Histoire de bouche et de nez

5 septembre, 2009

Jean courait à perdre haleine.

Mais il ne manquait pas de souffle.

Il respirait la santé en avalant de nombreux jus de fruits bariolés.

Il inhalait le grand air des montagnes pendant l’été.

Dès les mauvais jours, il s’installait en bord de mer car il aspirait à la quiétude.

Là, il était très absorbé par son travail.

Parfois il écrivait des heures sans avaler le moindre aliment.

Au printemps, il prenait enfin une bouffée de fraîcheur en humant

 les premières senteurs du jardin.

A la fin de sa vie, il avait adopté un chien qui reniflait souvent.

Chose surréaliste

4 septembre, 2009

Sa chaise le suivait partout comme un chien.

Son chien parlait au portemanteau qui n’y comprenait que gouttes.
Les gouttes de pluie s’engouffraient par la baie restée ouverte.

La baie disait qu’elle n’avait pas vu un tel déluge depuis des lustres.

Le lustre s’inquiétait car le facteur n’était pas encore passé.

Le passé remontait à la surface de la baignoire.

La baignoire s’entretenait des derniers évènements avec le savon.

Le savon venait de passer sur son fils, pris les doigts dans la confiture.

La confiture se chamaillait avec sa feuille d’impôt.

L’impôt était prélevé sur l’assiette.

L’assiette avait le couvert assuré.

L’assuré social entra et prit sa chaise.

Qui, du coup, cessa de le suivre….

Un moment d’hésitation

3 septembre, 2009

 Il allait monter dans le train Orient Express Venise lorsque Luigi hésita. Bertille était déjà installée dans le compartiment réservé au jeune couple. Il fallait la rejoindre rapidement. Ce mariage avait été arrangé par son père. Luigi avait été convoqué un soir d’automne dans le bureau paternel pour entendre les mesures qu’avait prises le vieil Emilio pour sceller son destin. On ne résistait pas au vieil Emilio puisque le roi de la casserole avait résisté à tout : mai 68, l’arrivée des chinois sur le marché, la crise. L’immigré italien régnait sur les ustensiles ménagers depuis plusieurs décennies sans l’ombre d’une anicroche économique : un expansion régulière, des bénéfices permanents, des actionnaires heureux, aucun licenciement de salariés, mais une main de fer.

A l’aube de ses quatre vingt cinq ans, l’aristocrate sentant probablement sa fin prochaine avait été saisi d’une nouvelle ambition. Laisser sa marque dans les esprits. Et pour parler à son prochain, il fallait s’approprier les médias. De cette réflexion était née l’idée d’unir Luigi et Bertille, la fille d’Aymar Di Salvio. La famille Di Salvio présentait le double avantage d’être d’ascendance napolitaine et d’être propriétaire d’un des plus grands groupes de presse du pays. Bien entendu, Emilio n’avait aucune intention de se préoccuper de l’avis et encore moins du sentiment des deux futurs époux.

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Chantons!…. Enfin essayons!

2 septembre, 2009

Vladimir sort avec Natacha. La place Rouge est blanche, il faut dire qu’il a beaucoup neigé la nuit dernière et que les chasse-neige d’un modèle ancien ne supportent pas les grands froids.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle. Enfin, Paulo essaie de les ramasser à la pelle, mais beaucoup s’échappent poussées par le vent fripon. Ce serait beaucoup plus pratique avec un aspirateur adapté comme il en existe dans le commerce, mais la municipalité n’a plus de crédits. Seuls les manches de pelle très usagés on été remplacés.

Maurice arrive à Pôle Emploi comme tous les matins depuis quarante ans. Il parait que c’est comme ça qu’il faut dire maintenant. Qu’ont-ils fait de l’ANPE ? Maurice était le poinçonneur des Lilas. Il n’y a plus de place correspondant à sa qualification. Le conseiller ne le conseille plus : Maurice ne sait faire que des petits trous. Il faudrait lui trouver quelque chose à percer, il pourrait démontrer son savoir-faire.

Les portes du pénitencier vont bientôt se refermer. Enfin… ce n’est pas sur. Comme tout est commandé électroniquement maintenant, ça marche quand ça veut !

