Odontologie

25 août, 2009

Maurice n’aimait pas les autres.

Il avait une dent contre son voisin de bureau, Norbert.

Il avait horreur de sa grande mâchoire édentée qui s’ouvrait à tout propos, découvrant ses nombreuses prothèses métalliques.

Maurice avait envie de le mordre quand il lançait des boulettes de papier mâché au plafond.

Norbert avait les crocs dès onze heures du matin.

Il mastiquait alors longuement un chewing-gum de manière écoeurante pour Maurice.

En outre, Norbert ne faisait rien, mais il était dévoré d’ambition : ses incisives rayaient le parquet.

Heureusement le soir, Maurice retrouvait Hector : il avait au moins une amitié canine dans sa vie.

Un sauvetage in extremis

24 août, 2009

Germain Ducourson a réservé une table réputée. Comme chaque année, il s’offre un repas somptueux pour honorer la Vie. C’est une tradition : tous les douze mois Germain célèbre la Création par une cérémonie gastronomique. Les restaurants les plus réputés de la ville ont été l’autel de la grand’ messe solitaire dont Germain est l’inspirateur, l’officiant et le seul paroissien. Cette soirée, Germain Ducourson la prépare pendant un an. C’est comme l’élection de Miss France ou la rentrée scolaire : à peine la fête est-elle finie que le temps est venu de travailler à la suivante. Germain Ducourson a besoin de temps pour se décider. Il recense, analyse, soupèse, compare les menus, les prix, le service, le cadre des établissements avant de fixer son choix sur le restaurateur qui aura l’honneur de le recevoir le jour de son prochain office.

Ce soir, nous sommes le 25 juin. C’est Maurice, le directeur de l’Etoile d’Or qui l’a accueilli à la descente de la limousine noire devant les portes de son temple gastronomique. Germain Ducourson en frac et haut de forme salue gaiement l’aubergiste :

-          Honneur à la Vie, Maurice !

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Violences

23 août, 2009

Hier, j’ai été témoin d’une bataille de clochards qui se sont littéralement mis dessus.

En rentrant, je me suis accroché avec Madame Dugenou, la voisine,  à cause du vacarme de la dernière soirée de Jérémy dans notre appartement.

Ce matin, je me suis engueulé avec Marine. Ce n’était peut-être pas son tour de descendre la poubelle, mais enfin tout de même ! Etait-ce bien une raison ?

En partant, elle a disputé Jérémy du fait du niveau particulièrement élevé de son carnet scolaire. Il s’en fout complètement.

En arrivant au bureau, deux automobilistes se cassaient réciproquement la figure sur le trottoir.

Puis Dugon-Martin m’a passé un savon au motif du retard de mon dernier rapport.

La société est d’une violence ! Mais alors d’une violence !

Notre rubrique sportive

22 août, 2009

La marquise était particulièrement prolifique. Avec 15 bâtards en vingt huit ans dont cinq de sang royal, elle dominait aisément la comtesse dont le compteur était resté bloqué à trois enfants de la couche royale sur un ensemble de douze garçons et filles parfaitement illégitimes. Mais la jeune duchesse de la Bonbonnière faisait figure de favorite favorite dans la course au titre. Elle avait enfanté déjà trois fois des œuvres de sa Majesté à trente trois ans seulement. Le sprint était serré entre les trois femmes.

La vieille vicomtesse du Trognon, un temps bien en Cour, avait été distancée rapidement malgré ses efforts pour faire reconnaître son fils Renaud comme premier bâtard de sa Majesté, alors qu’à l’évidence la longueur du nez de cet enfant le disqualifiait, seul le comte de Bergerac étant affublé d’un appendice de cette taille parmi les habitués de la cour.

Il était donc important que la marquise ne perde pas son avantage dans cette dernière étape de montagne qui, après avoir franchi les sommets du col de Galipette, devait conduire les coureuses à la fin de leur carrière de fécondité.

