Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Campagne électorale

12 mars, 2020

« Ne confondons pas vie publique et vie privée ! »

« Peut-être, mais moi j’ai besoin de bien vous connaître pour savoir si je peux vous faire confiance. Comment vous confier les finances publiques si vous êtes endetté jusqu’au cou ? »

« Comme si j’étais du genre à taper dans la caisse pour mes besoins personnels ! »

« Je peux vous éviter cette tentation. Quand on détient le pouvoir, on est vite porté à croire que tout est permis. Si vous n’êtes pas élu, remerciez-moi : je vous aurais rendu le service de ne pas être happé par l’ivresse du pouvoir. »

« Je préfèrerais vous remercier de voter pour moi. »

« Il faudrait que je sache aussi si vous trompez votre femme. Si c’est le cas, vous êtes un homme peu loyal. Vous imaginez un polisson à la tête du pays ? »

« De ce côté-là, vous pouvez être tranquille, j’ai des mœurs très convenables. Ce qui ne m’empêche pas de protester contre cette obligation de révéler toute ma vie privée. »

« Et vos impôts, vous les payez ? Pas de phobie administrative ? »

« Je paie tout ce que je dois. Je n’ai pas de magot à l’étranger. Mes enfants ne sont pas en prison. Ma villa du midi a été construite dans des conditions légales… »

« Je vois ce que c’est : j’ai affaire à un candidat parfait, ce qui est suspect. N’auriez-vous pas un vice caché. Le jeu ? L’alcool ? La drogue ? Un cousin en affaire avec un tyran africain ? Une grand-mère qui a collaboré sous l’occupation ? »

« Euh… il y a bien le voisin de l’oncle Jacot qui tourne des films coquins… »

« Et voilà, j’en étais sûr, une famille de pervers ! Comment vous confier les clés du pouvoir dans ces conditions ? Je vais sûrement m’abstenir parce que figurez vous que la fille de la cousine de la charcutière de votre concurrent a triché pendant un examen partiel de maths. »

« En effet, je suis outré. »

« Remarquez… on peut peut-être s’arranger. Si vous promettez de faire sauter mes PV, de subventionner mon entreprise, de donner un poste important à mon cousin… je pourrais être pris d’intérêt pour votre programme politique. »

« Vous croyez donc que je suis un être vénal ! »

« Le terme me choque un peu, monsieur. Je dirais que comme tout le monde, vous préférez votre intérêt privé à l’intérêt collectif. »

« Je vois ce que c’est : monsieur est un anarchiste. Pour vous, voter ne sert à rien. »

« Ne vous énervez pas… on parle. Si vous vous agacez, je vais être obligé d’en déduire que vous n’aimez pas le dialogue. Comment votez pour quelqu’un qui n’apprécie pas la concertation ? »

« Il y a des lois qui vous permettent de voter pour qui vous voulez. Moi, je vais faire une loi pour permettre au candidat de refuser le vote de casse-pieds comme vous ! »

« Ce serait original, mais pour moi, ce sera une raison de plus pour ne pas voter pour vous. En vous présentant vous prenez le risque d’être projeté sur la scène publique où n’importe quel citoyen vous cassera les pieds. Vous voyez bien que je vous rends service. »

Alors ?

11 mars, 2020

A Orange

Un original

Chef d’un orchestre

Oriental

Organise

Des orgies

Sous l’orage

Au son de l’orgue

Pour de l’or.

Quelle ordure !

