La crème de la crème

11 février, 2018

« Je suis un vrai charlatan. »

« Ah, c’est vous qui vendez des crèmes miracles pour avoir l’air jeune ! »

« Les gens ne veulent pas vieillir, alors j’en profite et je leur refile des trucs pour avoir une belle peau. »

« C’est vrai que les gens n’aiment pas les rides, c’est pourtant un indicateur indiscutable d’une certaine sagesse. Et puis une petite ride au coin des yeux, ça peut être charmant. Ou alors au milieu du menton. »

« Ne confondons pas rides et fossettes ! Quoiqu’il en soit les gens aiment mieux une peau de pèche sans imperfection. »

« Moi, je voudrais bien avoir un visage buriné par le vent et les embruns de la mer pour avoir l’air d’un grand aventurier. »

« Désolé, je ne fais pas la crème qui burine ! »

« Vous faites aussi la crème qui fait disparaitre les bourrelets autour de la taille. Celle qui ne marche jamais. »

« Oui ! Dès qu’on leur parle de leur ventre rond, les gens sont prêts à acheter n’importe quoi, c’est très lucratif. »

« C’est dommage le ventre rond, c’est aussi un signe de respectabilité. Les notaires, les banquiers sont souvent rondouillards, ça inspire confiance. On a toujours l’impression d’avoir affaire à des bons vivants ! »

« C’est vrai. Les notaires et les banquiers m’achètent rarement de la crème pour amincir le tour de taille. »

« Vous avez aussi la crème pour les pieds ? »

« Tout à fait. J’ai la crème qui soulage la voute plantaire quand vous avez marché toute la journée. Celle-là est très efficace ! »

« Ah bon ? Comment elle marche ? »

« Vous vous enduisez le pied, et comme vous n’avez pas envie de mettre plein de crème dans vos chaussettes, vous restez tranquille sur votre fauteuil un bon moment. C’est comme ça que votre pied se repose. Après vous prenez une douche et c’est reparti ! »

« Bon d’accord ! Vos crèmes, c’est donc un peu de l’arnaque ! Comment faites-vous quand les gens rouspètent ? »

« J’ai plusieurs techniques. Généralement, j’écris sur le tube qu’il faut faire un peu d’activité sportive pour que les crèmes fonctionnent. Comme ils sont un peu paresseux, je suis tranquille. Ou alors, je leur dis qu’il faut utiliser mes crèmes sur le long terme et je leur vends deux ou trois tubes supplémentaires ! »

« Vous ne doutez de rien ! Charlatan, va ! »

Tous les Saints

10 février, 2018

Pour la Toussaint,

Mon poussin,

J’ai un dessin

Sain.

Je ferai un dessin

Sur ton sein,

Mon coussin.

Ce sera un petit marcassin

Et un chat abyssin.

Vive la banane !

8 février, 2018

« Tu as remarqué, Georges, il y a des aliments agressifs, des aliments qui se battent ! » »

« Ah bon ? Par exemple ? »

« La feuille de salade. Elle donne l’impression de se tordre dans tous les sens pour ne pas rentrer dans la bouche. »

« Oui, en général, elle se débrouille pour t’envoyer de la sauce plein tes lunettes ! »

« Dans le même genre, il y a la spaghetti bolognese. Quand le combat se termine, ta chemise est barbouillée de rouge ! Ma mère me crie dessus parce que c’est difficile de ravoir au lavage. »

« En plus, tu n’es pas très élégant quand tu en manges. Tu es obligé de mettre le nez dans l’assiette pour qu’un spaghetti ne se mette pas en tête de s’échapper sur ton pantalon, ce qui du point de vue nettoyage est encore pire qu’une tache sur la chemise. »

« C’est vrai qu’il faudrait classer les aliments selon leur facilité à être ingurgités. Dans la catégorie des « pénibles », je mettrais volontiers les petits pois. Lorsque tu arrives à les positionnés sur ta fourchette, ils sont toujours à la limite du déséquilibre. Forcément, il y en a qui tombe à terre. Ma mère n’aime pas non plus ! »