Une réussite sociale

21 août, 2009

Directeur de communication chez Morrisson-France grâce aux recommandations de ma mère, j’avis une place enviée, aucun souci matériel et une existence de rêve. A vrai dire, je ne faisais rien et mon inactivité ne préoccupait personne. Je dirais même qu’elle rassurait Venturini, le directeur général de Morrisson-France qui avait pris soin de placer à mes cotés Claudine qui, elle, s’occupait du reste, c’est-à-dire de tout.

Je n’avais même pas très bien compris l’activité principale de Morrisson France. J’hésitais entre plusieurs hypothèses : j’avais entendu parler de conseil stratégique international ou alors de transactions financières stratégiques. Le seul élément que j’avais intégré, c’est qu’il y avait le mot « stratégique » dans la raison d’être de la firme. Je ne manquais pas de l’employer chaque fois que les circonstances me plaçaient dans une situation à caractère professionnel.

Claudine avait rapidement compris mon inaptitude à entendre quoique ce soit aux affaires, et l’inadéquation entre mon tempérament indécis et les qualités indispensables à une activité spécialisée digne de ce nom. Avec ses jupes droites, ses chemisiers blancs, et ses lunettes à fortes montures, elle m’impressionnait par sa propension à mener à bien plusieurs sujets à la fois. Convaincue de mon inutilité chronique, comme moi-même d’ailleurs, elle ne me demandait rien d’autre que de paraître parfois dans des cocktails ou des réunions de pince-fesse en évitant de prononcer trop souvent le mot « stratégique ». Elle m’avait mis au point quelques phrases types que je pouvais utiliser sans ruiner la réputation de la maison. « Cher ami, compte tenu de l’envergure internationale de votre firme, nous devrions travailler ensemble » était du meilleur effet devant un acheteur potentiel. J’étais autorisé à dire également « Le Président tient beaucoup à vous recevoir, vous savez ». J’ignorais de quel président il s’agissait, mon interlocuteur aussi, mais la phrase ouvrait toutes les éventualités.

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L’auteur a des soucis

20 août, 2009

Il était dévoré d’anxiété.

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » dit-il.

« Je ne suis dévoré par rien du tout, je le saurais si j’étais dévoré »

« Disons que je suis saisi d’une légère inquiétude, tout au plus… »

Soit. Alors disons qu’il était submergé par l’émotion.

« Non, non ! », dit-il.

« Vous décrivez mes émotions n’importe comment ! »

Bon d’accord, faisons un effort.

Si je dis qu’il était rongé par l’angoisse, je suppose que ça n’ira pas non plus.

« Je ne le vous fais pas dire ! »

Et : un trouble délicieux lui parcourait l’échine. C’est bien ça, non ?

« Ça devient graveleux votre truc ! »

Cette fois, j’en tiens une bonne : il connut l’émoi du jeune homme, amoureux de sa première rencontre. 

«  A soixante quatorze ans, ça fait quand même un peu bizarre ».

L’auteur fatigué : bon, ben alors qu’est –ce qu’on fait ?

L’autre : bon, allez passer moi votre manuscrit, sinon on ne va pas s’en sortir.

Le retour du Monstre du Loch Ness

19 août, 2009

 Je suis Jean-Sébastien, le monstre des mers. Vous ne pouvez pas vous tromper, jusqu’aux évènements récents que je vais conter, j’étais le seul. Quinze mètres de long, vingt trois tonnes, je me fais peur moi-même. Mon aspect verdâtre, gluant et mes yeux exorbités me rendent absolument ignoble à la vue. En plus, je suis immortel. C’est plus dur à assumer qu’on ne le pense. J’ai parfois du mal à donner un sens à ma vie puisqu’elle en perpétuel recommencement. Mon cousin Nessie, le monstre du Loch Ness a failli devenir fou à force de tourner en rond dans son lac !

Heureusement, j’ai deux amis : Prosper le requin-marteau et Marie-Claude, la baleine bleue. Parfois, nous utilisons Jérémy et sa bande de dauphins comme messagers, ils ont discrets, élégants et efficaces.