Le Bien et le Mal

10 mars, 2020

« Parlons du Bien. »

« Moi, je préfèrerais parler du Mal, je connais mieux le sujet. D’ailleurs, le plus souvent, les gens aiment bien dire du Mal de leurs prochains. »

« Oui…oui…. Bon d’accord. D’ailleurs, le Bien peut-il exister sans le Mal ? Ne faut-il pas qu’il existe du mauvais vin pour goûter le bon. »

« C’est vrai ! Quand j’ai obtenu une promotion, j’ai fait du Bien à moi et à tout le monde, sauf à Dugenou qui visait la même promotion. Depuis, il a mal et il fait le Mal en entretenant un esprit de vengeance entre nous. »

« Normalement, faire le Bien doit vous rendre heureux et par ricochet rendre heureux ceux qui sont autour de vous. »

« Euh… ça ne marche pas toujours votre truc. Certes, quand je donne un peu d’argent aux miséreux, ma conscience est soulagée pour un petit moment, mais quand je prive mon gamin de sortie pour son Bien, il n’est pas très content. »

« On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs. En général, il vaut mieux faire le Bien quelles que soit les conséquences. »

« C’est bien ça le problème. Si je vous donne 100 euros, vous allez peut-être les boire au bistrot. Je fais Bien de ne pas vous les donner. »

« Il ne faut pas confondre le Bien et l’intérêt personnel. Quand vous êtes généreux, essayez de ne pas en profiter pour vous valoriser ou pour faire le malin auprès des autres. »

« Ah bon ? Faire le Bien doit être gratuit ? A notre époque de marchandisation de toutes choses, ça va devenir difficile. Ou alors, il faut envisager la béatification. »

« Eh oui, c’est comme ça pour faire le vrai Bien, il faut que cela ne vous permette pas d’en tirer un profit personnel. Le mieux, c’est que personne ne sache que vous faites le Bien.»

« Avec le Mal, on a moins de soucis. Quand je vais à la pâtisserie du quartier, tout le monde le sait : je vais m’empiffrer et céder au péché de gourmandise, ce qui est Mal. »

« La difficulté, c’est que faire le Bien, c’est beaucoup plus difficile que faire le Mal. Le Mal, c’est la facilité. Pour le Bien, il faut une grande force d’âme. »

« Le plus simple, c’est de faire confiance à la loi. Ce qui est légal, c’est Bien. Ce qui est illégal, c’est Mal. Payez ses impôts, c’est Bien. Planquer son fric à l’étranger, c’est mal ! Point barre. »

« Tout ne se règle pas par la loi. »

« Il faut bien que quelqu’un décide ce qui est Bien ou Mal. Sinon, c’est la pagaille. A la maison, je ne suis jamais d’accord avec Thérèse. Est-ce Bien ou Mal de ne plus manger de viande ? Ou du chocolat ? Comme personne n’en sait rien, on coupe la poire en deux : on le fait un jour sur deux. »

« C’est bien le problème : quand il n’y a plus de repères, on en arrive à des compromis ou des demi-solutions. Il faudrait inventer le demi-Bien à ne pas confondre avec le demi-Mal.  C’est trop compliqué ! Le mieux, c’est de demander à sa conscience. En général, quand on fait la Mal, elle s’arrange pour nous mettre mal à l’aise. »

« Oui, et ça ne me convient pas. J’attrape facilement des maux d’estomac, je n’ai pas besoin qu’elle en rajoute. »

Il faut tenir compte des circonstances !

8 mars, 2020

« Ce qui est important dans la vie, ce sont les circonstances. »

« Quelles circonstances ? »

« Toutes les circonstances. Si je bois un coup avec vous au bureau, l’ambiance sera différente qu’un petit verre chez moi. »

« Vous allez m’inviter ? »

« Non, je n’y pense pas vraiment. Je vous dis qu’il faut tenir compte des circonstances. »

« Que cela signifie-t-il, maître ? »

« Je vous explique. Il faut d’abord tenir compte de la date. Si nous discutons au mois de décembre, il est de bon ton pour démarrer la conversation de parler de la neige et de mon séjour prochain au ski. »

« Oui, c’est un sujet préoccupant, je ne vais pas m’en soucier au 14 juillet. »

« Ensuite, il faut tenir compte du lieu. Si nous nous rencontrons à moitié nus dans un hammam, je suis sûr que vous ne me parlerez pas de votre prochaine promotion. »

« Oui, ce serait assez pervers de ma part. »

