Archive pour la catégorie 'Billets'

Attention aux répétitions!

22 janvier, 2009

Les deux Bouts s’étaient donné rendez-vous. Le Bout de Chemin n’était pas encore arrivé et le Bout de Temps le prenait largement. Ni l’un ni l’autre n’étaient des Boutefeux. Ils voulaient simplement parler avec le Bout du Rouleau qui, n’arrivant pas à joindre les deux Bouts, mendiait un Bout de Pain au Bout de la Rue.

Mais le Bout du Rouleau avait mis les Bouts. Il avait eu le Boute en Train au Bout du Fil et lui avait prêté un Bout d’Oreille. Le Boute en Train en connaissait un Bout en matière de galère. Il avait vu le Bout du Tunnel grâce à un petit Bout de Femme qui l’avait  emmené au Bout du Monde et qui, depuis, le menait par le Bout du Nez. Si bien que le Bout de Chemin et le Bout de Temps se dirent qu’au Bout du Compte,  leur ami avait vu le Bout des Ennuis et tenait enfin la vie par le Bon Bout.

Tintin

Bonne année, bonne santé !

20 janvier, 2009

Quelques conseils pour être sûr de passer l’année en mauvaise santé! 

N’hésitez pas à passer une bonne partie de la journée dehors, cigarette au bec, sous prétexte que c’est  sur le trottoir, en compagnie des collègues fumeurs que l’on apprend les potins les plus croustillants sur la vie au bureau.

Passez vos soirées et pourquoi pas vos nuits et vos week-ends à ruminer votre dernier entretien avec Dubertrand, votre chef de service qui a osé proférer quelques reproches à propos de votre travail sans se rendre compte de la charge inouïe que vous portez sur vos frêles épaules, ce qui récompense bien mal le dévouement que vous portez à l’entreprise. En ressassant longuement votre rancœur, vous devriez décrocher un ulcère à l’estomac digne d’éloge et, en plus, être parfaitement odieux avec votre entourage.

Dès que vous êtes en vacances, lancez-vous des défis sportifs insensés sans la moindre préparation physique. Après une année que vous aurez pris soin de passer avachi devant votre divan, la descente de la piste noire de votre station préférée  dès votre première matinée de ski, vous procurera une grande popularité auprès des chirurgiens orthopédiques de la clinique la plus proche.

Traversez en dehors des clous, en courant si possible, et en faisant l’hypothèse que le citoyen  à la mine insignifiante qui conduit la grosse limousine qui fonce sur vous  à cet instant précis, n’osera  tout de même pas vous renverser tant votre présence sur la voie publique l’impressionne par sa décontraction apparente.

Pour le réveillon, ouvrez les huitres sans aucune protection aux mains pour montrer votre habitude des  menus raffinés aux fruits de mers et votre vaste  connaissance du monde marin qui épatera vos convives qui, eux, n’ont pas votre tempérament aventurier.

Signé : Docteur Méphiston, diplômé de médecine déglinguée

Des femmes de communication

18 janvier, 2009

Madame Bernichon et Madame Turlutu sont des femmes de communication. Enfin surtout entre elles. Le matin, en arrivant dans l’ascenseur qui les élève vers leurs bureaux, elles s’inquiètent du temps qu’il fait et de leurs santés respectives. Vers dix heures, à la cafétéria, elles ont un entretien politique qui leur permet de faire un large tour d’horizon des potins qui courent dans les couloirs. Vers midi, c’est la pause méridienne bien méritée pour les deux femmes. A la cantine, elles peuvent approfondir leurs points de vue sur le plat du jour d’une part et la prochaine réorganisation de service d’autre part. Enfin à seize heures, elles se rejoignent de nouveau à la cafétéria pour un brainstorming vigoureux sur les évènements de la journée et notamment les mauvaises manières de leurs voisins de bureau.

Aujourd’hui, c’est samedi. Comme chaque semaine, elles se rencontrent, poussant leurs caddies dans le même hypermarché. L’endroit de leurs retrouvailles est immuable : entre les pots à cornichons et les rouleaux de papiers toilettes. Le lieu est stratégique puisqu’en disposant bien leurs chariots, elles bloquent toute l’allée des boites de  conserves aux clients qui se pressent. Comme chaque semaine également, Madame Turlutu s’exclame :

-          Quelle bonne surprise !

Madame Bernichon répond que ça fait du bien de se voir de temps en temps parce qu’au bureau on n’a jamais le temps de causer. Madame Turlutu prend poliment des nouvelles du grand fils de Madame Bernichon qui vient d’entrer à l’Université. Madame Turlutu pense qu’il aura un beau métier plus tard, tout en jetant un coup d’œil au loin pour s’assurer que Madame Ripaton et Madame Boulingrin gênent bien l’accès aux liquides vaisselles en discutant de n’importe quoi. Il faut que les ménagères du quartier affirment leur présence tout de même !

