Revoilà les mots!

26 juin, 2009

Araignée du soir, métro bourré.

Rouleau de scotch, rouleau de printemps, rouleau compresseur, rouleau à pâtisserie,  déroulons le tapis rouge et tapis volant.

La police sonne, l’impoli sonne, la polissonne sonne. On ne s’entend plus.

Le cygne signe, l’écrevisse visse et le canard narre.

L’amène reine marraine l’arène.

Kestenpense, kestudi, kestud’viens, keskecèk’sa, caisse de savon, qu’est ce que c’est que ce charabia ?

Sur les quais le laquais laquait la caisse, on se demande bien pourquoi d’ailleurs.

La forêt cachait l’arbre, c’est plus courant que l’inverse, tout de même !

Le chargé de mission avait une mission de scission du saucisson.

La stupidité, la stupéfaction,la Studebaker et Joséphine Baker

Il faisait du négoce en Cappadoce avec des gosses. Ce n’est pas bien.

Pépita et son papa papotent à la papeterie.

Rude journée

25 juin, 2009

Ce matin tout va mal. Jonathan, mon fils, s’est réveillé avec une fièvre chevaline, il a fallu appeler le toubib et une garde-malade pour la journée. Je suis très en retard. Je me gare n’importe comment dans le parking. Le gardien ne va pas apprécier. La standardiste me regarde passer d’un air apeuré, je ne dois pas vraiment avoir une mine très avenante.

Et comme par hasard, le jour où tout va mal, j’ai une réunion importante avec des clients japonais. Les japonais n’aiment pas attendre, c’est bien connu. Surtout mes clients, ils sont d’une susceptibilité pathologique. J’espère que Martine, mon assistante a commencé les discussions sans moi, elle en est très capable. Dans le hall de l’immeuble, quelques silhouettes vont et viennent : à 9 heures 20, le gros de la troupe des employés est déjà attelé au travail.

Je me précipite vers les six colonnes d’ascenseurs. Comme toujours quand je suis pressée, j’ai l’impression que les cabines font exprès de se faire attendre ou que des livreurs mal intentionnés attendent ce moment là pour les bloquer en vue d’un déchargement. Avec la chance que j’ai, je ne serais même pas étonnée que la moitié d’entre elles soient en maintenance. Enfin, trois cabines arrivent en même temps. Je m’engouffre dans la plus proche. Quelqu’un m’emboîte le pas.

Je range mes clés de voiture dans mon sac. Je m’aperçois qu’il déborde de choses inutiles : les mouchoirs sales l’emportent sur les stylos vides. J’ai sous le bras le dossier de la réunion que j’ai revu hier soir. C’est le fruit d’un travail de six mois. Tout est prêt, il ne devrait pas y avoir de problèmes. A part ce maudit retard.

Lire la suite… »

Dernière nouvelle : le couple de la Marquise en danger ?

24 juin, 2009

La Marquise n’avait rien à se mettre. Elle le fit aigrement remarquer au Marquis, lequel sortit la dernière facture du tailleur de son épouse et rétorqua qu’il l’avait senti passer et qu’il aimerait bien, dans ses conditions, que la Marquise fasse preuve d’un peu de modération, d’autant plus, s’il a bien compris, que celle-ci s’est faite griller la politesse par la Comtesse qui est actuellement nettement mieux placée dans les faveurs de sa Majesté.

En écoutant cette sortie impétueuse du Marquis,
la Marquise tapotait du pied. A la fin de la critique de son époux, elle reprit la parole d’un air doucereux :

-          Tu as fini, oui ?

Le Marquis qui reprenait son souffle péniblement ne put répondre. C’est ce moment précis que la Marquise attendait pour reprendre l’offensive. Elle fit observer à son époux, primo que si la Comtesse était bien en Cour actuellement, c’était justement parce que le comte ne mégotait pas sur sa garde-robe et secundo parce que le Comte, qui, soit dit en passant, est un gentleman lui, sortait beaucoup plus souvent sa femme que le Marquis qui passait son temps à jouer au trictrac avec son valet de chambre.

Le Marquis resta coi devant tant de mauvaise foi. Puis il se ressaisit en reprochant à la Marquise de ne pas s’intéresser à ses passions. En aucun cas il ne dispute des parties de trictrac avec Trissotin, son laquais : ils jouent tous deux à la crapette ce qui n’a strictement rien à voir ! La Marquise ferait mieux de se renseigner avant de dire n’importe quoi !

La Marquise resta médusée. Son couple allait-il résister à cette tempête ? Suite, peut-être, au prochain numéro.

Devoir de vacances

23 juin, 2009

La framboise écrasée occupe le fond de la coupe. Au dessus se concentre une épaisse couche de vert amande. Papa pense que c’est plutôt du vert chartreuse, moi je pencherais plutôt pour de la pistache, mais je ne suis pas sûr. Au-dessus encore l’ocre de la vanille. Le tout est surmonté d’un magnifique tortillon de crème chantilly, dans lequel on a planté un petit parapluie multicolore. La glace de Papa est nappée d’un bleu indigo profond : il parait que c’est de l’alcool et qu’il est donc préférable que je n’en boive pas.

