Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Petit problème !

6 août, 2019

« Je vous remercie. »

« Vous me remerciez de quoi. »

« Je ne sais pas. Je trouve que nous devrions nous remercier plus souvent les uns les autres. »

« Je vais vous devoir quelque chose, maintenant ! »

« Oui, je vous ai adressé un remerciement de précaution. Maintenant, je suis sûr que vous serez agréable avec moi. »

« Et si je décide d’être déplaisant. »

« Vous vous sentirez gravement coupable. Si ça ne suffit pas, je vous dirai que je vous aime beaucoup. »

« C’est effectivement très déstabilisant. Votre affection est un vrai pot de colle. Comment puis-je m’en débarasser ? » 

« Ce n’est pas possible. Si vous me rejetez, vous serez le méchant agresseur, insensible à mon humanité. Prenez garde ! Si mon affection ne suffit pas, je dirai que je vous admire infiniment. »

« Qu’est-ce que ça ajoute ? »

« Ça ajoute que vous serez obligé d’avoir un comportement irréprochable. C’est extrêmement fatigant d’être digne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »

« Je ne pourrais plus faire n’importe quoi ? »

« Non, vous me décevrez et je dirai à tout le monde que vous êtes un être tomé du piédestal sur lequel je vous avais mis. Si tout ça ne suffit pas, je pourrais ouvrir une cagnotte pour élever une statue à votre effigie. »

« Posée sur une place publique ? Non, pas ça ! »

« Si ! Et le jour de votre anniversaire, j’organiserais un dépôt de gerbe. Il y a aura la fanfare municipale et nous respecterons une minute de silence très émouvante. »

« Si je comprends bien, je suis fait aux pattes. Je suis obligé d’être plaisant avec vous pour éviter vos menaces. »

« Absolument ! »

Halte aux cadences non infernales !

4 août, 2019

« Halte aux cadences trop lentes ! »

« Vous voulez dire : halte aux cadences infernales. »

« Non ! Trop lentes ! La direction a ralenti notre rythme et notre charge de travail pour que nous nous sentions mieux. »

« C’est rare ! Vous êtes content ? »

« Non ! C’est très handicapant ! Comment voulez-vous que j’exprime ma rage contre les patrons dans ces conditions. »

« Personne n’est obligé d’être en rage ! »

« Ça vous conviendrait vous qu’on vous apporte le petit déjeuner, tous les matins sur votre bureau ? »

« Ils vous font ça ? »

« Comment voulez-vous vous énerver contre la monstrueuse exploitation dont nous sommes les malheureux objets ? »

« C’est assez injuste en effet ! »

« En plus, nous prenons les congés que nous voulons. Cette année, j’ai trainé huit semaines au Maldives avec Josiane et les enfants…. Et tout le monde s’en fout ! »

« C’est très déstabilisant. On vous retire toutes les occasions de vous plaindre ! »

« C’est que j’ai un spleen à déverser, moi ! »

« C’est vrai qu’on se sent beaucoup mieux lorsqu’on a un adversaire potentiel qu’on peut agonir d’injures. »

« L’homme aime bien se sentir du coté du Bien contre le Mal, s’il y a du Bien partout, comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? »

« Qu’est-ce que vous allez faire ? »

« Nous nous sommes mobilisés. Nous avons déjà obtenu qu’on arrête les augmentations salariales de plus de 10 % par an ! »

« C’est un pas en avant appréciable ! »

« Mais pour les nouvelles voitures offertes à chaque salarié pour Noël, ils n’ont rien voulu savoir ! »

« Vous allez voir qu’ils vont vous offrir des massages à domicile ! Rien ne les arrête »

Une année dans la bonne humeur

1 août, 2019

« Je bronze. »

« A part attraper des maladies de peau, ça sert à quoi ? »

« A faire le malin à la rentrée. Tout le monde me trouvera bonne mine. Pendant deux minutes trente, je serai le centre d’attraction. »

« Au bout d’un mois, vous aurez une mine blanchâtre, le visage hâve, des cernes bleuâtres sous les yeux, la paupière tombante, les traits tirés… comme tout le monde. »

« Vous avez raison : le mois d’octobre est très cruel. On a juste le droit de se rappeler la bonne allure qu’on avait en septembre. »

« Alors on se gave de desserts à la cantine pour oublier tout ça et on devient obèse. Les joues sont boursouflées, le teint est terreux, le cheveux terne… »

« Par là-dessus arrive le mois de novembre qui se charge de vous abattre le moral pour le cas bien improbable où il vous resterait un peu de dynamisme. »

