Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Les sujets à l’ordre du jour

9 avril, 2020

« Vous êtes assommant, mon vieux ! Vous ne racontez que des choses ennuyeuses. »

« Vous n’aimez pas le récit de mes vacances au Grau-du-Roi avec Thérèse et les enfants ? Pourtant, nous nous sommes follement amusés sur la plage… »

« Non, ça ne m’intéresse pas tellement, pas plus que les détails de la dernière visite de votre belle-mère chez son médecin. »

« Ah bon, et pourtant nous nous sommes beaucoup esbaudis quand elle nous a raconté qu’elle avait oublié sa carte Vitale. »

« Comment avez-vous vécu jusque là en racontant des fadaises ? »

« D’habitude, les gens bien élevés m’écoutent et ne me reprochent pas mes niaiseries. »

« Ils sont bien obligés. Ils n’ont rien d’autre à se mettre dans les oreilles. Vos histoires les rassurent d’autant plus qu’ils racontent les mêmes histoires de plages et de belles-mères. »

« Et vous, qui vous croyez si malin … Qu’est-ce que vous avez à raconter ? »

« Rien. »

« Si personne ne raconte rien, les déjeuners à la cantine vont être mortels. On va se croire dans le réfectoire d’un couvent. Faites un effort, mon vieux ! »

« Euh… Quand j’ai voulu partir en vacances, j’ai dormi deux jours parterre dans un aéroport à cause de la grève des aiguilleurs. »

« Eh bien voilà un sujet qui va susciter de la controverse… Vous voyez quand vous voulez ! »

« Oui, mais c’est nul. Moi, je voudrais parler de … euh … je n’en sais rien, moi ! Quelque chose d’exaltant, si possible… »

« On en est tous là. Le foot et les belles-mères ont été inventés pour nourrir les conversations de tous ceux qui voudraient avoir des choses exaltantes à dire. »

« Evidemment, vu comme ça !… Finalement, la conversation, c’est comme la gastronomie, ça va de la restauration rapide au restaurant trois étoiles. Quand on n’a pas envie de se casser la tête, le plus simple c’est d’aller à Mac Do. »

« On n’a pas tous les moyens de s’offrir les services d’un chef étoilé. »

« Vous avez raison… mais alors, il vaut mieux rester chez soi pour faire sa propre cuisine. »

« Foin des métaphores ! Si on allait chez le vendeur de sujets de conversations intéressants. »

« J’en reviens. Avec cette histoire de confinement, il est dévalisé. Il lui restait bien un sujet sur l’avancement du printemps par rapport à l’année précédente, mais j’ai préféré éviter. »

« C’est vrai que les sujets intéressants partent vite. On ne peut même plus s’inquiéter des vacances de la cousine de la femme du président… Justement un sujet qui m’intéresserait. »

« Ne vous inquiétez pas, le vendeur m’a dit qu’il attendait un nouvel arrivage. Il y a notamment un très beau sujet sur la culture de la chayotte sur les hauts plateaux du Mexique. Faut-il importer cette culture dans le Cantal ? »

« Voilà qui va faire un carton autour de la machine à café ! »

La rigolade

7 avril, 2020

« Comment se fait-il que j’aime bien rigoler ? »

« Moi aussi. Je pense que le rire doit déclencher des trucs dans le cerveau qui font du bien au corps. Les gens qui rigolent sont en meilleure forme. Mon patron qui ne se marre jamais arbore des mines souffreteuses. C’est triste. »

« Il devrait y avoir des lois pour obliger à rire au moins une fois par jour. Après tout, on a bien trouvé le moyen de confiner les gens chez eux ! »

« Oui, il faudrait rédiger un papier pour attester sur l’honneur qu’on s’est marré chaque jour et qui raconterait l’incident ou la blague qui nous a fait rire. »

« Les policiers chargés du contrôle auraient du même coup leurs rations quotidiennes de marrage, ce serait tout bénéfice. »

« Ce ne serait pas compliqué à appliquer. Il suffit d’allumer n’importe quelle radio pour trouver des bouffons qui racontent n’importe quoi. »