C’est parti ! Le signal du début de l’été, c’est ça pour moi. Nous sommes attablés tous les trois sur une terrasse en front de mer : Papa et moi regardant nos gigantesques et dégoulinantes glaces chamarrées, maman s’affligeant du spectacle en tournant délicatement une petite cuiller dans une minuscule tasse de café hors de prix, comme le fait remarquer Papa.

Plusieurs familles nous imitent, toutes cachées par l’ombre drue de parasols chatoyants à la gloire d’une marque de whisky alors que la lumière éclabousse la mer et la plage qui s’étalent à nos pieds.

Lire la suite… »

Elle

22 juin, 2009

Quand ils la virent…

Un incendie s’embrasa dans le regard du pompier

L’oculiste n’en crut pas ses yeux

Le cœur du chirurgien se mit à battre plus vite

Le sourire de l’électricien s’éclaira

Le skieur de fond fondit

L’orthophoniste se mit à bégayer

L’orateur en resta coi

Le souffleur de verre eut le souffle coupé

Le rouge monta au front du Peau-Rouge

Le Visage Pale pâlit

A moins que, sur ce dernier point, ce ne soit l’inverse !

 

Le jeu du chat et de la souris

21 juin, 2009

Julien se réveille, c’est un nouveau jour d’école. A 9 ans, il n’est plus question de manquer la classe sans motif valable, une bonne grippe par exemple. C’est très pénible de se réveiller, d’abord parce que dès que le nez dépasse le niveau de la couverture, il fait froid de partout et ensuite parce que Julien a eu un rêve agité cette nuit. Les Zoulous de la Planète X21 l’ont attaqué à coups de rayons laser electro-stratosphérique alors qu’il circulait tranquillement dans son vaisseau interstellaire à propulsion tri-atomique dans la proche banlieue de Mars. Il s’en est sorti de justesse, il faudra quand même qu’il en parle au capitaine Haddock, commandant de la super plate-forme spatiale, installée à vingt mille années lumières pour étudier et coloniser les populations d’extra-terrestres. A ces angoisses nocturnes, Julien ajoute des soucis plus terre à terre : depuis quelques jours Papa ne lui parle plus beaucoup, il ne faudrait quand même pas qu’il ne l’aime plus. Mais Julien ne le pense pas : les adultes comme son père ont beaucoup de soucis qui peuvent expliquer un changement de comportement parfois. Julien se demande s’il ne va pas purement et simplement refuser de grandir. Si c’est pour se retrouver dans le même genre de situations que son papa, le jeu n’en vaut pas la chandelle…

Stéphane, le frère de Julien, est levé depuis un moment. La journée au collège s’annonce pourrie, pour adopter son langage habituel. Le grand problème est de savoir s’il ne va pas être interrogé au début du cours d’Histoire. C’est que le père Maresco n’est pas un tendre : une interrogation orale est une vrai torture publique. Même quand vous savez votre leçon, ce qui n’a rien d’évident, Maresco va chercher à vous faire tomber avec des questions pièges, un vrai sadique. Il y a eu hier, dans la cour de récré, une réunion de travail avec les copains pour évaluer les « chances » de chacun d’être interrogé par Maresco. Stéphane sait qu’il est dans le collimateur : voilà longtemps qu’il n’est pas passé au tableau. Il a bien conscience qu’il rentrera tout à l’heure en cours d’Histoire avec le ventre noué, ça le met dans une humeur massacrante. En plus, un souci n’arrivant jamais seul, il craint que Marjorie, la fille de la classe dont il est tombé amoureux dès le jour de la rentrée, ne fasse plus attention à lui. Il ne lui a jamais déclaré ses sentiments : il a bien trop la frousse qu’elle se moque de lui. Mais peut-être qu’il faudrait qu’il le fasse quand même avant qu’elle ne file vers un autre : il a l’impression qu’elle regarde beaucoup le grand Patrick, le mec le plus costaud de la classe.

Lire la suite… »

Séminaire d’entreprise

20 juin, 2009

C’est la nuit ! Minuit et quart exactement. Dans ma chambre, je tourne en rond et ne peux dormir. A dix mètres d’ici, elle est peut-être en train de travailler ou de téléphoner à sa mère ou de chercher le sommeil aussi.

Le premier jour du séminaire que la direction a organisé dans cet hôtel de luxe. Florence était assise en face de moi. En entrant dans la salle de réunion, il y avait eu une lutte sournoise entre plusieurs cadres pour siéger à coté d’elle. Finalement, ce renard de Mercadier, dans un sprint éperdu avait remporté la palme : il était à sa gauche. A trente ans, elle est superbe, Florence. Sa silhouette impeccable est soulignée par ses longs cheveux doux et dorés. Son regard noir respire, si j’ose dire, l’intelligence et la maturité.

