Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Le beau

3 septembre, 2019

« Celui qui trouvera le shampooing qui fait repousser les cheveux accédera à la fortune. »

« Remarquez, celui qui trouvera le moyen de rajeunir l’organisme ne sera pas non plus à plaindre sur le plan matériel. »

« On se demande pourquoi tout le monde veut être jeune et beau, moi je préfère être vieux, ridé et intelligent. »

« Vieux et ridé, c’est facile. Intelligent, c’est autre chose. »

« Le mieux serait d’être jeune et expérimenté, mais c’est rare. »

« C’est plus facile d’être jeune qu’être beau, car personne n’a défini la beauté absolue. C’est-à-dire la physionomie qui surpasserait toutes les autres en beauté. »

« Heureusement que les super-beaux n’existent pas, ça permet à chacun de croire qu’il en est. »

« Vous avez remarqué ? Il est plus facile pour être femme d’être belle que pour un homme d’être beau. »

« Faites attention ! Vous allez encore me faire une remarque sexiste. »

« Pas du tout ! Je dis ça parce que la courbe est plus sensuelle que la ligne droite et que l’homme a moins de courbes que la femme. »

« Bon ! Ne nous aventurons pas sur ce terrain ! Moi, je préfère dire que la beauté d’une personne repose sur l’harmonie des formes et des couleurs. »

« Et la beauté intérieure, on en parle ?  De ce point de vue, je ne suis pas mal. »

« Non, on n’en parle pas. C’est encore plus difficile que définir la beauté externe. »

« Si je prends le dictionnaire, le beau c’est tout ce qui suscite un sentiment d’admiration ou d’émerveillement. Par exemple, quand je vous regarde, je ne suis pas tellement émerveillé, en revanche les chutes du Niagara suscitent mon sentiment d’admiration. »

« Du coup, moi je veux bien être jeune, mais je ne tiens pas spécialement à être beau. Je n’ai rien à voir avec les chutes du Niagara. »

« Rassurez-vous avec l’allongement de la durée de la vie, nous sommes jeunes de plus en plus tard. ! »

Placages

1 septembre, 2019

« Je te plaque. »

« Non, c’est moi qui te plaque. »

« Je préfère être la plaqueuse, c’est plus digne que d’être la plaquée. »

« Oui, mais moi aussi, j’ai ma dignité. Alors, on fait comment ? »

« On pourrait ne pas se plaquer, mais ça ne m’arrange pas tellement. Gérard n’apprécierait pas beaucoup. »

« Et Lucienne n’aimerait pas non plus. »

« On va inventer le placage par consentement mutuel, c’est ce qui se fait de mieux en ce moment. »

« Oui, mais non. Parce que moi je te plaque plus que tu me plaques. »

« Parce qu’il y des degrés dans le placage ? »

« Oui, moi je suis dans le placage très dur sans remords. Toi, tu es dans le placage low-cost. »

« Ah bon ? On peut savoir la différence ? »

« Oui, moi je suis un mec. Dès que je sens qu’on en vient à un engagement sérieux, je me barre. Les sentiments, c’est pour les filles. »

« Oui, mais tu souffres ! »

« Oui, je souffre, mais comme je suis un dur à cuir, ça ne se voit pas. Tandis que toi, tu souffres et tu es effondrée de douleur. »

« Non, pas tellement. »

« Si, si, je le vois bien. Ne t’en fais pas tu retrouveras vite quelqu’un. Sûrement pas de ma qualité, mais il faut savoir se contenter. »

« Je te remercie, mais je suis déjà avec Gérard qui, lui m’apporte les déjeuners au lit et me faire marrer. Je ne sais pas si c’est la même qualité que toi, mais c’est déjà pas mal. »

« Pour les six premiers mois, peut-être. Mais les mecs, c’est comme les smartphones, ça se démode vite tandis que moi avec Lucienne, c’est du sérieux. Elle apporte le petit déjeuner au lit. »

« Fais attention, elle vient de plaquer Roger après six mois. Donc elle plaque aussi. »