« Sauf que ce n’est pas toujours drôle. Heureusement, il y a toujours un ou une aide-bouffon chargé de rigoler aux vannes du bouffon-en-chef pour générer la rigolade de l’auditeur. »

« Il pourrait y avoir des formations à la rigolade. Cela aurait pour intérêt de montrer aux jeunes qu’il n’y a pas forcément besoin d’être bourré pour bien rigoler. »

« Certes, mais il faut de l’esprit pour rire et faire rire. »

« D’où la nécessité de former des enseignants à l’humour. L’absentéisme au lycée diminuerait en flèche. La réussite aux examens augmenterait. »

« Mais il faudrait aussi une formation à la tragédie pour que les jeunes ne s’imaginent pas qu’ils vont passer 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 à rigoler. »

« Pour le tragique, on a de quoi faire, il suffit d’ouvrir n’importe quel journal pour pleurer sur les morts d’un accident, d’un attentat ou de n’importe quoi… »

« On trouve rarement des morts de rire dans les accidents. »

« Il est vrai que rire, c’est une opération de santé publique. Le mieux, c’est de s’exercer d’abord à rire de soi-même avant de se marrer des autres. C’est une épreuve d’humilité. »

« Faire attention si l’on entreprend de divertir les autres aux dépens d’une personne. Le rire peut être cruel et entraîner des réactions imprévues. Rire des défauts de quelqu’un doit être une opération faite avec esprit et finesse. »

« Oui, si on rate son coup, on tombe facilement dans le rire jaune. »

« N’allons pas non plus dans les excès. Certains sont morts en s’étranglant de rire !  Esbaudissons-nous avec tact et mesure. »

« Vous avez remarqué le nombre d’expressions utilisées pour dire qu’on rit : se fendre la pêche, se décrocher la mâchoire, avoir mal au ventre… Et je vous passe les plus vulgaires. »

« C’est bien le signe que le rire entraîne un tsunami dans l’organisme au même titre qu’une bonne séance de fitness. »

« On devrait ouvrir des clubs de rire pour ceux qui n’ont pas trop envie de soulever des poids. »

Les compères

5 avril, 2020

« Compère Coq et Compère Canard déambulent dans la cour de la ferme d’un pas de promeneurs, tout en conversant paisiblement. »

« Holà, compère Coq dit compère Canard, avec votre plumage flamboyant vous devez pécho facilement dans le poulailler ! »

A ce point, remarquons que compère Canard qui commençait à prendre de l’âge s’exerçait à adopter un vocabulaire jeune pour avoir l’air dans le coup.

« Ne croyez pas cela, compère Canard, dit compère Coq. Aujourd’hui, les poules sont plus intéressées par les qualités « humaines » des coqs. Et puis, ils ont enlevé le tas de fumier sur lequel je m’exprimais si agréablement. Bref, plus personne ne recourt à mes services. »

« Je sais. Il y a une évolution des mentalités. Moi-même, je suis atteint par une ségrégation antivieux. Mes efforts en natation artistique dans la mare n’intéressent plus beaucoup de canes. Il faut dire que je ne servais pas à grand-chose, mais enfin tout de même, je donnais une touche campagnarde dans le paysage. »

« Pourtant avec l’âge, je suis devenu un coq modeste. Autrefois, je débutais mon tour de chant à cinq heures du matin et j’aime autant vous dire que les poulettes se pressaient pour m’écouter. Maintenant, elles ne se lèvent pas avant neuf heures et en plus elles prennent leurs mercredis ! »

« Moi aussi, j’avais un succès fou sur l’étang du père Cornu. Mais avec l’arrivée des jet-skis j’ai dû émigrer sur la mare de la mère Cornichon. »

Chemin faisant, compère Coq et compère Canard rencontrent compère Cheval qui traine sa peine.

