Communication

5 avril, 2009

Le matin, l’Homme dit à son reflet dans le miroir de la salle de bains qu’il est trop gros.

Puis, il se tourne vers le chat, pour s’enquérir de son avis. Le félin se pourlèche le pelage pour toute réponse.

Plus tard, l’Homme descend dans le métro. Il valide lui-même son ticket en regrettant le temps où il pouvait plaisanter gaiement avec un poinçonneur humain. La chanson de Gainsbourg qui parlait de petits trous lui revient à l’esprit.

Plus tard encore, un bras lui tend un journal dans la rue. Il saisit le quotidien, va dire merci et sourire, mais la jeune fille qui est au bout du bras a déjà tourné la tête pour aborder un autre passant.

Au bureau, sa messagerie lui annonce qu’elle en a plein les kilos-bytes. L’Homme lui fait les remontrances qui conviennent, puis, tout en maugréant, il s’installe à son clavier pour exprimer son savoir-faire professionnel.

A onze heures trente, après beaucoup de recherches, il a une surprise. Parmi cent cinquante messages dont cinquante huit newsletters, et vingt quatre annonces publicitaires, il découvre enfin quelqu’un qui veut lui parler ! Dans trois semaines. Enfin… s’il est disponible.

Le retour de Colin

4 avril, 2009

Au milieu de ce mois d’août 1192, la chaleur écrasait la vallée de la Cesse. En ces temps de canicule, les eaux verdâtres de la rivière étaient au plus bas. La petite troupe de cavaliers avançait au pas. Seul le chant des cigales et le crissement des sabots des chevaux contre la pierraille troublaient le silence. Au loin, un corbeau s’envola soudain dans un coassement qui déchira l’air. Les hommes étaient exténués. Ils semblaient comme accablés par la lumière de l’été. Les visages, dévorés de pilosités, luisaient de sueur. Les épaules étaient affaissées, les attitudes défaites. Dans leurs accoutrements sales et dépareillés, ils ressemblaient aux bandits de la forêt. Colin de Minerve à la tête d’une vingtaine de guerriers rentrait au pays après trois années de croisade.

Au mois de juin 1189, il s’était croisé avec enthousiasme, comme tant d’autres seigneurs, dans les armées du comte de Toulouse. Le pape Grégoire avait provoqué cette nouvelle levée de soldats pour aller reconquérir les Terres Saintes occupées par les infidèles. L’honneur et la piété de Colin de Minerve étaient proverbiaux et respectés dans toute la province. L’homme avait été parmi les premiers à répondre présent à l’appel. Il était convaincu que son absence serait brève et qu’il rentrerait victorieux, fier et fidèle à la foi de son baptême.

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Notre rubrique sportive

3 avril, 2009

 L’arbitre lève le bras. Hors-jeu des All Blacks à trente mètres en face de leurs poteaux. La foule se lève, rugit, acclame ce geste. Il y a de quoi. A la 79 ème minute, en finale de la Coupe du Monde, alors quela France etla Nouvelle-Zélande sont à égalité 21-21, cette décision est synonyme de victoire quasi certaine pour nous. Je dis « quasi » car il va falloir le réussir ce coup de pied. Je sens que ça va me tomber dessus. J’étais ravi de disputer cette finale en raison de la blessure du demi d’ouverture titulaire, mais je ne me voyais pas dans la peau de l’ultime responsable de la victoire ou de la défaite.

Le capitaine se tourne vers moi en me tendant le ballon. Il n’a aucun doute le capitaine. Un sourire, une petite tape d’encouragement sur l’épaule : il est certain que ce sera une simple formalité pour le buteur réputé infaillible que je suis. Je n’ai rien manqué depuis le début du match : je ne me vois pas refuser l’honneur de le conclure victorieusement. L’arbitre enjoint ses deux assesseurs de se poster avec leurs drapeaux derrière les poteaux pour juger la trajectoire de la balle.

Il va falloir retrouver un zeste de lucidité. Après avoir tenu tête à quinze All Blacks déchaînés pendant une heure vingt, la lucidité me semble un luxe hors de prix. L’équipe est à bout. Les avants sont méconnaissables tant ils se sont battus au corps à corps. Les visages sont tuméfiés, les maillots déchirés. J’ai mal partout. Pendant tout le match, nous avons plaqué à tour de bras des monstres dont le plus chétif atteint le quintal, tout en muscles. En plus, ils n’ont pas fait de cadeaux : dans la bataille, leurs crampons n’ont épargné personne. Les coups de poings et de boule ont été largement distribués de part et d’autre.

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Jeux de mots!