Des classements

29 août, 2019

« J’ai établi un classement de mes lieux préférés chez moi. »

« Qu’est-ce à dire ? »

« Ce sont les lieux dont j’ai le plus de mal à sortir. En tête, il y a mon lit, ensuite ma baignoire quand elle est pleine d’eau moussue, et mon fauteuil pour regarder la télé. »

« On voit tout de suite que vous êtes un homme très dynamique. Moi, ce que je préfère c’est mon atelier de bricolage et mon garage. »

« J’ai fait aussi mon classement des moments préférés. En numéro 1, c’est le petit déjeuner qui vient en tête très nettement. En 2, je mettrais volontiers le moment où je me couche. »

« Moi, j’aime mieux le petit matin frais de printemps quand j’ouvre les volets et que j’entends les petits oiseaux pépier. »

« S’ils pouvaient attendre onze heures du matin pour chanter, ça m’arrangerait. »

« Vous n’avez pas d’autres classements qu’on rigole un peu ? »

« J’ai le classement des endroits où j’aime bien aller. En tête, j’ai les magasins d’électro-ménager. Quand je rentre, devant une rangée de frigos, j’ai l’impression d’être le roi : j’ai un choix énorme et les vendeurs se précipitent sur moi en me trouvant très intéressant. »

« Le moment déplaisant, c’est quand ils cherchent à vous faire signer une extension de garantie qui ne sert à rien. »

« J’aime bien aussi aller dans une cour d’école parce que je peux en sortir quand je veux. C’est une revanche par rapport au temps où il fallait un tas d’autorisations parentales pour se barrer. Pendant que j’y pense… j’aime bien aller chez le médecin. »

« Chez le médecin ? C’est curieux comme choix ! »

« J’aime bien qu’il me trouve quelque chose … qui ne soit pas grave évidemment, mais qui nécessite qu’on s’occupe de moi activement ! »

« Et les endroits où vous n’aimez pas aller ? »

« Les hôpitaux ou les maisons de retraite sont largement en tête de ce classement, suivis des magasins d’informatique parce qu’ils ne parlent pas français. »

Liberté de parole

27 août, 2019

« Gardes ! Veuillez bâillonner le prisonnier. » 

« Mais pourquoi donc me priver de parole, sire ? »

« Je n’aime pas qu’on me parle, surtout pour m’insulter. Même mes conseillers ne doivent pas l’ouvrir sans autorisation. Alors vous… »

« Mais je peux aussi vous parler par mes regards venimeux ou même agressifs. C’est encore pire que deux ou trois insultes bien senties. »

« Prenez garde, prisonnier, je peux vous faire bâillonner les yeux, s’ils m’envoient des éclairs hostiles. »

« Bon, alors je fais quoi, moi ? »

« Rien, un prisonnier ne doit rien faire, à part être prisonnier. »

« Mais ma silhouette légèrement voûtée ne pourrait-elle exprimer mon exaspération vis-à-vis de ma situation. »

« Vous avez raison, je pourrais en prendre ombrage. Gardes ! Veuillez redresser la silhouette de monsieur. Il n’a pas à être exaspéré. »

« Puisque vous réduisez au silence, je vais produire un silence glacial pour vous faire part de ma réprobation. »

« Gardes ! Veuillez attiser le feu dans l’âtre ! »

« A moins que vous préfériez un silence consterné ? »

« Je vous consterne, moi ? Gardes ! Qu’est-ce qu’on a contre le silence consterné ? »

« Vos gardes ne peuvent pas bâillonner mon silence, majesté. Vous feriez mieux de me relâcher ?»