« Il y aussi les aliments traitres. Tu arrives à les mettre en bouche, tu crois que tout va bien et quelques secondes plus tard, ils font exprès de se coincer entre les dents pour t’embêter. Le haricot vert aime bien jouer au plus fin. »

« Oui, tu es obligé d’aller le décoincer avec le doigt et ce n’est pas élégant. Ta mère te dispute encore parce que ça ne se fait pas. »

« Je ne parle pas des poissons soi-disant sans arête et qui en a tout de même. Tu es obligé d’aller chercher au fond de la gorge avec l’index, sous peine d’être transporté rapidement aux urgences. »

« C’est ce qui fait le succès de la frite ! »

« Oui, la frite, c’est clair, c’est facile à manger. Tu ne t’en mets pas plein la figure. Au pire, tu peux te graisser un peu le bout des doigts, mais il suffit de les essuyer discrètement sur la nappe de la table. »

« Heureusement qu’on peut se nourrir avec des aliments qui ne font pas un carnage avant d’être ingurgités. La purée de pomme de terre est bien aussi : ça se tient, ça ne reste pas entre les dents. En général, les mères aiment bien. »

« Un conseil : en dessert, méfie-toi de la crème au chocolat. Si tu te retrouves avec une tache de tomate, superposé à une tache de chocolat sur ton pull, je ne te dis pas la crise… »

« Dans le même style, tu as aussi les pêches. Il n’y a pas moyen de manger une pêche sans que ça dégouline sur le menton et dans les mains. L’orange éclabousse bien aussi. Finalement rien ne vaut la banane. »

« Vive la banane, c’est qu’on doit appeler la sécurité alimentaire. »

Ah ! Dis !

7 février, 2018

Je suis en Picardie

Avec une maladie.

Chez Maddy.

Je n’ai pas un radis

Pour aller au paradis

Avec mon caddy.

Mardi,

Je serai ragaillardi,

Pour pêcher la sardine.

Hardi !

Le bonheur

6 février, 2018

« Vous avez l’air heureux. »

« Oui et alors ? »

« Ça ne vous gêne pas ? »

« Et pourquoi, ça me générait ? »

« Quand on n’est trop heureux, on risque de tomber dans la béatitude. C’est-à-dire une espèce d’état de contentement avec l’air niais. »

« Vous me trouvez un air niais ? »

« Pas encore, mais méfiez-vous. Quand on est heureux, on ne peut plus connaître une aspiration au bonheur, puisqu’on le connait déjà. La question c’est : après le bonheur, qu’est-ce qu’il y a ? »

« Euh… vous cherchez à me déprimer. Vous ne seriez pas un peu jaloux de mon bonheur. Par hasard ? »

« Non, je ne fais que le convoiter. Mon idéal serait de ne pas l’atteindre de façon à ne pas être confronté à un grand vide, une fois que je l’obtiendrai. »

« Si vous le cherchez, c’est bien que vous êtes jaloux de moi puisque je l’ai trouvé. »

« Etre jaloux, c’est un sentiment mauvais. C’est le sentiment que j’aurais si je voulais à tout prix votre avantage. Or, je suis sympa avec vous, je ne veux rien vous enlever de votre bonheur. J’en suis envieux, c’est tout. »

« Vous vous trompez, il y a beaucoup à faire après le bonheur. Par exemple, je peux atteindre la félicité éternelle. Vous vous rendez compte : le bonheur total, sans discontinuité, jusqu’à la fin. »

« Vous allez vous lasser. Je vous conseillerais plutôt le plaisir. C’est un état heureux momentané. Comme ça, une fois que le plaisir est passé, vous avez la joie de repartir pour une nouvelle conquête du plaisir. »

« Je vois : pour vous, le bonheur est un concept qui s’enfuit dès qu’on l’a attrapé. Il faudrait même l’aider à s’enfuir, pour avoir le plaisir de recommencer à courir après. »