J’entends siffler le train. C’est d’ailleurs assez curieux parce qu’on ne peut plus dire aujourd’hui que le TGV émet un sifflement. Peut-être pourrait-on parler d’un feulement métallique, à la rigueur ! Ce doit être l’Autre. Je lui avais pourtant bien dit d’aller siffler sur la colline en cueillant un bouquet d’églantine.

J’aurais voulu être un artiste

1 septembre, 2009

  -          Je l’ai étranglé pour être célèbre… 

Le Commissaire Mariani avait écouté cette confession sans marquer de surprise. Il en avait tant entendu dans sa carrière que la confession d’un esprit dérangé ne pouvait pas le désarçonner. L’enquête allait être facile ce qui lui permettrait d’aller tranquillement au golf le prochain week-end pour travailler un peu son swing.

Dans ce quartier résidentiel, toutes les maisons se ressemblaient plus ou moins. Des volets fraîchement repeints, des façades d’un monotone ton pastel, des petits bouts de gazon destinés à donner un air pseudo champêtre à l’ensemble du lotissement. En été, par-dessus les mêmes haies, les voisins se saluaient cérémonieusement tout en manipulant les mêmes tondeuses qui pétaradaient joyeusement entre les mêmes massifs floraux.

L’homme avait sagement attendu la police aux cotés de sa victime dont le corps était allongé le long de sa piscine dans un peignoir de bain d’un rose fuchsia que le Commissaire trouva d’un certain mauvais goût. Un parasol à la gloire d’une boisson gazeuse semblait encore le protéger du soleil accablant d’un mois de juillet étouffant.

L’homme se nommait Ducard. Maurice Ducard. Il avoua d’emblée au Commissaire Mariani qu’il avait horreur de son prénom. Le policier lui répondit flegmatiquement que là n’était pas la question pour le moment et qu’on allait l’emmener au Commissariat pour un premier interrogatoire.

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L’histoire animale de Cunégonde et Hilaire

31 août, 2009

Cunégonde était une femme à cheval sur les principes.

Elle attrapait la mouche facilement quand on l’énervait.

Elle n’aimait pas l’eau, préférant le plancher des vaches.

Tout le monde connaissait sa démarche en canard.

Son mari Hilaire mangeait comme un cochon.

Rusé comme un regard, il lézardait souvent au soleil.

Il prétendait souvent être fatigué car il courrait plusieurs lièvres à la fois.
Cunégonde, ayant une mémoire d’éléphant, ne le croyait pas.

Parfois, elle rugissait après lui comme une lionne.

Hilaire s’agenouillait alors en la suppliant : « Mon poussin ! »

 

Kidnapping

30 août, 2009

Le noir complet. J’ai les yeux bandés et les mains entravées. Probablement ligotées aux montants d’un lit puisque je suis couché. J’ai la bouche pâteuse et la tête lourde. Ils ont du me drogué et j’ai sûrement dormi pendant plusieurs heures. Je n’ai plus la moindre notion du temps. En résumé, j’ai été enlevé.

J’ai l’impression d’avoir fait des cauchemars délirants. Un carrelage noir et blanc tanguait sous mes yeux tandis qu’un curé en soutane psalmodiait au loin dans une langue inconnue. Puis la neige m’a enseveli peu à peu alors que des enfants en pèlerine sombre défilaient en chantant.

Soudain, une main déchire mon bandeau. Un éblouissement. Puis mes rétines se calment et je les dévisage. Dévisager est un grand mot, car je ne distingue justement pas leurs traits. Ils sont six, tous vêtus d’une longue robe monastique et d’une cagoule pointue qui me dissimule leur physionomie à l’exception de leurs regards luisants. Leurs yeux me fusillent sur place. C’est bien ma veine : je suis tombé sur une espèce de secte de dégénérés, façon Klux-Klux-Klan des  années soixante. Cinq d’entre eux sont vêtus de noir. Les mains dans les manches, dans une attitude soumise, ils attendent que le sixième prenne la parole. Lui a droit à porter un uniforme immaculé. Pour compléter sa mise en scène, il porte une arme blanche à son ceinturon. Ce doit être le Chef.

