Le moyen

7 mai, 2017

« Je suis moyen. »

« Comment ça, moyen ? »

« Dès l’école, j’étais moyen. Je me tirais de mes examens avec une petite moyenne, sans plus. »

« Et plus tard ? »

« Plus tard, ça ne s’est pas arrangé. J’ai rencontré des gens nettement plus brillants que moi. Heureusement, j’ai connu aussi des nullards. »

« Mais vous pourriez progresser ! »

« Non. Je suis moyen, ça correspond à mon niveau intrinsèque en toute chose. Remarquez que je n’en souffre pas. Statistiquement, nous, les moyens nous sommes les plus nombreux. Il n’y a donc pas de quoi avoir honte. »

« Oui, mais enfin, vous vous distinguez bien par quelque chose ! »

« Non, mon nom est Martin, c’est le plus couru en France. Ma taille et mon poids sont dans la moyenne. Ma physionomie est banale. D’ailleurs, quand je sors dans la rue, j’ai souvent l’impression de me croiser. »

« D’accord, mais votre famille – per exemple – elle vous distingue ! »

« Mal ! Ma femme n’a pas encore compris que j’étais un moyen.  J’évite de le lui dire, elle pourrait mal le prendre. »

« Et vos gamins ? »

« Je pense que je leur ai transmis ma qualité de moyen. Quand ils ont fini de téléphoner aux copains, il disent « c’est clair », « c’est un truc de ouf »… Cette sorte d’interjections… Tous les gamins font ça ! »

« Et vos convictions politiques, elles sont comment ? »

« Très centristes évidemment. Il ne faut pas compter sur moi pour aller dans les extrêmes. »

« Tout cela est très banal, pas très intéressant, quoi ! »

« Vous êtes extraordinaire. Pour vous intéresser, il faut absolument présenter une anomalie. Mais il y a de la dignité à être moyen. Moi, au moins, je ne prends pas pour un être supérieur. D’ailleurs, j’aurais du mal puisque je suis moyen. »

« Si personne ne s’intéresse à vous, vous devez avoir des problèmes existentiels ? »

« Pas plus que la moyenne ! »

« Ah ! Si j’ai trouvé quelque chose qui vous distingue. Vous êtes le premier moyen à reconnaître que vous êtes moyen, de manière tout à fait décontractée en plus ! »

« Ah ? Oui, c’est vrai sur ce plan là, je ne suis pas moyen. »

Basse-cour

6 mai, 2017

Le peintre flâne

Avec  son chevalet,

Mais le ciel moutonne,

Il a des ampoules.

Il faut qu’il cravache

Pour rentrer au port

Dans son caveau,

Avec sa Chevrolet.

Tôt ou tard

5 mai, 2017

Ce n’est pas trop tôt !

Toto,

Le cuistot

D’Yvetot

Enfile son costard

Et son paletot

Puis rentre en auto.

C’est un fêtard,

Ancien routard,

Toujours en pétard,

Un peu vantard,

Souvent  en retard.

Resister aux pouvoirs

4 mai, 2017

« Vous savez ce que disait Voltaire : le meilleur gouvernement, c’est celui où il y a le moins  d’hommes inutiles. »

« C’est un joli trait d’esprit, mais il exagérait un peu. Nos ministres sont tous très utiles, sinon il ne serait pas ministres. »

« On n’en sait rien, on n’a jamais essayé de vivre sans ministres. »

« Il faut bien des ministres pour faire prévaloir l’intérêt général. Ce n’est pas vous qui allez inaugurer des monuments ! »

« Ah oui, c’est vrai qu’il faut savoir couper des rubans tricolores. »

« Et prononcer des discours mobilisateurs. »

« Vous avez raison, il faut que des gens nous disent ce que nous devons faire. Comme on apprend plus la morale à l’école, il faut que quelqu’un s’en charge. »

« Vous ne seriez pas un peu anarchiste, vous ? »

« Si un peu. Je n’aime pas tellement être commandé. Je me sens toujours humilié. Mon amour-propre est bafoué quand quelqu’un se mêle de me dire ce que je dois faire. »

« Mais, mon pauvre, nous sommes tous des humiliés. Vous vous croyez libre ? »

« J’aimerais bien me sentir libre, si ça ne vous dérange pas. »

« Eh bien non, vous dépendez de votre patron qui vous donne un salaire si vous travaillez bien, des commerçants qui fixent les prix de ce que vous achetez, de la police qui vous dit comment il faut traverser la rue, du journal télévisé qui vous explique ce que vous devez penser. A part ça, bonjour votre liberté ! »