Mercadier n’a pas perdu de temps : dès le début de la réunion, il a commencé à l’amuser. Je voyais son visage d’ange tourné vers l’intrus, son sourire s’ouvrant délicieusement sur des dents éclatantes.

J’étais mal placé : je résolus de m’intéresser au discours de notre directeur général. Sous ses airs de play-boy, Duchemin est habile. Il a des costumes faits sur mesure, les chemises aussi probablement. Par comparaison, ses cadres ont tous l’air endimanchés. A quarante-cinq ans, il soigne sa silhouette tous les matins. Il arrive au bureau à dix heures après une heure d’exercices physiques. Son visage de jeune homme, ses yeux verts et dorés, sa facilité d’élocution et accessoirement ses revenus, tout en lui plait aux femmes.

En guise d’introduction, son discours se voulut apaisant, il y mit la touche d’humour convenable :

-« Rassurez-vous, il n’y aura pas de saut à l’élastique… »

Lire la suite… »

Dieu est portugais

19 juin, 2009

Au début, c’était un très vilain bébé contrairement aux autres.
Les nurses ne l’aimaient pas et se le refilaient s’en vergogne.

Sauf Maria qui s’en enticha. Ce bébé était moche mais il lui parlait en portugais.

A l’école les maîtresses le redoutaient, il était toujours aussi vilain.

Sauf  l’institutrice Julie qui s’intéressa à son cas car en dépit de sa laideur, car il élevait des nombres au carré sans faille.

Plus tard, aucune autre femme ne lui accorda d’attention.

Sauf Gilberte qui se maria avec lui car il cuisinait le poulet basquaise à merveille.

Aux impôts, personne ne voulait être dans son service : il faisait peur à tout le monde.

Sauf Henriette qui travailla assidûment avec lui, car il travaillait laid mais bien.

A la fin, Dieu fit la grimace.

Mais Dieu est grand et l’admit en son sein des saints.

C’est dans ces circonstances que Dieu apprit le portugais, l’extraction d’une racine carrée, le poulet basquaise et le remplissage d’une déclaration fiscale.

La soirée de Lucien Grognasson

18 juin, 2009

Ce soir-là alors que les ombres du crépuscule gagnaient son salon, Lucien Grognasson revécut un instant sa grande époque coloniale.

Chaque matin, le major Grognasson, en uniforme blanc impeccable déjeunait sur la terrasse de sa villa alors que la forêt émergeait lentement de son écharpe de brume et que les cacatoès éveillaient de leurs cris rauques une faune inconnue et monstrueuse. 

Dans la cour, son boy Idriss procédait comme chaque jour au lever des couleurs en massacrant l’hymne national sur un vieil électrophone dont il ne se séparait jamais  tandis que les domestiques s’affairaient déjà au ménage et au linge. 

Au loin, les silhouettes déhanchées des femmes du village revenaient du marché en portant de lourdes charges sur le sommet du crâne.     

Ce soir-là, Lucien Grognasson effaça d’un geste las les souvenirs qui l’assaillaient, ouvrit une boite de raviolis, la télé pour suivre une émission de variétés débile et sa feuille d’impôts pour achever sa déclaration fiscale.

Soit V, la vitesse de rotation de la monnaie.

17 juin, 2009

 Quelqu’un trouve un billet. Un beau billet de 10 euros, presque neuf qui avait l’air de l’attendre sur le trottoir au pied d’un platane. Il ne va quand même pas l’empocher ce billet alors qu’à quelques mètres de là, le Pauvre tend la main. Il donne le billet au Pauvre. Le Pauvre préfère les pièces, elles lui donnent l’impression d’être plus riche. Mais il ne va pas mégoter sur des détails, il faut commencer par manger.

Le Pauvre se rend à la gare pour acheter un sandwich au Bar’stop qui accueille de si nombreux voyageurs affamés, en partance ou à la descente de leur train. Le Pauvre donne son billet à la Marchande de Sandwichs qui trouve un peu bizarre qu’un Pauvre puisse se nourrir. Mais avec cette politique gouvernementale de distribution de minima sociaux, il faut s’attendre à tout. La Marchande de Sandwiches lui rend la monnaie et  un thon-salade avec mayonnaise.


La Marchande de Sandwich accueille l’Homme d’Affaires. Il est important, l’Homme d’Affaires. D’ailleurs la Marchande de Sandwich juge sa surface financière à la coupe de son costume. Et puis surtout, l’Homme d’Affaires lui tend un billet de 50 euros. Ce n’est pas tout le monde qui peut réussir cet exploit par les temps qui courent. En retour, la Marchande de Sandwich lui rend le billet du Pauvre, elle juge plus prudent de s’en débarrasser rapidement.

Lire la suite… »

1...301302303304305...323