Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

Le périple de la petite pierre

24 janvier, 2009

La petite pierre dévala la pente en exécutant de grands bonds à chaque accident du terrain. Sa chute se termina sur le bord du lit de la rivière. Très étonnée, elle s’examina sous toutes les coutures : contrairement au dicton populaire, elle n’avait pas amassé mousse. La petite pierre se présentait sous une forme très particulière, arrondie d’un coté, tranchante comme un silex de l’autre ce qui lui conférait une grande originalité et la distinguait ainsi des autres cailloux dont l’allure était beaucoup plus simple.

Un galet qui se trouvait là, poli par les remous du cours d’eau, s’inquiéta courtoisement de l’origine de la petite pierre. Celle-ci raconta qu’elle était tranquillement installée sur l’un des chemins de la forêt qui surplombait la rivière  quand des pluies incessantes avaient entraîné un profond ravinement de la terre et un éboulement massif qui expliquait son arrivée un peu brutale en ces lieux. Il parait même qu’Alfred, le gros rocher qu’elle côtoyait dans la forêt avait chuté sur la route provoquant un monstrueux embouteillage.

Le galet qui, rappelons le était d’une grande politesse, répondit à la petite pierre que décidemment les minéraux voyageait beaucoup plus que ne le pensaient les humains puisque lui-même se trouvait, huit jours plus tôt, au sommet d’un glacier dont il fut délogé par le redoux printanier et le réchauffement de la planète.

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Sauvons les hommes !

23 janvier, 2009

Le lion Marcel, le tigre Bébert, l’hippopotame Lucien, et l’éléphant Childéric se réunirent un jour sur le bord de la rivière. Ces animaux, de tendance écologiste, étaient très sensibilisés à la protection des espèces en voie de disparition. En l’occurrence, ils avaient les plus vives inquiétudes à propos de la disparition du genre humain.

Childéric barrit et avança que les hommes ne se reproduisaient pas assez. Un enfant par famille, deux parfois, ce n’était pas suffisant. Selon certains, des portées trop fréquentes nuisaient à la carrière professionnelle des humains de sexe féminin ! Marcel, le lion approuva. Pour lui, il faudrait cinq à six enfants par femme. Bébert voyait un autre problème qui, selon lui, faisait planer un vrai risque sur la population humaine :

-          Ce sont tous des tarés !

Prié d’approfondir sa réflexion, Bébert fit remarquer que les hommes appartenaient à la seule race capable de s’autodétruire. En Irak, au Pakistan, partout se multipliaient des attentats par lesquels quelques exaltés éliminaient des dizaines de leurs semblables. Et quand l’action directe ne suffisait pas, on s’arrangeait entre marchands et financiers pour organiser la famine de milliards d’être humains dans le monde !

-          C’est un scandale ! s’exclama Lucien qui sortait de son bain  en s’ébrouant laborieusement

L’hippopotame Lucien qui était doté d’un esprit un peu simple, avait du mal à participer aux discussions politiques. Mais comme il avait un fond d’une grande générosité, il grognait chaque fois qu’une injustice le touchait profondément.

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Y’a plus de saison (par Tintin)

21 janvier, 2009

Il était une fois le Printemps qui ne revenait pas. En Europe, on abordait déjà le mois d’avril et aucune trace du Printemps ne se profilait dans l’atmosphère. Personne ne savait où il se tenait. Le général Hiver s’en était allé à la fin du mois de mars en grommelant qu’il ne pouvait pas faire le boulot des autres et qu’il en avait assez des heures et des jours supplémentaires. L’Eté résidait encore dans l’hémisphère sud et il avait fait savoir qu’il n’avait pas l’intention d’arriver avant la fête de la musique, comme chaque année, et qu’il fallait qu’on se débrouille sans lui.

