Le retour de Ben-Hur

3 mars, 2009

Maurice Dumontier se retourne pour la dixième fois dans son lit. Pendant un instant, il retrouve une position qui le décontracte un peu et puis ses tourments reprennent le dessus. Il crève de chaud et retire une couverture. Cinq minutes plus tard il a froid et se recouvre de nouveau. Maurice se dit que, rationnellement, on ne peut pas souffrir à la fois de la chaleur et du froid. Il en déduit qu’il ne sait plus ce qu’il veut.

Calmer sa respiration, détendre ses muscles, se vider l’esprit, Maurice Dumontier a tout essayé. Depuis des semaines, il ne dort plus correctement. Il évite les somnifères, le médecin lui a démontré qu’il encourait un risque d’accoutumance. Malgré son anxiété chronique, Maurice devine que le corps médical a raison.

Le cadran lumineux de son réveil affiche une heure quinze. Il a l’impression qu’il marquait déjà une heure quatorze, il y a trois quarts d’heure. Maurice pense qu’il ne va pas beaucoup dormir, et puis il sait que plus il se dit qu’il ne va pas dormir, plus il aura du mal à trouver le sommeil. En tous cas, regarder le réveille-matin toutes les dix minutes, ça n’arrange rien. Maurice exécute de nouveau un demi-tour.

Il a passé la soirée devant son téléviseur espérant tromper son ennui en revisitant « Ben Hur ». Même pendant la célèbre course de chars, il n’a pas réussi à oublier son spleen. Les images ont défilé sans retenir un instant son attention.

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Le Tribunal en délire

2 mars, 2009

L’Avocat entama son réquisitoire. Il fut très sévère contre l’accusé qu’il était chargé de défendre.

 L’accusé regarda le Président du Tribunal du haut de ses deux mètres. Il le jugea. Petit.

Ca tombait plutôt bien parce que le président s’appelait Petit.

L’assesseur de droite du Président pesta car ses opinions politiques le situaient plutôt à gauche. On ne tenait jamais compte de son avis.

Le Premier Juré échangea un sourire complice avec le Second Juré qui lui-même passa les menottes au Premier Gendarme. Pour rire.

Le Second Gendarme compta fleurette à la Greffière qu’il trouva accorte et à son goût dans sa longue robe noire.

Le Procureur Général se leva majestueusement et demanda à l’Avocat du brigand s’il entendait lui rendre son texte et lui laisser faire son travail.

Le public qui ne comprenait rien, ne fit rien.

Amour et choucroute

1 mars, 2009

C’est le jour de la choucroute. La spécialité alsacienne remplit la cantine. Elle tient la seconde position dans le hit-parade des interruptions méridiennes à grand spectacle. Juste après le couscous. Le plat fétiche des nords africains est un des piliers de la politique des ressources humaines dans l’entreprise. Suchard, le chef du département du personnel, a pu démontrer que lorsque le cuisinier le programme au menu, l’absentéisme diminue nettement dans les bureaux.

Les jours de couscous, les stratégies les plus audacieuses ont été mises au point pour être le mieux et le plus rapidement servi au comptoir. Par un effet extraordinaire, les réunions les plus longues s’achèvent précipitamment à onze heures et demie. A partir de cet instant, tous les motifs sont bons pour arracher la meilleure place dans la file d’attente qui se forme à la porte de la cantine.

Depuis quelques temps, on note également une remontée de l’affluence lorsque le menu priorise le pot-au-feu. Les observateurs les plus assidus rapportent que ce progrès est du à l’adjonction d’une pomme de terre et d’une carotte supplémentaire dans la garniture. Je n’ai pas les résultats de l’étude complète, mais Bouboule, du service courrier est sûr de son affaire. Il a visiblement détourné la nouvelle étude de Suchard sur le sujet. C’est un fait scientifiquement prouvé : la garniture est un élément déterminant dans l’attractivité du pot-au-feu.

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Des mots, Encore des mots, Toujours des mots…

28 février, 2009

J’ai trouvé une astuce vaseuse dans un vase

La presse bayonnaise ne se laissera pas bâillonnée.

Je ne mâche pas mes mots, je les avale directement.

J’ai une calvitie qui se prononce comme elle s’écrit.

