Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Enfin des décisions !

23 novembre, 2021

Les atermoiements n’ont que trop duré. Il faut envisager de passer à l’action.

Une démarche de concertation pourrait être engagée. C’est possible, bien que rien ne soit certain.

Je m’interroge.

Je ne sais pas. On est en train de faire une étude. J’attends un premier rapport qui sera suivi d’un second, puis d’une réunion interne.

C’est donc trop tôt. Tout ça est très éventuel.

Je n’exclus rien, mais je n’ai rien décidé.

Après la réunion, des discussions préliminaires auront lieu en vue d’une conférence préparatoire.

Toutes les options sont sur la table à côté de la machine à café.

Je suis très mobilisé sur la question. La possibilité de trancher est étudiée de très près.

Nous n’avons que trop tarder, maintenant il faut que chacun prenne ses responsabilités. En tous cas, il n’est plus possible de procrastiner.

Je recevrais prochainement toutes les parties prenantes et je n’hésiterai pas à dire ce que j’en pense.

Il est possible que nous aboutissions un accord sans que cela ne constitue un engagement de ma part.

Je ne suis pas du genre à tergiverser. Mais une décision est, à ce stade, encore très hypothétique. Je dirais même incertaine.

Je vais aussi me réunir avec moi-même. Ce sera un sujet prioritaire.

Il est pensable que les termes d’un agrément apparaissent.

Il n’est pas inenvisageable qu’on aboutisse à un protocole d’accord conduisant à un processus d’engagement avant d’entrer dans une phase d’adhésion.

J’ai confiance dans l’avenir. Les conditions sont réunies pour qu’une réflexion collective se poursuive autour d’un bon cassoulet.

Un modus vivendi pourrait se dessiner dans des conditions qui reste à préciser.

Des indices laissent déjà penser qu’une communauté de point de vue pourrait se dégager.

On peut même penser à une éventuelle convergence des idées.

Soyons prudents, mais confiants : la probabilité d’un compromis n’est pas nulle.

Il n’est pas inimaginable que les positions respectives se rapprochent.

Il est même concevable que des négociations s’engagent dans un esprit d’ouverture.

D’ailleurs, je propose que la conférence débouche sur un colloque, voire un symposium ou tout simplement un séminaire qui formaliserait les termes d’un pacte éventuel. 

Les derniers points de désaccord font déjà l’objet d’un examen attentif.

Les conditions d’un projet d’un potentiel traité sont réunies.

Comme vous le voyez, la volonté de réussir rapidement est forte.

Une princesse et un manant

11 novembre, 2021

« Monsieur, vous êtes un impertinent ! Vous n’avez pas à faire remarquer que j’ai un grand nez ! C’est très impoli. »

« Ah bon ? Et je peux dire quelque chose de vos yeux de biche, mademoiselle ? »

« Non, c’est peut-être vrai, mais nous n’avons pas vécu une situation de rapprochement suffisant pour que vous puissiez vous autoriser à faire des remarques sur mon physique. »

« Vous, vous m’avez mentionné à tout le monde que j’ai des gros genoux. »

« Oui, c’est normal ! Vous vous êtes un homme. Vous devez supporter vos ingratitudes physiques avec le sourire ! »

« Ah bon ! Et votre caractère acariâtre, je peux en parler ? »

« D’où vous sortez ça ? Je suis d’un tempérament, doux, accommodant et particulièrement agréable lorsqu’on me parle avec élégance. »

« Et vous trouvez ça élégant d’avoir dit à tout le monde que j’avais un caractère colérique, bougon, et accessoirement prétentieux. »

« Vous voyez, vous commencer à monter au créneau. Dites tout de suite que je vous énerve quand je dis la vérité. »

« C’est vous qui avez peur de la vérité, on ne peut rien vous dire. »

« C’est logique ! Je suis une fille hors norme. Vous n’avez pas à juger mes aptitudes physiques ou mental. C’est comme si vous vous permettiez des remarques sur la Vierge. »

