Le poète

13 janvier, 2009

Il a beau regarder, les feuilles mortes tombent droit au pied des arbres. Elles ne s’envolent pas dans la bise légère de l’automne comme de grands papillons roux. L’hiver, la neige se transforme instantanément en boue grise informe devant son immeuble. Elle ne recouvre pas la ville de son blanc manteau comme un linceul immaculé. Au printemps, c’est encore pire. Les arbres squelettiques de la cour bourgeonnent certes, mais le pollen des végétaux, poussé par le vent du sud envahit l’immeuble et lui provoque des sinusites insupportables. Il ne peut pas décrire la renaissance de la vie quand celle-ci semble le fuir par les naseaux. En été, les rayons de l’astre solaire frappent durement ses fenêtres au lieu de faire danser la blondeur des champs de blé qu’il aurait, de toute façon, bien du mal à apercevoir depuis le quinzième étage  de son HLM.

Comment voulez-vous dans ces conditions que le poète fasse un travail convenable ?

Tintin

L’ordre

13 janvier, 2009

Comme disait je ne sais plus qui, l’ordre est un désordre auquel on ne s’attend pas. A moins que ce soit l’inverse.

Tintin

Notre rubrique sportive

12 janvier, 2009

Qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Non, mais qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Dire que je pouvais un courir un petit critérium bien tranquille à Plougastel ! A cette époque de l’année, c’est charmant la Bretagne… Eh bien non ! Il a fallu que je fasse mon malin en acceptant un remplacement pour Paris-Roubaix.

Il est vrai que j’ai éprouvé le besoin de me distinguer au mois de mars, dans Paris-Nice, dans l’étape de Saint-Etienne, pour être précis. J’ai gagné le sprint intermédiaire à Saint-Martin-la-Plaine. Mon directeur sportif en a déduit que je monte en puissance, comme il dit, et que je vais surprendre tout le monde. Pour ce qui est de surprendre, je surprends. Il n’a pas encore compris que j’ai simplement voulu passer en tête dans mon village natal. Bref, quand Van Bruycken a déclaré forfait pour Paris-Roubaix, il est venu me chercher. A 19 ans, je me suis senti particulièrement flatté de participer à mon premier Paris-Roubaix en compagnie des grosses pointures du vélo mondial.

En junior, j’ai gagné toutes les courses les plus fréquentées, du moins dans mon département. Mon passage chez les seniors s’est donc imposé. Mais je n’avais pas vraiment envisagé de débarquer sur le Paris-Roubaix des professionnels aussi rapidement. Très fier de moi, j’ai accepté. Le coach a même laissé entendre que, si tout se passait bien… on pourrait peut-être parler d’une sélection pour le Tour de France. Alors là, dans ces conditions, évidemment !….

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Au secours le bloggeur revient!

11 janvier, 2009

Bloggeur faisant un dessin pour tous ceux qui auront la flemme de lire son blog…

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Histoire humaine

11 janvier, 2009

Au début des temps, les hommes se déplaçaient en horde, tels des loups à la recherche de leur pitance ou d’un peu de chaleur. Les plus faibles mouraient de maladies, d’accidents, dévorés par des bêtes féroces ou noyés en franchissant des torrents furieux. Seuls les plus costauds subsistaient.

Puis les hommes ayant appris à cultiver la terre, se fixèrent sur un territoire, généralement une clairière traversée par un ruisseau source de vie, au milieu d’une forêt hostile. Il leur fallut alors se compter, attribuer une parcelle égale à chacun, prévoir les dépenses collectives et la contribution de chaque foyer, organiser la défense du village contre les ennemis. En un mot, l’homme inventa l’Administration.

L’homme s’attacha à sa terre. Il finit par ressentir un lien consubstantiel avec elle : on était du Nord, du Midi, de la plaine, de la montagne, de la fôret et dans chaque lieu se cultivait des traditions dont les originaires tiraient une grande fierté.

Les conditions de vie étaient néanmoins précaires. L’homme devait énormément travailler pour subsister. Les villages étaient inégalement dotés de richesses par la nature si bien que les hommes guerroyaient fréquemment pour s’attribuer le territoire du voisin sous les prétextes les plus divers.

Intervint le Progrès Technique. L’homme inventa des machines compliquées, aptes à faire des travaux pénibles à sa place. L’humanité se divisa en deux camps : une petite minorité détenait ces machines et employait l’immense majorité des hommes pour faire fonctionner les dites machines. Ces machines devenaient de plus en plus performantes si bien que leur production excédait largement les besoins des hommes.

Intervint alors le Chômage. Pour éviter la surproduction, il fallait faire travailler moins d’hommes. Mais le hommes qui connaissaient le chômage protestèrent : ils avaient besoin de travailler pour élever leur famille. La solution vint alors naturellement : au lieu de rester attachés à leur terre, ils n’avaient qu’à déménager là où il y avait encore de l’emploi.

C’est ainsi qu’à la fin des temps les hommes se déplaçaient en horde, à la recherche de leur pitance.