Pendant ce temps, certains clients mal intentionnés tentent de s’infiltrer en direction des boites de petits pois. Madame Bernichon et Madame Turlutu se retournent indignées, d’un même élan :

-          Bousculez-nous pendant que vous y êtes !

A suivre. Enfin… peut-être!

Tintin

Notre rubrique sportive (suite) : le gardien

18 janvier, 2009

Le premier a été inscrit par un jeune maghrébin qui lui avait semblé se déhancher d’un air comique avant la partie. Le buteur a buté, s’est retourné vers les siens, a hurlé comme un fou, puis il a beaucoup ri. Le second lui a paru incompréhensible : l’avant centre a pris des poses, minaudé comme une jeune fille et expédié un tir brossé dans la lucarne. On n’a pas idée de marquer des buts en ayant l’air de prendre le thé. Le troisième n’aurait pas du exister. Un sinistre milieu de terrain s’est infiltré dans la défense au moment précis où les latéraux passaient commande de leur jus de fruit préféré pour la mi-temps. L’intrus a profité de l’aubaine sans même un regard pour ses adversaires.  Le quatrième a été grotesque : l’avant-centre est parti d’un grand rire franchement odieux pour impressionner l’arrière-garde de l’équipe et aggraver la marque d’un geste arrogant. L’exégèse du cinquième but est plus compliquée : parti de loin, le tir a pris une trajectoire zigzagante dans l’espace, éreintante à suivre du regard, épuisante à anticiper. Puis, le jeune latéral à encéphalogramme plat, en méforme totale, auteur de cette infamie, a trouvé intéressante l’idée de tomber genoux à terre dans la pause de Lilian Thuram après son deuxième but contre la Croatie en 98.

Finalement, le gardien pense qu’aucun des cinq buts qu’il a encaissés n’était valable.

Tintin

Les bons conseils!

17 janvier, 2009

Mes enfants ! Dans l’existence, il ya les vainqueurs et les perdants! Pour réussir votre vie n’hésitez pas à suivre les conseils de Monsieur La Fontaine.

Soyez ladre, cupide, sans coeur comme la fourmi : vous passerez l’hiver au chaud!

N’hésitez pas à suivre l’exemple de maître Renard : soyez fourbe, flagorneur et voleur!

La tortue est têtue comme une mule : faites la même chose en pire!

Si vous vous sentez prisonnier de quelque chose ou de quelqu’un, arrangez vous pour avoir un rat à votre botte pour vous sortir de là.

En toutes circonstances, souvenez vous qu’il vaut mieux être le loup que l’agneau. Autrement dit, débrouillez vous pour vous ranger du coté du plus fort, c’est le plus sûr moyen d’avoir raison!

 Tintin

Le poète

13 janvier, 2009

Il a beau regarder, les feuilles mortes tombent droit au pied des arbres. Elles ne s’envolent pas dans la bise légère de l’automne comme de grands papillons roux. L’hiver, la neige se transforme instantanément en boue grise informe devant son immeuble. Elle ne recouvre pas la ville de son blanc manteau comme un linceul immaculé. Au printemps, c’est encore pire. Les arbres squelettiques de la cour bourgeonnent certes, mais le pollen des végétaux, poussé par le vent du sud envahit l’immeuble et lui provoque des sinusites insupportables. Il ne peut pas décrire la renaissance de la vie quand celle-ci semble le fuir par les naseaux. En été, les rayons de l’astre solaire frappent durement ses fenêtres au lieu de faire danser la blondeur des champs de blé qu’il aurait, de toute façon, bien du mal à apercevoir depuis le quinzième étage  de son HLM.

Comment voulez-vous dans ces conditions que le poète fasse un travail convenable ?

Tintin

L’ordre

13 janvier, 2009

Comme disait je ne sais plus qui, l’ordre est un désordre auquel on ne s’attend pas. A moins que ce soit l’inverse.

Tintin

Histoire humaine

11 janvier, 2009

Au début des temps, les hommes se déplaçaient en horde, tels des loups à la recherche de leur pitance ou d’un peu de chaleur. Les plus faibles mouraient de maladies, d’accidents, dévorés par des bêtes féroces ou noyés en franchissant des torrents furieux. Seuls les plus costauds subsistaient.

Puis les hommes ayant appris à cultiver la terre, se fixèrent sur un territoire, généralement une clairière traversée par un ruisseau source de vie, au milieu d’une forêt hostile. Il leur fallut alors se compter, attribuer une parcelle égale à chacun, prévoir les dépenses collectives et la contribution de chaque foyer, organiser la défense du village contre les ennemis. En un mot, l’homme inventa l’Administration.