« C’est nouveau. Vous vous prenez pour la Vierge Marie, maintenant. Je vais en référer au curé de ma paroisse. Il va sûrement crier au blasphème. »

« Je disais ça pour bien marquer la différence entre vous et moi. Je trouve mon allure et mes paroles pleines de noblesse, alors que les vôtres sont un peu frustes. »

« Ah bon ? Vous trouvez les manières de Dugenou plus convenables ? »

« Le marquis Dugenou ne passe pas son temps à me parler du PSG ou de l’achat de son dernier Smartphone qui m’indiffère complètement. »

« J’espère que vous savez que Dugenou est autant marquis que moi, moine tibétain. »

« Il n’est peut-être pas marquis, mais lui il a le bon goût de me traiter comme une princesse. En d’autres temps, il aurait été de la noblesse. »

« Et moi un paysan du peuple, je présume ? »

« Oui, vous comprenez maintenant que votre modeste condition ne vous autorise pas à jeter un regard sur ma personne. Je ne sais même pas pourquoi je vous parle. »

« Moi non plus, je trouve ça inconvenant. Je vais plutôt m’entretenir avec Thérèse, c’est une ribaude. Mais elle au moins, elle a un nez normal. »

« Thérèse n’est pas une ribaude. Elle fréquente les conversations de mon salon avec assiduité. »

« Et vous parlez de quoi dans votre salon ? »

« Nous nous gaussons des hommes. La semaine dernière, Thérèse nous a fait beaucoup rire à propos de vos gros genoux. »

Sur la colline

2 novembre, 2021

« Je suis monté sur la colline et j’ai cueilli un bouquet d’églantines, mais je n’ai vu personne arriver ! J’en suis marri ! »

« Moi aussi, j’ai fait la même chose. »

« N’aurait-on pas été les objets de quelque manœuvre malicieuse de la part de Josiane ? »

« Je le crains mon bon, nous avons été joués. Le coup est rude, d’autant plus que la montée au sommet de la colline est ardue. »

« Et moi en plus, je n’ai pas trouvé d’églantines. J’ai cueilli des chardons à la place. Croyez-vous qu’elle se soit décommandée à cause de ce changement ?»

« Voilà qui m’étonnerait un peu ! Je la soupçonne plutôt de ne pas faire grand cas de nos assiduités respectives. »

« En ce cas, je me demande si je vais maintenir mes achats de pains au chocolat dans son échoppe. Je pourrais plutôt aller chercher mes croissants à la boulangerie de Thérèse. »

« Ne vous donnez pas cette peine ! Thérèse m’a déjà envoyé dans la forêt pour l’attendre après avoir trouvé la clé des champs. »

« Et je parie qu’elle n’est pas venue. Quelle polissonne ! »

« Remarquez que je n’ai pas trouvé la clé du champ. J’en viens à me demander s’il y a vraiment besoin d’une clé pour entrer dans un champ. »

« En effet, il y a de quoi se poser la question. Moi, j’ai tenté ma chance auprès de Lucienne, la charcutière. Je devais l’attendre sur le bord de la rivière après avoir cueilli le fruit défendu qu’on y trouve à profusion, paraît-il.»

« Et elle n’est pas venue ? »

« Non, à sa place, j’ai vu arriver Lucien, le charcutier. Il semblait légèrement froissé. En plus, je n’avais trouvé de fruits défendus. Je pense que ce n’était pas la saison. »

« Je me demande quelle mouche les ont piquées. Comment ne peut-on pas honorer les rendez-vous qu’elles nous fixent elles-mêmes ? »

« Bon… Il nous reste Augustine, la bonne du curé. »

« Elle me parait accorte, mais je préfèrerais ne pas tenter ma chance. L’abbé Canne n’aime pas trop qu’on tourne autour d’elle. »

« Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ? On ne va quand même pas se priver des pains au chocolat de Josiane qui sont absolument délicieux. »

« Allons ensemble dans son magasin, et prenons un air dégagé pour la remercier de nous avoir envoyé là-haut où nous avons trouvé l’amour. »

« Vous avez raison, elle en sera bien contrite. Elle voudra surement monter là-haut à son tour. »

« Et c’est là que nous l’attendrons avec un bouquet de n’importe quoi. Nous nous moquerons avec jubilation de sa confusion. »

« Vous croyez que notre stratagème marchera ? Elle est peut-être moins bête que nous. »

Damné !!!