« Euh… vous avez oublié ma femme qui a un avis sur tout, mes enfants, les instituteurs de mes enfants qui me disent comment les élever, etc… Je ne vous dis pas mon stress. Je me demande comment je fais pour obéir à tout le monde sans m’énerver. »

« Faites comme moi. Faites semblant d’être très obéissant, c’est la seule manière de faire ce que vous voulez. »

« Ah bon, mais toutes ces autorités vont me sanctionner si je ne fais pas ce qu’elles me demandent. »

« Pas du tout. Le problème, ce n’est pas d’obéir ou de ne pas obéir. Le problème c’est d’avoir un répertoire de bonnes excuses pour ne pas faire ce qu’elles voulaient vous voir faire. »

« Par exemple ? »

« Au bureau, c’est très simple : il suffit de dire que c’est la faute de l’informatique qui ne marche pas. Comme votre patron n’y connait rien, il sera d’accord. Quand vous vous faites arrêter par la police, vous dites que vous n’avez pas vu le feu rouge à cause d’un camion qui passait ; lorsque votre femme vous reproche quelque chose, vous dites que c’est de sa faute à elle parce qu’elle a toujours quelque chose à vous reprocher, que ça vous stresse.. d’où vos erreurs, etc… »

« Génial ! »

Gare !

3 mai, 2017

Dans le Gard

A travers la garrigue

Gargantua,

Le gargotier

Avec l’aide du garde-barrière

Et du garde-pêche

Cherche le garnement

De la garce

Dont il a la garde.

Confession

2 mai, 2017

« Je suis un vrai pourri. »

« Comment ça, un pourri ? »

« On ne peut pas me faire confiance. Je balance, je rapporte, j’indique. Pourvu que ça me rapporte ! Même les flics n’ont jamais vu ça ! »

« Et vous êtes content de vous ? »

« Je ne me pose pas la question. Un pourri qui se demande s’il est fier de lui est très mal barré. »

« Concrètement, qu’est-ce que vous faites ? »

« Je trahis tout le monde pour une bouchée de pain. Enfin… pour une grosse bouchée. On ne peut absolument pas me faire confiance. Croire à mes engagements est une grosse erreur. D’ailleurs, je vais vous trahir aussi ! »

« Mais il faut être informé pour trahir. »

« Pas de problème ! J’ai plein d’informations à vendre. Quand je n’en ai pas, je les invente, c’est vite fait. Il suffit de « faire vraisemblable ». J’ai beaucoup d’imagination »

« Par exemple ? »

« Je fais courir des fausses rumeurs sur tout le monde. Des choses bien trash, dont le principal intéressé aura du mal à se sortir. C’est très facile et ça peut rapporter gros. »

« C’est vous qui avez dit que je suis copain avec Poutine. »

« Oui. Vous avez lu mon article ? Fameux, non ? J’aime bien écrire des pamphlets complètement diffamatoires et parfaitement anonymes sous une signature complètement ringarde du genre ‘le club des vengeurs’ ! Marrant, non ? »

« Non pas vraiment. »

« Si vous avez quelqu’un dans le collimateur, n’hésitez pas à recourir à mes services. Je peux très bien écrire que n’importe qui fait du tourisme sexuel en Thaïlande. En général, ça marche très bien. »

« Vous êtes une vraie pourriture. »

« Mais c’est bien ce que je vous disais ! »

« A ce point là, j’avais du mal à le croire. »

« C’est très professionnel. Pour ne pas me créer d’ennemis, je mange à tous les râteliers. Je me diversifie, vous comprenez ? Moi, au moins, on ne peut pas me reprocher d’avoir un esprit sectaire. Mon compte en banque est ouvert à tous. Je prends la carte bleue. »

« Bon, puisqu’il en est ainsi, je vais vous dénoncer. »

« Pas de problème, je suis même capable de me dénoncer moi-même ! »

L’anniversaire du commissaire

1 mai, 2017

Césaire

Le commissaire

Et le corsaire,

Son adversaire,

Son bouc-émissaire,

Fêtent leurs anniversaires

Au dispensaire

C’est nécessaire.

