La basse-cour

11 juin, 2009

La poule a pondu ses œufs d’or.

Le coq se félicite car il va être riche et qu’il va pouvoir vivre dans une pâte.

Mais le dindon fait savoir qu’il ne sera pas celui de la farce tandis que la pâte sort de sa coquillette pour affirmer qu’elle ne vivra pas avec n’importe qui.

Sur ces entrefaites, la poule intervient pour indiquer qu’il ne faudrait pas la prendre pour une oie blanche.

Son patrimoine lui appartient et le coq, qui se pavane comme un paon, n’aura rien.

Le canard non plus d’ailleurs, même s’il se répand en cancans dans toute la basse-cour.

D’ailleurs si on l’embête, la poule appelle les poulets.

Le Roi et le Soleil

10 juin, 2009

Monsieur de Montambert était bien embêté. Depuis plusieurs années, il avait fait ce qu’il fallait faire à la Cour pour être bien en vu. A force de courbettes, de services rendus, de cachotteries, de manigances, d’intrigues, il avait enfin fini par faire partie du cercle restreint des familiers du Roi depuis quelques mois.

Pour y parvenir, il avait même supporté les soirées interminables de la favorite royale, Madame de Pompignac. Chacun devait y faire assaut d’un esprit plus ou moins drôle aux dépens des courtisans, ceux qui étaient absents si possible. Cet exercice se déroulait au cours d’interminables parties de crapette, jeu de cartes que Monsieur de Montambert détestait. Néanmoins, il s’était fait remarqué favorablement par cette sotte de Pompignac, et c’était bien ce qu’il voulait.

Tout allait donc bien, jusqu’à ce que Sa Majesté se découvre une passion pour la Science. Elle avait décidé soudainement de s’intéresser à ces disciplines nouvelles, que Monsieur de Montambert estimait sans avenir : l’astronomie, la médecine, la physique, l’algèbre etc…. D’un seul coup, on vit la plupart des principaux courtisans brûler d’intérêt pour ces domaines encore bien mal connus à cette époque. C’était à celui qui relatait à Sa Majesté une expérience unique menée par un savant farfelu aux fins fonds de l’Europe ou à celui qui apportait à sa Royale Lecture un manuscrit rare traduit des travaux des Mauresques fort en avance dans le domaine de l’arithmétique ou en encore à celui qui montrait à Sa Majesté une plante d’espèce rare, achetée récemment à un voyageur revenu d’extrême orient.

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Une arrestation

9 juin, 2009

La police captura le gangster et le passa à tabac car il fumait trop.

L’homme se débattit et se rebella en bêlant.

Il hurla avec amertume et un rictus de mépris au coin des lèvres sa profonde déception en prenant connaissance de ces pratiques policières.

Le commissaire Serre qui sortait de chez sa mère n’en eut cure et ordonna son incarcération à la Bastille dans un cachot insalubre.

L’avocat, prévenu par le prévenu, fut alerté au moment où il en dégustait un.

Il prit le métro pour la Défense en la préparant.

Après s’être aperçu qu’il se trompait de chemin, il rebroussa celui-ci et arriva à la bourre en mangeant du beurre.

Le defenseur était éloquent comme un vélo quand le commissaire Serre l’interrompit… pis, il prit le parti-pris de l’accusé acculé.

Les grands débuts de l’Eternité

8 juin, 2009

Le huitième jour, Dieu regarda ce qu’il venait de créer durant la semaine précédente. Le Saint-Esprit aussi.
La Divinité se retourna vers celui-ci :

-          « Il y a quelque chose qui cloche… »

-          « Adam et Eve s’emmerdent… », répondit le Saint-Esprit

Dieu approuva gravement. Il avait une grande confiance dans l’analyse du Saint-Esprit. Il lissa sa barbe longue et drue dans un geste familier. Il sentait qu’il fallait faire quelque chose. Dieu, épaulé par le Saint-Esprit inventa les Instruments de Communication. Et pour commencer Dieu créa la Télévision. Il décida de trois chaînes au motif qu’il fallait offrir un peu de choix au téléspectateur mais pas trop quand même.

