Une vedette

30 août, 2018

« Je suis une vedette du show-business »

« Et ça vous plait ? » »

« Oui, les gens m’admirent, m’applaudissent, me louent. Bref, je ne me sens plus. »

« Il faut beaucoup d’orgueil pour être admiré. »

« Il faut dire que je suis assez intéressant. Lorsque je parais quelque part, quelque chose se passe. J’ai une sorte de présence qui illumine. »

« Vous êtes un peu prétentieux, non ? »

« Pas tant que ça. Si on vous proposait beaucoup de pognon pour vous afficher dans des émissions de télé, vous hésiteriez vous ? »

« Je me demanderais si j’ai quelque chose à dire. »

« Ah bon ? Moi, je dis n’importe quoi. En général, ça suffit largement. En plus, je rigole à mes propres plaisanteries. Et les gens applaudissent. »

« Ils sont obligés ! Les applaudissements sont orchestrés. »

« Et alors ? C’est mieux ! Si les gens se mettent à applaudir en ordre dispersé, vous imaginez un peu la pagaille. »

« Il n’y a rien d’authentique, de spontané là-dedans, ça ne vous gêne pas ? »

« Non, pas trop. Tout le monde gagne de l’argent : les mecs de la télé, mon agent, moi, les vendeurs de télé… C’est comme ça que nous sommes la cinquième puissance du monde ! »

« Vous êtes d’un cynisme… »

« Ah bon ! Et vous, comment ça se passe dans votre entreprise ? Votre patron gagne 200 fois le salaire minimum et tout le monde est content. Il est pourtant comme toi : il a un toit comme toi, il mange comme toi, il a pour toute peine de faire son jogging le dimanche comme toi. Et il se goberge… »

« Bon, bon, d’accord… On propose une drôle de société aux jeunes, tout de même ! »

« Vous vous rendez compte de ce que serait la vie, si toutes les vedettes du cinéma et de la chanson étaient au RSA. Comment voulez-vous admirez un type qui gagne 800 euros par mois ?»

« C’est vrai qu’en dessous d’un niveau minimal de revenu, on ne crie pas le nom d’un individu dans la rue comme un imbécile, en se lacérant la poitrine avec des ongles griffus. »

« Et puis vous nous verriez sur les plateaux de télé, en haillons ? Comment faire des astuces et en rigoler bêtement quand on est en haillons ? »

« C’est vrai. C’est beaucoup plus intéressant quand vous êtes en vêtements somptueux et que vous vous esclaffez dès que quelqu’un dit n’importe quoi »

« Se mettre en valeur est un métier. N’ayez pas honte, ce n’est pas le vôtre. Votre attitude modeste, tout en retenue vous va très bien. »

Des vies

29 août, 2018

Sur le pont-levis,

Sylvie

N’est pas ravie.

Elle n’a pas suivi

L’avis

De sa copine Octavie

Qui avait envie

De vivre sa vie

En Bolivie.

Quel pied !

28 août, 2018

-          Vous avez le pied égyptien ? Je ne m’entends pas avec les pieds romains.

-          Monsieur, vous me cassez les pieds !

-          Il faut dire qu’avec tout votre pognon, vous êtes sur un grand pied.

-          Ce n’est pas une raison pour vous prosterner à mes pieds.

-          Je m’en garderai bien. Tout au plus je peux vous faire un pied de nez pour vous exprimer le dédain dans lequel je tiens les gens fortunés.

-          Si je comprends bien, vous m’avez dans le nez.

-          Tout à fait. Je ne suis pas prêt à me laisser marcher sur les pieds.

-          Je vois ça : vous vous défendez pied à pied.

-          Nous pourrions à la rigueur nous entendre si vous arrêtiez de vous moucher du pied. Ce qui n’est pas le cas.

-          Allons, allons ! Vous raisonnez comme un pied !

-          Pas du tout. C’est vous qui vous prenez pour quelqu’un d’important. Vos pieds ne touchent plus terre.

-          Qu’en savez-vous, je suis peut-être un tigre de papier ou alors un colosse aux pieds d’argile, si vous préférez ?

-          C’est ça, oui ! Vous essayez de me couper l’herbe sous les pieds !

-          Je vois qu’on ne vous la fait pas. Vous êtes très fort et très subtil. Vous avez bon pied, bon œil.

-          Arrêtez de me faire encore un appel du pied avec vos viles flatteries.

-          Ouh ! Là, là ! Vous vous êtes levé du pied gauche !

-          Pas du tout, C’est vous qui mettez les pieds dans le plat !

-          Vous dites n’importe quoi, mais vous retombez facilement sur vos pieds.

-          C’est sûr, je ne suis pas du genre à trainer les pieds dans la discussion.

-          Bon… moi, je ne suis pas près de remettre les pieds chez vous.

-          Je vois ce que c’est : nous passons au mépris. Vous foulez au pied mon invitation avec beaucoup de désinvolture.

-          Euh… j’ai l’impression que nous sommes partis du mauvais pied !