« Holà, compère Cheval, dit compère Canard, vous semblez bien en peine. »

« Certes, répond compère Cheval, me voilà particulièrement désenchanté : je n’ai plus de charrettes à tirer le long des chemins creux. »

« Vous n’êtes pas le plus malheureux, compère Cheval, dit compère Coq. Moi, on m’a volé mon meilleur tas de fumier. »

« En plus, je ne peux plus faire étalage de la puissance de mon encolure quand on m’attelait à la charrue du fermier, lequel coule une retraite tranquille et n’en fiche plus une rame. »

« Venez compère Cheval, dit compère Canard, ruminons notre nostalgie ensemble. »

Coq, Canard et Cheval avancent désormais en triste cortège ! Compère Âne survient :

« C’est une manif contre les réformes ? interroge compère Âne. »

« Mais non, bougre d’âne ! Nous maugréons de concert car plus personne n’a besoin de nous. Veux-tu te joindre à nous, bougre d’âne. Tu ne sers pas à grand-chose non plus. »

« C’est vrai ! Dans le temps, je déshonorais les chenapans qui travaillaient mal à l’école. Aujourd’hui, il n’y a plus grand-chose qui leur fasse honte ! »

La troupe repartit en s’apitoyant sur la disparition de leurs riches passés. Chemin faisant, ils rencontrèrent un homme qui leur sembla triste.

« Holà compère, dit le Coq qui se voyait déjà élu Président de l’association des Compères dépressifs. Qui es-tu ? »

« Je suis le Compère Chômeur. Je ne sers plus à rien. Autre fois, je brillais par mon savoir-faire, aujourd’hui je me distingue par la faiblesse de mes allocations. »

« Viens avec nous, compère Chômeur, ton cas est encore pire que le nôtre. »

Grammaire à la plage

2 avril, 2020

« J’espère que je ne vous gêne pas en installant ma serviette de bain près de vous. »

« Si, monsieur, votre présence est plutôt incommodante. »

 « Pourquoi dites-vous plutôt ? Je vous gêne ou je ne vous gêne pas ! C’est oui ou c’est non ! »

« A vrai dire l’adverbe plutôt, me permet de vous dire que vous me gênez tout en restant élégant. C’est un adverbe assez pratique.  Vous avez raison, « plutôt » permet d’entretenir des relations courtoises. »

« Tout à fait, il peut s’utiliser avec des nuances. Si je vous dis que j’ai plutôt envie de vous casser la figure, c’est que j’introduis une modulation dans mon intention, sinon il y a longtemps que je vous aurais voler dans les plumes. »

« Monsieur, restons pacifiques ! »

« Nous pourrions aussi utiliser le terme plutôt dans un sens qui exprime un choix. Par exemple, je pourrais vous dire que je préfère m’en aller plutôt que vous supporter. »

« Ah ! Ah ! Vous, vous êtes trop ! »

« Monsieur, vous employez très mal l’adverbe trop qui ne peut s’employer seul. Il vient en aide à un verbe ou un adjectif pour exprimer une idée d’excès. Là, je me dis : je suis trop quoi ? Il conviendrait de m’aider à trouver une réponse. »

« Super ! Je suis tombé sur un prof ! »

« Monsieur, à l’origine super est un préfixe qui signifie au-dessus. Certes, la langue a évolué, vous pouvez l’utiliser comme interjection pour exprimer votre contentement bien qu’en l’occurrence, je sens que le mot est prononcé de manière ironique. L’interjection n’ayant aucun statut grammatical, tout est permis, mais un brin d’élégance ne nuirait pas. »

« Si je dis : fi ! Je suis tombé sur un prof ! Ça vous irait ? »

« Nous progressons, monsieur bien que je préfère cela à ça. »

« Bon, ça commence à bien faire ! Je m’installe ! »

« Puis-je vous faire remarquer qu’en voulant exprimer la vivacité de votre mécontentement, monsieur, vous venez d’employer deux mots qui pourraient signifier que vous appréciez favorablement la situation : bon et bien ? »

« Il est pas vrai, celui-là ! »

« Monsieur, vous venez d’exprimer une pensée négative en vous dispensant du ne, ce qui est hélas courant de nos jours. Mais en plus, votre utilisation de l’adjectif vrai prête à discussion. Il signifie qu’une affirmation est conforme à la vérité. Or, puisqu’il s’agit de moi, on peut considérer à la rigueur – dans un sens proche de la métaphore – que je suis une affirmation de la personne humaine, mais il est difficile de prétendre que je ne suis pas conforme à une vérité dont nous peinerions à définir les contours »

« Comment, il se la pète, celui-là ! »

« Monsieur ! Comment est un adverbe interrogatif ! Certes, l’usage courant peut vous permettre de l’employer de manière exclamative, mais vous introduisez une difficulté puisque le mot signifie : ‘de quelle manière’. Avouez qu’il est difficile de s’exclamer en commençant par : de quelle manière ! Par ailleurs, je crains de ne pouvoir valider la forme réflexive que vous donnez au verbe péter.»

