L’avenir du ciseau à ongle.

12 avril, 2018

« Il y a des objets qui ont une supériorité sur nous, c’est qu’ils sont éternels. Ils seront encore là quand nous n’y serons plus. »

« Par exemple ? »

« Par exemple, le cintre. C’est une structure très simple, le cintre. On ne voit pas bien comment en 2500, on pourra se passer de cintres pour accrocher ses vêtements. Certes, me direz-vous, un cintre peut se détériorer, mais le concept sera toujours d’actualité ! »

« C’est vrai, il faudra que je laisse un message à mes cintres au bénéfice des générations futures. »

« Dans le même style, vous avez la boule de pétanque. Comment nos arrières-arrières-petits-enfants pourront-ils jouer à la pétanque sans boules ? »

« En effet, je me pose la question. Je vois mal nos gouvernants du futur interdire par lois ou ordonnances de jouer à la pétanque et donc décréter la fin de la boule. Encore qu’avec les politiciens, on peut s’attendre à tout ! »

« Le progrès ne pourra donc pas tout remplacer par des bidules informatiques ! »

« Il y a quand même des incertitudes ! Quel est l’avenir du gobelet à café, par exemple ? »

« En effet, il peut y avoir un débat. Si l’on imagine la fin du gobelet à café dans les entreprises, c’est la mort de la machine à café, seul endroit où l’on peut encore dire n’importe quoi et glander un peu avant de reprendre le boulot. Je ne sais pas si vous imaginez bien le stress que ça engendrera dans les bureaux. »

« Oui, nous serons peut-être obligés de prendre le café en pastilles sans se déplacer. C’est nettement moins motivant ! Et le téléphone portable, il sera éternel aussi ? »

« Non, pas du tout. Comme tout sera connecté, vous pourrez très bien vous adresser à votre femme en parlant à votre pull qui sera infestée de micro-technologies ! »

« Je n’ai pas ce genre de contact avec mes vêtements, mais il faudra s’y faire ! »

« Par contre, je vois un très bel avenir au ciseau, et notamment au ciseau à ongles. Quelque soit l’avenir de l’homme, j’ai du mal à penser que ses ongles arrêteront de pousser. Donc, sauf à avoir l’air d’un monstre aux mains crochues, il lui faudra toujours un ciseau. »

« C’est vrai. C’est un geste éternel. La prochaine fois que je le ferai, je penserai que Jules César et Saint Louis se coupaient les ongles aussi. »

« Par contre, on peut s’interroger sur l’avenir de la brosse à dents ! »

« Nous n’aurons plus de dents ? »

« Si, mais on pourra peut-être se laver les dents en suçant une pastille. Le problème, c’est qu’il faudra trouver le moyen de dissoudre les saletés qui s’incrustent entre les dents. Je pense que ce n’est pas évident de dissoudre une feuille de salade sans emporter une bonne partie de la bouche. »

« Faisons confiance à nos scientifiques, Maître ! »

Hue, cocotte !

11 avril, 2018

Hugues

Un hussard

Humain

Et humaniste

Hue

Huguette

Qui hurle

Depuis sa hutte

Sans humour.

Mon éloge

10 avril, 2018

-          Je voudrais que quelqu’un fasse mon éloge.

-          Vous tombez bien, c’est justement la spécialité de notre maison. Nous fabriquons des éloges depuis 150 ans, de père en fils.

-          D’accord, mais il me faudrait de la qualité.

-          Pas de problème : commençons par le début. Vous avez quel âge ?

-          52 ans.

-          Vous faites un peu plus vieux, mais ce n’est pas grave. Nous pourrions dire que vous portez avec noblesse les stigmates de la vieillesse.

-          On pourrait peut-être parler aussi de mon tempérament juvénile.

-          Ok, je mets un petit coup de « sauvegarde d’âme d’enfant ». C’est un produit courant. Bon ! Maintenant qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

-          Rien, je suis chômeur.

-          Très bien, ça ! C’est fréquent aussi ! Nous allons déclarer que vous assumez avec dignité les conséquences désastreuses d’un ultra-libéralisme cruel et aveugle qui n’épargne pas l’honnête salarié potentiel que vous êtes.

-          Est-ce qu’on pourrait dire que j’ai beaucoup d’humour ?