-          C’est malin ! Maintenant que vous m’avez dit ça, je ne sais plus quoi répondre. Je ne sais plus sur quel pied danser.

-          Ne vous tirez pas une balle dans le pied, ça ne sert pas à grand-chose.

-          Nous revoilà donc au pied du mur.

-          Heureusement que je n’ai pas pris tout ce que vous m’avez dit au pied de la lettre ! Sinon nous serions fâchés.

-          Vous avez raison, remettons-nous le pied à l’étrier !

-          Oui, pour commencer, vous pourriez arrêtez de faire une tête de six pieds de long. Ce serait sympa.

-          Vous pourriez me prêter 1000 euros, ça me tirerait une épine du pied.

-          Entendu ! Vous voyez qu’on pourrait discuter sur un pied d’égalité.

-          Je vous attends de pied ferme !

-          Mettons un prêt sur pied.

-          Ah ! Enfin ! C’est le pied !

-          Pas de problème ! Signez en pied de page !

Maman bobo !

27 août, 2018

A Bollène,

Le discobole

Bolcho

N’a pas de bol.

Sa copine  lui a fait l’obole

D’un bolide.

C’est un symbole.

Puis, elle a levé la guibole.

Il pleure dans son diabolo.

Réalisme

26 août, 2018

« Moi, je ne suis pas un rêveur, il n’y a que la réalité qui m’intéresse. »

« Mais mon pauvre … Si les hommes n’avaient jamais dépassé la réalité, ils n’auraient jamais construit la Tour Effel ou le tunnel sous la Manche, ni écrit les fables de La Fontaine. »

« Oui, mais moi, j’ai les deux pieds dans la glaise, je ne vais pas imaginer des trucs qui me dépassent. Je laisse ça aux génies. »

« Penons un exemple. Chez vous c’est raviolis tous les vendredis. Ne pouvez-vous pas imaginer un changement de menu ? »

« Non. Josiane ne va pas comprendre. Le vendredi, c’est ravioli, au même titre que l’automne succède à l’été. »

« La vie ne doit pas être très drôle chez vous ! »

« Vous vous trompez, nous savons rire. Nous avons toujours un disque de Fernand Raynaud de 1959. Nous le mettons de temps à autre, il est très drôle. »

« Mais vous qui faites les mêmes gestes tous les matins depuis 30 ans, ne vous arrive-t-il pas d’imaginer une autre vie ? »

« Comment ? Une vie où ma brosse à dents auraient changé de place ? Non ! J’essaie de l’imaginer, mais je n’y arrive pas. »

« C’est une vie de robot. »

« Je ne vais pas demander à Josiane de me cacher ma brosse à dents tous les soirs pour que j’ai la mauvaise surprise de ne pas la trouver le lendemain. Vous tenez à ce que je m’énerve. C’est un coup à me rendre fou. »

« Je vois, mais il ne s’agit pas de votre brosse à dents. Vous pourriez changer de travail, par exemple. »

« Comment ! Mais je ne vous permets pas de mettre en doute la qualité de mon travail ! Je tiens parfaitement le planning des salles de réunion ! »

« Je n’en doute pas, mais ce n’est pas avec ce genre de job que vous allez développer votre imagination. »

« Mais je n’ai aucune intention de construire la Tour Effel, moi monsieur, je ne fais que des choses utiles ! »

« C’est dommage, les choses inutiles ont aussi leur utilité. Aller chanter à la chorale, vous détendrait et ce serait bon pour votre santé. C’est utile la santé, non ? »

« Evidemment, mais quand je suis malade, Josiane me prépare un bon bouillon de poule et voilà, c’est réglé ! »

« C’est vrai qu’avec vous, on est sûr de ne pas avoir d’idées complètement irréaliste. »

« Voilà, c’est ça : je suis un réaliste. Vous aussi d’ailleurs. Comment avez-vous imaginé pouvoir étendre votre serviette sur cette plage en plein mois d’août ? »

C’est moi le chef !

25 août, 2018

Soyons précis !

Pas de préjugés !

Pas de prétentions !

Ni de préliminaires !

Dans mon pré,

Un pré-carré,

Qui m’est précieux,

Je suis à présent,

Le président.

Alors, Laure

24 août, 2018

Médor,

Ce labrador

Cador

Dort

Dans le corridor

Le condor

De Salvador,

Le matador

Est en haut du mirador.

De quelle sorte ?