« Ça ne va pas ? Vous avez déjà vu un prisonnier libre ? Et puis, si je vous rends la liberté, vous en profiterez pour dire du mal de moi. »

« C’est interdit, aussi ? »

« Oui, ça me fait beaucoup de peine. Vous ne voudriez tout de même pas être la cause de mon chagrin ? »

« Et si je promets de dire du bien de vous ? »

« Moi, je répandrai la nouvelle selon laquelle vous n’êtes qu’un vilain hypocrite. »

Une vieille connaissance

25 août, 2019

« Je crois qu’on s’est déjà vu. »

« Non, pas du tout. C’est un peu lourd comme moyen de drague. Dites-moi que j’ai des beaux yeux pendant que vous y êtes. »

« Si, si ! On s’est déjà vu. A l’anniversaire de Momo. Vous étiez complètement ivre ! Vous vous souvenez ! »

« Pas du tout. C’est sans doute vous qui étiez bourré. Moi, je ne bois que du jus de fruit. Pas de chance. »

« Bon, alors c’était au vernissage de l’exposition de peinture Dugenou. Vous regardiez un tableau et je me suis approché. Maladroitement, j’ai renversé ma coupe de champagne dans votre chemisier. »

« Toujours pas. Si un malotru avait l’idée de me ruiner une de mes chemisiers, je m’en souviendrais ! »

« Pourtant, je n’ai pas oublié votre sourire lumineux. J’y suis, c’était à Palavas, cet été. Nous étions voisins de plage. Vous m’avez envoyé votre ballon en pleine figure. Nous nous sommes souri quand vous êtes venu le récupérer. »

« Ça m’étonnerait. Je ne vais sûrement pas en vacances à Palavas et je ne joue jamais au ballon. »

« J’y suis. Vous vendez des poireaux au marché du samedi matin. Je me demande pourquoi je ne mange pas davantage de poireaux. »

« Moi, vendeuse de poireaux ? Je vous signale tout de même que je suis directrice du personnel dans une grande holding internationale que je ne nommerai pas. »

« Cette fois, c’est sûr ! C’est vous qui m’avez viré parce que j’avais mangé un pain au chocolat sur mon lieu de travail. »

« Evidemment, manger une viennoiserie dans son bureau, ça fait des miettes de partout. Vous n’avez pas remarqué ? »

« C’est depuis ce jour-là que je rêve de vos beaux yeux. Lorsqu’ils sont furibonds, il ressemble à l’océan déchainé. »

« Désolée ! Moi, je ne rêvais pas d’une rencontre, ni avec vos yeux, ni avec vos lunettes rafistolées avec du sparadrap. »

« Bon, tant pis ! On le fait ce constat ? »

Quelques mots

22 août, 2019

« Vous avez remarqué ? »

« Quoi encore ? »

« Dans la langue, il y a des mots qui servent à des tas de choses différentes. Par exemple : machin, chose, truc… mais je voudrais vous parler du mot ‘produit’ qui m’inquiète un peu. »

« Allons bon, approfondissons ! »

« Le produit de 2 par 2, c’est 4. »

« Passionnant. »

« Mais nous parlons aussi du produit de beauté, du produit désodorisant, du produit anti-moustiques, du produit de nettoyage, etc… »

« Autrement dit, on dit ‘produit’ pour désigner un truc dont on ne connait pas la composition. »

« Tout à fait. Mais le produit, cela peut-être aussi ce que donne la culture d’une terre. On parle souvent du produit de la terre. »

« Ce qui n’a rien à voir avec un produit de beauté, ni avec la table de multiplication. On en apprend de bonnes avec vous.  Il y en a d’autres des mots qui disent des choses différentes, maître ? »

« Bien sûr ! Par exemple, le mot éclat. On peut parler d’éclat d’obus, mais aussi d’éclat de beauté de mes yeux. C’est amusant : le même mot a des allures guerrières, mais aussi une connotation futile. »

« On ne dirait pas comme ça, mais la langue est pleine de bizarreries. »

« Le mot cloche est tout à fait passionnant. Je vous passe son utilisation comme interjection pour désigner un individu pas très malin. La cloche, c’est l’ustensile qui fait du bruit par l’intermédiaire d’un battant. Mais on peut utiliser le mot cloche en fromagerie : la cloche à fromage. »

« Si je comprends bien, le mot désigne plus la forme de l’objet que l’objet lui-même. »

« Tout à fait. D’ailleurs, à propos de la cloche de l’église, on parle de sa robe pour désigner son profil qui ressemble au vêtement féminin. »

