.

L’armée française sera à l’honneur pour le prochain 14 juillet.

On a arrêté les pilleurs de voitures dans le quartier.

Le temps de la journée s’annonce radieux : ni pluvieux, ni trop sec.

Le buraliste lui a mis de coté ses hebdomadaires favoris.

Madame Turlututu lui a laissé la parole dans l’échoppe du boucher hier matin.

Et les jeunes de l’immeuble l’ont salué avec politesse quand il est rentré chez lui !

Si, si !

Lucien Grognasson est terrorisé : aucun motif  de plainte à l’horizon !

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