23 août, 2018

« Vous avez remarqué ? »

« Quoi encore ? »

« On a été obligé d’inventer des noms qui ne désignent rien. »

« Qu’est-ce que vous me chantez là ? Table ou bicyclette, voilà des noms qui désignent des choses connues de tous. »

« Oui, mais le nom féminin ‘sorte’ ne désigne rien à lui seul. Vous ne pouvez pas dire : vous avez une sorte ! »

« En effet, ça ne veut rien dire. »

« Il faut dire : vous avez une sorte de vélo ou une sorte de chaise. Vous êtes obligés de compléter ce nom par un autre nom pour qu’on comprenne cet ensemble de deux noms. »

« Il semble que le mot ‘sorte’ qualifie le nom qui suit. »

« Oui, l’utiliser introduit l’idée d’un doute. En fait, tout se passe comme si on pense que vous avez non pas une chaise, mais quelque chose qui fait penser que ça pourrait être une chaise d’une espèce peu connue. »

« Autrement dit sorte est un adjectif qualificatif, sauf que c’est un nom. »

« On peut dire ça, si ça vous arrange… En plus le mot sorte peut être employé comme un terme englobant. Par exemple, si je dis que vous mettez toutes sortes de choses dans votre ragoût, je me dispense de les énumérer pour aller plus vite. »

« Vous vous dispensez ou alors vous n’avez aucune idée de ce que je mets dans mon ragoût. »

« Vous avez raison, il y a dans le mot ‘sorte’ non seulement un doute, mais la possibilité d’une ignorance ou d’une paresse. »

« Très intéressant. »

« On peut encore aller un peu plus loin. Je peux employer ‘sorte’ pour exprimer le fait que je fixe un but, mais que je me fiche complètement de la manière de l’atteindre. Par exemple, si je vous dis de faire en sorte de réussir votre examen, c’est comme si je vous disais : débrouillez-vous, je ne veux pas savoir comment, mais réussissez ! »

« Vous en avez d’autres comme ça ? »

« Oui, je trouve que le mot exprime plus qu’une simple qualification. Il a un rôle essentiel, celui d’appeler une précision. Si je dis que vous avez une ‘sorte de chaise’, j’attends implicitement que vous me précisiez que c’est bien une chaise ou que c’est une chaise, mais c’est un objet décoratif sur lequel on ne s’assied pas. »

« Donc sorte est non seulement un qualificatif, mais aussi un point d’interrogation. »

« Tout à fait. Heureusement qu’on a un mot comme ça. Sinon nous serions très embêtés pour nuancer nos propos. »

Visage découvert

22 août, 2018

Je suis épaté par ton nez.

Ta bouche veloutée déguste un velouté.

Tu es chaste comme ton oreille.

Ton front est plissé comme ta jupe.

Je suis cerné par tes yeux.

Et mouillé comme ton regard.

Je suis allé comme ta peau

Rattraper ton menton fuyant.

 

Des couleurs

21 août, 2018

« Ma couleur préférée, c’est le bleu. »

« Allons bon, voilà une nouvelle intéressante. Et pourquoi donc ? »

« Le bleu c’est le ciel, la mer… Bref, des choses inspirantes… Des trucs qui permettent la poésie… De s’élever au-dessus de la grisaille du quotidien ! »

« Je vois, mais dans le genre naturel, il y a aussi le vert des prés et de la forêt. Il y a de quoi s’évader aussi ! »

« Certes, mais dans le bleu, il y a une sorte d’équilibre entre l’éclat du jaune et la tempérance du vert. C’est un résumé de ma personnalité, je suis un mélange de brillance et de modération, de scintillement et de modestie. »

« Ah bon, vous êtes donc bleue ! »

« Exactement. En plus, il y a une sorte de noblesse dans le bleu. Quand vous êtes de sang bleu, ça veut dire que vous êtes d’origine royale ou impérial. »

« On parle aussi du bleu de travail. »

« Voilà, vous avez vu juste : je suis à la fois d’une grande noblesse, mais je n’oublie pas la valeur du travail ! »

« C’est complet ! C’est vrai qu’être jaune, ça n’a pas l’air de grand-chose. Ça rappelle un air maladif, tout au plus. »

« Et je ne vous ai pas parler du cordon-bleu que je suis. A-t-on jamais vu un cordon-marron ? Ou un cordon-vert ? »

« Pourtant, la couleur bleue peut être connoté négativement : on dit ‘bleu de colère’ ! »

« Certes, mais ce n’est pas négatif. C’est une sorte d’avertissement. Si je deviens bleue, c’est pour vous prévenir que je ne vais pas tarder à vous casser la figure. »

« Remarquez que, dans cette circonstance, vous avez le choix entre être ‘bleue de colère’ ou ‘blanche de rage’ »

« Non, le blanc ne me va pas. Et vous c’est quoi votre couleur ? »

« Le marron qu’il ne faut pas confondre avec le brun, évidemment. »

« Mais alors comment vous faites pour faire de la poésie à partir du marron. »

« Euh… je n’en fais pas. Je suis un être viril. Je suis plutôt du genre à mettre un marron à des gens qui m’importunent ! »

« Vous devriez essayer le gris, ça vous adoucirait le caractère. »

« Je ne vois pas l’utilité du gris. En plus, il a très mauvaise réputation. Je ne bois pas d’alcool, je ne vois pas comment je pourrais être gris. Et puis comment le gris ne se prête pas plus à la poésie que le marron. »

« Mais ça peut rappeler aussi votre intelligence, vous avez beaucoup de matière grise. »

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