« Il faut également prendre en considération l’humeur des participants à la discussion. Si je viens de m’engueuler avec ma femme, vous pensez bien que vos problèmes de secrétariat, je m’en fous un petit peu. ! »

« Et comment saurais-je si votre discussion avec madame a été courtoise ? »

« Il faut examiner le visage de votre interlocuteur. Si j’ai le teint jaune, la mine renfrognée, et le geste brusque, vous devez savoir que ce n’est pas le moment de me déranger. »

« Et le chiffre d’affaires, c’est une circonstance, maître ? »

« Bien entendu, si je viens de signer un contrat juteux aves les japonais, vous pouvez commencer à me parler de vos petits problèmes. Sinon, je vais sûrement vous envoyer paître. Les circonstances seront défavorables. »

« Parfois, j’entends parler de circonstances aggravantes. »

« Tout à fait, les circonstances aggravantes, c’est quand vous n’avez pas tenu compte des circonstances. Si vous me cassez les pieds avec vos problèmes de secrétariat le jour où ma voiture se fait accrochée dans le parking, le fait-même de ne pas tenir compte de cette circonstance constitue une circonstance qui aggrave la première circonstance. »

« Je vois, je vois… C’est un peu comme le contexte. »

« Pas du tout ! Le contexte est toujours vague : il est morose ou alors incertain, tandis que les circonstances sont toujours précises. Il ne faut pas confondre. »

« Je comprends. Si les circonstances défavorables s’ajoutent à un contexte morose, ça veut dire qu’on est dans la panade. »

« Il faut tenir compte des deux : contexte et circonstances, mais en plus n’oubliez pas la conjoncture et le climat social. Il faut tenir compte de tout ça pour pouvoir me parler, Dugenou ! »

« On peut vous poser des questions aujourd’hui ? »

« Non, il faut aussi tenir compte de mon agenda ! »

Ce n’est pas une consolation

5 mars, 2020

« Il faudrait que vous me consoliez. »

« Pourquoi moi ? »

« J’ai l’impression que vous consolez bien. Les autres me disent que rien n’est grave, alors que j’ai perdu Thérèse, mon job, mon logement, mon chat… »

« Il est vrai que ça commence à faire beaucoup. Je ne vois pas comment vous allez vous en remettre. C’est consternant ! »

« Je suis affligé d’une grande amertume, vous comprenez ? »

« Je comprends. J’essaie de ne pas vous consoler bêtement, mais c’est difficile. J’ai envie de vous dire que la vie est ainsi faite : il y a des bas et des hauts. Après les bas arrivent les hauts. Après la pluie le beau temps. »

« Vous avez raison, c’est nul, ça ne me console pas beaucoup. Ce qui m’arrangerait plutôt, c’est que vous me disiez que vous êtes encore plus malheureux que moi. »

« Je crois que ça ne va pas être possible, je mène la belle vie. Certes, je paie beaucoup d’impôts, je prends des raclées au tennis, je suis obligé de manger à la cantine, et il faut aller le dimanche chez ma belle-mère… mais tout ça, ça ne me rend pas vraiment malheureux. »

« Vous n’y mettez pas du vôtre. C’est rien par rapport à tout ce qui me tombe sur la tête. Vous pourriez prendre une part dans mes malheurs pour les alléger. »

« Euh… je ne tiens pas à perdre mon job. Quant à la perte de Thérèse, je n’y suis pour rien… »

« Bon, je vois ce que c’est vous ne me servez à rien. Je vous plains beaucoup : vous ne savez pas consoler les autres. Je vais aller voir Dugenou : j’ai entendu dire qu’il pleurniche bien sur le sort des autres. »

« C’est vrai quand j’ai perdu mon chien, il n’arrêtait pas de pleurer comme une fontaine, c’est moi qui aie dû le consoler en lui disant que ce n’était pas si grave que ça. »

« Ah bon ? Voilà qui ne m’arrange pas beaucoup ! Je n’ai pas envie de me trouver dans le rôle du consolateur. C’est compliqué de bien consoler. »

