Le fripon frileux

30 octobre, 2021

Dans le frimas,

Le fripon

Friqué

Et frisé

Frime.

Il frissonne.

Cette fripouille

Est frivole

Et frileux.

Une aventure du Duc

29 octobre, 2021

Le Duc éduque

Elie qui lit.

Puis, il va avec Eva

A la chasse sur ses échasses.

A la gare, il s’égare.

Là, il y a Eddy qui lui dit :

Courbe l’échine où va en Chine.

L’autre est fort, il ne fait pas d’effort.

Son élan est lent.

Damné !!!

28 octobre, 2021

« L’existence, c’est comme cet étang qui se vide de son eau sous l’influence du réchauffement climatique. Au départ, tu as démarré plein de vie et peu à peu, de manière imperceptible, ta santé décline et tu finis poussière. »

« C’est gai, ce que tu racontes là. »

« Remarque, il y a des moyens de freiner la dégringolade ! »

« Ah oui ? Voilà qui m’intéresse. »

« Il y a la médecine bien sûr avec ses traitements, médicaments, vaccins. Certains médecins prétendent que tu peux vivre jusqu’à 120 ans. »

« Avoir 119 ou 120 ans, ça doit faire une drôle d’impression. »

« Un autre moyen d’y arriver, c’est de se remuer et de faire un peu de sport. C’est le moyen d’entretenir la mécanique : articulation, muscles, circulation, tout ça… »

« Moi, tu sais le sport… »

« Tu peux aussi vivre à la cool. Chaque fois que tu t’énerves contre tes gamins, ton patron où les femmes, tu fais monter les possibilités d’hypertension ou d’ulcère ou plus, alors du calme ! »

« Le mieux, c’est d’être celui qui commande les autres ? »

« Même pas, tu es écrasé par le poids des responsabilités. En plus, tu souffriras d’un manque d’affection qui va te ronger le cœur et les os. »

« Comment ça se fait ? »

« Figure-toi que pendant que la vitalité te quitte peu à peu, tu pâtis de plus en plus d’une affection particulière : tu as envie d’être aimé. Or les autres, ceux que tu veux commander, n’aiment pas du tout les chefs. »

« Mince alors ! Si je comprends bien, je suis coincé de tous les côtés. »

« Il y a encore une façon d’économiser tes forces, mais ce n’est pas bien vu. »

« Dis-moi vite ! »

« C’est de ne pas en ficher une rame. Tu dors beaucoup. Tu te reposes beaucoup ! Un peu comme tu le fais déjà ! »

« Ah bon, ça m’intéresse ! »

« Oui, mais il ne faut pas en abuser. Socialement, c’est très mal considéré. En plus, tu vas prendre du poids et avoir encore des ennuis de santé. En fait, ton corps est fait pour suivre la pente déclinante et tout en refusant les obstacles à ta dégringolade. »

« Si je comprends bien, on est tous condamnés d’avance. La seule liberté, c’est de repousser plus ou moins l’échéance. »

« Le pire c’est que le système se nourrit de cette course à la déchéance. On te raconte que le travail, il n’y a que ça de vrai. C’est inexact : travailler ça use, d’ailleurs c’est tellement vrai que les hommes ont inventé les congés. Le mieux quand tu te sens décliner, c’est d’élargir ton horizon : voyage, lis, apprends de nouveaux trucs… Tu mourras, mais plus tranquillement. »

La loi du marché !