28 octobre, 2021

« L’existence, c’est comme cet étang qui se vide de son eau sous l’influence du réchauffement climatique. Au départ, tu as démarré plein de vie et peu à peu, de manière imperceptible, ta santé décline et tu finis poussière. »

« C’est gai, ce que tu racontes là. »

« Remarque, il y a des moyens de freiner la dégringolade ! »

« Ah oui ? Voilà qui m’intéresse. »

« Il y a la médecine bien sûr avec ses traitements, médicaments, vaccins. Certains médecins prétendent que tu peux vivre jusqu’à 120 ans. »

« Avoir 119 ou 120 ans, ça doit faire une drôle d’impression. »

« Un autre moyen d’y arriver, c’est de se remuer et de faire un peu de sport. C’est le moyen d’entretenir la mécanique : articulation, muscles, circulation, tout ça… »

« Moi, tu sais le sport… »

« Tu peux aussi vivre à la cool. Chaque fois que tu t’énerves contre tes gamins, ton patron où les femmes, tu fais monter les possibilités d’hypertension ou d’ulcère ou plus, alors du calme ! »

« Le mieux, c’est d’être celui qui commande les autres ? »

« Même pas, tu es écrasé par le poids des responsabilités. En plus, tu souffriras d’un manque d’affection qui va te ronger le cœur et les os. »

« Comment ça se fait ? »

« Figure-toi que pendant que la vitalité te quitte peu à peu, tu pâtis de plus en plus d’une affection particulière : tu as envie d’être aimé. Or les autres, ceux que tu veux commander, n’aiment pas du tout les chefs. »

« Mince alors ! Si je comprends bien, je suis coincé de tous les côtés. »

« Il y a encore une façon d’économiser tes forces, mais ce n’est pas bien vu. »

« Dis-moi vite ! »

« C’est de ne pas en ficher une rame. Tu dors beaucoup. Tu te reposes beaucoup ! Un peu comme tu le fais déjà ! »

« Ah bon, ça m’intéresse ! »

« Oui, mais il ne faut pas en abuser. Socialement, c’est très mal considéré. En plus, tu vas prendre du poids et avoir encore des ennuis de santé. En fait, ton corps est fait pour suivre la pente déclinante et tout en refusant les obstacles à ta dégringolade. »

« Si je comprends bien, on est tous condamnés d’avance. La seule liberté, c’est de repousser plus ou moins l’échéance. »

« Le pire c’est que le système se nourrit de cette course à la déchéance. On te raconte que le travail, il n’y a que ça de vrai. C’est inexact : travailler ça use, d’ailleurs c’est tellement vrai que les hommes ont inventé les congés. Le mieux quand tu te sens décliner, c’est d’élargir ton horizon : voyage, lis, apprends de nouveaux trucs… Tu mourras, mais plus tranquillement. »

La loi du marché !

26 octobre, 2021

 «Monsieur le charcutier, je voudrais trois andouillettes pour le prix de de deux. »

« Ben… non ! »

« Comment ça, non ? Votre concurrent, monsieur Parpaillon le fait lui ! »

« Je ne veux pas le savoir. Mes andouillettes ont un prix ! Si Parpaillon brade les siennes, je me méfierais si j’étais à votre place. »

« Bon, alors, en plus de mes andouillettes, je voudrais une tranche de jambon gratuite. Et de votre meilleur, je vous prie. »

« Ben, c’est toujours non ! Parapaillon fait peut-être son jambon gratuit, mais chez moi on paie la marchandise qu’on emporte ! »

« Bien dans ce cas, je m’en vais diriger mes pas vers le magasin de monsieur Parpaillon ! »

