Une campagne électorale, ça se prépare

« Vous me flattez, monsieur. »

« Pas du tout, je constate votre merveilleux talent. Nous avons tous besoin d’un homme comme vous. Votre dernier discours m’a subjugué ! Quelle chance avons-nous de vous avoir ! » 

« Ne seriez-vous pas en train de flagorner de manière à obtenir un avantage de ma part, peut-être. Un emploi de conseiller à ma cour ou quelque chose comme ça ! »

« C’est-à-dire monsieur, que, du fait de votre haute fonction, vous avez sûrement besoin d’être entouré de gens compétents qui soient à la hauteur. »

« Bien entendu, vous ne pensiez pas spécialement à vous. Votre modestie n’a d’égal que l’humilité dont vous faites preuve lorsqu’il s’agit de ne pas vous faire remarquer. »

« Je ne le dirais pas mieux que vous, monsieur. Mon talent, comparez au vôtre, est modeste. Néanmoins, je me plierais volontiers à votre volonté, si vous me pensiez apte à remplir quelques menus services. »

« C’est vrai que nous avons toujours besoin d’un plus petit que soi, comme dit le fabuliste. Mais vous me semblez vraiment très petit. »

« Vous avez raison. Peu de gens font attention à ma personne, tant je me glisse partout dans l’indifférence générale. »

« Nous pourrions faire de vous un excellent espion. »

« Oui, mais alors pas dans un contexte trop dangereux. Je ne suis pas très courageux. Et puis j’aime bien ma tranquillité. »

« C’est-à-dire que la prochaine campagne électorale ne sera pas très tranquille. Les citoyens sont nombreux à vouloir exprimer un mécontentement. »

« Ah bon ? Vous avez été pourtant exemplaire. Je pourrais être chargé, dans votre entourage, de recueillir les témoignages de satisfaction. »

« Vous n’aurez pas beaucoup de travail. Un élu sortant fait rarement l’objet d’une campagne de satisfaction »

« Je pourrais la susciter. Rien de plus facile que de vous envoyer une montagne de textos ou de tweets louangeurs. Je pourrais aussi faire jeter des fleurs sur votre passage. »

« A propos vous avez des références ? »

« Tout à fait, j’ai participé à la dernière campagne de Dugenou qui m’appréciait beaucoup ! »

« Dugenou ? Mon adversaire politique ? Ne seriez-vous pas enclin à passer d’un camp à l’autre sans vergogne ? Ne seriez-vous pas un traitre capable de trahir son camp en fonction de ses intérêts ? »

« Euh…oui, mais je ne trahis pas, monsieur, je survis. Si vous croyez que c’est facile ! »

« Non, je ne crois pas. Remarquez, j’aime bien les traitres qui ne manquent pas de cynisme. On sait à quoi s’attendre, on est rarement déçu. »

« En effet, monsieur, je me flatte d’avoir une belle carrière de traitre ! Je trahis avec beaucoup d’élégance. Quand je changerai de camp, vous pourrez vous indigner et vous faire passer pour une victime. Les électeurs aiment bien les victimes. »

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