26 octobre, 2021

 «Monsieur le charcutier, je voudrais trois andouillettes pour le prix de de deux. »

« Ben… non ! »

« Comment ça, non ? Votre concurrent, monsieur Parpaillon le fait lui ! »

« Je ne veux pas le savoir. Mes andouillettes ont un prix ! Si Parpaillon brade les siennes, je me méfierais si j’étais à votre place. »

« Bon, alors, en plus de mes andouillettes, je voudrais une tranche de jambon gratuite. Et de votre meilleur, je vous prie. »

« Ben, c’est toujours non ! Parapaillon fait peut-être son jambon gratuit, mais chez moi on paie la marchandise qu’on emporte ! »

« Bien dans ce cas, je m’en vais diriger mes pas vers le magasin de monsieur Parpaillon ! »

« Attendez…. Allez… une tranche de jambon, gratuite pour dix achetées ! »

« Qu’est-ce que vous voulez que je fasse de dix tranches de jambon ? Je suis seul à diner avec Thérèse qui ne supporte pas le jambon. »

« Si je comprends bien, Thérèse aime l’andouillette, mais pas le jambon. »

« C’est la raison pour laquelle, je vous demandais d’exercer votre talent commercial sur la vente des andouillettes qui — soit dit en passant — vous rapportent plus que le jambon. »

« Justement, je ne vais pas brader ce qui me rapporte. Parpaillon est complètement cinglé s’il fait ce genre de promotion. »

« Bon, je vais faire une concession. Pour deux andouillettes achetées, vous me rajoutez la moitié d’une troisième. Une demi-andouillette pour deux acheter, c’est juste non ? »

« Surement pas ! Comment voulez-vous que je vende la demi-andouillette qui va me rester sur les bras ? Je n’ai pas d’autres clients aussi bizarres que vous ! »

« Bien… bien… bien … Alors, vous pourriez peut-être me les louer vos andouillettes ? »

« Vous déraillez, je ne loue rien du tout. Pourquoi voulez-vous que je loue mes andouillettes ? »

« Comprenez-moi : je pourrais ainsi les goûter. Si elles sont bonnes, je reviendrai demain pour en acheter d’autres. Si elles sont mauvaises, je vous les rapporterai, ce sera un service que je vous rendrai en vous évitant de les vendre à d’autres clients ! »

« Monsieur, mes andouillettes sont excellentes et je ne les loue pas ! »

« Chez monsieur Parpaillon, il y a un système de location-vente. Il me loue ses andouillettes et si je suis content je reviens les acheter. Le prix est alors amputé du coût de la location, évidemment. En plus, parfois, il me met une troisième andouillette pour deux achetées. »

« Je me fous des pratiques de Parpaillon. Pour moi deux andouillettes, ça coûte deux andouillettes. »

« J’ai une idée ! Une idée moderne ! Je les achète à crédit par 12 mensualités de 4 euros cinquante. C’est honnête, non ! En plus, comme vous le savez, il existe des taux d’intérêt négatifs, maintenant ! »

« Moi, j’ai une autre idée. Je vous fais un sandwich jambon-beurre. J’appelle la police et vous allez terminé votre sandwich au commissariat. Parpaillon viendra peut-être vous chercher. »

Deux guerriers

24 octobre, 2021

« Je vois ce que c’est : monsieur a du caractère. »

« Parfaitement, moi je ne me laisse pas monter sur les pieds. »

« Voilà qui tombe bien, moi je suis aussi un individu à fort tempérament. »

« Sans être désobligeant, monsieur, je crois que le mien est plus tonitruant que le vôtre. Je déborde d’énergie. »

« Et moi, donc ! Il ne s’agit pas de me chercher querelle, je monte facilement dans les tours pour défendre mes positions. »

« Permettez-moi de m’esbaudir monsieur. Quand je déploie mes qualités de fonceur, nul n’est en mesure de me résister. »

« Quant à moi, la dernière fois que j’ai déclenché la tempête de ma personnalité, la moitié du département s’est cachée. »

« Je me gausse encore. Ma nature vibrante est redoutée dans toutes les provinces. Quand j’arrive dans une ville, on s’inquiète, des volets se ferment, les commerçants baissent leur rideau. »

« Le président vient de faire appel à mes services pour maîtriser la grève des gilets verts. Et j’aime autant vous dire qu’on s’est expliqués entre hommes. »