« Laisse-le, Robert, on va ailleurs, on est tombé sur un malade ! »

Grammaire et vocabulaire à la plage

29 mars, 2020

« J’espère que je ne vous gêne pas en installant ma serviette de bain près de vous. »

« Si, monsieur, votre présence est plutôt incommodante. »

 « Pourquoi dites-vous plutôt ? Je vous gêne ou je ne vous gêne pas ! C’est oui ou c’est non ! »

« A vrai dire l’adverbe plutôt, me permet de vous dire que vous me gênez tout en restant élégant. C’est un adverbe assez pratique. »

« Vous avez raison, « plutôt » permet d’entretenir des relations courtoises. »

« Tout à fait, il peut s’utiliser avec des nuances. Si je vous dis que j’ai plutôt envie de vous casser la figure, c’est que j’introduis une modulation dans mon intention, sinon il y a longtemps que je vous aurais voler dans les plumes. »

« Monsieur, restons pacifiques ! »

« Nous pourrions aussi utiliser le terme plutôt dans un sens qui exprime un choix. Par exemple, je pourrais vous dire que je préfère m’en aller plutôt que vous supporter. »

« Ah ! Ah ! Vous, vous êtes trop ! »

« Monsieur, vous employez très mal l’adverbe trop qui ne peut s’employer seul. Il vient en aide à un verbe ou un adjectif pour exprimer une idée d’excès. Là, je me dis : je suis trop quoi ? Il conviendrait de m’aider à trouver une réponse. »

« Super ! Je suis tombé sur un prof ! »

« Monsieur, à l’origine super est un préfixe qui signifie au-dessus. Certes, la langue a évolué, vous pouvez l’utiliser comme interjection pour exprimer votre contentement bien qu’en l’occurrence, je sens que le mot est prononcé de manière ironique. L’interjection n’ayant aucun statut grammatical, tout est permis, mais un brin d’élégance ne nuirait pas. »

« Si je dis : fi ! Je suis tombé sur un prof ! Ça vous irait ? »

« Nous progressons, monsieur bien que je préfère cela à ça. »

« Bon, ça commence à bien faire ! Je m’installe ! »

« Puis-je vous faire remarquer qu’en voulant exprimer la vivacité de votre mécontentement, monsieur, vous venez d’employer deux mots qui pourraient signifier que vous appréciez favorablement la situation : bon et bien ? »

« Il est pas vrai, celui-là ! »

« Monsieur, vous venez d’exprimer une pensée négative en vous dispensant du ne, ce qui est hélas courant de nos jours. Mais en plus, votre utilisation de l’adjectif vrai prête à discussion. Il signifie qu’une affirmation est conforme à la vérité. Or, puisqu’il s’agit de moi, on peut considérer à la rigueur – dans un sens proche de la métaphore – que je suis une affirmation de la personne humaine, mais il est difficile de prétendre que je ne suis pas conforme à une vérité dont nous peinerions à définir les contours »

« Comment, il se la pète, celui-là ! »

« Monsieur ! Comment est un adverbe interrogatif ! Certes, l’usage courant peut vous permettre de l’employer de manière exclamative, mais vous introduisez une difficulté puisque le mot signifie : ‘de quelle manière’. Avouez qu’il est difficile de s’exclamer en commençant par : de quelle manière ! Par ailleurs, je crains de ne pouvoir valider la forme réflexive que vous donnez au verbe péter.»

« Laisse-le, Robert, on va ailleurs, on est tombé sur un malade ! »

C’est le pied !