Si bien que l’on se trouvait face à une durée de trois mois pendant laquelle il n’y aurait pas de saison. Plus exactement, personne ne savait le nom de la saison que l’on allait traverser dans ce laps de temps.  Le mécontentement gagna les potagers. On assista même à une manifestation de jardiniers, piochon sur l’épaule, au cri de « Rendez-nous le Printemps ! ». Le bruit courait en effet que le Printemps pourrait être retenu en otage, quelque part, par des extrémistes qui entendaient troubler l’ordre des saisons dans nos pays prétendus développés.  La Nature s’en mêla également. Les bourgeons des cerisiers ne savaient plus où donner de la tête et se consultaient entre eux :   

-         Alors, on éclot ou on n’éclot pas ? Il faudrait tout de même savoir !

 La Pluie et le Soleil hésitaient avant d’intervenir et avaient donc choisi de régner à tour de rôle en attendant que des décisions soient prises.  Chez les humains, toute l’activité saisonnière était également déréglée. Les petites robes légères s’impatientaient dans les armoires. Les vendeurs de maillots de bains s’interrogeaient : et si, après avoir kidnappé le Printemps, on venait à nous voler l’Eté ? Les vacances de printemps ne portaient plus de nom. On songea même à les reporter en été, mais on s’aperçut à temps qu’il existait déjà des vacances d’été.

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Les pénitents

19 janvier, 2009

 Ils sont tous présents, agenouillés devant l’autel. Leurs silhouettes s’estompent dans la pénombre de l’église. Leurs visages tendus vers l’or du tabernacle s’éclairent un instant à la lumière vacillante des cierges qu’ils tiennent d’une main tremblante d’émotion. Ils souffrent : l’abbé Ducard avait prévenu, la pierre est dure et froide.

Il y a là le Prisonnier qui voudrait bien s’évader. Il n’en peut plus de l’univers carcéral, des nuits sans fins déchirées de cris mystérieux et de pleurs angoissantes, des journées interminables occupées de corvées minables et de rencontres glauques.  Mais c’est interdit par la loi. Et puis, il ne sait pas où se cacher. Il va être pourchassé et avoir des tas d’ennuis. Ce n’est pas très raisonnable, à trois mois de sa libération.

A se cotés, le Petit Garçon est venu. Les confitures à la fraise de sa grand-mère sont un vrai supplice. Ce n’est pas humain de concocter des confitures aussi goûteuses. Mais il n’a pas encore vraiment décidé de mettre les doigts dans le pot délicieux. La lutte contre l’obésité infantile n’est pas une plaisanterie, il faut qu’il fasse attention.

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Nuit et jour

16 janvier, 2009

Je marche dans ce tunnel noir depuis un bon moment, un bâton de berger à la main pour faciliter ma progression. Je marche, mais sans avoir l’impression d’avancer comme si je me mouvais dans un paquet de coton. Ce n’est pas très intéressant comme rêve ! Enfin ! C’est toujours mieux que la nuit pendant laquelle j’ai perdu toutes mes dents. Dès le lendemain matin, j’ai du copieusement enguirlander mon dentiste. Il n’avait pas l’air de vraiment comprendre mon problème, mais j’ai été intraitable sur la maladresse de ses soins. 

Soudain me voici dans la cour du collège. D’habitude, personne ne veut de moi pour les parties de foot. Ma frêle constitution, ma lenteur, mes erreurs d’appréciation découragent les capitaines. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’absents. Ils ont été obligés de faire appel à mes services pour compléter une de leurs équipes. Je déboule sur l’aile gauche et j’expédie un shoot imparable dans la lucarne. Martinaud, le rugueux demi centre, me regarde enfin d’un air intéressé. Je le toise avec la mine supérieure du joueur qui se sait nettement au-dessus des autres tout en ayant la magnanimité de celui qui n’en laisse rien paraître. Martinaud me reprendra dans son équipe la prochaine fois, c’est sûr. Surtout s’il veut que je lui passe les solutions du devoir de maths.  Me revoilà rejeté dans mon tunnel et ça n’avance toujours pas. Je voudrais zapper ! Un autre rêve s’il vous plait ! 

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Encore un débat politique !