« Exactement. Dans ces conditions, je vous conseille la volupté. »

« Qu’est-ce à dire ? »

« Une fois que vous avez le bonheur, vous vous roulez dedans avec intensité, pour vous en imprégner. Sinon, vous n’allez pas le connaître vraiment et vous pourriez renoncer à le poursuivre. Et là, pof ! Vous tombez dans la dépression ! »

« Vous avez raison. Depuis que je vous parle, mon bonheur s’est fait la malle. »

« Qu’est-ce que je vous disais ! La prochaine fois que vous le choper, dépêchez-vous d’en jouir au lieu de faire le malin. »

Salade de fruits

5 février, 2018

A Orange

J’ai pris une amende

En pleine poire.

C’est pour ma pomme !

Mais j’ai la pêche,

Je ne reste pas dans mon coin.

Je ramène ma fraise

Chez mon avocat

Qui n’est pas à la noix.

Un verre ?

4 février, 2018

Le ver Galant (hermaphrodite comme tous les vers) cheminait le long de la route à la recherche de son bien-aimé. Le ver se dirigeait vers le rond-point qu’il atteint vers midi.

Il y rencontra le ver Tige qui lui certifia n’avoir pas vu le ver Ité, mais il conseilla à Galant d’interroger le ver Dure qui passe son temps à musarder dans la verdure.

Le ver Dure réfléchit longuement, ce qui était difficile pour un ver, reconnaissons-le. Puis il dit que le ver Ité était peut-être partie vers le palais de Versailles, qui semblait l’attirer de ses milles feux.

Mais le ver Galant savait que le vers Ité était un ver vertueux. Il se tourna plutôt vers un mage, le ver Tical qui le reçut debout. Le ver regarda dans sa boule de verre. Il vit Ité en compagnie du ver Glas.

Le sang du ver Galant ne fit qu’un tour ce qui fut assez long, compte tenu de sa longueur. Le gars Glas ne raisonnait pas de travers. Néanmoins, le ver Glas le reçut assez froidement. Il certifia ne pas avoir vu Ité et dit qu’il allait sonner les cloches à ceux qui diraient le contraire.

Le ver Galant versa une larme. Chemin faisant, il croisa l’idiot du village, le ver Sot. Sot ne l’était pas. C’un magnifique ver roux. Il dirigea le ver Galant vers le vers Veine qui était connu pour avoir beaucoup de chance.

Le ver Veine sourit. On ne savait pas comment il s’y prenait, mais c’était un ver qui souriait. Il avait justement vu, dans la rue, son compère le ver Rue, qui avait aperçu le ver Ité le matin même.

Muni de ce précieux renseignement, le ver Galant remonta la rue, pour vérifier la version du ver Rue. Vers midi, il stoppa au bistrot pour boire un verre. Il y rencontra le ver Onique qui, parle plus grand des hasards, s’appelait Veronique. Il lui conseilla d’aller dans le parc. Le ver rouilla alors un moment dans le jardin municipal. En vain.

Le ver Galant croisa de nouveau le ver Dure qui jouait souvent au dur. Ce dernier compatit et conseilla à Galant d’interroger un curé, le Père Ver. En général, ce ver sait.

Le Père Ver dit qu’il connaissait la musique. La vers Ité était surement aller acheter de la laine. Car c’est un poète. Pour ce vers, laine est un mot qui rime facilement.

Galant se rendit donc chez sa sœur. Le ver Sœur lui indiqua le chemin du ver On, qui avait justement – par on ne sait quel miracle – des yeux vairons et qui vendait de la laine.

On bavait. Il salissait, c’était un ver salivaire. Ité avait acheté de la laine chez lui. Il avait dit qu’elle commençait un pull-over vert.

Galant en avait assez de ce calvaire. Il commençait à trouver cette recherche sévère, ce ver. Il rentra vers minuit, plein de dépit, vert de rage.