« Et moi ? Je suis nommé préparateur mental de l’équipe de France de foot. J’aime autant vous dire que les petites chamailleries entre joueurs, c’est terminé ! Non, mais alors ! »

« Ce n’est rien par rapport à mon tempérament guerrier. En cas d’échecs des négociations européennes, on fait appel à moi. »

« Vous plaisantez. Qui est-ce qui à mis les Chinois à terre dans une discussion internationale sur le commerce de la pêche melba ? »

« Ce n’est pas vous qui avez échoué à faire revenir les Anglais dans l’Europe ? »

« Pas du tout ! J’ai fait connaître à cette occasion la fermeté de mes opinions stratégiques. Elles ont effrayé les Anglais à tel point qu’ils se sont repliés sur leur île. Et vous, vous n’auriez pas échouer, par hasard, dans les discussions sur le glyphosate. »

« Vous rigolez, j’ai fait clairement connaître mon opinion au président. Je ne me souviens plus ce que je lui ai dit, mais je vous prie de croire que j’ai été très clair ! »

« Et pour vos vacances, vous allez chez votre belle-mère dans le Périgord comme d’habitude. Il parait que votre femme y tient beaucoup ? »

« Je m’insurge ! Chez moi, c’est moi qui décide. Si nous allons chez belle-maman, c’est par ce que je m’entends très bien avec elle. Mais au fait, vous avez changé la tapisserie de votre salon, je croyais que vous détestiez le vert. »

« J’ai pris cette décision qui s’est imposé dans mon esprit parce que vert s’harmonisait parfaitement à la couleur des yeux du chat. Je ne suis pas du genre à me laisser influencer par les goûts de Thérèse. »

« C’est comme moi, si je me suis mis à manger des épinards, c’est à la suite d’une recommandation médicale. Ce n’est absolument pas pour faire plaisir à Josiane. »

« Vous avez raison. Restons prudent. On ne peut pas exclure des tentatives de putsch ! »

Les casseurs

21 octobre, 2021

« Non, monsieur, je ne brise pas, je casse. Je suis un casseur, un vrai, un dur. »

« Et vous casser quoi ? »

« Tout ce qui me parle de la richesse et du capitalisme. Les banques par exemple. Enfin, sauf la mienne… Je ne vais tout de même pas faire dix kilomètres pour aller chercher de l’argent quand j’en ai besoin. Et puis j’ai besoin de Georges Duplantier, le directeur pour jouer au tennis. »

« Et les voitures, vous cassez aussi ? »

« Au-dessus d’un certain niveau de luxe, oui. Je prends soin de cacher la mienne, pour qu’il n’y ait pas de malentendu. Mes camarades se trompent parfois de cibles quand ils sortent d’un estaminet. »

« Bon ! Et les Ministères, ça vous énerve aussi. »

« Oui, bien sûr. J’ai une préférence pour celui de l’Agriculture. Parfois, nous avons une collaboration avec nos confrères agriculteurs qui déversent du fumier tandis que nous cassons la porte. »

« Vous opérez essentiellement en centre-ville ? »

« Non, je peux aussi aller en zone rurale, mais actuellement nous manquons un peu de ZAD à défendre. Vous n’auriez pas quelque chose à me conseiller. Non, pas vraiment ? »

« Vous croyez que vos actions font avancer les choses ?  Finalement, le monde n’est-il pas toujours le même : il y a l’argent d’un côté et la pauvreté des autres en face des premiers. »

« Très juste. Et les pauvres attaquent les nantis. C’est normal. »

« Comment se fait-il que vous soyez du côté des nantis, tout en attaquant les nantis ? »

« Je ne sais pas trop. De toute façon, les casseurs ne réfléchissent pas. C’est bien connu. S’ils réfléchissaient, ils respecteraient l’ordre établi depuis la nuit des temps. »

« Donc, vous pensez que le cassage est arrivé avec la venue des Hommes sur Terre. »

