Mademoiselle Houspillon

3 novembre, 2009

Ce fut la traversée du désert. La vraie. Il y a encore douze mois, j’étais derrière mon bureau. Je commandais, j’ordonnais et une armée d’exécutants exécutait. Enfin… une petite armée, composée d’une vingtaine de vendeurs, de gestionnaires et de Wanda ma secrétaire.

Je n’ai encore pas compris cette façon de se prendre pour Dieu le Père qui s’empare de vous dès que la vie professionnelle vous met en situation de faire faire ce que vous voulez à un autre ou une autre qui n’a pas eu la même chance que vous. Je me suis conduis aussi bêtement que n’importe quel chefaillon, fasciné par le petit bout de pouvoir que je croyais exercer au sein d’une entreprise de fabrication de cuisines dont je n’ai même pas vu venir la fin et l’absorption.

Il y a douze mois, je pensais tout savoir des hommes, des  femmes. J’avais des idées sur tout, notamment sur les meilleures manières de les faire bosser. J’étais nanti d’un diplôme supérieur en management autant dire que ma conception d’une vie optimale dans une collectivité laborieuse relevait du fantasme.

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Des bruits qui courent.

2 novembre, 2009

Max n’articulait pas : il émettait souvent des borborygmes indistincts.
Il aimait s’asseoir au bord de la fontaine pour écouter le gargouillis de l’eau.

Le bruissement des feuillages dans le vent l’apaisait.

Lorsqu’il avait faim son estomac émettait des gargouillements.

Alors, il se levait et traversait la rumeur de la foule.

Certains piétons grommelaient, d’autres marmonnaient.

Dans le grouillement des magasins, il achetait un croissant à un boulanger qui bougonnait.

Puis, il retournait s’installer à l’écart pour écouter le murmure de la nature.

Le secret de Bernadette Ponchon

1 novembre, 2009

C’est pas possible ! C’est pas possible ! Bernadette Ponchon n’en revient pas. Vingt ans de voisinage, de bavardages et de commérages et voilà huit jours qu’elle n’a plus de nouvelles de Julienne Petitgrain qui habite à deux immeubles du sien !  Sans un mot d’explication ! Sans rien ! C’est pas possible ! Il a du arriver quelque chose à Julienne !

Derrière sa fenêtre, elle aperçoit  qu’un petit groupe s’est formé devant l’adresse de son amie. Il faut absolument qu’elle aille s’informer. Bernadette noue rapidement son fichu à carreaux bleus et blancs sur ses cheveux gris, décroche son manteau éliminé qui fera bien encore une saison et s’empresse de sortir. En dandinant fortement sa forte corpulence, elle se propulse jusqu’à l’attroupement qui piétine sur le trottoir

 Il y a là Micheline, Louisette et Victorine, les habituées qui s’interrogent les unes les autres.

-          Et toi, tu l’as vu ? Quand ?

-          Elle avait l’air comment ?

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C’est le pied !…

31 octobre, 2009

Un menu pied féminin rencontre un pied masculin grossier et velu.

Le pied masculin devrait aller chez le pédicure, dit le pied féminin.

Mais le pied masculin dit qu’il n’en a cure du pédicure.

Il propose au pied féminin une ballade pédestre.

Ce soir, ils pourraient se promener sous la voûte céleste en plantant leurs yeux de perdrix dans les étoiles.

Ce serait ainsi une voûte plantaire, dit-il en se tordant de rire.

Le pied féminin trouve que les chevilles du pied masculin enflent trop vite.

Elle a l’estomac dans les talons.

Elle fait savoir au pied masculin qu’il les lui casse.

Ce dernier n’est donc pas prêt de prendre le sien.

Le pied masculin ne sachant pas sur lequel il doit danser, rentre chez lui.

A pied.

Ça les lui fera, pense le pied féminin.

 

N’importe quoi !

30 octobre, 2009

L’aïeule m’attend auprès du tilleul avec un glaïeul,

Tandis que ma tante épatante patiente dans la salle d’attente.

L’instituteur et son tuteur sont avec le buteur.

Un mariole joue de la viole dans une carriole en buvant une fiole.

Un manchot dans son cachot crève de chaud,

Alors que l’horloger n’arrive pas à se loger.

Et que le pou laid démange le poulet.

Un caustique astique avec de l’encaustique

Tandis que l’andouille magouille

Pour monter sur le paquebot pas beau.

Et comme par hasard, Balthazar est en retard.

Les gens d’en haut, les gens d’en bas

29 octobre, 2009

Un jour, Martin lévita. Il ne sut pas pourquoi : une modification de la composition chimique de son corps ou une altération du champ magnétique qui l’entourait ou encore une espèce d’expérience qui aurait été tentée par des extraterrestres qui l’auraient choisi au hasard dans la foule. Il ne connut pas la raison de ce phénomène paranormal, mais il lévita.

La première fois qu’il s’en aperçut, il traversait la rue. Il était un peu en retard. Nestor Boulin, son directeur général n’aimait pas trop qu’on en prenne à l’aise avec l’horaire. Martin pressa donc le pas et se sentit soudain transporté d’un seul coup d’aile, si l’on ose dire, jusqu’au trottoir opposé. Absorbés par leurs préoccupations matinales, les passants n’y prêtèrent pas attention.

Au début, effaré par cette découverte, Martin n’osa pas en faire une démonstration publique. Chez lui, au bureau, dans la rue, on le voyait marcher précautionneusement, comme sur une rangée d’œufs, en prenant garde de ne pas appuyer fortement sa voûte plantaire sur le sol. Dès qu’un contact trop prononcé se produisait entre son pied et la terre ferme, Martin prenait son envol sur plusieurs dizaines de mètres.