-          Ah ! Ah ! Je vois ce que c’est : monsieur est gourmand. Bon, disons, que monsieur est doté d’un humour fin et discret, d’autant plus hilarant qu’il est réservé à un cercle limité d’initiés qui n’en peuvent plus de s’écrouler de rire à son contact. Nous n’avons pas parlé de votre culture…

-          Ah oui … Ma culture…

-          Ne vous inquiétez pas, nous avons l’habitude. Monsieur est homme qui aime la vie et les livres. Les invités de sa petite maison ont toujours été impressionnés par l’étendue de la bibliothèque qui trône dans son salon. Il aime à citer ses poètes favoris : Baudelaire, Lamartine, Ronsard, Du Bellay, Petrus Borel…

-          Qui ?

-          Bon, j’enlève Petrus Borel. C’est dommage, personne ne le connait.

-          Je fais du sport aussi.

-          Très bien, monsieur est un homme complet. Là, je peux placer « mens sana in corpore sano ». Nous avons un tarif très correct pour les citations latines, ça donne du cachet à votre éloge. Quel sport ?

-          Pétanque, ping-pong, marche…

-          Parfait. J’écris : quand monsieur revient, épuisé, de ses exercices corporels qui sculptent son corps d’esthète, il aime à se replonger dans les œuvres complètes de Paul Valéry ou Arthur Rimbaud pour humer l’air des hauteurs célestes vers lesquelles nous élèvent nos grands poètes. Passons à vos amis.

-          Euh… je n’ai pas beaucoup d’amis. Dugenou, peut-être, mon voisin de terminale au Lycée…

-          Bon ! Chacun connait la fidélité de Monsieur en amitié. Il a su conserver certains de ses amis depuis plus de 40 ans, des hommes qui sauront reconnaitre dans cet éloge, celui qui a toujours su leur dire : ami ! Je suis là pour toi !

-          Et pour ma modestie ?

-          Alors là, on passe à la formule prémium ! C’est plus cher, mais on peut envisager un paiement en plusieurs fois. Nous disons donc : la modestie de Monsieur souffre. Entendez bien, sa modestie souffre ! Jamais, oh grand jamais, il n’aurait imaginé que quelqu’un puisse prononcer l’éloge de sa vie dont l’exemplarité honore tous ceux qui l’ont connu !

Je suis cané

9 avril, 2018

A Cannes,

Ma cane

Ricane.

Moi,  je chicane

Une Toscane

Sur sa bécane

Qui cancane

En jouant de sa sarbacane

Et de sa canne.

Métallurgie

7 avril, 2018

C’est nickel.

J’ai un moral de fer.

J’ai de l’argent

Et un certain aplomb.

Après la fonte des neiges,

Le mercure remonte.

J’éteins mes lumières,

Je me rends sur le zinc du bar

Sur lequel tourne une vieille platine.

Poupou…

6 avril, 2018

C’est épouvantable,

Mon pouls s’affole.

Mes poumons

Avalent de la poussière.

Sur le pourtour

De la poubelle,

Il y a des poux.

Vite, mon époux !

Pousse

La poussette !

Une belle peau

5 avril, 2018

« J’ai une belle peau. Vous avez remarqué ? »

« Oui. Il est vrai que pour vous, les femmes, c’est important, tandis que nous les hommes, on s’en fiche un peu. Au contraire, des cernes ou des rides bien placées peuvent nous donner la tête d’un vieux baroudeur, bien viril. »

« Encore un préjugé sexiste, vous n’arrêtez pas ! »

« Vous devez y passer une sacrée quantité de pognon dans tous vos produits : hydratant, raffermissant, gommant, et j’en passe. Le budget crème faciale est l’un des premiers du ménage. Tout ça pour quoi ? »

« Mais pour se sentir bien dans sa peau. C’est le cas de le dire. Vous savez quand même que votre peau se renouvelle tous les vingt-huit jours, j’espère. »

« Ah bon ? »

« Oui, vous auriez tout intérêt à vous demander ce que deviennent les cellules mortes qui vous donnent ce teint terreux. Un bon gommage vous ferait du bien. »

« Moi, j’ai un teint terreux ? »

« Oui et vos cernes sous les yeux. Je vous signale que ça ne fait pas viril du tout. On a l’impression que votre seule obsession, c’est de retourner vous coucher. »

« Et mes rides ? »

« Ben non… ça ne le fait pas. Il vous faut une bonne crème qui atténue les rides et qui vous rend le visage visiblement plus lisse. La peau est un organe en perpétuel mouvement et ne pas en prendre soin n’est pas un indice de décontraction. »