« Bien sûr, vous croyez que Neandertal prenait des gants pour expliquer à son voisin plus riche que lui, qu’il l’énervait et qu’en conséquence, il allait lui casser la figure. »

« Mais peut-être que son voisin travaillait plus que lui. »

« Grâce à la charrue perfectionnée qu’il avait hérité de son père, lui-même héritier d’une longue lignée d’agriculteurs capitalistes. Vous voyez : on n’en sort pas. »

« Et pour vos gamins ? »

« C’est gilet jaune obligatoire, c’est un minimum ! Julien voulait rentrer dans la police. J’ai dû me fâcher très sévèrement. S’il aime l’ordre, il pourrait commencer par ranger sa chambre. »

« Et Juliette ? »

« J’ai bon espoir. A cinq ans, elle me casse déjà bien les pieds ! »

« Je suppose que vous leur apprenez des valeurs élevées : la solidarité, la fraternité, l’égalité, la liberté, l’éducation, le respect… »

« Bien sûr et puis aussi l’injustice, le favoritisme, la jalousie, l’argent facile, l’arrogance, le mépris, l’exclusion… Enfin bref, toutes les joyeusetés de la vie. »

Les coquines

19 octobre, 2021

« Bonjour ! Je me présente : Madeleine ! Je suis la maîtresse du baron ! »

« Enchantée, moi je suis Louise, l’amante du comte. »

« Le baron est très généreux. Il me couvre d’or et de bijoux. Je pense qu’il va me coucher sur son testament. Je travaille dur pour ça. »

« Moi aussi. Le comte n’est pas avare de cadeaux. Je les revends sur le marché, ça me rapporte pas mal d’argent. »

« Je profite de mon temps libre pour roucouler auprès du Vicomte qui vient de m’offrir un petit manoir des plus coquets. Vous pourriez peut-être y passer l’été ma chère Louise. »

« Mais comment donc, Madeleine ! Je viendrai avec ma suite de douze valets et femmes de chambres que le comte m’a généreusement offerts. »

« Ma cousine Berthe sera là. Le baron la trouve très divertissante. Nous pourrions organiser une sorte de festival pendant lequel nous dirons du mal des hommes. »

« Ce sera absolument délicieux. Mon amie Albertine sera du festival. C’est une ancienne amante du comte, une vraie méchante ! »

« Et quand nous aurons médit tout notre saoul, nous réfléchirons à la meilleure manière de les faire tourner en bourriques. 

« Ha ! Ha ! Chère Madeleine ! Ce ne sera pas très compliqué. J’ai quitté douze fois le comte. Chaque fois, je lui fais une scène mémorable. »

« Nous améliorerons notre style de rupture ensemble, Louise. Nous devons les faire souffrir de manière sournoise pour qu’ils nous méritent. »

« Vous avez raison. Je me propose de faire venir la duchesse dans notre festival. Elle s’est retirée des affaires, mais elle a eu quarante-sept amants ! Quelle expérience ! »

« Quand nous serons bien au point, nous pourrions faire venir le baron et le comte. Ils seront entourés de femmes et la tête leur tournera. Nous pourrons nous esbaudir de leurs airs hagards. »

« Quelles vilaines friponnes, sommes-nous ! L’abbé Tonière va nous gourmander ! Ne croyez-vous pas, ma chère Madeleine ! »

« Pour moi, c’est déjà fait, Louise. Il m’a surpris avec le chevalier dans les bosquets de son château. Normalement, j’aurais dû être dirigée directement vers l’enfer, mais j’ai pris un air tellement contrit qu’il a transformé ma condamnation en simple avertissement. »

« Madeleine ! Petite polissonne, va ! Pour ce qui me concerne, mon amant n’hésite pas à me donner l’argent qu’il faut quand je lui dis qu’il s’agit de réparer l’église de l’abbé Tonières. Je détourne évidemment la moitié du don à mon profit. »