26 mars, 2020

« De quoi parle-t-on aujourd’hui, maître ? »

« De l’importance matérielle, sociale et sociologique de la chaussure. »

« Voilà, en effet, un sujet fondamental, maître. Nous allons sûrement prendre notre pied, tous ensemble. »

« Cette importance, les femmes l’ont comprise beaucoup plus vite que nous. Peut-on imaginer une femme qui disposerait moins de 50 paires de chaussures ? »

« En effet, d’où vient donc cette coquine folie ? »

« Elle vient de l’intérêt qu’elles portent à leurs pieds, petit ignorant. La chaussure féminine a pour but de mettre le pied en valeur en faisant en sorte qu’il poursuive harmonieusement et joliment le galbe du mollet. »

« N’y a-t-il pas là encore un stéréotype, maître ? Vous nous décrivez les femmes futiles jusqu’au bout des pieds. »

« Vous avez raison, élève, je risque de ma faire disputer. Parlons plutôt du rapport de l’homme à ses souliers. Le principal critère de choix, c’est le confort. On ignore trop souvent que les sensations que l’on perçoit commencent par les pieds. N’hésitons pas à nous masser réciproquement les pieds, c’est une façon de se relaxer étonnante ! »

« En effet, maître, j’ajouterais que les orteils jouent un grand rôle. Je ne peux me décontracter tant que ceux-ci ne sont pas eux-mêmes détendus. Je choisis donc des souliers qui me permettent de les étaler à leur aise. »

« Vous avez raison. Honnis soit les souliers à bouts effilés ! Malheureusement, nous ne sommes pas tous égaux devant nos pieds. Moi, j’ai la chance d’avoir le pied égyptien, ce qui me mets très à l’aise dans n’importe quelle chaussure. »

« En effet, moi avec mes pieds carrés j’ai des difficultés à trouver chaussure à mon pied. »

« En plus le revêtement de la chaussure doit être souple, d’où le succès des baskets que vous pouvez customiser à loisir. »

« Les dessinateurs de mode se déchaînent sur les baskets. Le pied n’a-t-il pas déclenché une source nouvelle de profit pour les magnats du capitalisme, maître ? »

« Certes, le pied devient un enjeu politique, élève. C’est bien ce qui montre son importance. »

« D’ailleurs, on peut rapidement déterminer la classe sociale de la personne en regardant seulement ses chaussures. »

« En effet ! La basket est désormais l’apanage du bobo. Si vous portez des Richelieu, vous êtes un cadre haut de gamme. Si vous portez des tongs, c’est que vous êtes en vacances. Vous pouvez aussi aller pieds nus pour vous donner un air artiste. »

« Les chaussures n’ont-elles pas donner lieu au développement d’industries annexes, maître ? »

« Effectivement, outre la fabrication de baskets, nous avons l’industrie du lacet et la fabrique du cirage qui dépendent de la chaussure. »

« Ne sous-estimons pas le développement du sport qui a conduit à faire des baskets de plus en plus performantes. De nombreux salariés vivent du pied. »

« Comme je vois que je vous intéresse, je vais maintenant attaquer un cours sur la sociologie de la chaussette. »

« Euh…je suis désolé, maître, mais là, j’ai une formation sur l’historique et l’avenir du taille-crayon. »

La prochaine crise

24 mars, 2020

« Quelle est votre position, maître ? »

«47 ° 10’22 ‘’ N de latitude et 4°12’31’’ O pour la longitude. »

« Non, je ne parlais pas de ça ! »

« Bon, alors, je suis dans une position assise, avec les deux pieds bien à plat, prêt pour mon travail quotidien. »

« Je vous parlais de votre position sur la situation économique internationale. »

« Aaah ! Je me disais aussi… votre question me troublait… Avec ces mots qui ont plusieurs significations, on peut aisément se tromper ! »

« Donc, selon vous maître, sommes-nous à la veille d’une nouvelle crise économique ? »

« Vu le nombre de crises que les peuples se sont coltinés dans l’Histoire, nous sommes forcément dans l’attente de la prochaine. »

« C’est donc inévitable ? Vous pensez que l’économie est cyclique. »

« Je pense surtout que les hommes ne retiennent rien de leurs expériences. Surtout des mauvaises qu’ils s’empressent d’oublier. Même les écureuils savent qu’il faut faire des réserves de nourriture pendant les beaux jours en prévision des mauvais. »

