Pourquoi est-on là ?

13 juin, 2017

« Où on va comme ça ? »

« Je ne sais pas. Sûrement dans le mur. Quand on ne sait pas où on va, on dit toujours qu’on va dans le mur. »

« Il faudrait commencer par se demander où on est ? »

« Je ne sais pas non plus. Quelque part dans l’univers sans doute. »

« C’est vague. Vous ne pouvez pas être plus précis ? »

« Non. Le mieux serait de se demander pourquoi on est là ? »

« Dieu seul le sait ! »

« Vous croyez que c’est à cause de Lui ? »

« Non, c’était une expression. A mon avis, il n’est au courant de rien. »

« Si encore on pouvait ne pas poser de questions, mais le pire que c’est qu’on a conscience de notre présence. C’est comme un supplice. »

« On pourrait essayer de ne pas se poser de questions. Faisons semblant de savoir parfaitement pourquoi on est là. »

« Si on a l’air de s’en foutre, ça ne va pas arranger nos affaires. Moi, je n’ai pas envie d’aller dans le mur en m’en fichant. »

« Moi, j’ai une recette : je m’abrutis de travail. Comme ça, je n’ai pas le temps de me demander qui je suis, où on est etc… »

« Moi, je ne peux pas m’abrutir de travail, je n’en est pas. Ce qui n’empêche pas d’être pris pour un abruti à Pôle Emploi. »

« Bon, j’ai une idée. Je pourrais me décharger sur vous du fait de se poser des questions métaphysiques. Lorsque vous aurez trouvé des réponses, passez-moi un mail. »

« Je vous signale que ça fait quand même 2000 ans que les philosophes se disputent à propos des raisons de notre présence sur Terre. Je préfèrerais être chargé d’autre chose. »

« Avec tout ça, je ne sais toujours pas pourquoi on est là. J’ai beau faire semblant de savoir, la question devient lancinante. Je suis miné de doutes et ce n’est pas Dugenou, mon chef de service qui va me répondre. »

« Il ne s’interroge donc pas sur le sens de son existence. »

« Non. Les chefs de services, c’est une catégorie d’êtres humains à part. Quand on en est, on ne s’interroge plus, on agit. C’est la culture du résultat, c’est un truc nouveau, ça remplace la spiritualité. »

« Les pauvres ! Tel le zèbre, ils n’ont pas conscience de leur être. »

« C’est logique, sinon ils ne seraient pas chefs. »

Volatiles

12 juin, 2017

Avec son regard d’aigle,

Il est fier comme un paon,

Mais il a une cervelle de moineau.

Sa grue

Est bavarde comme une pie.

Elle baille aux corneilles.

Son couple bat de l’aile,

Mais il mène la politique de l’autruche.

Consultation médicale

11 juin, 2017

« Vous allez très bien, mon vieux ! »

« Vous êtes sûr, docteur ? Ce n’est pas normal. Avec tout le boulot que je me tape au bureau et à la maison, je devrais être très fatigué ! »

« Le corps va très bien, maintenant… la santé mentale, je n’en dirais pas autant. »

« Vous avez raison… Je me sens oppressé parfois par la foule. Vous avez remarqué ? Partout, il faut faire la queue : au supermarché, au péage de l’autoroute, dans votre salle d’attente… ça me donne une sensation d’anonymat qui m’angoisse. »

« S’il n’y avait personne dans ma salle d’attente, vous seriez encore plus angoissé en pensant que je suis un mauvais médecin. »

« Vous avez raison, mais quand même… Comment être sûr que quelqu’un s’intéresse à moi, parmi cette foule d’anonyme ? »

« Que voulez-vous qu’on fasse ? On ne va pas appeler la fanfare municipale chaque fois que vous passez devant la caissière du supermarché ou l’employée de l’autoroute. »

« Oui, certes…. Mais enfin, la caissière ou l’employée pourrait s’inquiéter de mes nouvelles. J’existe. Nous pourrions avoir un échange ! »

« Vous imaginez le temps d’attente si tout le monde fait comme vous. »

« Et voilà ! Même pour avoir un contact humain authentique, il faut attendre que les autres aient fini ! »

« Si je comprends bien, vous voudriez un contact humain, mais sans la foule. C’est une contradiction fondamentale de l’homme : il est à la fois grégaire et solitaire. »

« J’en étais sûr : vous allez me dire que je suis comme tout le monde, alors que j’aimerais bien être un petit peu original. Avouez que vous n’en voyez pas beaucoup des patients comme moi ! »

« Si ça peut vous faire plaisir… »

« Ce n’est pas que ça me fasse plaisir, mais ça me rassure de ne pas être comme les autres. Si vous voyiez la tête de toutes les ménagères qui attendent leur tour à la caisse du supermarché ! »

« Elles ont sûrement la tête de gens qui attendent… »

« Mais comme on passe notre vie à attendre, il y a un faciès immobile qui se forme tel un masque antique sur chaque visage et au final, moi ça me fait peur de discuter avec mes contemporains. »

« Mais vous venez de me dire que vous voudriez plus de contacts humains… »

« Encore un paradoxe qui constitue mon originalité, vous ne trouvez pas ? »

« Euh… je ne sais plus… ça fait 40 euros pour la consultation. »

Je ne me fiche pas de sa figure

10 juin, 2017

A Etampes,

Le président

A mis ses babouches

Et son cache-nez.