« Attendez…. Allez… une tranche de jambon, gratuite pour dix achetées ! »

« Qu’est-ce que vous voulez que je fasse de dix tranches de jambon ? Je suis seul à diner avec Thérèse qui ne supporte pas le jambon. »

« Si je comprends bien, Thérèse aime l’andouillette, mais pas le jambon. »

« C’est la raison pour laquelle, je vous demandais d’exercer votre talent commercial sur la vente des andouillettes qui — soit dit en passant — vous rapportent plus que le jambon. »

« Justement, je ne vais pas brader ce qui me rapporte. Parpaillon est complètement cinglé s’il fait ce genre de promotion. »

« Bon, je vais faire une concession. Pour deux andouillettes achetées, vous me rajoutez la moitié d’une troisième. Une demi-andouillette pour deux acheter, c’est juste non ? »

« Surement pas ! Comment voulez-vous que je vende la demi-andouillette qui va me rester sur les bras ? Je n’ai pas d’autres clients aussi bizarres que vous ! »

« Bien… bien… bien … Alors, vous pourriez peut-être me les louer vos andouillettes ? »

« Vous déraillez, je ne loue rien du tout. Pourquoi voulez-vous que je loue mes andouillettes ? »

« Comprenez-moi : je pourrais ainsi les goûter. Si elles sont bonnes, je reviendrai demain pour en acheter d’autres. Si elles sont mauvaises, je vous les rapporterai, ce sera un service que je vous rendrai en vous évitant de les vendre à d’autres clients ! »

« Monsieur, mes andouillettes sont excellentes et je ne les loue pas ! »

« Chez monsieur Parpaillon, il y a un système de location-vente. Il me loue ses andouillettes et si je suis content je reviens les acheter. Le prix est alors amputé du coût de la location, évidemment. En plus, parfois, il me met une troisième andouillette pour deux achetées. »

« Je me fous des pratiques de Parpaillon. Pour moi deux andouillettes, ça coûte deux andouillettes. »

« J’ai une idée ! Une idée moderne ! Je les achète à crédit par 12 mensualités de 4 euros cinquante. C’est honnête, non ! En plus, comme vous le savez, il existe des taux d’intérêt négatifs, maintenant ! »

« Moi, j’ai une autre idée. Je vous fais un sandwich jambon-beurre. J’appelle la police et vous allez terminé votre sandwich au commissariat. Parpaillon viendra peut-être vous chercher. »

Les coquines

19 octobre, 2021

« Bonjour ! Je me présente : Madeleine ! Je suis la maîtresse du baron ! »

« Enchantée, moi je suis Louise, l’amante du comte. »

« Le baron est très généreux. Il me couvre d’or et de bijoux. Je pense qu’il va me coucher sur son testament. Je travaille dur pour ça. »

« Moi aussi. Le comte n’est pas avare de cadeaux. Je les revends sur le marché, ça me rapporte pas mal d’argent. »

« Je profite de mon temps libre pour roucouler auprès du Vicomte qui vient de m’offrir un petit manoir des plus coquets. Vous pourriez peut-être y passer l’été ma chère Louise. »

« Mais comment donc, Madeleine ! Je viendrai avec ma suite de douze valets et femmes de chambres que le comte m’a généreusement offerts. »

« Ma cousine Berthe sera là. Le baron la trouve très divertissante. Nous pourrions organiser une sorte de festival pendant lequel nous dirons du mal des hommes. »

« Ce sera absolument délicieux. Mon amie Albertine sera du festival. C’est une ancienne amante du comte, une vraie méchante ! »

« Et quand nous aurons médit tout notre saoul, nous réfléchirons à la meilleure manière de les faire tourner en bourriques. 