Le lendemain, le vers s’éveilla vers midi. Le vers prit encore un verre et mit ses verres qui ne lui servaient à rien. La vérité du ver Ité était difficile à établir. Vers midi, on toqua à sa porte, personne ne sait comment. Il l’ouvrit et trouva un pull-over vert sur le seuil, car c’était l’hiver.

La femme de Lucifer

3 février, 2018

Dans l’enfer

De Lucifer

C’est Jennifer

Qui est aux affaires.

Il la laisse faire.

Elle a une volonté de fer.

Lui est féru

De férias.

Quelle histoire mortifère !

Question

2 février, 2018

Sur le banc

De Jean,

Une dent,

Un gant,

Du sang.

Quand ?

Prenez du temps,

Les gens

Lents !

Un fantôme

1 février, 2018

« Bonjour, je suis votre fantôme. »

« C’est une plaisanterie ? C’est toi, Georges ? Arrête tes conneries ! »

« Non, ce n’est pas Georges. Je suis le vrai fantôme de la maison. On ne se connait pas bien parce que je ne reviens que tous les 100 ans. »

« C’est un scandale ! Quand j’ai acheté la maison, personne ne m’a signalé ce ‘léger’ inconvénient ! »

« Parce que vous trouvez que j’ai une tête d’inconvénient ? Si vous croyez que ça m’amuse de vous hanter dans ces conditions ! »

« Mais pourquoi ? Pourquoi les situations merdiques tombent toujours sur moi ! J’ai déjà la seule bagnole du quartier sur laquelle a chu un arbre lors du dernier orage ! »

« Ce n’est vraiment pas de pot ! Moi, c’est la faute du chevalier Mortifer. J’étais parti en 1100 et quelques en croisade avec le roi Louis, bien tranquille. Je ne pensais pas que Josiane allait se barrer avec ce faquin. »

« C’est vrai que ce n’est pas très sympa de la part de Josiane, mais est-ce bien une raison pour hanter les gens pendant 10 siècles ? »

« C’est plus compliqué. A l’époque, on n’était pas très cool dans ces cas-là. J’ai un peu assassiné le chevalier Mortifer pour lui reprendre Josiane, laquelle, très admirative est revenu à la maison sans moufter. »

« Vous vous en êtes bien sorti. »

« Pas tant que ça, parce que j’ai dû faire la seconde croisade, pendant laquelle, elle s’est enfuie avec la troubadour Balourd ! »

« C’était un sacré numéro votre Josiane. Intenable ! « 

« J’ai eu le regret de faire un sort à Balourd. C’était dommage parce qu’il jouait bien de la cithare et avait un joli filet de voix. Mais j’ai ramené Josiane à la maison. »

« J’espère que vous vous êtes arrêté de partir en croisade ! »

« Pensez-vous le chef de la troisième croisade, c’était Philippe Auguste ! Il n’était pas particulièrement sympa. Il m’a dit qu’il n’en avait rien à faire de mes problèmes de ménage et m’a prié de me ramener au galop ! »

« Oui, c’est comme mon patron d’aujourd’hui. Il ne comprend rien, c’est boulot-boulot ! »

« Donc, le mieux que j’avais à faire, c’était d’emmener Josiane avec moi. Ça a été un vrai calvaire. Elle était impossible en voyage. Bref, j’ai fait exprès de la perdre chez un petit sultan inconnu d’Orient. »

« Bien joué ! »

« Non, le baron Bouboule me l’a ramené en croyant l’avoir sauvé des griffes d’un terrible guerrier. J’ai dû le remercier, mais Josiane n’était pas contente. Elle s’est plainte de moi à sa mère, la vieille Bicoque qui était une vile sorcière, ce qui m’avait échappé puisque je refusais d’aller déjeuner chez ma belle-mère. »

« Et alors ? »

« Et alors, la vieille Bicoque, très remontée par sa fille ma transformé en fantôme éternel. Désolé ! »

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