« C’est le mois où je ne ressemble plus à rien : le front est soucieux, les yeux sont rougis, le nez est obstrué, les plis de la bouche deviennent amers. Bref, je ne voudrais pas me rencontrer pendant un mois de novembre. »

« Quant à décembre, ne m’en parlez pas. Ma couperose ressort très bien, les paupières sont gelées, les yeux vitreux, les oreilles sont rouges… Tout va bien. »

« En janvier, ça s’améliore, j’ai la peau flasque, les lèvres gercées, le nez épaté, le regard fuyant, surtout quand on me demande si j’ai passé un bon noël. »

« En février, il faut que j’emmène Josiane au ski. C’est obligatoire, quasiment statutaire. Quand je reviens, j’ai le visage noir ou alors rouge si j’ai oublié ma crème. Mais ça ne fait pas « bonne mine » comme en septembre, sans doute parce je suis tout blanc autour des yeux. »

« En plus, moi je prends trois kilos. Il faut se nourrir de spaghettis pendant huit jours pour payer les forfaits et le studio minuscule. »

« Et au mois de mars, revoilà enfin le printemps. Ne me dites pas que votre physique en pâtit. »

« Si, justement, c’est un mois à problème. Je constate les dégâts de l’hiver. J’ai l’œil glauque, l’haleine fétide, les joues flasques. Vous croyez que ça me met de bonne humeur ? »

« Je comprends. Je n’ose même pas parler d’avril. On se croit débarrasser des intempéries, mais il pleut si bien que l’aigreur et le ressentiment se lisent sur mon visage. »

« Sur le mien aussi, ce n’est rien à côté de mai et juin. Ce sont les mois où il faut déjeuner dehors. Le résultat, c’est que j’attrape plein de piqures d’insectes et je suis tout rouge. »

« Quant aux week-ends à rallonge, c’est juste l’occasion de se disputer avec les collègues de bureau pour obtenir des ponts. Je perds ainsi mes meilleurs amis. La méchanceté dégouline de mon visage jauni par le fiel que j’ai du déployé pour me mettre en congé pour le vendredi de l’ascension ! »

« Il reste juillet, le mois le pire. On se croit en vacances, mais on ne l’est pas. Je deviens acariâtre, Josiane encore plus. Nos visages se décomposent, la bave coulent au coin des lèvres, les regards deviennent bovins. »

Un homme de décision

30 juillet, 2019

« Je vais prendre des décisions ! Je ne suis pas un mou du genou, moi ! »

« Bravo ! Dans quel domaine ? »

« Ah bon, il faut un domaine ? »

« Oui, c’est mieux. Vous, vous n’avez pas beaucoup de choix à trancher. Vous dormez, vous allez bosser, vous mangez, vous revenez à la maison, vous engueulez vos gamins, vous allez vous coucher et le lendemain, ça recommence ! »

« Je pourrais décider d’aller au marché le samedi matin, au lieu de trainasser au lit. »

« Non, vous avez déjà essayé. Le problème, c’est que ça vous a fatigué, vous avez fait la gueule à Josiane, votre femme, qui a fait un tas d’histoires à cause de votre manque d’entrain. »

« Vous avez raison, il me faut des décisions moins risquées. Je pourrais choisir autre chose que des carottes râpées à la cantine. »

« Allons, allons ! Vous savez bien que vous ne digérez pas la salade de concombre ! »

« C’est vrai que mon pouvoir de décision est restreint. Et si j’organisais une révolte avec mon voisin Dugenou. Il voulait aller en vacances à Palavas-les-Flots et hop ! Il s’est retrouvé au pied du Mont Blanc, sa femme l’avait décidé. »

« Soyez raisonnable : ce n’est pas possible de vous révolter. »

« Ah bon ? Et pourquoi, je vous prie ? »

« Parce que vous êtes le peuple et que le peuple ne décide de rien, surtout pas de prendre le pouvoir de décision. Quand il a essayé de prendre le pouvoir, ça s’est toujours mal terminé. »

« Mais enfin Dugenou pourrait bien décider de la destination de ses vacances sans que ça constitue une révolte populaire. »

« On est toujours le peuple de quelqu’un. »

« Si je comprends bien, un bon peuple c’est un ensemble composé de gens qui ne décident de rien ! »

« Oui, sinon on est en pleine démocratie. C’est ça que vous voulez ? »

« Ce serait bien. »

Conversation

28 juillet, 2019

« Vous avez un sujet de conversation ? »