« Ha ! Ha ! Chère Madeleine ! Ce ne sera pas très compliqué. J’ai quitté douze fois le comte. Chaque fois, je lui fais une scène mémorable. »

« Nous améliorerons notre style de rupture ensemble, Louise. Nous devons les faire souffrir de manière sournoise pour qu’ils nous méritent. »

« Vous avez raison. Je me propose de faire venir la duchesse dans notre festival. Elle s’est retirée des affaires, mais elle a eu quarante-sept amants ! Quelle expérience ! »

« Quand nous serons bien au point, nous pourrions faire venir le baron et le comte. Ils seront entourés de femmes et la tête leur tournera. Nous pourrons nous esbaudir de leurs airs hagards. »

« Quelles vilaines friponnes, sommes-nous ! L’abbé Tonière va nous gourmander ! Ne croyez-vous pas, ma chère Madeleine ! »

« Pour moi, c’est déjà fait, Louise. Il m’a surpris avec le chevalier dans les bosquets de son château. Normalement, j’aurais dû être dirigée directement vers l’enfer, mais j’ai pris un air tellement contrit qu’il a transformé ma condamnation en simple avertissement. »

« Madeleine ! Petite polissonne, va ! Pour ce qui me concerne, mon amant n’hésite pas à me donner l’argent qu’il faut quand je lui dis qu’il s’agit de réparer l’église de l’abbé Tonières. Je détourne évidemment la moitié du don à mon profit. »

« Quelle méchante fille vous faites-là, ma chère Louise ! Nous sommes faites pour nous entendre., n’est-ce pas ? Il ne faudra pas oublier de nous gausser de ma sœur Bertille qui n’est l’amante de personne. »

« Moi, je viens de rédiger un pamphlet d’une grande cruauté contre ma voisine Elisa qui se pique d’une grande honnêteté ! Vous vous rendez compte ! »

« En effet, c’est très préoccupant, Louise. Il ne faudrait pas qu’elle en vienne à réparer effectivement l’église de l’abbé Tonière. Trouver un autre alibi ne sera pas aisé ! »

Il y a beaucoup de si !

17 octobre, 2021

« Au départ, vous dépendez de la volonté de vos parents. S’ils ne sont pas trop fatigués en rentrant du boulot ; s’ils ont envie de contrôler vos devoirs ; s’ils ont l’amabilité de vous empêcher de passer votre vie sur des écrans ; s’ils ont le temps vde ous apprendre deux ou trois bonnes manières… Vous avez une chance d’être mis sur la bonne voie. »

« Ensuite, ça commence à se compliquer, vous dépendez du bon vouloir de l’Education nationale. Si l’école ou le lycée a bonne réputation ; si votre look vous fait accepter par vos camarades ; si vous tombez sur les bons profs qui s’intéressent à vous et à leur job ; s’ils vous motivent… vous avez une chance d’obtenir quelques diplômes. »

« Après, c’est encore plus compliqué. Si – à la fac – vous avez évité des spécialités exotiques comme histoire de l’art ; si vous vous habillez comme les gens bien qu’on voit à la télé ; si vous avez une élocution audible et à peu près correcte sur le plan grammatical ; si les services de l’emploi vous prennent en considération…. Vous avez une chance de trouver un travail payé…enfin pas trop. »

« Vous êtes encore là ? Ce n’est pas certain… Si vous faites du sport ; si vous ne fumez pas ; si vous ne vous droguez pas ; si vous mangez sainement ; si vous êtes entouré d’affection ou à la rigueur d’estime ; vous avez une chance de vivre paisiblement parce que c’est comme ça qu’il faut faire. »

« Si vous n’êtes pas trop laid ou laide ; si vous sortez de chez vous au lieu de rester planté devant la télé ; si vous avez de la répartie ; si vous avez un hobby original mais pas trop dont vous aimez parler ; si vous avez des goûts musicaux plus récents que Georges Brassens ; si vous dites des choses romantiques ; si vous compatissez à la misère humaine ; vous avez une chance de conquérir l’affection (au minimum) d’une âme sœur. Enfin pour un certain temps. »

« Ensuite, ça devient encore plus compliqué. Si vous travaillez comme un fou tout en trouvant le moyen de vous intéresser à la famille ; si vous vous battez héroïquement contre toutes vos habitudes qui laissent penser que vous n’êtes qu’un pantouflard routinier ; si vous passez l’aspirateur avec entrain tous les samedis ; vous avez une chance de faire durer votre couple et d‘envisager un gamin. »