Tintin

Entre bourgeois

10 janvier, 2009

Monsieur Menard et mon père ont pris place dans les deux fauteuils, proches l’un de l’autre pour mieux causer. Monsieur Ménard n’est pas assis, il est vautré. Sa panse proéminente ne lui permet pas d’autre attitude. Il tire fréquemment sa montre de son gousset comme si le temps lui pesait. Son visage s’anime lorsqu’il parle de ses affaires et de sa banque : sa lippe graisseuse gesticule alors entre ses bajoues adipeuses tandis que son regard scrute son interlocuteur dont il cherche à mesurer la fortune et donc l’intérêt pour son établissement. Mon père l’écoute d’un air fatigué : visiblement, cette rencontre de pure forme l’ennuie à mourir. Il passe fréquemment sa main sur son front glabre. Ses petits yeux bleus s’attardent fréquemment sur le portrait de son beau-père trônant depuis vingt longues années sur le manteau de la cheminée. Je crois qu’ils ne s’aimaient pas.

Madame Ménard et ma mère occupent les deux extrémités du canapé. La distance entre elles semble indiquer leur prudence respective. Elles avaient le devoir de se rencontrer mais elles devaient se jauger et se juger avant d’établir le niveau de leur éventuelle relation. Madame Ménard se tient droite : elle n’appuie pas son dos. C’est ainsi que l’on doit s’asseoir. Elle est vêtue de noir et parle d’un ton monocorde. Tout est pincé chez elle : l’attitude, les lèvres, les doigts décharnés. Ses yeux inexpressifs m’ont détaillée dès l’entrée : je me demande si je ne la dégoûte pas. Ma mère tient son rang. Sous ses cheveux blonds tirés en arrière, ses joues fardées, et ses lèvres rougies, elle sait, elle aussi, les bonnes manières. Elle a attaqué très fort sur le temps qu’il fait en ce début d’été un peu chaud, sans doute, mais si agréable le soir venu sous les frondaisons du jardin. Madame Ménard en convient tout en introduisant une nuance majeure : il ne faudrait pas qu’un tel mois de juin soit annonciateur d’orages violents comme cela arrive parfois. Les récoltes attendues dans les vastes propriétés du couple pourraient en souffrir.

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Un débat d’idées

9 janvier, 2009

Le sociologue monte dans le bus. Le véhicule est à moitié rempli de gens aux regards aux trois quarts glauques. A sept heures du matin, l’ambiance est morose, mais il est content, le sociologue, il dit qu’il a sous les yeux une microsociété qu’il va pouvoir étudier. Son voisin immédiat s’inquiète : 

-         Une micro quoi ? 

Le sociologue l’interroge sur son occupation. L’homme se gratte le menton en répondant qu’il va s’embaucher sur le chantier du lycée voisin. Mais il fait froid, il ne sait pas encore si l’on travaillera aujourd’hui. Dans le bâtiment, il dit que ça vient, ça va. Le sociologue dit qu’il comprend. L’homme rétorque qu’il ne croit pas qu’un sociologue comprenne. 

Une jeune noire se lève pour demander au sociologue s’il y a une place pour elle dans sa microsociété parce que, dans l’autre, la vraie, personne ne se presse pour l’accueillir. Le sociologue est content : il sent montée une vraie difficulté sociale dans le peuple.

Un jeune beur confirme : il s’exclame qu’il est un jeune en difficultés, il a même de plus en plus de difficultés à supporter les sociologues.   

Le sociologue se tourne vers une forte ménagère et la questionne sur la raison de sa présence dans ce bus. La bonne femme lui demande si ça le regarde. Un monsieur bien mis intervient en disons « Allons, allons, cet homme fait son travail de sociologue ! ». Il ajoute qu’il est prof de maths ce qui n’a pas grand-chose à voir avec la situation. Le jeune beur et la forte ménagère opinent du bonnet en ajoutant que le sociologue commence à les énerver. Ils se coalisent contre le sociologue et le monsieur bien mis, aidés par un barbu à qui personne n’avait rien demandé. 

Et c’est ainsi qu’à l’arrêt suivant, le sociologue hilare se retrouve sur le trottoir les quatre fers en l’air. Il se tourne vers le monsieur bien mis qui l’a accompagné dans son infortune et qui rajuste son lorgnon : 

-         Vous avez vu : ça c’est du débat d’idées ! dit le sociologue    Tintin

Tout contre

8 janvier, 2009

Monsieur Grognasson est contre l’euro. D’ailleurs, il a voté contre mais on n’a pas tenu compte de son avis. Résultat : il mélange entre elles les petites pièces couleur cuivre, les argentées  aussi d’ailleurs. Et  puis, il est obligé de tout multiplier par 7 pour revenir aux francs, il se trompe souvent car il a été absent à l’école le jour de la table des 7.

Il est contre le travail le dimanche, enfin pour lui en tous les cas. Et puis contre le travail, les autres jours de la semaine aussi.