« Quelle méchante fille vous faites-là, ma chère Louise ! Nous sommes faites pour nous entendre., n’est-ce pas ? Il ne faudra pas oublier de nous gausser de ma sœur Bertille qui n’est l’amante de personne. »

« Moi, je viens de rédiger un pamphlet d’une grande cruauté contre ma voisine Elisa qui se pique d’une grande honnêteté ! Vous vous rendez compte ! »

« En effet, c’est très préoccupant, Louise. Il ne faudrait pas qu’elle en vienne à réparer effectivement l’église de l’abbé Tonière. Trouver un autre alibi ne sera pas aisé ! »

Omer, le marin

18 octobre, 2021

Les commères

Et la mère

Amère

Du maire

Furent primaires.

Elles aimèrent

Omer

Parti en mer.

Quelle chimère !

Il y a beaucoup de si !

17 octobre, 2021

« Au départ, vous dépendez de la volonté de vos parents. S’ils ne sont pas trop fatigués en rentrant du boulot ; s’ils ont envie de contrôler vos devoirs ; s’ils ont l’amabilité de vous empêcher de passer votre vie sur des écrans ; s’ils ont le temps vde ous apprendre deux ou trois bonnes manières… Vous avez une chance d’être mis sur la bonne voie. »

« Ensuite, ça commence à se compliquer, vous dépendez du bon vouloir de l’Education nationale. Si l’école ou le lycée a bonne réputation ; si votre look vous fait accepter par vos camarades ; si vous tombez sur les bons profs qui s’intéressent à vous et à leur job ; s’ils vous motivent… vous avez une chance d’obtenir quelques diplômes. »

« Après, c’est encore plus compliqué. Si – à la fac – vous avez évité des spécialités exotiques comme histoire de l’art ; si vous vous habillez comme les gens bien qu’on voit à la télé ; si vous avez une élocution audible et à peu près correcte sur le plan grammatical ; si les services de l’emploi vous prennent en considération…. Vous avez une chance de trouver un travail payé…enfin pas trop. »

« Vous êtes encore là ? Ce n’est pas certain… Si vous faites du sport ; si vous ne fumez pas ; si vous ne vous droguez pas ; si vous mangez sainement ; si vous êtes entouré d’affection ou à la rigueur d’estime ; vous avez une chance de vivre paisiblement parce que c’est comme ça qu’il faut faire. »

« Si vous n’êtes pas trop laid ou laide ; si vous sortez de chez vous au lieu de rester planté devant la télé ; si vous avez de la répartie ; si vous avez un hobby original mais pas trop dont vous aimez parler ; si vous avez des goûts musicaux plus récents que Georges Brassens ; si vous dites des choses romantiques ; si vous compatissez à la misère humaine ; vous avez une chance de conquérir l’affection (au minimum) d’une âme sœur. Enfin pour un certain temps. »

« Ensuite, ça devient encore plus compliqué. Si vous travaillez comme un fou tout en trouvant le moyen de vous intéresser à la famille ; si vous vous battez héroïquement contre toutes vos habitudes qui laissent penser que vous n’êtes qu’un pantouflard routinier ; si vous passez l’aspirateur avec entrain tous les samedis ; vous avez une chance de faire durer votre couple et d‘envisager un gamin. »

«Vous avez un enfant, disons deux pendant qu’on y est. Au début, si -par une espèce de transformation biologique – vous acceptez de vous lever trois ou quatre fois par nuit tout en restant en bonne santé ; si – après une longue réunion de travail au cours de laquelle le patron vous a traité d’endormi – vous avez encore le courage de faire sauter l’enfant sur vos genoux…. Vous aurez une vie de famille riche et peut-être équilibrée. »

« Continuons. Si la résolution d’équations du second degré ne vous impressionne pas ; si vous êtes capables de discuter plaisamment du rapport entre l’œuvre de Voltaire et celle de Rousseau ; si vous parlez anglais avec un accent oxfordien… vos gamins auront la chance de décrocher d’excellents diplômes et de s’engager dans des carrières où leur réussite dépendra de beaucoup de ‘si’ »

