Un polisson

« Madame, vous me repoussez alors que mon cœur brûle d’amour pour vous ! J’en suis profondément blessé. »

« C’est-à-dire que vous n’êtes pas très beau ni très riche, baron ! Donc, ça m’arrangerait que vous bruliez ailleurs ! »

« Avez-vous bien regardé mon arbre généalogique, comtesse ? Mon ancêtre Pierre-Auguste s’est distingué à la bataille de Bouvines aux côtés du roi Philippe ! »

« C’est-à-dire que je n’ai pas l’intention d’épouser votre ancêtre, baron. »

« Et mon habileté au jeu du tric-trac ? N’y-a-t ’il pas là une originalité capable de retenir l’attention de vos sentiments à mon égard ? »

« Euh… je n’ai pas vraiment l’intention de passer mon temps en jouant aux dés avec vous ! »

« Feu la baronne, ma mère, m’a légué des dons de cuisiniers tout à fait extraordinaires ! « 

« Ne vous fatiguez pas, cher ami. J’ai un homme de l’art qui réussit des bouchées à la reine merveilleuses, sans compter des montagnes de pâtisseries des plus fines ! »

« Bon alors que puis-je faire pour vous divertir ? Vous contez quelques historiettes particulièrement lestes ? Quelques grivoiseries amusantes ? »

« Monsieur ! Me prenez-vous pour une femme de mauvaise vie ? »

« Pas du tout, je cherche à remonter dans votre estime, madame qui me traitez si bas. Peut-être une petite improvisation au clavecin… »

« Dois-je vous rappeler que toute la Cour s’est moquée de votre dernière prestation, baron ? Sa Majesté s’en est vivement gaussée. »

« Je vois que vous prêtez l’oreille à de mauvaises rumeurs. Savez-vous que sa Majesté s’est prise d’un réel intérêt pour ma collection de boîtes de fromage ? »

« Je ne manquerais pas d’en faire part à mon fromager, mais je serais plutôt tentée par une collection de pierres précieuses dont je pourrais faire monter les joyaux en colliers. Vous n’auriez pas quelque chose comme ça, monsieur ? »

« Non, par contre, j’ai une très belle galerie de tableaux exécutés par des artistes orientaux qui sont d’une finesse exquise. »

« N’êtes-vous pas en train de me parler de vos estampes japonaises, monsieur. La marquise Dubout a déjà eu l’avantage de les visiter. Elle fut fortement étonnée que cette exposition se termine dans votre boudoir, monsieur. »

« La marquise n’a pas votre goût pour les belles choses, madame. Elle n’a pas la luminosité de votre regard, la douceur de votre peau ou l’élégance de vos gestes. »

« Monsieur, veuillez cesser ces viles flatteries avant que je décide de les rapporter au comte, mon époux, qui pourrait s’en trouver contrarié et vous provoquer en duel. »

« Monsieur le Comte étant atteint par les maladies relatives à son âge, je crois que je vais continuer à louer votre grande beauté, madame. »

« Vous êtes un fripon, baron. Rhabillons-nous et fuyez de mes appartements ! »

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