« Euh… je pourrais m’interroger à haute voix sur la canicule, en me désolant sur ses effets néfastes sur l’agriculture. »

« Non, ça ne m’intéresse pas, j’ai déjà entendu ça à la télé hier soir. »

« Vous qui êtes si malin, vous en avez un, un sujet de conversation ? »

« Oui, j’ai la réussite de mon gamin au bac. Mais ne me demandez pas ce qu’il compte faire avec ça, je ne suis même pas sur qu’il ait compris qu’il devait faire quelque chose ! »

« Bon… ça ne m’intéresse pas non plus. »

« Nous pourrions nous demander si nous partons. En plein été, ça se fait. »

« Oui, mais non. D’abord, je me demande pourquoi les gens éprouvent le besoin de ficher le camp de chez eux dès qu’ils sont en congé. Ensuite, imaginez que je n’ai pas les moyens de m’offrir des vacances en bord de mer, vous seriez bien gêné de me poser ce genre de question. »

« Je ne peux pas non plus vous demander ce que vous lisez actuellement. Si vous êtes complètement inculte, je vais vous embarrasser aussi. »

« Le mieux serait de trouver un sujet sur lequel nous serons forcément d’accord. Par exemple, plaignions-nous de nos gamins respectifs. Il y a bien des chances que nous ayons les mêmes, c’est-à-dire des êtres à deux pattes qu’on ne peut pas décoller de leur écran. »

« Voilà un bon sujet. Nous pourrions prolonger en nous rappelant d’un air entendu que nous étions beaucoup plus cultivés qu’eux à leur âge. »

« Super ! Nous venons de gagner trois minutes et demie de conversation. Vous en avez d’autres comme ça ? »

« C’est-à-dire que tant que le championnat de Ligue 1 n’a pas repris, c’est délicat. Je ne peux même pas vous dire : t’as vu le match hier soir ? »

« Je connais un sujet qui supporte toutes les saisons : les grèves dans les transports. Si ce n’est pas les trains, c’est les avions, … On peut se plaindre été comme hiver, tout en trouvant légitime le combat de salariés pour leur droit, évidemment. »

« Finalement, la plupart de nos conversations consistent à gémir sur notre propre sort. On se demande comment faisait nos ancêtres pour causer entre eux. »

« D’autant plus qu’ils n’avaient pas le foot à la télé, ni Pc, ni téléphone portable pour comparer leur nombre de Mégas je-ne-sais-quoi… »

« Dans les salons on se gaussait des aventures extraconjugales d’un tel avec une telle, ou alors on conspirait contre le roi. »

« De ce point de vue, on s’est bien adapté. Nous pourrions rire de Dugenou qui fait du gringue avec la mère Duchamp de la compta. Pour ce qui est de conspirer, on peut parler de nos gilets jaunes. »

« Là, on est bon. On peut tenir dix minutes ! »

Dire du mal

25 juillet, 2019

« Je peux dégoiser sur votre compte ? »

« Je n’y tiens pas. »

« Si je ne peux plus dire du mal de qui que ce soit à la cantine, je vais m’ennuyer. Vous pourriez faire un effort. »

« Vous pourriez dire du bien de moi à vos copains. »

« C’est beaucoup moins intéressant. Nous, il faut que nous ayons des vacheries à proférer sur le dos des autres quand ils ne sont pas là. »

« Désolé, mais je ne vais pas me rendre complice de conversations minables entre êtres incultes. »

« Parfait ! Je vous remercie, je vais pouvoir affirmer que vous êtes un individu hautain qui prend les autres de haut ! Je suis sûr que tout le monde sera d’accord ! »

« Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ? »

« De mieux en mieux ! Je vais développer une nouvelle idée : vous ne tenez aucun compte de l’avis des autres. Vous vous prenez pour Dieu le père. »

« C’est complètement idiot ! »

« Super, vous êtes insultant avec le personnel maintenant. Avec ça, je vais tenir la vedette autour de la machine à café pendant un mois ! Vous n’auriez pas quelque chose d’autre dans le même genre ? »

« Je refuse de poursuivre cette conversation ! »

« Merci, merci, merci ! Là, c’est le must !  Vous refusez le dialogue social ! »

« Très bien ! Dans ces conditions, j’établis mon bureau auprès de la machine à café et je vais passer mon temps à suggérer que vous êtes atteint d’une forte pathologie mentale ! »

« Personne ne vous croira. C’est vous qui allez passer pour un cinglé ! »