Monsieur Grognasson est contre l’usage de la paire de bretelles, il trouve que ça le vieillit. Il est également opposé au port du béret, du képi et du casque intégral.

Il est contre la gauche, la droite, le centre, la violence, le racisme, l’injustice, les épinards et le cholestérol. Pour faire comme tout le monde parce qu’il est contre les originaux.

Monsieur Grognasson est contre la poule rousse de Contres (Loir-et-Cher) dont la ponte est insuffisante dans une basse-cour de bonne  tenue. De manière générale, il est contre l’intégralité du Loir-et-Cher.

Il est contre le train de 7 heures 47 qui lui donne mauvaise conscience, car s’il se levait assez tôt pour le prendre, il arriverait à l’heure au bureau.

Il est contre les escaliers en colimaçon, bien trop épuisants à grimper et s’élève contre le contre-jour car on n’y voit rien.

Enfin, il est contre la messe en latin que le curé a supprimée ainsi que contre le curé qui a supprimé la messe en latin.

Pour finir, il est contre les contre-la-montre du Tour de France ainsi que contre la pluie et le beau temps.

Tintin

Au bonheur des français (par Tintin)

7 janvier, 2009

Dieu trouve les français atteints de morosité. Il confie la mission à l’Esprit Saint de revitaliser leur moral.

Le premier jour, l’Esprit choisit de frapper Julien Poulichon. Après des études approfondies, Julien mène une carrière brillante d’ingénieur des travaux publics. L’Esprit lui souffle de créer l’autoroute à bouchon. Les français aiment à se retrouver à leur volant, pare-choc contre pare-choc : il faut donc favoriser cette distraction. C’est ainsi que naît la nouvelle autoroute Paris-Paris. Au départ, elle comporte cinq voies, puis rétrécit à quatre voie après cinq kilomètres pour finir contre un mur vingt-cinq bornes plus loin. Dès le premier jour, le nouvel ouvrage est pris d’assaut, l’embouteillage dépasse tous les records. Dans ce domaine, c’est une des plus belles réussites routières de ces trente dernières années. Il faut l’intervention de vingt cinq pelotons de gendarmerie pour dégager les véhicules. L’évènement occupe les journaux télévisés des principales chaînes de télé, avec interviews de routiers internationaux et grognons à la clé :

-          Il n’y a qu’en France qu’on voit ça !!….

Julien Poulichon sent confusément qu’il vient de réussir une grande première internationale. L’Esprit le complimente d’ailleurs chaudement, affirmant qu’il n’aurait pas fait mieux et que les français, qui ont passé trente heures dans l’immobilité absolue dans leur véhicule, lui en seront éternellement reconnaissants.

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Quand la marquise tient salon

6 janvier, 2009

Les mardis après-midi de la marquise sont très courus. Son salon est envahi par les hautes dames et les vaillants gentilshommes qui comptent auprès de sa Majesté. Les plateaux d’argent glissent entre les invités,  la marquise a fait servir la meilleure liqueur de sa propriété d’Anjou. Les conversations vont bon train,  les mots d’esprit s’entrecroisent, les hommes s’esclaffent avec élégance, les dames s’esbaudissent en agitant leurs éventails avec frénésie. Car il fait chaud en cet après-midi du mois de juillet bien que la marquise ait ordonné d’ouvrir toutes les portes fenêtres qui donnent  vue sur son jardin qu’illuminent ses bosquets odorants de roses de Damas.

Soudain, le Vicomte de la Bonbonnière, rouge, essoufflé, tout bouffi dans son embonpoint bedonnant, surgit au milieu des convives. La marquise fronce les sourcils et s’apprête à chasser l’intrus. Voilà un vil sot que plus personne ne prie plus sous son toit !

- Le peuple a détruit la Bastille ! s’exclame-t-il, encore affolé de la course qui l’a conduit chez la marquise.

Les conversations s’arrêtent net, les têtes stupéfaites  se tournent vers le Vicomte. Puis comme orchestrés par un commandement invisible, les convives se reprennent, chacun y va  de son sentiment  ou de son opinion dans un chahut inaudible.

- La Bastille, comme c’est amusant !

- Le peuple, c’est qui ?

- Encore un coup des casseurs de banlieue!

- Sa Majesté va être contrariée !

- Moi, je m’en fiche, je ne prends pas le métro !

- La Bastille, c’est quoi ?

- Le quatorze juillet, tout de même… on ne fait pas ça un quatorze juillet !

- Je peux encore avoir de la liqueur ?

Devant le brouhaha grandissant, la marquise s’apeure : il faut qu’elle réagisse, sinon sa soirée va être gâchée par cet affreux vicomte et les vilaines nouvelles qu’il colporte pour faire l’intéressant ! Vite un divertissement !

- Mes amis ! Et si nous organisions une grande compétition de trictrac entre nous ? S’exclame-t-elle.

- Trissotin, installez les tables de jeu, mon ami !

 Tintin

               

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