« Vous êtes donc du côté des pessimistes, maître ? »

« Non, le pessimiste ne voit que le mauvais côté des choses, ce qui laisse penser qu’il y en a un bon. Or il n’y a qu’un côté. »

« Que voulez-vous dire, cher maître ? »

« L’économie n’est pas une pièce à double face. C’est une machine qui fonctionne grâce à la cupidité des plus riches et à la faiblesse des plus pauvres. On n’a pas à être pessimiste ou optimiste en regardant fonctionner une machine. La machine fonctionne, c’est tout. »

« Mais tout de même… ces crises à répétition… »

« Le mot crise est mal choisi. Ce sont des moments de pause. Lorsqu’un coureur du Tour de France grimpe un col, il ménage quelques temps de repos (voire même mets pied à terre) pour reconstituer ses forces et mieux repartir. »

« Mais en économie, il s’agit de la vie des hommes. Ce n’est pas le moment de faire du vélo. »

« Oui, vous avez raison, c’est un problème éternel. Seul le plus forts résisteront. Et le plus fort, c’est le plus fort. Il n’est pas du genre à faire des réserves comme l’écureuil. »

« Si je comprends bien vos métaphores, maître, l’homme est un animal comme les autres, n’est-ce pas ? »

« Un animal comme les autres, mais en plus bête. Et je ne vous ai pas parlé de sa surconsommation des ressources environnementales. Qu’est-ce que vous faites à midi ? »

« J’ai quelques courses à faire pour ma femme. »

« Amenez donc Thérèse, je vous invite. On ira s’empiffrer dans un bon resto de ma connaissance en attendant la prochaine crise. »

De l’or

21 mars, 2020

Laure

Et Fleur

Lancent des fleurs

Bicolores.

Alors,

C’est l’heure

De clore

Ce folklore.

Je le déplore.

La nature

19 mars, 2020

« Ah… la nature… la nature … »

« Quoi … la nature ? »

« Nous ne sommes qu’un truc parmi d’autres trucs dans la nature. »

« Oui, mais enfin, un truc qui paie des impôts et qui regarde la télé. Cela nous distingue tout de même du lion de l’Atlas ou des fleurs à clochette. »

« Le lion de l’Atlas vous dévorerait volontiers si vous le croisiez à l’arrêt de bus ou sur le chemin du bureau. Cela devrait nous incliner à la modestie. »

« Et la fleur à clochette ? »

« La fleur à clochette sert à faire joli dans le paysage de vos vacances. Vous avec votre silhouette replète sur la plage de Palavas-les-Flots, vous ne pouvez pas en dire autant. »

« Autrement dit, vous pensez que nous ne servons pas à grand-chose. »

« C’est vrai qu’il vaudrait mieux se faire discrets. En fait, nous servons à consommer des choses et à laisser leurs emballages n’importe où. »

« C’est vrai que le lion et la fleur à clochette ne s’embarrassent pas de sacs en matière plastique. »

« Arrêtons de nous conduire comme de sauvages. Nous détruisons petit à petit notre propre nid en attendant de nous détruire nous-mêmes ! »

« Bon… mais moi, je trouve que je prends soin de moi. Je vais au coiffeur, je me tape deux séances de fitness par semaine, je me faire suivre par un médecin… »

« Finalement, on fait tout pour vivre plus longtemps et pour polluer plus longtemps… »

« Allons, allons… nous vivons plus longtemps, mais plus longtemps en bonne santé. Pour ça, rien ne vaut le rire qui est le propre de l’homme comme chacun sait. Votre lion de l’Atlas ou votre fleur à clochettes ne doivent pas se marrer souvent. »

« Vous avez trié vos déchets au lieu de faire le malin ? »

« Mais évidemment ! Je suis un vrai bon citoyen. La nature trouve en moi un véritable allié. »

« Je parie que vos gamins ont chacun un smartphone qui terminera sa vie dans un dépotoir. Vous trouvez ça naturel ? »

« Je ne vais pas leur enseigner de communiquer avec leurs copains par signaux de fumée. »

« Vous vous rendez compte de l’énergie que nous gaspillons. Même le soleil s’épuisera un jour et nous plongera tous dans le noir. »