« Bon, alors je supprime la machine à café. »

« Aucune importance, il reste le local à photocopieuse. Vous ne pouvez pas imaginer ce qui se dit là-dedans ! »

« Vous m’énervez ! Désormais : interdiction de parler dans les bureaux ! A la cantine, on mange en silence ! Comme au monastère ! »

Déconseils

23 juillet, 2019

« Il parait que vous vendez des conseils. »

« Non, ce sont des  « déconseils ». Je dis ce que vous ne devriez pas faire. En revanche, ce que vous devriez faire, je n’en ai aucune idée. »

« Je peux avoir un échantillon. »

« Par exemple, je peux vous déconseiller des projets pour vous éviter des misères pendant vos vacances. »

« Oui, je sais : il vaut mieux éviter la Syrie ou la Corée du Nord. »

« Pas seulement. Je peux aussi vous déconseiller de mettre le maillot de bains de l’an dernier dans votre valise. L’idée que vous puissiez aisément rentrer dedans est risible. Votre corps empâté débordera surement et vous n’aurez pas votre succès habituel sur la plage. »

« C’est un sage déconseil !  Il est plus judicieux que les prestations de certains de vos concurrents qui vous déconseillent d’emprunter l’autoroute A7 le 15 juillet en allant vers le midi ou le 15 août en en revenant. »

« Je ne donne que des déconseils utiles. Par exemple, je vous déconseille de croire que vous aller vous mettre au sport à la rentrée. Vous n’avez pas la volonté nécessaire. »

« C’est un peu rude, mais il y a quelque chose de vrai ! »

« Notez que certains vous conseilleront de prendre un abonnement à une salle de sport pour vous déculpabiliser, sachant très bien que vous n’irez pas. Ceux qui suivent ce conseil croient apaiser leur mauvaise conscience, mais trois mois plus tard, ils se sentiront coupables d’avoir acheté quelque chose pour se déculpabiliser. »

« Vous me déconseillez donc le sport : je me sens tout de suite mieux. »

« Non, je vous déconseille d’élaborer l’idée que vous pourriez faire du sport. »

« Vous en avez d’autres ? »

« Oui, par exemple, je vous déconseille de croire à l’amour éternel. »

« Josiane ne va pas être ravie. C’est qu’elle y croie, elle. »

« Elle va être déçue. Vous comprenez mon concept ? Je déconseille de croire à des trucs qui n’existent pas. Par exemple, je vous déconseille de penser que la France pourrait gagner la prochaine coupe du monde de rugby. C’est une idée sans fondement.»

La boite de sardines

18 juillet, 2019

« Pour vivre heureux, vivons serrés. »

« Qu’est-ce que c’est que cet adage à la noix ? »

« C’est une réalité. Vous DEVEZ être serré. On sera bientôt 10 milliards sur Terre, croyez-vous que tout le monde puisse prendre ses aises ? »

« Moi, j’aime bien m’étaler un peu. »

« Eh bien c’est déjà interdit. Dans le métro, vous DEVEZ être entassé. Vous ne croyez tout de même pas qu’on vous mettra un métro pour vous tout seul. »

« Je n’aime pas bien être pressé contre quelqu’un que je ne connais pas. Avec la chance que j’ai, il sent tout le temps mauvais. »

« On s’en fout : vous devez être compacté. Sur la plage, par exemple. On est en train d’inventer la serviette de plage à étages pour entasser encore plus de monde au mètre-carré. »

« Moi, ça m’est égal : j’aime la montagne. »

« Ce n’est pas grave, il y a de plus en plus de monde aussi. Bientôt, vous trouverez au sommet du Mont-Blanc l’ambiance des grands magasins, un jour de soldes. Il faut vous serrer, je vous dis ! »

« Ça devient inhumain ! »

« Pas du tout ! Les êtres humains adorent ça. Ils s’entraînent activement. Dans les stades, ils sont très contents de hurler, les uns sur les autres. Et dans les concerts de Patrick Bruel, vous croyez que vous allez être assis bien tranquillement ? Pas du tout, vous devez être écrasé par un bataillon de minettes surexcitées. »

« Quand même… Chez moi, je suis tranquille. »

« Pour le moment. Mais comme on manque de logements, le vôtre sera bientôt divisé en deux, ainsi que votre résidence de campagne. »

« Je vais m’inscrire pour coloniser Mars. Il y a des capsules spatiales en partance. »

« A 50 dans la même capsule, sans bouger pendant six mois, ça va être délirant. Vous allez regretter vos bagarres dans les journées de solde. »

« Je vais acheter une ile déserte. »

« Non. Vous ne pouvez pas. Votre budget est serré aussi. »

Rassurons-nous !