Martin se résolut à un rendez-vous chez le docteur Dufourneau. On disait le plus grand bien de ses méthodes thérapeutiques dans des cas apparemment inhabituels. Le docteur Dufourneau prit le temps de rajuster ses lorgnons, de gratter les quelques cheveux blancs qui lui restaient sur le sommet du crâne avant de déclarer que tout cela lui semblait bizarre, surtout après que Martin lui ait asséné une démonstration de vol au-dessus de son propre bureau.

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Lumière.

28 octobre, 2009

En marchant sous le soleil qui brillait,

Il pensait à la lumière de ses jours.

Sans aucun doute, elle était la clarté de son existence.

Tel Diogène, il cherchait, bougie à la main, une femme depuis si longtemps.

Il l’avait trouvée aux Nouvelles Galeries, au rayon des luminaires.

Elle cherchait une lampe de chevet.

Il s’arrêta pile devant elle et sentit son cœur se mettre en torche.

Elle était le phare qui guiderait son chemin.

En marchant sous le soleil qui brillait,

Il pensait qu’il fallait lui déclarer sa flamme

Lorsqu’il constata qu’il s’était fait une ampoule.

Au pied.

 

Robert et René

27 octobre, 2009

Je suis Robert, le plus beau diplodocus du troupeau. Avec mes 33 tonnes comme poids de forme, mes 24 mètres de long et mes 5 mètres de hauteur, je ne crains personne dans les bagarres. Eventuellement, je peux compter sur mon copain René, un petit gringalet de 29 tonnes et demi. Un peu plus léger, il sait très bien prendre cet air féroce qui emplit nos adversaires de frayeurs. Notre queue longue de six à sept mètres constitue notre arme décisive. René s’en sert comme d’un fouet. Il peut cisailler un tronc d’arbre d’un seul coup d’appendice : inutile de dire qu’un tel choc expédie ad patres n’importe quel assaillant mal intentionné.

Comme tous les êtres de notre espèce nous nous déplaçons en groupe, en positionnant les enfants au milieu de nous pour mieux les protéger. Mieux les surveiller aussi d’ailleurs, certains turbulents que je ne nommerai pas, n’hésitant pas à s’échapper au loin du troupeau pour jouer les grands, du haut de leur sept mille kilos tous mouillés. René excelle à les ramener tout en leur distillant une bonne leçon de morale.

Nous allons de forêts en forêts nous régalant de verdure et de plantes. Il en faut pour nourrir d’aussi grands corps que les nôtres. Dans ces temps incertains, notre force tranquille nous assure une relative quiétude. Les stégosaures, herbivores comme nous, nous saluent respectueusement de loin. Les grands carnivores n’ont pas spécialement envie de se faire piétiner et s’en prennent à d’autres gibiers. Il ne s’en faudrait pas de beaucoup pour que nous soyons les rois de la Terre. La semaine dernière, trois cératosores se sont infiltrés dans nos rangs pour aguicher nos femmes. René et moi, nous nous sommes énervés. Je ne sais pas si vous imaginez la scène, mais deux dinosaures de 60 000 kilos à eux deux qui se mettent en colère, ça fait du bruit !

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Le Prince pinceur

26 octobre, 2009

Le Prince est un vrai pince sans rire.

Ce Prince en pince pour la duchesse qui s’enfuit à toute vitesse.

Elle court se plaindre au Duc qui élève des rapaces dans sa ferme ; le Duc possède un magnifique Grand Duc.

Le Prince pince alors le derrière de l’exquise Marquise qui prend aussitôt le maquis.

Le Comte intervient alors : le comte va régler son compte au Prince pinceur.

Mais le Marquis marque sa surprise : la Marquise est l’acquis du Marquis.

Le Comte ne doit pas compter conter des fariboles à la Marquise après l’avoir délivrée des pinces du Prince.

Le Prince pince ensuite la Baronne qui maronne et se réfugie chez le Baron.

Le Baron soupe en buvant et mangeant beaucoup : le Baron rond mange des marrons.

Faute de mieux, le Prince pince alors le vicomte, un ami qui compte pour le comte

Celui qui voulait choisir ses rêves

25 octobre, 2009

Je marche dans ce tunnel noir depuis un bon moment, un bâton de berger à la main pour faciliter ma progression. Je marche, mais sans avoir l’impression d’avancer comme si je me mouvais dans un paquet de coton. Ce n’est pas très intéressant comme rêve ! Enfin ! C’est toujours mieux que la nuit pendant laquelle j’ai perdu toutes mes dents. Dès le lendemain matin, j’ai du copieusement enguirlander mon dentiste. Il n’avait pas l’air de vraiment comprendre mon problème, mais j’ai été intraitable sur la maladresse de ses soins.

Soudain me voici dans la cour du collège. D’habitude, personne ne veut de moi pour les parties de foot. Ma frêle constitution, ma lenteur, mes erreurs d’appréciation découragent les capitaines. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’absents. Ils ont été obligés de faire appel à mes services pour compléter une de leurs équipes. Je déboule sur l’aile gauche et j’expédie un shoot imparable dans la lucarne. Martinaud, le rugueux demi centre, me regarde enfin d’un air intéressé. Je le toise avec la mine supérieure du joueur qui se sait nettement au-dessus des autres tout en ayant la magnanimité de celui qui n’en laisse rien paraître. Martinaud me reprendra dans son équipe la prochaine fois, c’est sûr. Surtout s’il veut que je lui passe les solutions du devoir de maths.

Me revoilà rejeté dans mon tunnel et ça n’avance toujours pas. Je voudrais zapper ! Un autre rêve s’il vous plait !

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