J’ai vécu un calvaire à Cavalaire ou alors à Calvi, je ne me souviens lu.

J’ai un souvenir cuisant à feu doux.

Je prends quelques jours de RTT pour faire du VTT.

Je me suis marré comme la baleine qui crut que je me moquai d’elle et me mangea. Tout crû.

Le chien aboya et la caravane s’arrêta pour s’inquiéter de savoir à qui appartenait ce chien qui aboie chaque fois qu’elle passe quelque part.

Le notaire rédigea une minute sans la perdre et sans en perdre une.

J’ai beaucoup d’argent, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai des ennuis d’argent.

On disait d’elle qu’elle avait une poitrine généreuse mais celle-ci n’a jamais rien donné.

Gai, munie d’une sagaie et d’un brin de muguet, la sentinelle gay était aux aguets.

Un manteau rouge dans les bois

27 février, 2009

 Brigitte a préparé le panier de victuailles comme chaque semaine. Sa mère Marie, qui a servi toute la nuit au cabaret du port, dormira très tard avant de reprendre son service pour une nouvelle soirée. A treize ans, Brigitte est une jeune fille qui ne connaît plus l’insouciance de l’enfance : elle sait ce qu’elle a à faire et l’accomplira sans hésitation, jusqu’au bout. Son regard fier étonne dans son visage poupin et rosie. La fillette revêt son passe montagne et son manteau rouges. Des mèches blondes s’échappent de sa coiffe tandis qu’elle s’entoure de son écharpe grise et enfile ses mitaines usées avant de quitter silencieusement la modeste masure où elle vit depuis 13 ans avec Marie, seules depuis que Ben est mort en mer.

Les galoches de Brigitte résonnent sur les pavés humides. A cette heure proche du crépuscule, elle croise quelques rares passants pressés qui la saluent gentiment en opinant de leurs bonnets enfoncés jusqu’aux oreilles. Brigitte aime ce moment où la lumière décline : elle puise dans cette nostalgie des paysages de la sérénité et de la sagesse.

Dans ce port qui s’ouvre sur la Mer du Nord, l’hiver a été rude. Le printemps se fait attendre. Les familles vivent petitement des produits de la pêche et meurent parfois des drames en mer quand les flots dévorent les hommes.

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Soyons flous !

26 février, 2009

Le désordre, l’approximation, l’à-peu-près, la légère imperfection, le détail irritant. Voilà ce qui distingue fondamentalement le genre humain du monde des machines et du règne animal. Votre machine à café fait du café. Elle ne connaîtra jamais cet instant de jouissance intense qui vous envahit lorsque, encore ivre de sommeil et agité de vos rêves érotiques préférés dont un réveille-matin jovial et sans pitié vient de vous extirper, vous prenez conscience en tâtonnant benoîtement dans les placards qu’il n’y a justement plus de café dans votre cuisine et que vous avez omis de vous réapprovisionner.  

Un autre exemple de la supériorité de l’humain ? Votre chat Bertrand (d’ailleurs pourquoi l’avoir appelé du prénom de votre meilleur ami ?), votre chat Bertrand, dis-je, est parfaitement à l’abri de cette excitation si particulière qui gagne l’ensemble de vos muqueuses dès que vous vous rendez compte que vous avez égaré votre trousseau de clé au moment de quitter votre logis pour une dure journée de labeur. En retard, comme d’habitude !

Il faut donc lutter contre toutes les formes d’un soi-disant progrès qui tente de vous rendre la vie plus facile et qui a pour seul résultat de vous déposséder de ces petits moments d’exaltation.

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Choses diverses

25 février, 2009

Les vases sont fâchés. Ils ne se parlent plus. Il n’y a plus de vases communicants.

Le participe est passé tellement vite que je n’ai pas eu le temps de l’accorder, dit l’élève.

Mon identité est complexe, elle vaut plus qu’une pièce.

J’ai suivi une manifestation monstre, mais j’ai été déçu, il n’y avait pas de monstres.

La manifestation se déroulait dans un quartier sensible, tout le monde pleurait.

Il alluma la lumière, on se  demande bien ce qu’il aurait pu lui faire d’autre compte tenu du fait que la pièce était éteinte lorsqu’il est entré.

