Une arrestation musclée

« Allez hop ! En cellule de dégrisement ! »

« Qu’est-ce que j’ai encore fait ! »

« Monsieur défile pour réclamer une société plus juste et solidaire ! Et en plus, il se permet de demander ce qu’il a fait ! »

« C’est un délit de penser à une société meilleure ? »

« Il avoue ! Monsieur rêve ! Donc vous avouez que vous êtes un mauvais salarié. Si vous étiez investi dans votre travail, vous n’auriez pas le temps de rêver ! »

« Et vous, vous ne pensez jamais à une société plus équitable ? »

« De mieux en mieux, monsieur argumente pour détourner les forces de l’ordre de leur mission de maintien des différences sociales ! C’est de la corruption intellectuelle ! »

« Qu’est-ce que je dois faire pour être bon citoyen, selon vous ? »

« Voyez ! Il ne sait même pas ce que c’est qu’un bon citoyen ! C’est pourtant simple, vous devez travailler, rentrer chez vous, retourner au boulot et ainsi de suite. Seuls les activistes de la pire espèce trouvent le temps de réfléchir. Et pourquoi ne pas écrire un livre pendant que vous y êtes ? »

« Vous tolérez les écrivains et les journalistes ? »

« Uniquement ceux qui n’écrivent pas des choses intéressantes et que personne ne lit. Sinon, ça provoque des idées dans l’esprit des citoyens. »

« Et alors ? »

« Et alors, l’idée qu’une autre société est possible, cela est nuisible et rend malheureux les gens. Heureusement que nous sommes là pour éviter qu’il se fassent des illusions. »

« Nous sommes dans un régime totalitaire, je proteste ! »

« Et voilà, vous recommencez ! Pour protester, il faut prendre le temps de réfléchir et vous n’avez pas à réfléchir. Le gouvernement s’en occupe pour vous. Vous devriez le remercier. »

« Pourtant, il y a des milliers de gens qui réfléchissent autour de moi. Pourquoi ne sont-ils pas arrêtés ? »

« Comment ? Monsieur soutient que nous n’effectuons pas notre travail ? Monsieur aggrave son sort ! Et en plus il ne dénonce pas des citoyens qui réfléchissent ! »

« De la dénonciation ? Moi, jamais ! »

« Sachez que nos moyens sont insuffisants pour réduire à néant toutes les impulsions démocratiques. Les citoyens comme vous ne se rendent pas compte de l’effet des coupes budgétaires. »

« Donc vous laissez en liberté des chenapans qui rêvent d’une société plus juste. »

« Oui, nous allons d’ailleurs nous mettre en grève pour obtenir plus de de moyens. »

« Allez-y, je soutiens votre grève ! Nous pourrions défiler ensemble !  Nous pourrions casser les vitrines et là, vous pourriez m’arrêter et vous arrêter vous-même pendant qu’on y est ! »

« Je vois ce que c’est, monsieur fait dans l’ironie ! Monsieur est un délinquant chevronné ! »

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