16 juillet, 2019

« Il faut cotiser pour préparer votre retraite, car vous serez vieux et incapable de faire autre chose que de piocher dans le magot que vous aurez accumulé. »

« Je dois aussi payer pour la Sécu de façon à prévenir les accidents de ma santé. »

« Ou. »

« Il faut aussi que je cotise pour l’assurance de ma voiture et de ma maison, pour assumer le coût des accidents. »

« Sans compter que vous devez prendre une assurance pour vos gamins qui courent tous les jours le risque de se faire casser la figure à la récré. »

« Il parait qu’on peut aussi assurer ses instruments ménagers. Je vais le faire pour ma machine à raclette à laquelle je tiens beaucoup. »

« Vous avez penser à assurer votre téléphone portable ? Vos vacances à Ibiza ? Vos chiens et chats ? »

« Vous avez remarqué ? Plus notre civilisation, plus nous sommes invités à prendre des risques. On peut être plus souvent au chômage qu’autrefois.  Comme on doit être plus mobile, on prend plus de risque d’avoir un accident de transport. Comme on est de plus en plus équipé, on doit s’assurer davantage contre le risque que tout tombe en panne… »

« En fait, le progrès nous permet de vivre mieux, à condition de prendre plus de risques… Bref, on est plus riche, mais on n’est jamais tranquille. »

« C’est exact. Je parie que certains seraient ravis d’inventer une assurance pour prévenir le risque de tranquillité. »

« C’est une manière insidieuse de pousser au changement. »

« En fait, si on y réfléchit bien. Tout meurt ou se détériore : les hommes, les maisons, les voitures, les vacances, les poêles à frire… Et plus on crée de nouvelles richesses, plus on crée des morts potentiels et donc des déceptions. »

« Les seules qui ne sont pas déçues, ce sont les compagnies d’assurance dont les résultats financiers sont mirobolants. »

« Grâce à elles, nous pouvons changer plus facilement de voitures ou de téléphones ou de poêles à frire et accroitre les cimetières d’objets périmés plein de matériaux dangereux pour la nature. »

« Vous devriez prendre une assurance contre le risque de devenir un dangereux antiprogressiste. »

 

Banalité

14 juillet, 2019

« Je suis quelqu’un de très ennuyeux. Je ne raconte jamais rien d’intéressant. Socialement, je suis un vrai SDF. »

« C’est bien de le reconnaître. Vous êtes sûr que vous n’exagérez pas ?»

« Oui, oui ! Je ne dis jamais rien d’intéressant pour la bonne raison que je ne fais jamais rien d’intéressant. »

« Comment ça se fait ? »

« J’organise tellement bien ma vie qu’il ne peut pas m’arriver quelque chose d’imprévu qui me contraindrait à prendre des initiatives. »

« Bon d’accord, mais vous réfléchissez de temps en temps ? »

« Oui, mais ce n’est absolument pas intéressant. C’est d’une grande banalité. A part manger, dormir, bosser, je n’arrive pas à imaginer que je suis sur Terre pour faire autre chose. »

« Eh bien, ce sont des sujets. Comment mangez-vous ? Vous avez peut-être des idées gastronomiques passionnantes ! »

« Pas du tout ! Moi, c’est steak-frites et yaourt à la banane depuis mes 10 ans. Comment voulez-vous que je passionne quelqu’un avec ça ? »

« Effectivement. Et comment dormez-vous ? »

« Très banalement. A 22 heures 30 précises. Plus tôt ou plus tard ça me déstabilise. Je me couche après avoir mis mon pyjama à rayures bleues et après avoir soigneusement tapoté mon oreiller pour qu’il prenne la forme de ma tête. »

« C’est d’un intérêt palpitant. Et pour le boulot, c’est aussi nul. »

« Oui, je prends le bus qui passe à 8 heures 17. Je ne vous dis pas la crise lors des jours de grève. Et j’aime bien prendre la même place dans le bus. »

« Et au bureau ? »

« Je fais les mêmes gestes tous les matins. Poser le manteau, ouvrir le PC, boire un café, me gratter la tête… Rien, je vous dis. Je n’ai rien à raconter. »

« C’est consternant. »

« J’en arrive à m’ennuyer moi-même. Les autres savent au moins se raconter des histoires à eux-mêmes. Pas moi. »

123456...154