Monsieur Artaban était-il vraiment fier de lui ?

Pourquoi dit-on qu’une chandelle est fière ? Il n’y a pas de quoi…

Il ne faut pas tuer la poule aux œufs en chocolat surtout si l’on aime le chocolat.

Il faut prévenir les maladies… qu’elles risquent de provoquer des malades.

Un enfoiré

23 février, 2009

Ouragan Apaisé déambulait dans le village en réfléchissant gravement aux évènements qui agitaient la tribu. La fraîcheur matinale obligeait les vieilles squaws à se couvrir d’une couverture en sortant de leurs tipis. Mais le Comanche savait que le soleil qui se dissimulait encore, s’élèverait bientôt, haut dans le ciel. Les femmes étaient déjà revenues de leur corvée de bois sec, elles avaient allumé des feux pendant que les enfants se chamaillaient en tournoyant autour de leurs jupes. Les guerriers âgés vérifiaient des armes alors que les jeunes gens étaient partis pour la chasse depuis longtemps.

Ouragan Apaisé connaissait chacun des membres de cette tribu. Il aimait à s’arrêter auprès de chaque foyer pour converser avec les uns et les autres. Il appartenait aujourd’hui au Conseil des Sages et ses avis étaient reconnus pour leur pondération et leur subtilité. Lorsqu’il était enfant, ses amis recouraient déjà à ses services pour trancher des litiges.

Présentement la situation politique de son village présentait une grave difficulté. Cheval Fourbu venait de rejoindre les mânes de ses ancêtres sans laisser de descendant de sexe masculin. Il était évidemment inenvisageable de consacrer l’une de ses filles à la tête de sa tribu. Le Conseil des Sages avaient longuement délibéré pour décider de l’attitude à adopter devant une situation que personne n’avait connue à ce jour.

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La marquise revient….

22 février, 2009

L’homme du peuple aborda le Roi.

- Que veux-tu manant ? s’indigna le Roi

- Oui que veut-il ce manant ?  répéta servilement la suite du Roi d’une seule voix.

L’homme du peuple dit qu’il s’appelait Martin et non pas manant et qu’il voudrait un peu plus d’argent pour vivre.

-          De l’argent ? Combien gagnes-tu par mois ?

L’homme du peuple répondit qu’il ne gagnait rien étant donné qu’il était corvéable et taillable à la merci de son seigneur. Le Roi se dit, qu’en effet, il y avait là un petit problème social.

La Marquise qui fort opportunément, se trouvait dans la suite royale, sentant vibrer la sensibilité de sa Majesté toujours très à l’écoute de son peuple, fit une proposition salariale :

-          Sire, trois pièces d’or pour ce brave homme ! Ce pourrait être une bonne plate-forme pour démarrer d’éventuelles négociations !

-          Très bonne idée, Marquise !

Le Roi se tourna vers son Ministre des Finances, lequel avait déjà signifié à sa Majesté que les caisses royales étaient épuisées sans compter les dettes de la Reine auprès de ses fournisseurs vestimentaires qui se révélaient particulièrement insistants.

-          Ministre ! Comptez donc trois pièces d’or à ce brave homme ! Soyez donc un peu à l’écoute des plus fragiles de notre peuple ! Parbleu !

La Marquise frétilla d’aise : elle venait de marquer un point aux dépens de ce Ministre qu’elle honnissait, Monsieur de Bercy.

Mais l’homme du peuple, ayant empoché sa subvention, ne s’éclipsa pas.

-          Quoi, encore ? S’impatienta sa Majesté

-          Sire, je voudrais de la considération !

-          De la quoi ?

Pris au dépourvu par un mot qu’il ne connaissait pas, Sa Majesté se tourna vers la Marquise en l’interrogeant du regard. La Marquise qui, elle non plus, n’avait jamais entendu parler de considération pour le peuple, hésita un instant. Puis, elle interpella le Ministre des Finances :

- Vous avez entendu Monsieur de Bercy ? Veuillez donner un peu de considération à ce brave homme !

Le moral des français est beaucoup plus élevé que ce qu’on raconte……

21 février, 2009

Epargnant au revenu modeste, ravi d’ouvrir un livret A dès l’ouverture de sa banque…

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