« D’autres exemples, Maître ? »

« Avez-vous réfléchi au mot milieu ? Ce dernier peut désigner aussi bien un point, par exemple le centre d’un cercle, mais il peut aussi nommer un vaste environnement. En effet, vous dites souvent : ‘dans mon milieu professionnel’. N’est-ce pas ? »

« Absolument, Maître ! »

« Et ‘demeure’, vous ne trouvez pas ce mot étrange. C’est votre maison. Mais si je vous mets en demeure, ça veut dire que je vous commande. Je ne vous parle pas du participe ‘demeuré’ qui s’emploie dans l’agréable expression ‘espèce de demeuré’. »

Les produits de beauté

20 août, 2019

« J’ai la crème qui fait la peau douce, celle qui l’hydrate, sans compter celle qui chasse les impuretés. Le shampoing qui fait brillant, celui qui nourrit les cheveux en profondeur, celui qui élimine les pellicules, les démangeaisons indésirables. Qu’est-ce t’en penses Odette ? »

« Moi, j’ai les crèmes qui font le pied lisse ou qui font maigrir pendant la nuit. Le dentifrice qui fait la dent blanche tout de suite ou qui supprime la mauvaise haleine. Tu n’as pas l’impression de nous faire avoir avec tous ces produits ? Hein, Josiane ?»

« Si, mais c’est obligatoire. Nous devons soutenir la croissance et l’économie, donc accepter de se faire refiler des trucs dont on n’a pas besoin. »

« C’est vrai que lorsqu’on consommera intelligent, le taux de croissance va en prendre un coup ! »

« En attendant, va donc acheter la crème qui fait sentir bon des pieds, Odette ! »

« Mais mes pieds dégagent une bonne odeur ! »

« Alors une autre crème, personne n’a le pied parfait. Allons, allons ! »

« Je crains que nous finissions par nous ressembler toutes avec tous ces produits de beauté. Qu’est-ce t’en penses, Josiane ? »

« Tu as raison, Odette, la beauté ça ne fait pas tout. Le charme, c’est mieux. Et pour avoir du charme, il faut être doté de quelques petites imperfections physiques. Un petit grain de beauté sur la joue ou alors le cheveu un peu fou ou bien des incisives légèrement proéminentes. »

« Pour bien faire, il faudrait qu’on nous vende des produits qui font des imperfections de charme. »

« C’est-à-dire que le charme repose aussi sur l’intelligence et la conversation de la personne, Odette ! »

« Oui… alors là, on n’est pas près de disposer d’une crème adoucissante ou nourrissante, Josiane. Je m’en fiche : de toute façon, comme je suis un vrai canon, ce n’est pas à moi de démontrer mon intelligence. »

« Tu as raison : C’est aux hommes à nous faire la causette. »

« L’ennui, c’est qu’ils sont de moins en moins cultivés, alors ils se rabattent de plus en plus sur des produits de beauté masculins. Tu vas voir que bientôt c’est nous qui allons devoir les draguer ! »

Une apparition

18 août, 2019

« J’ai vu une apparition dans mon jardin. Un homme en peaux de bêtes qui vivait là depuis des millénaires. »

« Qu’est-ce qu’il a dit ? »

« Il a dit qu’il était enfin content de me voir et qu’il faudrait tondre la pelouse plus souvent. »

« Il parlait français ? »

« Oui, depuis le temps qu’il nous fréquentait, il a eu le temps d’apprendre. Il m’a même piqué des bouquins pour s’instruire. »

« C’est tout ? »

« Il m’a demandé aussi de baisser les radiateurs parce qu’il avait trop chaud en juillet. »

« Les radiateurs dans le jardin ? »

« Oui, il pense que c’est eux qui sont responsables de la canicule. Il voudrait aussi qu’on sorte le type qui est dans la boite et qu’on le fasse grandir. Il voulait parler de l’animateur de la télé. »

« C’est tout pour le délire ? »

« Non, il ne veut plus qu’on parle à des objets en les mettant à nos oreilles, ça le déstabilise. D’ailleurs, il trouve que nous nous mettons trop de choses dans les oreilles, même lui, il trouve ça ringard. »

