Archive pour août, 2022

Plaintes

8 août, 2022

C’est l’histoire du concierge Andy. Dans l’immeuble, ce ténor sonore chantait tout le jour. Il était accompagné par son roquet et son perroquet. Le trio chantait faux. On pouvait même parler d’un tintamarre inécoutable.

Une des locataires de l’immeuble porta plainte. Elle s’appelait Annie et n’aimait pas du tout cette zizanie. Cela ne fut pas du goût de la belle Anabelle qui défendit le concierge Andy.

—      Bien sûr, dit Annie avec une certaine amertume. Anabelle étant quasiment sourde, elle ne risque pas d’être dérangée par le tapage du trio dirigé par monsieur Andy.

A ces mots, le sang de monsieur Lepacha, l’habitant du 5ème étage, ne fit qu’un tour.

—      Mademoiselle Annie, vous stigmatisez le handicap de surdité de mademoiselle Anabelle. Je vais porter plainte.

Tout cela aurait pu se terminer tranquillement au commissariat de quartier, mais voici qu’un locataire du 7e étage intervient. Il se nommait Hilaire. L’air courroucé, il déclara :

—      Qu’est-ce que c’est que cet immeuble où tout le monde se plaint de tout le monde ? Puisqu’il en est ainsi je vais porter plainte contre ceux qui portent plainte !

Epilogue : La vie de l’immeuble allait de mal en pis, à notre grand dam. D’autant plus que madame Pataplon du 6ème étage se plaignit de monsieur Hilaire qui abusait de la procédure de plainte. Elle décida de porter plainte contre monsieur Hilaire qui portait plainte contre ceux qui portaient plainte.

Le roi de Groix

5 août, 2022

C’est l’histoire du roi Geoffroi de l’île de Groix. Le roi se morfondait sur son île qui – disons-le — est par ailleurs très agréable pour un séjour de vacances.

Partant du principe, qu’il pouvait réunir beaucoup de nations divisées sous sa bannière. Le roi de Groix décida d’envahir l’Europe afin d’y implanter son trône. C’était une occupation qui le divertirait fortement, pensa-t-il sans se douter de l’incongruité de son projet.

Le roi Geoffroi se dit qu’on n’envahit pas sans troupe. Il recruta donc dix vagabonds qu’il paya de mille promesses pour former son armée. Les hommes débarquèrent ainsi sur la plage de Kerguelen, sur une felouque dérobée dans un musée de la Marine.

Le souverain, avisant une belle naïade étendue au soleil, s’approcha respectueusement et s’informa poliment :

—      Sommes-nous bien en Europe, mademoiselle ?

La jeune femme répondit qu’elle n’en savait rien et que le roi aurait tout avantage à interroger le responsable du club Mickey. Ce que le roi de Groix fit.

Le roi et sa troupe se trouvèrent donc rassurés : ils étaient bien sur le sol européen. Mais les brigands qui constituaient la troupe maugréèrent. Il était midi et d’après leur convention collective, il convenait que le roi paie une glace à chacun.

Malheureusement, un incident de frontière intervint près du stand du marchand de glaces. Ernest Duplantier, qui commandait la troupe en second, voulait une glace à la pistache, mais le glacier se trouvait fort dépourvu de cette spécialité.

Une négociation difficile débuta. Le marchand de glaces proposa deux glaces à la fraise pour le prix d’une. Le roi de Groix exigea que le commerçant finance une expédition qui irait jusqu’en Perse pour rapporter de la pistache, à dos de chameau s’il le fallait. Pendant ce temps, sa troupe prendrait le commis du marchand en otage.

Il fallut du temps pour que les deux clans rapprochent leurs points de vue. A l’automne, les chenapans qui accompagnaient le roi, décidèrent de remettre leur felouque à la mer pour regagner leur île puisque c’était le jour de la rentrée des classes.

Le conte du Comte

3 août, 2022

C’est l’histoire d’un Comte, vieux noble ignoble, qui légua son vignoble à son valet au grand dam de sa dame et de ses enfants. Du coup, le valet voulut être considéré comme noble. Comment faire ? s’interrogea-t-il fort à propos.

Il entra à l’école des nobles pour obtenir le diplôme qui attesterait de sa qualité de noble. Mais on ne voulut point de lui. L’école des nobles était réservée aux nobles, lui dit-on. On y apprenait à être plus noble que noble, mais certainement pas à le devenir si on ne l’était pas.

Bon, dit l’homme qui (rappelons-le) était de la roture tout en possédant un bien d’une valeur considérable. Il ajouta : puisqu’il en est ainsi je vais engager un valet. C’est ainsi que le valet eut un valet qui considéra le premier comme noble.

Mais il arriva que le valet du valet gagne à la loterie une forte somme. Il acheta une fabrique de canons, se maria avec un canon et fut heureux. Il lui manquait cependant d’être considéré. Aussi le valet du valet engagea-t-il un valet qui passait tout le jour à s’incliner avec respect devant le valet du valet.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, ce qui nous aurait déjà fort diverti. Mais la malice du destin voulut que le valet du valet du valet s’appelât Lecomte. Si bien qu’on put dire que Lecomte était le valet du valet du Comte, ce qui permet de nous esbaudir à bon compte !

Moralité : Le comte est bien bon de tolérer cette fable.

L’été de Linda

1 août, 2022

C’est l’histoire d’un été (enfin… au début, parce qu’après, ça change)

 Linda dansait la lambada avec Georges. Ce dernier était un bourgeois bourru et bougon. Il n’était heureux qu’en dansant avec Linda. Mais Georges, d’une grande maladresse écrasait les pieds de Linda. On pouvait dire que c’était un véritable casse-pieds.

Au grand dam de Georges, Linda décida de danser au son des cornemuses avec Victor qui venait d’Ecosse où il écossait des petits pois. Celui-ci aimait sa muse et les cornemuses, mais il buvait trop de bière avec Pierre, son ami.

Pierre, lui, dansait le menuet. C’était désuet, le menuet lui fit savoir Linda. L’avis général était qu’en effet, ce garçon fluet dansait un menuet désuet.

Le découragement gagnait Linda. A ce point d’exaspération, elle s’exclama :

—      N’y a-t-il donc aucun homme capable de danser dans cette contrée ?

Dans cette contrée que nous ne nommerons pas, les réseaux sociaux s’émurent sur le mur Facebook de Linda. De nombreux jouvenceaux, dont beaucoup de sots, proposèrent leurs services, si bien que, ceux qui ont bien suivi cette histoire le savent, Linda dansa tout l’été.

Malheureusement, vers la mi-septembre, monsieur Grognard le banquier de Linda attira son attention sur son découvert bancaire.

Les principaux médias qui ne juraient que par la valeur travail se frottèrent les mains. Quand la bise viendrait, ils pourraient sûrement annoncer que Linda serait fort dépourvue. Mais en décembre, les journalistes furent bien confus, car Linda était riche après avoir lancer un crowdfunding malin.

Moralité pas très morale : quand on n’a pas d’argent, il suffit d’en demander.

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