14 janvier, 2009

Le débat de ce soir s’annonce crucial. Tout le monde l’attend avec impatience. Jean Cercle, un vieux renard de la politique va affronter Arno Carré, un jeune loup, doté de dents longues comme il se doit. Les deux journalistes habituels de la chaîne sont là. Eux ont les dents blanches, la décontraction professionnelle tout en affichant les mines solennelles de rigueur. Un homme et une femme, bien entendu : par les temps qui courent, il faut veiller à la mixité des images. Ils rappellent la situation politique et les prochains enjeux électoraux. Le moment du scrutin décisif est arrivé après une campagne électorale épuisante : les Ronds et les Carrés sont au coude à coude dans les sondages. Le débat de ce soir devrait être déterminant.

Le tirage au sort donne d’abord la parole à Jean Cercle pour le parti des Ronds. L’homme sourit finement de sa bouche lippue. Il sait que sa calvitie distinguée et son embonpoint franchouillard rassurent la France profonde. En vieux routier des joutes politiques, il va accentuer son profil bonhomme en parlant posément, d’une voix ferme mais douce.

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Notre rubrique sportive

12 janvier, 2009

Qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Non, mais qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Dire que je pouvais un courir un petit critérium bien tranquille à Plougastel ! A cette époque de l’année, c’est charmant la Bretagne… Eh bien non ! Il a fallu que je fasse mon malin en acceptant un remplacement pour Paris-Roubaix.

Il est vrai que j’ai éprouvé le besoin de me distinguer au mois de mars, dans Paris-Nice, dans l’étape de Saint-Etienne, pour être précis. J’ai gagné le sprint intermédiaire à Saint-Martin-la-Plaine. Mon directeur sportif en a déduit que je monte en puissance, comme il dit, et que je vais surprendre tout le monde. Pour ce qui est de surprendre, je surprends. Il n’a pas encore compris que j’ai simplement voulu passer en tête dans mon village natal. Bref, quand Van Bruycken a déclaré forfait pour Paris-Roubaix, il est venu me chercher. A 19 ans, je me suis senti particulièrement flatté de participer à mon premier Paris-Roubaix en compagnie des grosses pointures du vélo mondial.

En junior, j’ai gagné toutes les courses les plus fréquentées, du moins dans mon département. Mon passage chez les seniors s’est donc imposé. Mais je n’avais pas vraiment envisagé de débarquer sur le Paris-Roubaix des professionnels aussi rapidement. Très fier de moi, j’ai accepté. Le coach a même laissé entendre que, si tout se passait bien… on pourrait peut-être parler d’une sélection pour le Tour de France. Alors là, dans ces conditions, évidemment !….

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Entre bourgeois

10 janvier, 2009

Monsieur Menard et mon père ont pris place dans les deux fauteuils, proches l’un de l’autre pour mieux causer. Monsieur Ménard n’est pas assis, il est vautré. Sa panse proéminente ne lui permet pas d’autre attitude. Il tire fréquemment sa montre de son gousset comme si le temps lui pesait. Son visage s’anime lorsqu’il parle de ses affaires et de sa banque : sa lippe graisseuse gesticule alors entre ses bajoues adipeuses tandis que son regard scrute son interlocuteur dont il cherche à mesurer la fortune et donc l’intérêt pour son établissement. Mon père l’écoute d’un air fatigué : visiblement, cette rencontre de pure forme l’ennuie à mourir. Il passe fréquemment sa main sur son front glabre. Ses petits yeux bleus s’attardent fréquemment sur le portrait de son beau-père trônant depuis vingt longues années sur le manteau de la cheminée. Je crois qu’ils ne s’aimaient pas.