« Je ne vous le fais pas dire. Il faudrait une formation qui déboucherait sur un vrai métier. Quand ça ne va pas, les gens sauraient sur quelle épaule pleurnicher, alors qu’à l’heure actuelle, ils se plaignent n’importe où. »

« Bon… si je ne comprends bien personne ne sait consoler. »

« Oui, malheureusement. Aujourd’hui, mon pauvre, on est dans le monde de la performance. Honneur aux vainqueurs, malheur aux vaincus. Relever le moral du vaincu fait perdre du temps à tout le monde. Comment voulez-vous que je construise efficacement ma vie de winner, si je passe trois heures à écouter vos malheurs ? Envoyez-moi un mail ! »

« C’est une idée ça. Je pourrais pleurnicher par mail à des milliers de personnes. Dans le tas, il y en a sûrement quelques-uns qui me consoleront par la même voie. »

« Vous avez aussi les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, etc. Vous pouvez vous y lamenter à loisirs et peut-être même que vous rencontrerez des plus malheureux que vous … »

« Non, ça ne va pas ! Je vous l’ai dit : je n’ai pas la moindre intention de consoler qui que ce soit ! »

Le chasseur

3 mars, 2020

« Je suis un chasseur sachant chasser. »

« Vous plaisantez ? »

« Pas du tout. Je vous explique. Le mot chasse est extraordinaire, elle signifie quelque chose et son contraire. La fonction de chasseur se décline en deux aspects a priori contradictoires. Je suis un chasseur qui vire : les mouches, les idées noires, les importuns, les puanteurs, etc… Mais je suis aussi un chasseur de butin : les papillons, les lièvres, les bonnes affaires, etc… Vous comprenez ? »

« Je vois. Et les êtres humains ? »

« C’est simple : parfois je les chasse et parfois je les chasse. J’explique : je mets ceux à la porte ceux ou celles qui ne me plaisent pas et je cherche la compagnie de ceux ou celles qui me plaisent. »

« C’est de la discrimination. »

« Oui, mais tout le monde fait pareil. Je ne vous dis pas le nombre de fois où j’ai été chassé dans les deux sens de l’expression. »

« Comment vous faites pour chasser quelqu’un qui vous énerve ? »

« Tout dépend de l’envergure de la bestiole. J’ai plein de méthodes : l’air indifférent ou très occupé, le regard méprisant, le silence arrogant… En général, les intrus comprennent vite. Au pire, j’utilise des mots blessants. A l’extrême, il reste le fameux : fous-moi le camp ! »

« Et pour attraper une proie ? »

« C’est pareil, sauf que c’est l’inverse. J’ai mes mines. L’air très intéressé, le regard cupide un peu libidineux si nécessaire, les gestes ouverts et amicaux… Le grand jeu, quoi ! »

« Et si ça ne marche pas ? »

« Pas de problème. J’ai des discours. Du genre : ce que vous dites m’intéresse beaucoup, nous pourrions continuer à discuter autour d’un verre. »

« Je suppose que les types complètement idiots sont flattés.  Et vous faites quoi pour ceux qui vous disent : ce serait avec plaisir, mais je n’ai pas le temps en ce moment. Je suis surbooké ! »

« Pas de problèmes. J’en rajoute : je dis que je comprends très bien sa réponse compte tenu des hautes responsabilités qu’il exerce. En général, il me trouve un trou dans son agenda. »

« Et pour les femmes, comment un bon chasseur comme vous s’en tire ? »

« Alors là, je reconnais que c’est plus compliqué. Chasser une femme qui ne vous attire pas nécessite beaucoup de doigté, surtout si elle est en train de vous chasser … enfin de vous draguer. Dans les cas les plus délicats, je fais semblant de téléphoner à ma femme devant la gênante. »

« Et pour celles qui vous attirent. »

« D’abord pour n’énerver personne, j’évite de dire que je les chasse, ça fait un peu trop macho. J’entretiens une relation amicale qui peut devenir une relation amicale suivie… »