Il s’avance au pied du lit et me prévient d’une voix gutturale que je suis leur prisonnier. Je lui réponds que j’ai remarqué et que, jusque là, nos points de vue concordent. Le « Chef » me fait savoir que, dans ce genre de situation, il serait convenable que je ne fasse pas le malin et que j’obéisse servilement. Contrairement à ce qu’il croit connaître de mes habitudes, c’est lui désormais qui me commande et qui décidera de mon sort. Pas de bêtises !

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Tentations

29 août, 2009

Reprendre deux fois du dessert.

Se vautrer sur le divan en regardant le foot à la télé.

Glisser la poussière sous le tapis.

Rester au lit jusqu’à midi.

Bidonner son rapport d’activité annuel.

Se vautrer sur le divan en regardant le foot à la télé ET en buvant de la bière.

Entasser la vaisselle dans l’évier pour voir si elle se lave toute seule.

Faire sonner son portable pour s’échapper d’une réunion gênante.

Laisser couler l’eau en se lavant les dents parce que c’est plus pratique.

Faire semblant de ne pas avoir vu qu’on a éraflé la voiture d’à coté en se garant.

Dire du bien de son patron quand c’est nécessaire.

Dire du mal de son patron quand c’est nécessaire.

Sainte Nitouche, délivrez nous de la tentation !

 

Ponctuation

27 août, 2009

En ouvrant son journal dans le train qui le mène à son bureau, Paulo se dit qu’il va mettre son niveau d’information au point.

La rubrique politique dévoile les méfaits d’un ministre coquin : Paulo pousse un exclamation.

En lisant la météo, il s’aperçoit que l’on a prédit un grand soleil alors qu’il pleut à verse depuis trois jours. Paulo est saisit d’une interrogation.

A la page sport, il est informé que son joueur de foot préféré est sous le coup d’une suspension.

Dans un article scientifique, un grand savant démontre que l’existence de l’homme n’est, au sein de l’espace temps, qu’une minuscule virgule.

Arrivée aux faits divers, il tombe sur une photo qui l’apostrophe.

Guillemette, sa voisine de trajet, s’inquiète.

Mais Paulo, ponctuant sa réponse d’un sourire navré, répond que son chanteur préféré de

la Star Ac a, à sa jeune carrière, mis un point final.

Notre mère nourricière

26 août, 2009

Ce 20 juillet 2098, la journaliste Pamela Mercadier et son cameraman Jean Dubillard sont passés chez leurs notaires respectifs pour signer leur testament.

Pamela est une jeune femme qui n’a pas froid à ses yeux vert émeraude. Des risques, elle en a toujours pris. Sa queue de cheval blonde et son énergie farouche sont connus et respectés dans toute la profession. Mais aujourd’hui, elle sait que la partie sera serrée. Dubillard partage avec sa compagne un goût immodéré pour l’aventure. Il a promené son crâne rasé, ses yeux gris et son allure décontractée  sur tous les théâtres d’opérations journalistiques à grand spectacle Ils ont été en reportage sur tous les points chauds de la planète : l’Afghanistan, l’Iran, l’Indonésie. Des pays où l’on n’en finit pas de se battre. Mais cette fois-ci, ils prennent un risque insensé : un reportage en Limousin.

Depuis soixante dix ans, les villes se sont largement étalées en tâche d’huile. Les campagnes sont désertées. La plupart sont laissées à l’abandon. Il semble même que des brigands de grands chemins fassent de nouveau la loi dans certaines forêts en rançonnant les imprudents qui s’y aventurent, comme au Moyen-âge. 

Mais à 100 kilomètres de Limoges, sur les hauteurs verdoyantes du plateau de Millevaches, un arriéré résiste. Il s’est taillé une réputation nationale : c’était le dernier paysan français. Le dernier des Mohicans comme il se surnomme lui-même.

En ces temps de concurrence acharnée entre chaînes de télévision, Luc Morin, le rédacteur en chef a désigné deux volontaires pour aller enquêter pendant une journée sur la vie de cet individu que personne n’ose aborder tant son existence parait étrange.

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