Le premier soir Adam et Eve regardèrent un film de dinosaures. L’émerveillement gagna ce premier foyer humain. Ils furent ravis de leur soirée : ils battaient continuellement des mains devant la création divine. Dieu et le Saint Esprit étaient également fiers de leur œuvre : ils se dirent qu’en inventant la communication, ils venaient de faire franchir une grand pas à ce début d’humanité. Ils ignoraient encore vers quelle destination, mais estimaient qu’il fallait faire confiance au génie humain et qu’au besoin, ils donneraient un petit coup de main.

Le second soir, Eve voulut regarder une émission culturelle sur la reproduction des plantes aquatiques, Adam aurait aimé suivre un reportage sur la vie des ours bruns. Il faut dire que dans la journée, Dieu s’était empressé de créer un journal de programmes pour faciliter leur choix. Le ton monta dans la caverne qui leur servait de chaumière : Eve trépigna, Adam céda et Adam bouda.

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Bon appétit!

7 juin, 2009

Le pain s’est perdu.

Le haricot est calme. Personne ne lui a couru dessus et d’ailleurs personne non plus ne lui a donné un coup de fil.

Les œufs se sont brouillés entre eux, puis se sont cassés sans faire d’omelette puisqu’ils avaient autre chose à faire.

La salade ne s’en est pas fait raconter.

Le beurre a gardé pour lui l’argent et la fermière.

Le melon ne travaille plus du chapeau.

Le chocolat n’est plus marron.

Le chou n’est pas allé à Bruxelles ni à Feurs.

Le gratin le fréquente désormais.

Le sucre a bon dos.

La purée est dans le brouillard.

A la fin, la soupe a bu le bouillon.

Une journée vécue

6 juin, 2009

André Vermeulin à 45 ans aujourd’hui. Depuis qu’il s’est rendu compte qu’il allait entrer dans la dernière moitié de son existence, il n’est plus tout à fait le même. Jusqu’alors, il a passé toute son existence d’adulte à trimer. Semaines et week-ends. Il se complait à dire que le temps a passé à la vitesse du vent sans qu’il s’en aperçoive. A force de travail, il a obtenu une haute position au Ministère des Affaires Etrangères. Il est respecté dans son quartier, par son entourage, mais aujourd’hui ça ne lui suffit plus. En ce jour anniversaire, André Vermeulin a décidé de vivre un peu. Ne serait-ce que pour voir l’impression que ça produit.

Il pense qu’il faudrait d’abord s’intéresser aux odeurs de la journée. D’ordinaire, il s’habille à tout allure, et, debout dans la cuisine, se contente de boire un demi bol de café,  préparé par sa femme, Muriel. Elle lui a dit cent fois de prendre le temps de déjeuner, mais André Vermeulin est pénétré de son importance, il doit donc être un homme pressé.

Ce matin, Muriel n’en croit pas ses yeux. Il s’est assis à la table familiale, a beurré longuement sa tartine, souri à sa femme, humé son café, bu une petite gorgée, et grimacé en reposant son bol :

-« Il y a longtemps que je bois ça ? »

-« Quinze ans…. pourquoi tu n’aimes pas ? »

Non, André n’aime pas. Voilà quinze ans, qu’il boit un truc qu’il n’aime pas. Il répond qu’il va s’occuper d’acheter du vrai café.

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Rose et Marie

5 juin, 2009

C’est l’été. Par ce beau dimanche après-midi, les badauds sont nombreux le long de la Promenade et de ses jardins verdoyants. Rose a obtenu de sa mère la permission de sortir à condition qu’elle soit accompagnée de son amie Marie, de quatre ans son aînée. Il a été convenu que la jeune fille qui vient de fêter son vingtième anniversaire rentrera avant cinq heures.

Les deux jeunes femmes, en chapeaux fleuris et robes longues et légères, blanches et bleues, forment un bouquet changeant lorsqu’elles se pressent l’une contre l’autre en riant. Elles sont heureuses d’être ensemble, sans chaperon, s’amusant d’un rien, un bon mot de l’une déclenchant le fou rire de l’autre.

Marie a 24 ans. C’est une grande jeune femme brune. Son beau regard sombre est continuellement éclairé par la curiosité et l’attention qu’elle porte à ses interlocuteurs. Rose est plus discrète : ses yeux bleus sont le reflet d’une grande inquiétude face à la vie qui s’ouvre devant elle. Mais elle est toujours tirée de ses rêveries par son amie.