« Que passe-t-il quand vous êtes dans une chasse active et que votre partenaire est dans une chasse négative. »

« Voilà qui s’appelle un râteau. Les râteaux, c’est pour les jardiniers, pas pour les chasseurs. »

Le Messager de la Paix

1 mars, 2020

« Moi, j’apporte la paix partout où je passe. »

« Tu ne te fatigues pas trop, le pays est en paix autant que je sache. »

« Tu plaisantes, je ne te parle pas des guerres dans des pays lointains où les hommes s’exterminent sans sourciller, je te parle de la guerre quotidienne. »

« Ah bon ? »

« Oui, c’est la guerre partout. Les gens veulent tous la même chose. Au bureau, on se canarde pour obtenir une promotion aux dépens des autres. Dans le bus, c’est un déchainement de coups de coudes pour s’asseoir à la meilleure place. Au moment des soldes, ça se joue dans une partie de croc en jambes dans les magasins. Bref, on se bat du matin au soir. »

« Et toi tu apportes la paix ? »

« Oui, je suis le Messager : Celui qui n’a rien et qui ne veut rien. C’est extrêmement impressionnant. »

« Il n’empêche que tu es toujours au bas de l’échelle au bureau, que dans le bus, tout le monde te piétine, et que pendant les soldes tu repars avec les vêtements les plus chers non soldés. »

« Certes, il y a quelques petits inconvénients dans ma carrière de Messager. Mais j’ai la conscience tranquille. Au bureau, je regarde d’un air amusé les collègues qui s’étripent pour un poste. Mon air tranquille les énerve, ils voudraient bien afficher le même. »

« Et le patron qu’est-ce qu’il en pense ? »

« Ça l’énerve aussi. Il dit qu’il veut des gens combatifs ! Un Messager de la paix, ça ne l’intéresse pas tellement. »

« Et dans le bus, les gens doivent rire de toi. »

« Pas du tout. Quand je fais le trajet debout, pressé par la foule, j’affiche un air hautain et satisfait qui les rend fous. Il y en a même un qui m’a proposé sa place assise sous à condition que j’arbore un visage sinistre et renfrogné comme tout le monde ! »

« Et pendant les soldes, c’est la queue à la caisse, toi qui es du genre à laisser passer des gens devant toi, tu dois y passer des heures ! »

« Pas du tout. Dès que les responsables voient un Messager de la paix, ils sont tellement contents de lui fourguer une marchandise à prix prohibitif qu’ils ouvrent une caisse spéciale pour lui. Je ne te dis pas la tête des autres clients. »

« Et tes gamins ? Qu’est-ce qu’ils en pensent ? »

« Quand on a la chance d’avoir un Messager de la Paix pour père, on ne se bat comme des chiens pour être le premier à l’école. J’aime autant te dire qu’ils ont très bien compris. »

« Et Thérèse, ton épouse. »

« Je n’ai pas écrasé ses prétendants pour pouvoir l’épouser, il n’y en avait pas beaucoup. »

« Ce n’est pas très sympa ! »

« En même temps, elle aussi c’est une Messagère de la Paix. Elle ne s’est pas battue contre des rivales qui auraient pu me harceler de leurs avances. Il n’y en avait pas beaucoup non plus. »

Du lien social !

27 février, 2020

« Il faut créer du lien social ! »

« Bof ! Pourquoi ? Il y en a déjà beaucoup : la famille, les copains, les collègues, les voisins… Et puis, le lien social ça peut devenir douloureux quand ça se casse : divorce ou licenciement pas exemple. Plus vous en créez, plus vous ouvrez des possibilités de les rompre. »

« Vos liens sociaux sont complètement ringards ! Créons du lien social, mais du lien moderne !»