2 avril, 2009

Hier le nouveau venu est arrivé sur la plate-forme pétrolière. Il était très musclé. Depuis le renfort fore fort.

L’avocat en mange beaucoup. Aux crevettes.

L’ange devrait s’acheter un déodorant. Il a des auréoles sous les bras.

La maison est vieille. Dans la salle à manger, le lustre n’en a plus.

Sur mon ordinateur, j’ai reçu un message d’Anomalie : elle va très bien.

Les amoureux allumèrent leurs feux avant d’entrer dans le tunnel. C’est prudent.

A la cantine, le fonctionnaire est joueur. Son voisin lui jette des petits pois à la figure, le fonctionnaire lui répond en lui lançant son flanc au caramel. Il tire au flanc.

Il alluma la lumière et commit donc un pléonasme.

Il prit ses jumelles pour regarder les jumelles qui prenaient un jus avec Mel.

Le taciturne s’assit dans sa turne.

La situation se présente mal, elle n’est pas très bien élevée.

Le maître d’hôtel servit l’entrecôte du même nom en précisant d’un ton plaisant que ce n’était pas la sienne. Le client répondit que le maître d’hôtel était très amusant.

Une négociation sociale

1 avril, 2009

La marquise dut recevoir une délégation syndicale d’entreprise.

Son cocher qui appartenait à la SPA ne voulait plus fouetter les chevaux. D’ailleurs, selon lui, Monsieur le Marquis pourrait bien s’atteler et  tirer lui-même son fiacre.

Sa cuisinière ne voulait plus changer la caisse de Walter, son doux siamois parce qu’il lui griffait ses bas à chacun de ses passages.

Sa femme de chambre demandait les horaires variables et une pointeuse. Elle n’était pas du matin et pensait qu’à son âge, la Marquise pouvait bien s’habiller toute seule.

Son coursier exigeait deux jours de repos par semaine. Madame la Marquise devrait donc porter ses plis elle-même tous les week-ends.

Son Maître d’hôtel avait de l’arthrose dans les mains et il proposait donc que la marquise aille chercher ses plats à la cuisine en personne.

La Marquise, en fine négociatrice, affirma qu’elle était depuis longtemps) à l’écoute des masses laborieuses et que les revendications du peuple étaient sans aucun doute légitimes. Cependant, elle proposa d’établir un calendrier social : les travailleurs devaient comprendre que tout n’était pas possible tout de suite. L’économie de sa Maison ne s’en relèverait pas.

Les petits hommes

30 mars, 2009

Louis Guerrier a aimé la chanson d’un artiste populaire qui conte l’histoire de copains de lycée se réunissant 10 ans après leur bac. Il a eu envie de tout essayer pour rassembler ses condisciples de terminale. Un besoin irrésistible l’a poussé à revenir en arrière, tandis qu’une autre part de lui-même lui susurrait qu’il était bien trop tard. Trente ans, Louis ! Tu te rends compte, depuis trente ans, chacun a vécu sa vie, tu ne les retrouveras plus.

Louis a quand même fouillé sa mémoire, ses photos de jeunesse, les annuaires téléphoniques, Internet. Et puis, il a réussi à reconstituer une quinzaine de noms, des adresses ou des hypothèses d’adresses, parfois quelques numéros de téléphone.

Il hésite à appeler. Il a peur des premiers mots. Que dire ?

-« C’est toi ? Tu te souviens ?… »

Avec tous ces détraqués qui vous dérangent pour sonder vos intentions électorales ou vous vendre des réductions fiscales, il va se faire jeter avant d’avoir pu exposer son envie de ressusciter le passé.

Il va donc écrire. Une conversation, ça s’interrompt facilement, une lettre, en principe, ça se lit jusqu’au bout. Louis doit être convaincant. Il va évoquer des images. La cour de récréation où l’on a tant joué au foot malgré les platanes qu’il fallait dribbler comme autant de joueurs immobiles. Ronchon, le gigantesque concierge qui passait toutes les heures en salle de classe pour recenser les absences. Pétrovic, le surgé, un immigré yougoslave, qui se planquait dans les encoignures des couloirs sombres pour nous tomber dessus à la première incartade. La première cigarette qui valut une exclusion à Bourdarel. C’était avant 1968, on ne plaisantait pas avec le tabac.

Louis est fier de sa lettre. Il s’est ému lui-même en l’écrivant et ne doute pas de sa réussite. Il fixe un rendez vous le 25 juin à 20 heures dans une guinguette au bord de l’eau où il a ses habitudes. Et puis, il se rend à la poste et envoie ses enveloppes comme autant de bouteilles à l’océan.