« Si vos enfants sont d’aspects agréable ; s’ils ne sont pas partis faire leur vie en Australie ; si vous suivez attentivement leurs mises en couples successives ; vous aurez peut-être la chance de les voir (un jour) franchir votre portail avec l’air emprunté et votre petit-fils ou petite-fille dans les bras. »

« Si vous avez travaillé un nombre d’années qui n’en finit plus de croître ; si vous avez su grâce à votre sens de la diplomatie entretenir de bonnes relations dans votre entreprise ; si vous ne craignez pas que vos meilleurs ennemis disent le plus grand bien de vous, vous aurez le plaisir d’être le principal centre d’attraction d’une cérémonie organisée pour votre départ à la retraite. »

Peurs !

14 octobre, 2021

« Ha ! Ha ! Vous vous dérobez ! J’en étais sûr ! »

« Moi ? Je me dérobe ? A quel sujet ? »

« Je n’en sais rien, mais il y a sûrement un sujet qui vous fait peur. Moi, Ce sont les gares. Avec tout ce monde qui circule dans tous les sens, j’ai peur que nous soyons transformés un jour ou l’autre en un peuple de fourmis. »

« Donc, vous ne devez pas souvent prendre le train. L’avion c’est mieux ? »

« Non, je n’arrive pas à comprendre que des tas de ferrailles aussi monstrueux peuvent prendre l’air et s’y tenir. C’est assez stressant. »

« Donc, vous ne prenez pas l’avion. »

« J’essaie d’éviter. Mais vous ne m’avez pas répondu. Quelles sont vos peurs principales. ? »

« Le mariage. C’est un truc piégeant. Une fois qu’on y est difficile de reculer. »

« Je suis d’accord, j’essaie d’éviter aussi. Mais quelques esprits forts nous reprochent d’avoir peur de nous engager et que nous ne sommes pas courageux. Qu’est-ce que vous répondez ? »

« Je réponds : oui. »

« Moi aussi. Le courage ne consiste pas à s’engager dans une impasse et à y rester. »

« Ne critiquons pas trop cette institution : il parait que dans certains cas, ça marche. Vous avez d’autres peurs structurelles ?»

« Oui, les coups de tonnerre. Surtout le roulement qui précède le moment où la foudre va frapper. C’est assez stressant. Je ne sais plus où me mettre. Je comprends assez bien les Gaulois qui ne voulaient pas que le ciel leur tombe sur la tête. »

« Moi, j’ai peur de la vitesse. Quand vous êtes lancé à 130 sur l’autoroute, il n’y a aucune raison objective pour que vous vous en tiriez vivant en cas de difficultés. »

« Et moi, j’ai peur de la troisième guerre mondiale. Le dicton dit : jamais deux sans trois ! »

« Finalement, je crois que nous ne sommes guère courageux ce qui est assez mal connoté dans la société où nous vivons. »

« Et avouer ses peurs sans vergogne, c’est encore plus mal vu. »

« Je me demande pourquoi. En fait quand les bébés viennent au monde, ils ont peur de tout. La preuve, c’est qu’ils pleurent. Par la suite, il y a deux règles. La première, c’est que chacun continue à avoir peur. La seconde, c’est que chacun apprend à dominer ses peurs. »

« Ou plus exactement, apprend à faire semblant de dominer ses peurs. Autrement dit : apprend à jouer au plus malin. »

« Dugenou, par exemple, il fait continuellement son malin, mais fondamentalement, il a peur de madame Dugenou ! »

« Conclusion : on a le choix entre faire son malin avec une hypocrisie consommée ou passer pour des couards qui ont peur de leurs ombres. L’être humain est encore damné !!! »

« Oui, c’est stressant ! Je vais faire un courrier de réclamation. »

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