« Je sais, il y a des liens sociaux qui sont mal vus. Par exemple rester attaché à sa terre natale est très mal vu. Aujourd’hui, il faut être mobile ! »

« Vous allez encore me dire que c’est la faute de mondialisation. »

« Evidemment, comment voulez-vous que je crée du lien avec mon voisin, s’il change tous les deux ans ! Je suis obligé de me rabattre sur le lien que j’entretiens avec les personnages de mes feuilletons préférés. »

« Il ne faut pas : s’attacher à des choses virtuelles comme les jeux sur votre smartphone, c’est aussi très mal vu. En fait, il ne faut s’attacher qu’à des choses dont on peut se détacher. »

« Donc ce n’est pas du lien social. »

« C’est du pseudo-lien social temporaire. C’est un outil moderne, c’est très souple et très pratique. Par exemple, vous pouvez vous attacher à votre entreprise, mais ne pas faire toute une histoire quand vous en êtes viré, ça arrangerait tout le monde. »

« Si je comprends bien, vous êtes pour le lien social à condition qu’il soit mou. »

« Oui ! De la souplesse ! De la souplesse ! A bas les rigidités de toute nature ! »

« Vous vous rendez compte que si je quitte Thérèse, ce sera un crève-cœur ? J’aurais du mal à m’en remettre ! »

« Et voilà, encore un réflexe rétrograde ! Pas de sentimentalisme vieillot ! Votre Thérèse vous pourrez toujours lui parler par Skype ! Intégrer donc les nouvelles technologies dans votre parcours ! Mêlez-vous au monde moderne ! »

« Et mon chien, je ne vais tout de même rompre mes liens avec mon chien ! »

« Mais si, bien sûr : des clébards, on en trouve partout ! Ce que vous pouvez être gaulois ! »

« Et si nous établissions un lien entre vous et moi. ? »

« Surtout pas ! Ne nous attachons pas ! Comme je vous connais, vous allez commencer par m’offrir un verre, me raconter vos malheurs dont je me fous et si ça se trouve, je serais obligé de vous inviter à diner. Ce sera insupportable. Discutons par mail à la rigueur ! »

« Ah ! Dans votre système on a tout de même le droit à des liens virtuels ? »

« Oui, c’est plus pratique. Si vous m’énervez, je vous bloque en tant qu’indésirable. Point barre. Dans le monde réel, je ne peux pas vous bloquer sauf en vous cassant la figure, à la rigueur. »

« Et si je ne vous énerve pas ? »

« Je romprai le lien social aussi. Sinon, je risquerais de vous trouver de l’intérêt. Vous vous rendez compte du problème ? Vous tenez à nous créer une rigidité supplémentaire ? De la souplesse ! De la souplesse ! Vous dis-je ! »

La télé

25 février, 2020

« Le jour où j’ai proposé à Josiane de mater un porno, elle m’a mis une beigne. »

« C’est normal. Vous devriez essayer des films d’une sensualité élégante. Chez moi, avec Thérèse, ça passe mieux. Je n’ai pas encore pris de gifle. »

« Josiane dit que le porno, c’est nul sur le plan cinématographique. Et puis, ça se termine toujours pareil. »

« Elle n’a pas tout à fait tort. Cela dit, si vous vous faites agresser chaque fois que vous regardez quelque chose de nul à la télé, vous n’avez pas fini de faire la queue aux urgences. »

« Moi, quand elle regarde « plus belle la vie », je ne dis rien, je fais état de mon ouverture d’esprit. »

« Il est vrai qu’en contrepartie, elle accepte que vous m’invitiez pour regarder le foot, les soirs de Ligue des champions. »

« J’ai au moins sauvé ça. Elle ne manque aucune occasion de me dire que je ferais mieux de suivre « les chiffres et les lettres » pour accroître ma vivacité d’esprit. Et pourquoi pas « le jour du seigneur » pendant qu’on y est.