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Nos jeux de mots

4 juin, 2009

La servante accorte accoste Monsieur Coste à Corte.

Ne connaissant pas la salsa, il valsa.

Sur la voie ferrée, il eut la voix fêlée.

Il héla Ella, et là, elle l’a halé.

Il écrit une ode à Aude dans l’Aude.

Le magistrat fit un tour de magie magistral.

Un souverain souffre du rein dans un souterrain.

Outre une loutre outrée sur la poutre, il y avait une poule.

A Pâques, elle fait cueillette de pâquerettes, mais pas que…

L’ange range des langes orange.

C’est une bonne ouvrière : même en jarretelles, elle martèle, râtèle, écartèle.

Il n’est pas pro, pour un prolétaire, de se taire.

 

Un quartier tranquille

3 juin, 2009

 -« Comment ça, il ne se passe rien ? »

Nous sommes au mois de janvier. A la suite des émeutes de l’automne dans les banlieues, j’ai reçu de ma rédaction, la mission de m’immerger dans un quartier populaire et d’en tirer une série de reportages. Il faut du « vécu », le rédacteur en chef avait bien insisté : du vécu…..

Ca commence mal : je suis assis dans le bureau du Commissaire du quartier. Il s’appelle Legrand. Il est plutôt petit et rondouillard. Mais il a l’air de vivre très bien cette première contradiction.

Pour lui, le quartier des Rosiers est particulièrement tranquille. Il n’a rien à me dire : pas de trafics de drogues, pas de prostitution, pas de violence … J’insiste :

-« Même pas une petite voiture brûlée…. Cherchez bien !! »

Non, apparemment non, le Commissaire Legrand fait visiblement des efforts, mais il n’a rien à me vendre en matière de violence urbaine.

En sortant du Commissariat, je regarde autour de mois. Par ce temps d’hiver gris et froid, le quartier est d’un aspect encore plus sinistre que je l’avais imaginé. Des HLM aux murs gris et froids. Les balcons sont hérissés de paraboles et d’étendages. Une architecture sans imagination. Des espaces impersonnels parfois parsemés de balançoires ou de toboggans pour enfants : le matériel n’est pas dégradé, mais il est usé par le temps, les couleurs sont défraîchies. Je ne vois pas comment des gamins pourraient avoir envie de s’y ébattre.

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Le banquier de Lucien Grognasson

2 juin, 2009

A l’Ecole Supérieure de Banque, Jean-Bernard Dupuis était vénéré comme un héros national. Les nouvelles générations d’élèves devaient s’agenouiller chaque matin devant son portrait. C’est que Jean-Bernard Dupuis était depuis trente ans le banquier personnel de M.Grognasson.

Habité par sa vocation, Jean-Bernard Dupuis avait tout tenté pour convertir Lucien Grognasson aux nouvelles techniques bancaires. M.Grognasson n’envisageait absolument pas d’utiliser une carte bleue. Tous les mois, il venait embêter un employé au guichet pour retirer son argent comme au bon vieux temps. Jean-Bernard Dupuis avait proposé à son client une carte bleue spéciale dotée du code secret 0000, connus de tous,  pour qu’il n’ait aucune difficulté à s’en souvenir.

Lucien Grognasson n’en démordit pas. Il n’avait aucune confiance dans l’électronique, avait voté contre l’euro et, de toute façon, ne se servait que des anciens francs de 1959 pour tenir sa comptabilité personnelle.

Jean-Bernard Dupuis avait proposé ses meilleurs placements à Lucien Grognasson pour essayer de lui faire sortir les lingots d’or qu’il cachait sous son matelas. Lucien Grognasson répondit qu’en mémoire de ses ancêtres mérovingiens qui combattirent vaillamment sous Clovis, il n’était pas question qu’il renonce au métal précieux amassé par des générations de Grognasson.

Un jour, Jean-Bernard Dupuis, héroïque, voulut présenter à Monsieur Grognasson son service bancaire par Internet. Lucien Grognasson faillit changer d’établissement. Jean-Bernard Dupuis sauva in extremis la situation en rachetant à prix d’or les emprunts russes dont les titres avaient été légués par Papa Grognasson à son petit Lucien.

C’est grâce à ce geste magnifique que les apprentis banquiers peuvent encore visiter le compte de Lucien Grognasson avec respect et dans le silence s’il vous plait !

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