Arrestation stylée

30 avril, 2017

« Vous rouliez sur la voie centrale, alors que vous devez circuler à droite ! »

« Oui mais, circuler à droite, ça fait pépère. Ce n’est pas du tout mon style de conduite. »

« Circuler au milieu, ça oblige les autres à vous doubler par la droite, ce qui est interdit. Votre faute oblige les autres à faire une faute. Vous êtes donc doublement coupable ! »

« Peut-être, mais je suis un coupable avec du style. »

« C’est aussi ‘pépère’ de ne pas respecter les priorités. »

« Non, c’est mon orgueil qui parle. Il ne peut pas exister des activités plus prioritaires que les miennes. »

« Et les limitations de vitesse, ça vous parle ? »

« Moi, dans la vie, je suis un fonceur. Je ne connais pas de limites. Je n’en dirais pas autant de tout le monde. »

« Et je suppose que l’importance de votre situation professionnelle nécessite que vous téléphoniez fébrilement au volant. »

« Evidemment. Si vous croyez que ça m’amuse. Je préfèrerais regarder le paysage comme n’importe qui. Je vous fais remarquer tout de même que je ne regarde plus un film sur mon PC en conduisant depuis qu’un de vos collègues m’a fait des remarques acerbes à ce sujet. »

« C’est bien ça. On progresse. »

« Et les piétons aux passages cloutés ? Nous avons eu des plaintes de gens qui ont eu la peur de leur vie. »

« Alors là, ça dépend. Ceux qui me regarde avec un air supérieur, en semblant me dire que c’est à eux de passer, je ne leur accorde pas le passage. Pour que je m’arrête, il faut me jeter un coup d’œil soumis. Vous comprenez ? »

« Non pas tellement. Vous avez remarqué que vous n’avez plus de points sur votre permis ? On pourrait même dire que vous avez des points négatifs.»

« Et voilà ! J’en étais sûr : des points comme à l’école. Vous m’infantilisez ! »

« Vous envisagez de repasser votre permis ?»

« Pas du tout. Moi, je suis un vrai rebelle. Je me dresse contre les conventions sociales superflues. Et ma liberté qu’est-ce que vous en faites ? »

« On s’en fiche un peu. Vous êtes un danger public. Vous n’êtes plus autorisé à conduire, même en état d’ébriété comme hier. »

« On a pourtant passé une bonne soirée. Y’avait Paula, Juliette, Paméla, Ludovic, Bouboule, qu’est-ce qu’on s’est marré. Vous connaissez Bouboule ? »

« Non pas vraiment. Pour vos 20 000 euros d’amende, vous payez tout de suite ? Sinon, c’est le double. Une petite saisie sur salaire, ça vous arrangerait ? »

Histoire romantique

28 avril, 2017

Le cœur

D’un beur

Majeur

Pleure

Pour ma sœur

Qui bat le beurre

Dans l’Eure

Sans peur

Comme une fleur.

Sujet d’inquiétude

27 avril, 2017

« Je suis inquiet. »

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Je n’en sais rien, c’est justement pour ça que je suis inquiet. »

« Vous êtes menacé ? »

« Non, pas spécialement. »

« Vous passez un examen ? »

« Non plus. »

« Alors ? »

« Alors, vous trouvez normal de vous réveiller et de ne pas avoir de soucis ? »

« C’est plutôt bien, non ? Aujourd’hui, vous n’avez rien craindre. Profitez-en, ce n’est pas toujours le cas.»

« Ce n’est pas parce que je ne vois pas venir les ennuis qu’ils ne se cachent pas quelque part pour me sauter à la gorge. Donc je suis inquiet. »

« Mais puisque je vous dis que personne ne vous en veut. »

« Si. Par exemple, le fait que vous vous intéressiez à moi, c’est parfaitement inquiétant. D’habitude tout le monde est indifférent à mon humeur. »

« Il est vrai que d’habitude, vous avez toujours l’air inquiet, donc nous nous y sommes habitués. Mais comme vous n’avez pas de soucis aujourd’hui, nous sommes inquiets de vous savoir inquiet. »

« Si je comprends bien, dans le cas où je n’aurais pas eu l’air inquiet aujourd’hui, vous aurez trouvé ça normal et m’auriez côtoyé sans trouver mon attitude inquiétante. Vous vous fichez donc complètement des gens à l’aspect tranquille. »

« Euh… ça commence à devenir un peu compliqué votre affaire.  Vous pouvez résumer ? »

« D’accord. Le point important, c’est qu’il faut que j’aie tout le temps l’air inquiet. Ainsi, j’ai une chance qu’on se préoccupe de moi, même le jour où je n’ai aucun motif d’inquiétude. »

« Je vois : vous souffrez de l’indifférence de vos contemporains. Mais vous-même faites-vous attention à leur humeur ? »

« Non, je n’ai pas trop envie de m’inquiéter pour eux, puisqu’ils ne s’inquiètent pas beaucoup pour moi. Sauf les jours où je n’ai pas de raison de m’inquiéter. »

« Je commence à m’inquiéter pour votre état mental. »

« Tout ça parce que je m’inquiète aujourd’hui du fait que je n’ai pas de sujet d’inquiétude ! C’est moi qui suis inquiet pour vous. Vous n’avez rien compris : ne pas avoir de sujet d’inquiétude est en soi un sujet d’inquiétude ! »

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