Il était joyeux

Et enjoué

Il n’a pas dit : souffrons !

Il n’a pas reçu de coup.

A l’envers

9 juin, 2017

Dans mon univers,

En hiver,

A Anvers,

J’ai divers

Travers :

Pas de primevère,

Mon pull-over

Est vert,

Et je bois des verres

En l’honneur de mon découvert.

Peut-on manifester son contentement ?

8 juin, 2017

« Je suis très content. Les clients viennent, achètent. Mon chiffre d’affaires augmente régulièrement. Je fais des bénéfices. Je vis bien. »

« Vous êtes sûr que vous êtes commerçant ? »

« Oui, pourquoi ? »

« D’habitude, les commerçants rouspètent contre la concurrence d’Internet, les gens qui n’ont plus un rond pour acheter, les saisons qui ne sont plus comme elles devraient être… »

« Et moi ? Tout va bien. L’hiver a été normal, le printemps a été clément, les moissons s’annoncent bien. Le cours du lait remonte. »

« Quoi, les agriculteurs aussi sont contents. Et les grands distributeurs, ils ne vous exploitent plus odieusement ? »

« Non, ils ont compris qu’il ne fallait pas scier la branche sur laquelle ils étaient assis. Ils sont devenus raisonnables. »

« Et vous, les fonctionnaires, vous ne pourriez pas manifester. Enfin ! Tout le monde vous traites de fainéants et de planqués, c’est très insultant. »

«Pas du tout. Les gens ont bien compris que sans fonctionnaires, pas de services publics. En plus, ils sont ravis quand leurs gamins deviennent fonctionnaires. »

« Alors là, s’il n’y a plus personne pour râler, on n’est mal. Et vous les profs, vous ne pourriez pas bouger un peu ? »

« Désolé, ce n’est plus possible. Il n’y a plus un Ministre pour oser une réforme de l’Education Nationale. C’est assez déstabilisant pour nous.  Voyez plutôt du côté des infirmières. »

« Non ! Les politiciens vieillissent et craignent d’avoir besoin de nous. Ils nous ont augmenté de 20 %. Donc, on ne peut plus rien dire. »

« Et les retraités, ça va ? »

« Avec les progrès de la médecine, on vit à 80 ans comme à 60. On va être payés de plus en plus longtemps à ne rien faire d’autre que de ses promener, on ne va tout de même pas manifester note contentement ! »

« Et les gamins ? Vous avez sûrement peur pour votre avenir. »

« Pas tellement, à vrai dire. Tant qu’on a des smartphones, et des écouteurs, tout va bien. De toute façon, ils ont construit des abris-bus incassables maintenant. Vous n’avez qu’à manifester, vous qui êtes si malin. »

« Non, je ne peux pas, je suis écrivain. »

« Et alors ? »

« Alors rien, un écrivain est heureux d’écrire. Il ne peut pas manifester contre le fait d’être heureux. »

Pleins d’ex

7 juin, 2017

J’explique :

A Aix,

Mon ex,

Extra,

Exquis,

Et expert,

Expie

Ses Excès,

Exécrables.

Un dragueur expérimenté

6 juin, 2017

« Ne niez pas : nos yeux se sont croisés. »

« Peut-être, je cherchais une coupe de champagne. »

« A propos de champagne, j’ai bien constaté que votre prunelle droite pétillait de malice quand vous m’avez observé. »

« Je pétille souvent de la prunelle, ça ne veut pas dire grand-chose. »

« Et quand j’ai sorti des blagues à la cantonade, j’ai dû constater que vous étiez pliée de rire. C’est indiscutable. »

« Il faut dire que la tête des gens qui se marrent, ça me fait souvent rire par effet d’entrainement. » 

« Bon ! Et quand j’ai commencé à vous réciter mon curriculum vitae, vous étiez complètement subjuguée. »

« Quand vous avez raconté que vous étiez employé à la Sécu ? »

« Non, lorsque j’ai expliqué que j’étais sous-chef du service juridique à la Sécurité Sociale et qu’une promotion prochaine n’était pas à exclure. »