L’homme s’attacha à sa terre. Il finit par ressentir un lien consubstantiel avec elle : on était du Nord, du Midi, de la plaine, de la montagne, de la fôret et dans chaque lieu se cultivait des traditions dont les originaires tiraient une grande fierté.

Les conditions de vie étaient néanmoins précaires. L’homme devait énormément travailler pour subsister. Les villages étaient inégalement dotés de richesses par la nature si bien que les hommes guerroyaient fréquemment pour s’attribuer le territoire du voisin sous les prétextes les plus divers.

Intervint le Progrès Technique. L’homme inventa des machines compliquées, aptes à faire des travaux pénibles à sa place. L’humanité se divisa en deux camps : une petite minorité détenait ces machines et employait l’immense majorité des hommes pour faire fonctionner les dites machines. Ces machines devenaient de plus en plus performantes si bien que leur production excédait largement les besoins des hommes.

Intervint alors le Chômage. Pour éviter la surproduction, il fallait faire travailler moins d’hommes. Mais le hommes qui connaissaient le chômage protestèrent : ils avaient besoin de travailler pour élever leur famille. La solution vint alors naturellement : au lieu de rester attachés à leur terre, ils n’avaient qu’à déménager là où il y avait encore de l’emploi.

C’est ainsi qu’à la fin des temps les hommes se déplaçaient en horde, à la recherche de leur pitance.

Tintin

Un débat d’idées

9 janvier, 2009

Le sociologue monte dans le bus. Le véhicule est à moitié rempli de gens aux regards aux trois quarts glauques. A sept heures du matin, l’ambiance est morose, mais il est content, le sociologue, il dit qu’il a sous les yeux une microsociété qu’il va pouvoir étudier. Son voisin immédiat s’inquiète : 

-         Une micro quoi ? 

Le sociologue l’interroge sur son occupation. L’homme se gratte le menton en répondant qu’il va s’embaucher sur le chantier du lycée voisin. Mais il fait froid, il ne sait pas encore si l’on travaillera aujourd’hui. Dans le bâtiment, il dit que ça vient, ça va. Le sociologue dit qu’il comprend. L’homme rétorque qu’il ne croit pas qu’un sociologue comprenne. 

Une jeune noire se lève pour demander au sociologue s’il y a une place pour elle dans sa microsociété parce que, dans l’autre, la vraie, personne ne se presse pour l’accueillir. Le sociologue est content : il sent montée une vraie difficulté sociale dans le peuple.

Un jeune beur confirme : il s’exclame qu’il est un jeune en difficultés, il a même de plus en plus de difficultés à supporter les sociologues.   

Le sociologue se tourne vers une forte ménagère et la questionne sur la raison de sa présence dans ce bus. La bonne femme lui demande si ça le regarde. Un monsieur bien mis intervient en disons « Allons, allons, cet homme fait son travail de sociologue ! ». Il ajoute qu’il est prof de maths ce qui n’a pas grand-chose à voir avec la situation. Le jeune beur et la forte ménagère opinent du bonnet en ajoutant que le sociologue commence à les énerver. Ils se coalisent contre le sociologue et le monsieur bien mis, aidés par un barbu à qui personne n’avait rien demandé. 

Et c’est ainsi qu’à l’arrêt suivant, le sociologue hilare se retrouve sur le trottoir les quatre fers en l’air. Il se tourne vers le monsieur bien mis qui l’a accompagné dans son infortune et qui rajuste son lorgnon : 

-         Vous avez vu : ça c’est du débat d’idées ! dit le sociologue    Tintin

Qu’est-ce qu’il y a à la télé ce soir ?

5 janvier, 2009

M.Balluchon s’assied en soupirant lourdement sur son sofa de couleur vert d’eau. Sa journée de labeur l’a fatigué. Il cherche sous les coussins l’hebdomadaire qui délivre les programmes de télévision. C’est énervant, il ne se trouve jamais là où il l’a laissé la veille. Comment va-t-il faire pour construire sa soirée ?

Le lundi, c’est facile : c’est le jour du feuilleton qui raconte les histoires d’une famille de français moyens. Le mardi, c’est un jour de réflexion : il suit l’émission de société qui passe des reportages sur la vie de français moyens. Le mercredi, il n’y a pas de problème comme tous les français moyens, Monsieur Balluchon suit la Ligue des Champions. Le jeudi, il croit se souvenir que c’est le jeu des futures stars de la chanson  dont la vie de français moyen donnent envie à tous les téléspectateurs de se prendre pour des vedettes.

Mais le vendredi ? Hein ? Qu’est-ce que la télé peut proposer à Monsieur Balluchon le vendredi soir ? M.Balluchon ne se souvient plus : il est malheureux! Mais où est-il passé ce programme, Nom de D… ?

 Tintin

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