« Je suis d’accord : nous ne sommes que des misérables petits pollueurs, mais en attendant de mourir pourquoi ne pas s’offrir un peu de bon temps ? »

« La seule manière de s’offrir un peu plus de temps en espérant qu’il soit bon, c’est de respecter la nature. Par exemple, vous pourriez aller à votre boulot à pied ou à la rigueur en vélo. »

« Vous ne voulez plus covoiturer avec moi ? Je ne vais tout de même pas prendre mon vélo et vous charrier sur mon porte-bagage ! Allons, allons ! »

« Covoiturer est un geste responsable, ça … nous pouvons le faire. »

Le temps des cavernes

17 mars, 2020

« Il y a très longtemps les hommes passaient une partie de leur temps à dessiner les scènes de chasse qu’ils vivaient sur les parois de leurs cavernes. »

« Après, il y eut des peintres qui produisirent des scènes d’inspiration religieuse et peu à peu des scènes réalistes. Sans compter les abstraits. »

« Et puis après, il y a eu la sculpture, le cinéma, la littérature, etc… Ce sont toujours des façons de reproduire des scènes que les hommes ont eu dans la tête soit parce qu’ils les ont vécues, soit parce qu’ils les ont imaginées. »

« En gros, ça s’appelle l’art. »

« Si on y réfléchit bien, Georges, les hommes peuvent lutter contre la maladie, les accidents, les bêtes sauvages, etc… La seule chose contre laquelle ils ne peuvent rien, c’est le Temps qui passe. D’où cet instinct qui les pousse à figer sur un support des images pour qu’elles durent. »

« Finement raisonné, Amédée. Mais en plus, il y a le plus souvent une recherche harmonieuse. C’est comme si, les hommes voulaient conserver un passé, mais un passé qui leur plaise. »

« L’art laid reste à inventer quoiqu’il y ait toujours des excentriques qui se plaisent à « faire moche » pour avoir l’air plus malins que les autres. »

« Bref, moi je crois que les vrais artistes cherchent à montrer à la Divinité que nous aussi, on est capable de créer un Monde et même un monde plus pacifique et plus sympa que le réel. »

« Soit dit en passant, la Divinité s’en fiche complètement et continue à n’en faire qu’à sa tête. »

« Si j’ai bien compris notre conversation, la création artistique permet aux Hommes de s’élever au niveau du Créateur. Ne serait-on pas un peu prétentieux ? Bientôt, nous allons vouloir prendre le thé avec Lui. »

« Pire encore : les savants construisent l’intelligence artificielle, ne vont-ils pas nous produire un Dieu artificiel ? Ce serait complet ! »

« Quelle horreur ! Continuons de lutter contre le temps qui passe, mais nous ne cherchons pas à en devenir les Maîtres. »

« Oui, moi je suis ravi d’avoir fait connaissance avec mon arrière-grand-mère à travers un portrait exécuté par un artiste de son époque. Elle a feinté le Temps en pérennisant son image. »

« Aujourd’hui, le problème avec Internet et la télé, c’est que les images se multiplient à des millions d’exemplaires, nos successeurs ne vont pas s’y retrouver. Il est d’autant plus urgent que nous sélectionnions des images de qualité. »

« Je suis d’accord. Moi, je n’ai pas trop envie que mes descendants pensent que je ressemblais aux chanteurs barbus et dépenaillés qu’on voit sur tous les écrans. »

« C’est vrai qu’avec les nouvelles technologies, on a tous envie de se prendre pour des artistes. On a des logiciels qui facilitent le dessin ou la peinture. N’importe qui peut prendre des photos avec son téléphone. Ça devient tentant de se lancer et de se prendre pour un artiste… »

« Finalement, le progrès technique nous ouvre la possibilité de rejoindre nos ancêtres préhistoriques qui ressentaient l’impérieuse nécessité de reproduire des troupeaux de bêtes sauvages… »

« C’est vrai ça ! La boucle est en train de se boucler… »

« Malheureusement, il n’y a pas que l’envie de reproduire les images du monde qui revient, mais aussi les vieux instincts guerriers ou violents. »

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