Je suis le survivant d’une race disparue. Voilà plusieurs millions d’années, mes congénères ont voulu sortir de l’eau où ils s’ennuyaient pour explorer la terre. Dieu ou je-ne-sais-qui les dota de pattes et ils devinrent les dinosaures. Leur curiosité fut bien mal récompensée puisqu’un la chute d’un formidable astéroïde les anéantit tous, du jour au lendemain. Plus tard arrivèrent les hommes, des petits êtres fragiles et peureux mais pas bêtes du tout, si j’ose ainsi m’exprimer.

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Jeux de mots

18 août, 2009

Je priais pour que son pull en mailles  m’aille sans faille, aïe !

Le têtard fêtard vient en retard, très tard.

De Bali, Papi fit ses valises salies pour le Mali.

Le comble, c’est qu’il dut combler ce trou dans ses combles.

Oui, Louis ouit.

A Dinard, un veinard, un manar et un loubard buvaient du pinard comme des buvards.

Sens ! dit Sandy, ces cent dix parfums.

Hier, très fiers, ils pillèrent un stock de serpillières.

Pourquoi ce koala est là ?

Cet homme versatile aux yeux verts, se versait un verre et versifiait avec verve.

Le dromadaire buvait son madère hebdomadaire.

Sur
la Croisette, je croise Zézette

Une soirée familiale

18 août, 2009

Mon père vient de repousser la porte sur le froid de l’hiver.

-          C’est toi ?

Oui, c’est lui. D’ailleurs, je savais que ça ne pouvait pas être quelqu’un d’autre. Comme depuis 23 ans, c’est lui qui répond d’un grognement à cette interrogation immuable lancée du fond de la cuisine.

Il piétine un instant le paillasson qui crisse sous ses pieds. Le tintement de la vaisselle le rassure : ma mère s’active aux fourneaux. Une odeur entêtante de poireau lui parvient. Chez lui, ça sent toujours le poireau. Il ne comprend pas pourquoi. Même quand ma mère ne mets pas de poireaux dans la soupe, ça sent le poireau.

Dehors, il a eu froid. En reniflant bruyamment, il s’essuie le nez de son revers de manche puis se débarrasse de sa vaste canadienne et de ses rudes godillots avant d’entrer dans la pièce principale.

Ma plume sergent-major grince sur mon cahier d’écriture. Sous la lueur livide chichement filtrée par un abat-jour informe, je m’applique à ma rédaction. Ma tête penchée effleure la toile cirée. Il s’agit de raconter mon dernier rêve. Moi qui ne rêve jamais, j’invente n’importe quoi : mon héros vient de trucider son quatrième dragon. Il envisage de s’attaquer au monstre qui a emporté la belle au bois dormant dans la forêt avec des intentions malveillantes.

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Leçon de mathématiques (chapitre 2)

16 août, 2009

Marco et Julot sont deux amis.

Et pourtant, ils sont de tempéraments diamétralement contraires l’un à l’autre.

Marco est expansif et bavard. Julot est taciturne et secret.

Ils sont sans doute les deux faces d’un même objet.

Souvent ils disent qu’à eux deux, ils forment un juste milieu.

Ils n’évoluent mais pas dans la même sphère mais se voient à intervalles réguliers.

Il se rencontre parfois dans leur surface commerciale au moment des courses.

Marco aime l’humour décalé, Julot prend plus de distance sur la vie.

Lorsque Marco lui reproche d’être éloigné des réalités, Julot lui répond que ça lui est complètement équilatéral.

Julot ne fait partie d’aucun cercle. Marco, lui, participe à un grand nombre de points de rencontre.

Lorsque Marco, d’un regard oblique, invite Julot à s’exprimer en public, Julot répond d’une parabole sur l’argent de la parole et l’or du silence.

 Parfois Marco prend des positions tangentes vis-à-vis de l’ordre public.

Mais Julot est toujours là pour le remettre dans la ligne droite.

Quand Marco est sur la mauvaise pente, Julot sait rester positif.

Parfois, leurs regards se tournent dans la même direction et tendent vers l’infini.

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