« Et votre maison, comment il la trouve ? »

« Il ne comprend pas trop comment on a fait pour trouver des grottes carrées ou cubiques. De son temps, c’était moins organisé. »

« Parce que vous l’avez invité à entrer ? »

« Oui, bien sûr, c’était le moindre des choses. Il a été très surpris que nous nous asseyions en l’air, au lieu de nous asseoir parterre comme tout le monde. »

« C’est vrai qu’on se demande pourquoi on a inventé les fauteuils. Et il a rencontré ta famille ? »

« Tout à fait. Jules avec ses habits troués, ses longs cheveux gras, son refus de se laver et ses borborygmes quand il a faim, il a beaucoup plu à notre invité : enfin quelqu’un de normal, a-t-il soufflé. Il a aussi été très admiratif des piercings et des tatouages de ma gamine. Il m’a juré que la sienne ne faisait pas mieux. »

« Je l’ai emmené faire les courses. Il m’a assuré qu’il n’y avait pas de problème. Il avait l’habitude de chasser l’ours et le dinosaure. La caissière nous a dit qu’il n’y en avait plus en stock, mais qu’elle attendait un arrivage, puis elle s’est enfuie en hurlant. »

« Ne me dis pas que vous l’avez invité à manger ! »

« Si ! Il se tient très bien. Bien sûr, il ne comprend pas qu’on mange en regardant le monsieur dans la boite. Il dit qu’il a surement faim et que c’est cruel de s’empiffrer sous son nez. »

« Et les voisins qu’est-ce qu’il en pense ? »

« Il a fallu emmener madame Dugenou aux urgences quand mon ami a fait son apparition à la fenêtre de sa chambre. Son chat a aussi pris un malaise. Je l’ai conduit en quatrième vitesse chez le vétérinaire qui n’a dit qu’il n’avait jamais vu un chat stressé à ce point. »

Nos animaux

15 août, 2019

« Pourquoi faut-il que nous stigmatisions certains animaux ? Par exemple : un éléphant dans un magasin de porcelaine qui sont supposés tout casser, ce n’est pas très sympa pour les éléphants qui sont des animaux intelligents. »

« Certes, mais vue l’ampleur de sa silhouette, il serait extrêmement surprenant qu’un éléphant ne casse rien dans un magasin de vaisselle.Je reconnais qu’il faudrait avoir plus d’indulgence pour les pachydermes. Chez ma belle-mère, comme elle pose des bibelots partout, il suffit que je me retourne un peu vivement pour en envoyer un parterre. »

« Et être malade comme un chien, vous trouvez ça motivant pour notre meilleur ami ? Moi, mon clébard est en bonne santé et s’insurge contre cette expression. »

« Oui, je trouve que nous manquons de reconnaissance. Pourquoi dit-on temps de chien ? Comme si ces pauvres bêtes étaient responsables du mauvais temps ! Quelle injustice ! »

« Je ne vous dis pas la bêtise de certaines expressions : muet comme une carpe, par exemple. »

« Ça c’est vrai. Je n’ai encore jamais entretenu de conversation avec une carpe, ni avec aucun poisson d’ailleurs. »

« L’idiotie atteint parfois des sommets : être nu comme un vers par exemple. »

« Encore exact, je n’ai jamais vu de vers de terre en costard trois pièces. »

« En plus, certains envisagent d’être violents avec leurs animaux de compagnie. Ceux qui disent : j’ai d’autres chats à fouetter, ils devraient être dénoncés à la SPA. »

« Je suis d’accord, mais il y a pire. Certains kidnappent des animaux. Par exemple, je connais des gens qui prennent la mouche ! »

« Quelle horreur ! J’ai entendu aussi qu’il y a des assassins d’animaux. Récemment, les tribunaux ont jugé un type qui a noyé le poisson ! »

« Moi, je connais des gens qui sont très désagréables avec les volailles. Ils les aspergent d’eau puisque se moquent grossièrement des poules mouillées. »