«Vous avez un enfant, disons deux pendant qu’on y est. Au début, si -par une espèce de transformation biologique – vous acceptez de vous lever trois ou quatre fois par nuit tout en restant en bonne santé ; si – après une longue réunion de travail au cours de laquelle le patron vous a traité d’endormi – vous avez encore le courage de faire sauter l’enfant sur vos genoux…. Vous aurez une vie de famille riche et peut-être équilibrée. »

« Continuons. Si la résolution d’équations du second degré ne vous impressionne pas ; si vous êtes capables de discuter plaisamment du rapport entre l’œuvre de Voltaire et celle de Rousseau ; si vous parlez anglais avec un accent oxfordien… vos gamins auront la chance de décrocher d’excellents diplômes et de s’engager dans des carrières où leur réussite dépendra de beaucoup de ‘si’ »

« Si vos enfants sont d’aspects agréable ; s’ils ne sont pas partis faire leur vie en Australie ; si vous suivez attentivement leurs mises en couples successives ; vous aurez peut-être la chance de les voir (un jour) franchir votre portail avec l’air emprunté et votre petit-fils ou petite-fille dans les bras. »

« Si vous avez travaillé un nombre d’années qui n’en finit plus de croître ; si vous avez su grâce à votre sens de la diplomatie entretenir de bonnes relations dans votre entreprise ; si vous ne craignez pas que vos meilleurs ennemis disent le plus grand bien de vous, vous aurez le plaisir d’être le principal centre d’attraction d’une cérémonie organisée pour votre départ à la retraite. »

Un quartier

10 octobre, 2021

Nous sommes déjà au début de l’automne. Une ambiance de regret des beaux jours pèse sur la ville. Le soleil pâle se faufile entre les immeubles de l’esplanade. Là-haut des pigeons s’ébattent entre les toits. Les feuilles mortes jonchent déjà le sol.

Nous sommes jeudi. L’école a repris, mais il flotte encore un air de vacances dans les jeux des gamins. Deux enfants en col marin galopent en poussant leurs cerceaux. Un ballon rouge roule à terre poursuivi par un grand rouquin qui vient d’entrer au Cours Moyen. Deux femmes enchapeautées poussent un landau en papotant. Un homme ventripotent, redingote grise et élégant gilet de flanelle, les croise : il soulève son chapeau melon et s’incline avec componction devant les passantes. C’est monsieur Merlin, l’instituteur du quartier ; même un jeudi il a l’air sévère qui convient à sa fonction. Monsieur Merlin est respecté par tous les habitants du quartier, il a conduit tant d’enfants au certificat d’études.

Devant les magasins, on s’active. Les commerçants interpellent les ménagères. Les deux mains dans son dos, Maurice, le sergent de ville, circule d’un groupe à l’autre en affectant un air bonhomme. Son buste est droit et son uniforme est impeccable. Il est bon que chaque citoyen ait une bonne image du représentant de l’ordre.

Devant l’épicerie du père Poulard, Julius, le cheval qui tire la livraison quotidienne de vin vient de stopper. Des bras velus déchargent déjà des caisses dans un bruit de verres entrechoqués. Les bonnes du quartier s’affairent devant la devanture de madame Bichon, dont les cageots regorgent de légumes multicolores.

Le facteur Bouchard a déjà entrepris sa tournée. A grandes enjambées, il va d’un logement à l’autre. Parfois, un courrier à la main, il hèle un passant qui aura son courrier en mains propres. Bouchard connait tout le monde, il ne se trompe jamais de destinataire.

Il est huit heures trente. Deux jeunes godelureaux pressent le pas, en parlant haut et se poussant du coude. Ils ont une allure endimanchée qui ne leur va pas du tout. Leurs vestons les boudinent, leurs cravates sont mal ficelées, leurs melons se tiennent de guingois sur leurs têtes rigolardes.  Ce sont les deux employés de monsieur Dunois, l’assureur. Sur le pas de la porte de son établissement, il va tirer sa montre de son gousset et reprocher leurs quelques minutes de retard aux deux jeunes écervelés.