« Vous me voyez avec un masque beauté au concombre ? Si ça se sait au bureau, je suis viré immédiatement aux archives. »

« Il faudrait commencer par détoxifier votre corps. Visiblement, y’a du boulot. Une cure au jus de citron, ça vous irait ? Des chercheurs ont trouvé qu’il fallait aussi boire de l’eau chaude. »

« C’est gai votre truc. Et pour la bière, je fais comment ? »

« Vous évitez. Vous tenez à votre teint rougeaud et à votre panse proéminente ? Je vais vous donner les bonnes crèmes bon marché. Estimez-vous heureux parce qu’il y a des crèmes au caviar et à la poudre de diamant qui viennent d’apparaitre dans les magasins. »

« Dites tout de suite que je suis près de mes sous. On ne peut pas se contenter de se mettre des rondelles de concombre sur la figure comme ma mère ? »

« Les fruits, ce n’est pas mal, mais n’oubliez pas de bien nettoyer la peau avant toute manœuvre. Vu votre tête, vous n’êtes pas encore au niveau de la peau de pêche, mais enfin on peut progresser. »

« Quand je pense que mon père se passait un coup d’eau sur la figure… »

« Et vos points noirs, vous avez vu vos points noirs… Un vrai désastre… Il vous faut absolument utiliser un nettoyant à base de zinc… »

« Du zinc maintenant, avant ou après le concombre, avant ou après l’eau chaude… »

Un texte qui ne manque pas d’air.

4 avril, 2018

Vers

L’étang de Berre

Entre la mer

Et la terre,

Pauvre hère,

Je me terre.

Mais je suis en plein air.

C’est mieux que le RER.

Allons à Hyères,

Mon père,

Par le chemin de fer.

Fais-moi rêver !

3 avril, 2018

« Je vous trouve ordinaire. Finalement, vous êtes comme tout le monde. Ce n’est guère intéressant ! »

« Si je comprends bien, pour vous intéresser, il faut être dans l’excès. Je m’excuse de ne pas picoler tous les samedis soir. »

« Il ne s’agit pas d’être ivrogne, il s’agit de présenter une originalité. Je ne sais pas, moi… Aller au boulot à dos de chameau… Faire du ski en Ouzbékistan… »

« Vous vous trouvez originale vous… Comme toutes les filles, il faut faire n’importe quoi pour vous séduire. Moi, j’ai envie de rencontrer quelqu’un qui aime la normalité. »

« C’est très ennuyeux, la normalité. Vous allez au boulot, vous rentrez crevé, vous dites que vous êtes crevé, repas, un bout de télé, dodo… « 

« Peut-être, mais les gens normaux sont les plus nombreux. Donc si j’ai tort, nous sommes plus de 60 millions de français à avoir tort ! »

« Les 6 millions restant s’ennuient. »

« Et si je mets un chapeau comme Harrison Ford dans « A la recherche de l’arche perdue », ça pourrait être original, non ? »

« C’est un début, mais ce n’est pas assez. »

« Je pourrais apprendre par cœur le récital de Francis Cabrel et le chanter à tue-tête en entrant chez le boucher. »

« C’est-à-dire que j’ai bonne réputation chez les commerçants de mon quartier. J’aurais du mal à changer de boucher. »

« Bon, alors je vais écrire un livre d’un érotisme torride sur notre relation. »

« Papa et Maman ne le supporteront pas. Restons corrects. »

« Alors, il faut être original sans déranger personne pour vous intéresser ? »

« Voilà, je voudrais que vous soyez audacieux dans les limites de la normalité. »

« Votre truc commence à être compliqué. Donnez-moi un exemple. »

« Par exemple, allons aux Etats- Unis. »

« Tout le monde va aux Etats-Unis. »

« Oui, mais dans l’imaginaire européen, c’est encore une aventure. Un pays de tous les possibles. Les cow-boys, les buildings de New-York, les fortunes en dollars, les grands espaces, Mark Zuckerberg… Vous voyez le truc, quoi… »

« Evidemment, je m’excuse de ne pas avoir inventé Facebook et de trouver que les paysages de l’Aveyron sont très exaltants. »

« Pffff… J’espère qu’il n’y aura pas trop de circulation sur l’autoroute. »

Et à part ça ?

2 avril, 2018

Je suis paré.

Avec mon pare-balles,

Mon pare-soleil

Et mon par-dessus.

Je pars

Par monts et par vaux.

J’irai par-ci par-là.

Je vous en fais part

Sur mon fairepart.

 

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