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Je n’ai plus la rate qui se dilate mais…

29 mars, 2009

Je me rue chez le médecin parce que j’en ai plein le dos.

Hier, elle m’a mis la tête à l’envers.

J’avais l’estomac dans les talons, mais le dîner n’était pas prêt.

Elle m’a accusé de me tourner les pouces, tout en me regardant le nombril.

J’en eus le souffle coupé lorsqu’elle me dit qu’au lieu de rester les bras ballants, je ferais mieux de me remuer les méninges.

Elle est partie en prenant les jambes à son cou  et en me mettant à l’index.

Elle doit être chez l’autre abruti pour prendre son pied, j’en mettrais ma main à couper.

Mais j’ai eu le nez creux : j’ai gardé avec moi la télécommande du téléviseur.

Un voyage ennuyeux

28 mars, 2009

Pendant les douze derniers mois, Jean Mercadier  avait souvent pensé à son instituteur de CM2, Monsieur Perrot. Il entendait encore la voix tonitruante et terrorisante du vieil enseignant :

-          Mercadier, vous ne ferez rien de bon dans la vie !

Jean Mercadier était un élève doux, rêveur et peu porté vers l’effort intellectuel. Il n’avait jamais perçu clairement la nécessité de retenir par cœur les poèmes de Monsieur Verhæren, qu’il trouvait d’une désespérante monotonie, puisqu’au bout du compte il s’agissait toujours de constater que les feuilles mortes tombaient en automne, en tourbillonnant dans le vent, frisquet si possible, tandis qu’un blanc manteau blanc s’étendait imperturbablement sur la campagne pendant les longs mois d’hiver.

Mais si Monsieur Perrot vivait encore, ce qui n’aurait pas étonné Jean Mercadier tant il lui semblait que son maître était un dur à cuire, il devait être stupéfait de l’aventure de cet élève qu’il considérait comme un bon à rien.

Jean Mercadier était le commandant de bord de la navette spatiale qui fonçait droit sur Mars depuis plus d’un an. Il allait être le premier être humain à poser le pied sur la Planète Rouge, qui ne l’était peut-être pas autant que les savants terriens le croyaient.

Jean Mercadier pensait aussi à Bernadette, celle qui aurait pu être la femme de sa vie. Mais elle l’avait quitté après cinq ans de vie commune. Pour elle, Jean Mercadier était un être terne, sans relief, casanier alors qu’elle aimait l’aventure, les voyages, la randonnée, l’imprévu. Jean Mercadier avait dans l’oreille cette sentence ultime qu’elle avait prononcée un samedi matin en revenant du marché, alors qu’elle ne s’était même pas encore débarrassée de son cabas :

-          Tu ne me fais plus rêver, Jean !

En voilà une qui devait être bien surprise aujourd’hui !

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Guérillero

27 mars, 2009

Il y a un an, les deux sergents recruteurs arrivèrent au village. Ils portaient en bandoulière un véritable arsenal de fusils et de munitions. Nous fûmes ébahis par leur apparition : nos lance-pierres nous en tombèrent des mains.

Les gamins en guenilles, mais émerveillés les entourèrent immédiatement. Les deux hommes distribuèrent du chocolat, des chewing-gums, des biscuits. Ils parlaient fort, riaient beaucoup d’une manière sympathique et encourageante.

Morientes, le chef de village nous réunit pour les écouter. Plus personne ne savait pourquoi Morientes était le chef, mais c’était ainsi : nous lui obéissions. Pendant plusieurs heures, les deux visiteurs nous expliquèrent qu’ils étaient les émissaires du « Libertador », le sauveur du peuple. En gros, je compris que si nous les suivions dans la jungle, nous serions nous aussi des libérateurs du peuple et que nous en serions glorifiés à jamais.

A 17 ans, je n’avais plus rien à perdre, ni à gagner d’ailleurs. A la limite de la forêt amazonienne et de la région andine, j’habitais une région ignorée. J’appris beaucoup plus tard qu’il fallait dire « département » et que le nôtre s’appelait le Putumayo. Les paysans y étaient issus d’un croisement compliqué de toutes les peuplades qui s’étaient côtoyées sur ces terres ingrates tout au long de l’histoire. Ils s’exprimaient dans un grande diversité de dialectes autochtones : l’ingua, le gofan, le koreguaje, mais par une sorte de miracle linguistique, ils parvenaient à s’entendre lorsqu’il s’agissait d’échanger quelques productions locales qui leur permettaient de survivre.

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Un bloggueur heureux….

27 mars, 2009

Bloggeur tout content d’avoir fêter son millième visiteur….

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