A cette heure matinale, la circulation est encore fluide. Deux fiacres viennent de se croiser, les passants sont agacés un instant par le vacarme des roues métalliques et le crissement des fers des chevaux sur le pavé.

Seul le cantonnier Cabu a cessé son ouvrage. Son regard s’attarde sur les feuillages dorés qui s’attardent dans les caniveaux. Il s’appuie sur son balai, essuie sa moustache grise d’un revers de manche et pensent déjà que l’automne lui procure beaucoup plus de peine que l’été. Une légère bise se lève. Elle annonce discrètement les premiers jours de froidure.

Au loin, une silhouette sombre s’avance. Sa marche est énergique, sa robe s’envole autour de ses pas, c’est le père Barrot. Missel en main, il accourt au chevet de la mère Marin. Justine Marin est très malade, on craint pour sa vie. Au passage du prêtre, des chapeaux se soulèvent, des signes de croix s’agitent. On se dit, comme un grand secret, qu’avec la mère Marin, c’est tout un pan de l’histoire du quartier qui disparaitra. Elle n’avait pas son pareil pour chapitrer les chenapans qui se bousculaient sur le trottoir ou qui chapardaient les commerçants.

Voici qu’apparait Michel, le petit crieur de journaux. Des messieurs s’arrêtent, lui glisse une pièce et se plongent immédiatement dans les nouvelles du jour. Un grave incident s’est produit en Alsace. Voilà qui ne présage rien de bon pour les relations franco-allemandes.  (29 octobre 1913)

Encore un dragueur !

5 octobre, 2021

« Madame, l’éclat de votre beauté illumine tout le royaume. »

« Vous êtes bien aimable, baron. Le mérite en revient à ces messieurs : les coiffeurs, les parfumeurs, les maquilleurs… Je ne suis que l’humble support de leur art. »

« Votre modestie, madame, ne fait qu’ajouter à la splendeur de vos apparitions. »

« Ne seriez-vous pas en train d’essayer de me séduire, baron ? »

« Pas du tout, duchesse. J’examine la silhouette que vous présentez au monde et je me prosterne devant l’esthétisme unique de vos allures. »

« Vos louanges sont, néanmoins, tournées de façon galantes à des fins que la morale et monsieur le duc réprouveraient certainement. »

« Duchesse, je m’indigne vertueusement ! »

« Bon ! Vous décrivez avec des mots flatteurs mon apparence, mais que savez-vous de mes traits de caractère cachés ? »

« Rien Duchesse, je le reconnais. Vous êtes peut-être une fieffée polissonne, cruelle et volage ! En un mot, un être cruel et difficile à supporter. »

« Je suis peut-être pire que cruelle, baron ! »

« L’éventualité ne m’a pas échappé, Duchesse, mais l’étude des plus belles femmes du royaume dont les traits n’atteignaient pas la magnificence des vôtres, m’a convaincu que les vilénies des unes et la bonté des autres inscrivent leurs empreintes sur leurs visages. »

« Ainsi donc, baron, vous étudiez le visage des plus belles femmes du royaume. Toujours dans un but scientifique, je suppose. »

« Bien entendu, Duchesse, n’avez-vous pas lu mon dernier livre « De l’oreille des belles » ?  J’y développe des théories fort intéressantes sur le conduit auditif de mes sujets. »

« Quelle horreur, baron, voulez-vous bien ne pas me regarder dans les oreilles ! »

« Il n’y a même pas besoin de les observer pour savoir que vous dominez la Cour par la finesse de votre pavillon. »

« Baron ! Vous recommencez, vilain coquin ! Voulez-vous arrêter tout de suite ! »

« Je ne peux donc pas informer la postérité de l’immense plaisir que les gentilhommes ont à vous complimenter. Négocions, Duchesse. Pourrais-je au moins parler de votre nez ?