Madame Ménard et ma mère occupent les deux extrémités du canapé. La distance entre elles semble indiquer leur prudence respective. Elles avaient le devoir de se rencontrer mais elles devaient se jauger et se juger avant d’établir le niveau de leur éventuelle relation. Madame Ménard se tient droite : elle n’appuie pas son dos. C’est ainsi que l’on doit s’asseoir. Elle est vêtue de noir et parle d’un ton monocorde. Tout est pincé chez elle : l’attitude, les lèvres, les doigts décharnés. Ses yeux inexpressifs m’ont détaillée dès l’entrée : je me demande si je ne la dégoûte pas. Ma mère tient son rang. Sous ses cheveux blonds tirés en arrière, ses joues fardées, et ses lèvres rougies, elle sait, elle aussi, les bonnes manières. Elle a attaqué très fort sur le temps qu’il fait en ce début d’été un peu chaud, sans doute, mais si agréable le soir venu sous les frondaisons du jardin. Madame Ménard en convient tout en introduisant une nuance majeure : il ne faudrait pas qu’un tel mois de juin soit annonciateur d’orages violents comme cela arrive parfois. Les récoltes attendues dans les vastes propriétés du couple pourraient en souffrir.

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Tout contre

8 janvier, 2009

Monsieur Grognasson est contre l’euro. D’ailleurs, il a voté contre mais on n’a pas tenu compte de son avis. Résultat : il mélange entre elles les petites pièces couleur cuivre, les argentées  aussi d’ailleurs. Et  puis, il est obligé de tout multiplier par 7 pour revenir aux francs, il se trompe souvent car il a été absent à l’école le jour de la table des 7.

Il est contre le travail le dimanche, enfin pour lui en tous les cas. Et puis contre le travail, les autres jours de la semaine aussi.

Monsieur Grognasson est contre l’usage de la paire de bretelles, il trouve que ça le vieillit. Il est également opposé au port du béret, du képi et du casque intégral.

Il est contre la gauche, la droite, le centre, la violence, le racisme, l’injustice, les épinards et le cholestérol. Pour faire comme tout le monde parce qu’il est contre les originaux.

Monsieur Grognasson est contre la poule rousse de Contres (Loir-et-Cher) dont la ponte est insuffisante dans une basse-cour de bonne  tenue. De manière générale, il est contre l’intégralité du Loir-et-Cher.

Il est contre le train de 7 heures 47 qui lui donne mauvaise conscience, car s’il se levait assez tôt pour le prendre, il arriverait à l’heure au bureau.

Il est contre les escaliers en colimaçon, bien trop épuisants à grimper et s’élève contre le contre-jour car on n’y voit rien.

Enfin, il est contre la messe en latin que le curé a supprimée ainsi que contre le curé qui a supprimé la messe en latin.

Pour finir, il est contre les contre-la-montre du Tour de France ainsi que contre la pluie et le beau temps.

Tintin

Au bonheur des français (par Tintin)

7 janvier, 2009

Dieu trouve les français atteints de morosité. Il confie la mission à l’Esprit Saint de revitaliser leur moral.

Le premier jour, l’Esprit choisit de frapper Julien Poulichon. Après des études approfondies, Julien mène une carrière brillante d’ingénieur des travaux publics. L’Esprit lui souffle de créer l’autoroute à bouchon. Les français aiment à se retrouver à leur volant, pare-choc contre pare-choc : il faut donc favoriser cette distraction. C’est ainsi que naît la nouvelle autoroute Paris-Paris. Au départ, elle comporte cinq voies, puis rétrécit à quatre voie après cinq kilomètres pour finir contre un mur vingt-cinq bornes plus loin. Dès le premier jour, le nouvel ouvrage est pris d’assaut, l’embouteillage dépasse tous les records. Dans ce domaine, c’est une des plus belles réussites routières de ces trente dernières années. Il faut l’intervention de vingt cinq pelotons de gendarmerie pour dégager les véhicules. L’évènement occupe les journaux télévisés des principales chaînes de télé, avec interviews de routiers internationaux et grognons à la clé :

-          Il n’y a qu’en France qu’on voit ça !!….

Julien Poulichon sent confusément qu’il vient de réussir une grande première internationale. L’Esprit le complimente d’ailleurs chaudement, affirmant qu’il n’aurait pas fait mieux et que les français, qui ont passé trente heures dans l’immobilité absolue dans leur véhicule, lui en seront éternellement reconnaissants.

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