Le temps des discours

« Bon, ben… je vais faire un petit speech ! »

« Oui, mais alors pas trop long, je n’ai pas que ça à faire. »

« Qu’est-ce que je pourrais dire ? »

« Débrouillez-vous. Parlez pour ne rien dire. Si vous voulez passer l’examen de politicien supérieur, c’est une épreuve obligatoire. »

« Je pourrais parler de l’unité nationale. »

« Oui, ça c’est bon, ça ne mange pas de pain. Dites aussi que la jeunesse est notre avenir, en ayant l’air convaincu, comme si personne ne s’en doutait. »

« Je peux peut-être placer un mot sur la grandeur de la France. »

« Très bien, ça fait toujours plaisir. Mais inutile de rappeler qu’on n’a pas gagné l’Euro de foot. Vous pourriez plutôt affirmer que vous défendez les plus faibles.»

« Euh, les gens préfèreraient peut-être qu’on leur parle de leurs salaires, non ? »

« Non. Ils veulent forcément être augmentés, ce n’est pas la peine de le leur laisser espérer. »

« J’ai trouvé : je vais dire que je serai très ferme avec ceux qui ne respectent pas la loi. »

« Si vous voulez, ce n’est pas très original, mais enfin… ça peut vous faire gagner deux minutes. »

« Croyez-vous que je puisse dire des choses concrètes ? « 

« Surtout pas ! Vous tenez à ce qu’on vous dise que vous n’êtes qu’un charlatan qui ne tient pas ses promesses ? Non, restons abstraits ! »

« Et le retour de l’autorité. En général, ça marche bien ! »

« Non, pas trop. Vous allez faire peur. Essayez d’être humain : parler de votre famille, de vos enfants, de votre maman. »

« C’est-à-dire que Josiane ne veut pas que je fasse de politique. Mes enfants s’en foutent tant que je ne leur pique pas leurs tablettes. Et ma mère m’a toujours pris pour un incapable. »

« Inventez, mon vieux ! La fiction est toujours plus belle que la réalité. Faites-vous photographier avec Josiane. »

« Voilà qui va être compliqué, ça fait trente ans qu’elle n’a pas souri. »

« C’est embêtant. Il faudrait arriver à dire que la famille c’est le fondement de notre société. Empruntez la femme de Martin ! »

« Je ne suis pas sûr qu’il veuille me prêter sa femme. On a déjà eu une discussion un peu tendue sur ce sujet ! »

« Bon, finalement, le mieux serait de parler de liberté. Tout le monde est d’accord là-dessus. »

« Vous croyez ? Les gens aiment la liberté à condition que ce soit la liberté de faire ce qu’ils veulent sans tenir compte de l’intérêt collectif. »

« Ce n’est pas faux. Mais tenez-vous en aux mots qui sonnent agréablement à l’oreille de vos électeurs, tout en vous indignant de la démagogie de vos adversaires. »

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