« Mon nez … bon, à la rigueur ! Délirez ! »

« Votre nez est pareil à deux papillons qui volètent au printemps d’une fleur à l’autre. »

« En fait, comme il me vient facilement le flux à la narine provoqué par l’éclatement de la nature au printemps, je ne volète pas tellement, baron. »

« Alors, j’ai une autre idée. Parlons de votre allure. Votre démarche est si légère qu’on dirait que vous volez comme une fée au-dessus du pauvre plancher sur lequel nous claudiquons si péniblement. »

« Et on pourrait peut-être parler de mon intelligence qui me souffle que vous vous jouez de moi grâce à un discours charmant, mais trompeur. »

« Ah bon ? »

Un conflit

3 octobre, 2021

« Vous m’attaquez ! Ne vous inquiétez pas, j’ai de quoi me défendre ! Un véritable arsenal ! Des tanks, des fusils, des lance-pierres, etc… »

« Pourquoi vous vous énervez ? Personne ne vous en veut ! »

« Peut-être, mais je prends les devants, j’avertis, je fais des dossiers. Bref, on ne m’atteindra pas comme ça. Il y aura du sang collé au mur ! »

« Euh… votre réaction un peu excessive ne signifie-t-elle pas que vous n’êtes pas si tranquille que vous voudriez le laisser paraitre ? »

« Et voilà, ça commence ! J’ai bien fait de me méfier de vous. Puisqu’il en est ainsi, je sors ma défense anti-aérienne ! Combien avez-vous touché pour m’attaquer ? »

« Moi, rien du tout ! Je me promène tranquillement et c’est vous qui venez de sortir une colonne de chars d’assaut pour m’agresser. »

« Je vois une attitude louche dans votre manière de vous promener en ayant l’air décontracté. N’êtes vous pas en train de penser à une manœuvre d’encerclement ? »

« Je ne sais pas encercler un homme tout seul ! »

« Bon ! Puisque c’est ça, je sors une division blindée. Vous avez sûrement des problèmes avec le fisc. Tout le monde en a. J’appelle donc la presse pour vous dénoncer publiquement. »

« Je paie mes impôts honnêtement, moi, monsieur. »

« Quoi ? Vous insinuez que ce ne serait pas mon cas ! Vous êtes un butor. Je vais chercher mon canon de 75, modèle 1897 : je vais annoncer à votre femme que je vous ai vu au restaurant avec Thérèse ! Ha ! Ha ! Voilà qui fait mal, hein ? »

« Bon ! J’ai assez joué sur la défensive. Je lance mes troupes à l’assaut de vos remparts : vous n’êtes qu’un pauvre paranoïaque qui se sent agressé pour n’importe quoi. »

« Bien ! Dans ces conditions, ma compagnie d’archers entre en jeu : votre hypocrisie, votre ton doucereux ne trompent personne à propos de vos mauvaises intentions. »

« Vous l’avez voulu ! Mes cavaliers intrépides entrent en action : vous n’êtes qu’un hystérique, un asocial, un toxique à éviter à tout prix. Tiens ! Je vais mettre mon masque pour vous parler ! »

« D’accord, dans ces conditions : guerre psychologique ! Je vais vous huer fortement à la prochaine assemblée générale du personnel. »

« OK ! Guerre de tranchées ! Moi, mine de rien, je ressortirai le dossier Michot, celui dans lequel on vous soupçonne de prise illégale d’intérêt. »

« Le dossier Michot ! Je me gausse ! Mes troupes disposent du dossier Poulard à propos de la construction de la piscine communale, ça vous dit ? »

« Je sens que je vais en venir aux mots désobligeants : vous n’êtes qu’un paltoquet, monsieur. Je dirais même un j’en foutre. »

« Puisqu’il en est ainsi, je vais vous jeter des gros mots à la figure. C’est tant pis pour vous ! Bélitre, foutriquet, fesse-mathieu ! »

« Vous l’aurez voulu : je vais le dire à ma mère ! »

12345...182