Heureusement qu’il y a encore des occasions de rouspétance !

« J’ai encore eu un dysfonctionnement. Mon aspirateur est en panne, ma télé aussi, mon réfrigérateur ne va pas mieux. J’attends des nouvelles de ma voiture. 

« Mon pauvre, c’est normal. Plus on a de machines, plus on crée des occasions de dysfonctionnements. Il y a un vaste marché en croissance forte pour tous les spécialistes du dysfonctionnement. »

« Dans la société, c’est pareil, tout dysfonctionne : il y a le chômage, l’inflation, le virus, la violence, les agressions sexuelles… »

« On se demande ce que serait une société sans dysfonctionnement : du boulot pour tout le monde, les prix stables, tout le monde en bonne santé et vacciné… »

« Ce serait curieux comme sensation. De quoi parlerait-on au journal télévisé ? On ne peut tout de même pas nous supprimer le 20 heures sous prétexte que tout va bien. Et puis, moi j’aime bien le présentateur. C’est quasiment un copain. »

« Ne vous inquiétez pas : les journalistes ont de l’imagination. En été, ils sont capables de faire une demi-heure sur le thème : il fait chaud ! Et puis, ils trouveront bien le moyen de vous parler d’une guerre au bout du monde. »

« Et les politiciens, que feraient-ils si tout allait bien ? »

« Je pense qu’ils trouveraient le moyen de se disputer quand même. Ils diraient tous que si tout va bien, c’est grâce à eux et non pas grâce à leurs adversaires qui n’ont rien fait. »

« Certains paieront très cher des officines chargées de trouver des dysfonctionnements. »

« Heureusement, il nous reste le réchauffement climatique pour démontrer que les choses vont mal. Personne ne peut dire le contraire. »

« Et puis, il y aura toujours des dysfonctionnements entre individus. Je ne vais pas me mettre du jour au lendemain à aimer la mère de Josiane !! »

« Ce serait curieux une société où tout le monde aime tout le monde. Je devrais aimer mon patron par exemple, alors que lui ne peut pas m’encadrer. »

« Et moi, je devrais aimer mon voisin Dugenou, alors qu’il a une plus belle voiture que la mienne et une pelouse impeccable par rapport à mon champ de luzerne. »

« Si nous nous aimions tous, comment ferait-on pour choisir l’élu de son cœur ? Ce serait un appel à la polygamie ou la polyhandrie. »

« Et au moment de voter, nous n’aurions plus de critères pour choisir l’un plutôt que l’autre. »

« Quel bazar se serait ! »

« Oui ! Finalement… heureusement qu’il y a des choses qui fonctionnent mal, ça nous permet de nous tourner vers des choses qui marchent bien. »

« Et puis, on pourra continuer à rouspéter tranquillement contre les choses et les gens qui dysfonctionnent. »

« Le pire serait qu’on ne puisse plus rouspéter. Moi, j’aime bien rouspéter, ça me donne l’impression d’être quelqu’un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds… l’impression de vivre, quoi ! »

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