« Moi, j’ai obtenu que Thérèse me laisse la télé à 19 heures. Quand Julien Lepers est parti, elle a pleuré pendant trois semaines, puis elle lui a écrit une lettre d’amour. »

« C’est vrai qu’on apprenait des choses dans le temps. A propos, où on en est dans « l’amour est dans le pré » ? Est-ce que Robert va s’installer avec Berthe ? J’aimerais quand même le savoir ! »

« Je ne sais pas ! Moi, je regarde plutôt « Secret Story », enfin … des émissions où l’on peut espérer que les gens s’insultent copieusement. »

« Dans ce domaine, je préfère les débats politiques. Vous savez …  Les émissions où tout le monde parle en même temps pour qu’on ne comprenne rien. »

« Comme ça, ce n’est pas fatigant à suivre. Dans le même ordre d’idée, j’aime bien aussi les séries américaines où le policier poursuit et finit par attraper le méchant. »

« C’est toujours la même chose, mais il y a un progrès quand même : maintenant le policier est une belle policière. »

« Moralité : il n’y a que des conneries à la télé, mais quand même… le réparateur de téléviseurs pourrait se bouger, ça fait trois semaines que je ne regarde plus rien ! »

La dépendance

23 février, 2020

« Vous vous rendez compte du nombre de gens dont vous dépendez ? »

« Ah bon ? Tant que ça ? »

« Oui, il y a d’abord Dugenou, votre patron qui vous paie. En substance, il tient votre vie entre ses mains. »

« C’est vrai, il peut me mettre sur la paille. C’est pour ça que je fayote à mort ! »

« Ensuite, il y a votre femme Thérèse et vos gamins qui décident de vous laisser ou non dix minutes de tranquillité quand vous rentrez. »

« Vous avez raison, ils empiètent un peu sur mon sentiment de liberté. »

« Plus grave ! Il y a votre médecin qui a le pouvoir de bien vous soigner ou non, selon sa compétence éventuelle et son savoir-faire. »

« J’ai confiance dans le docteur Mouchalait. La preuve, c’est que lui n’est jamais malade. »

« Vous dépendez également de votre directeur d’hypermarché et de sa volonté de réapprovisionner ou non le rayon de votre crème caramel préféré. »

« C’est vrai, j’en ai été privé pendant un mois au moment de ses vacances. Je pense aller le remercier de son indispensable présence. »

« Et votre fournisseur d’accès Internet, vous le révérez ? Vous devriez parce qu’en cas de coupure, il peut très bien faire semblant de ne pas comprendre vos urgences. »

« Vous avez raison ! Je vais moi-même augmenter le prix de mon abonnement ! »

« Et votre commissaire de police ? Vous lui offrez du chocolat de temps en temps ? Il faudrait pour qu’il évite de boucler votre gamin chaque fois qu’il est pris dans une manif de casseurs. »

« Non, mais j’offre déjà des fleurs à ses profs pour limiter la baisse de ses notes ! »

« Et le salut de votre âme, il faudrait vous en préoccuper un peu. Je vous signale que vous dépendez du bon vouloir du curé de votre paroisse qui ne vous voit pas souvent à la messe ! »

« Pfff… Néanderthal, lui, vivait en autonomie. Il ne connaissait pas son bonheur. »

« Non, il n’était pas autonome. Il dépendait de la nature qui l’avait ou non attribué une solide constitution pour casser la figure à ses contemporains et survivre un moment. »

« Vous allez me dire que – comme lui – je dépends du groupe qui me protège ou qui ne me protège pas selon que je suis ses conventions sociales ou non. »

« Exactement, vous dépendez de la bonne volonté du groupe. Je vous signale qu’il n’aime pas tellement les anarchistes et les marginaux qui entendent vivre sans dépendre de personne. »

« Si je comprends bien, pour bien vivre, il faut être enserré dans un réseau de dépendances. Et pour accéder à mon autonomie, je fais comment ? »

« Ne vous en faites pas. Plus vous avez de chefs, plus vous pouvez en jouer. Par exemple, si vous arrivez en retard au bureau, vous pouvez dire que c’est la faute des chauffeurs de bus en grève. Ou alors si vous arrivez en retard chez votre femme, ne vous embêtez pas, c’est la faute de votre patron qui vous a retenu pour une réunion tardive. Vous comprenez : toujours dépendant, mais toujours innocent ! »

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