« C’est quand même un peu moins excitant que Georges Dumoulin qui est animateur sur Radio Z et sauveteur en hélicoptère de montagne. »

« Il n’empêche que lorsque j’ai cité des pans entiers de Ronsard, votre œil droit brillait d’admiration devant tant de culture. »

« C’est vrai qu’en fin de soirée, j’ai toujours un peu de conjonctivite à l’œil droit. D’ailleurs, si vous connaissiez un bon ophtalmo, ça m’intéresserait… »

« Je vous ferais remarquer que vous avez littéralement fondu quand nous avons dansé le slow sur Love me tender ! »

« Ah bon ? Vous dansiez à ce moment-là ? Je croyais que vous vous dandiniez à cause de vos chaussures neuves au sujet desquelles vous m’avez assommé pendant une demi-heure. »

« Quand Gérard vous a monopolisé pour vous raconter des histoires de sa chasse au lion en Afrique, je suis intervenu pour vous délivrer de ce raseur. J’ai tout de suite perçu votre sentiment de reconnaissance à mon égard. »

« C’est-à-dire que je m’amusais trop bien, il me fallait quelqu’un qui me ramène sur Terre, car Gérard est un homme très séduisant. »

« Soyons clairs : moi aussi, je suis tombé sur votre charme. J’ai bien senti que vous étiez troublée quand je vous ai proposé de vous raccompagner. »

« C’était sympa, mais j’avais ma bagnole et que je n’avais aucune envie de me taper 40 kilomètres pour revenir la chercher. »

« N’attendons plus ! Jetez-vous dans mes bras, petite coquine ! »

Une histoire qui fera date

5 juin, 2017

Cath

Rate

Sa natte,

Dit le fat

Qui la mate.

Il se dilate

La rate

En avalant une datte

Et des pâtes.

Les mous

4 juin, 2017

« Je suis partisan du moindre effort. La plus belle conquête de l’homme durant ces 100 dernières années, c’est le canapé et le téléviseur. »

« Vous ne vous ennuyez pas ? »

« Si, un peu. Vous n’auriez pas un truc pour s’amuser ? Parce que j’en ai un peu marre de revoir un même film 15 fois en 6 mois à la télé. Comment faisaient-ils les seigneurs du Moyen-Age pour se distraire sans canapé ni téléviseur ?»

« Par exemple, ils convoquaient leurs vassaux et organisaient des festins qui duraient des heures, jusqu’au matin. »

« Moi, je n’ai pas beaucoup de chance, mes voisins n’ont pas tellement envie d’être mes vassaux et puis, je dois surveiller mon régime. Ce n’est pas avec mes attitudes sur le canapé que je risque de maigrir. Ils n’avaient pas d’autres idées, les châtelains ? »

« Si, ils faisaient venir des troubadours à la mode pour leur dire des vers racontant de merveilleuses histoires d’amour entre un vaillant guerrier et sa belle dame. »

« C’est-à-dire que ma femme risque de me demander à quelle date j’ai l’intention de me transformer en vaillant guerrier… »

« Bon, alors vous pourriez organiser, au coin du feu, une conversation spirituelle de haute tenue avec le curé de votre village après l’avoir invité à diner. »

« Non plus. L’abbé Canne est un ascète qui ne fréquente pas tellement les diners et, en plus, il ne connait rien à la ligue des Champions. »

« J’ai une autre idée : vous pourriez aller vous coucher. »

« Euh… se coucher à 18 heures en hiver, c’est un peu gênant. Je ne me vois pas quitter le boulot à 17 heures sous prétexte que je dois commencer ma nuit. Je vais encore avoir des histoires avec le patron qui me reproche déjà mon manque de dynamisme. »

« Vous devriez consulter le corps médical ! »

« Non, ce n’est pas médical, c’est religieux. Je fais partie du peuple maudit des « mous ». C’est une punition divine que nous devons tous endurer : s’emmerder à partir de 20 heures 30, après le journal télévisé, en attendant l’heure d’avoir sommeil. »

« C’est assez terrible comme supplice, on se demande ce qu’ont fait les « mous » pour mériter ça. »

« Rien, nous n’avons rien fait. C’est pour ça que nous sommes les « mous », nous ne faisons rien de constructif, à part râler contre tout, peut-être. Ou alors demander à la ronde ce qu’on bouffe ce soir ou ce qu’il y a à la télé ce soir. »

« C’est intéressant. On peut essayer ? Vous organisez des stages de mollesse ? J’aimerais bien me rendre compte par moi-même. J’en ai un peu assez de passer mes soirées au bistrot avec les copains ou à jouer au scrabble avec ma femme. Je voudrais essayer de m’ennuyer sur mon canapé qui ne sert à rien. »

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