« Et ceux qui affirment que les mules sont têtues ! Il faudrait ouvrir un dialogue avec ces charmants animaux. Je suis sûr qu’on peut arriver à des compromis. »

« N’insultons pas les bêtes ! Je proclame que ceux qui parlent de la laideur des poux devraient d’une part se regarder et d’autre part s’informer : les savants n’ont pas renoncé à trouver des poux particulièrement séduisants. »

« Vous avez raison, il faut respecter les animaux. Pourquoi attribuer aux vaches espagnoles des problèmes de difficultés linguistiques. On n’en sait rien. Personne n’a jamais entendu parler une vache espagnole, portugaise ou autre ! »

« Bon, il est temps que j’aille prendre une douche. Je suis très propre, je ne suis pas comme ceux qui ont des puces à l’oreille. »

« Ou alors ceux qui ont des fourmis dans les jambes. »

Prendre langue

13 août, 2019

« Etre, faire, aller, prendre…. Ce sont des verbes faibles qui ne disent pas beaucoup de choses de la vie. »

« Oui, mais ils ont l’avantage de la simplicité et de la rapidité. C’est comme lorsque vous allez au MacDo, c’est simple, pas cher… Mais le but ce n’est pas de faire de la gastronomie, c’est de vous nourrir. »

« Ces verbes servent doc à nourrir les conversations banales de tous les jours… »

« Oui, mais pas seulement. Ils ont l’avantage d’aller droit au but par leur simplicité. Supposons que vous vouliez dire qu’un homme souffre d’accès de colère fréquents. Quoi de mieux que de dire : cet homme est colérique. Point barre. C’est net, ça ne supporte pas de nuances. »

« D’accord, mais ça ne dit de quelle manière cet homme exprime sa colère : il s’énerve ? Il hurle ? Il bave de rage ? Ou alors, il a la colère froide ? »

« C’est exact. Lorsque vous utilisez un verbe dit ‘faible’, c’est comme quand vous dites que vous allez acheter une voiture. C’est votre première phrase. Tout de suite après, il faut préciser votre intention en annonçant la marque et les caractéristiques du véhicule. »

« Les verbes faibles sont donc très utiles pour annoncer la généralité de votre intention. Souvent, ça suffit à votre bonheur. Par exemple, si vous me dites : je fais du vélo, ça suffit à votre interlocuteur dans un premier temps. Tout le monde se fout de la manière dont vous faites du vélo. »

« Je trouve que le verbe ‘aller’ joue un rôle particulier. Par exemple si je dis : ‘je vais faire’ du vélo, j’accole en fait deux verbes faibles ! L’expression est super-faible ! »

« Pas si faible que ça, puisque l’expression invente une sorte de futur immédiat qui n’existe pas dans la grammaire. Vous ne pouvez pas dire : ‘je ferai du vélo’ au moment précis où vous enfourchez votre bécane ! »

« Le verbe avoir est également très utile malgré son caractère fruste. Par exemple, si vous dites : ‘j’ai mon permis de conduire ‘, ça me suffit. Si au lieu de cette expression, vous annoncez :  ‘je suis titulaire du permis de conduire’, vous introduisez une notion juridique dont je me fiche complètement. »

« C’est vrai, le verbe avoir est l’expression la plus simple et la plus directe du droit de propriété ou de ce que l‘on s’approprie. »

« Si je dis : ‘j’ai l’air bête’, la nuance est apportée en fin de phrase. Le verbe est faible en lui-même, mais il peut être enrichi par un autre mot. L’attention de l’auditeur est attirée sur le fait que je m’approprie quelque chose, en l’occurrence l’air bête. »

« Certes, mais les gens n’aiment pas tellement les choses trop simples. Ainsi, au lieu de dire : ‘je vais à la boulangerie’, certains n’hésiteront pas à dire : ‘je me rends à la boulangerie’. »

« C’est pour faire leurs malins. Il y a des snobs de la langue. C’est d’autant plus idiot que le verbe rendre put aussi être considéré comme faible. Pour eux, il y aurait donc des verbes encore plus faibles que les faibles ! »

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