Couché, assis, debout

« J’aime bien rester couché le week-end ou alors me payer une petite sieste dans le hamac après le repas ».

« Oh, mon pauvre, c’est socialement très mal vu ! »

« Ah bon ! Il faut faire comment alors ? »

« On doit vous croiser debout, la mine fière et énergique. Vous devez marcher d’un pas ferme et décidé, surtout dans les couloirs de l’entreprise. Si vous pouviez avoir un gros dossier sous le bras, c’est encore mieux. »

« Ah, mince, c’est fatigant tout ça ! »

« Peut-être mais socialement, vous êtes jugé sur votre allure encore plus que sur votre visage ou vos vêtements. »

« Je peux courir. »

« Oui, vous levez tôt le samedi matin pour votre jogging, c’est pas mal. Mais alors, n’avancez pas en petites foulées, façon pépère ! »

« Comment il faut faire ? »

« Grandes foulées élastiques. Soufflez fort pour qu’on sente bien que vous ne faites pas semblant. Quand vous vous arrêtez faites quelques exercices d’assouplissement, pour que tous ceux qui vous regardent sachent qu’ils n’ont pas à faire à un amateur. »

« Et mon fauteuil en cuir, je l’utilise quand ? »

« Lorsque vous recevez. Et bien entendu ne vous vautrez pas comme vos gamins. Dites à Thérèse d’éviter de mettre un petit napperon derrière voter tête, façon grand-mère. »

« Je peux quand même m’asseoir pour manger. »

« Oui, mais alors à la cuisine. Ne soyez pas comme tous ces bof qui regardent la télé en dînant. »

« Et pour le petit déj ? »

« Le mieux, c’est debout. Vous buvez votre café à toute vitesse en disant que vous êtes en retard. Ça fait celui qui a un rendez-vous ou un boulot important. »

« Il faut s’agenouiller ? »

« A l’église, oui. A la maison, vous pouvez vous accroupir devant votre gamin qui joue à terre, c’est l’attitude du père moderne qui essaie de s’intéresser à l’éveil de l’enfant. »

« Il y a des façons de s’asseoir ? »

« Oui. Au bureau, débrouillez-vous pour avoir des accoudoirs. En plantant vos coudes, les doigts joints devant votre visage, vous pouvez vous donner un air réfléchi. »

« Et sur mon fauteuil ? »

« Le soir, quand vous rentrez, vous pouvez vous jetez dessus en vous tassant discrètement. A ce moment-là, dites que vous êtes crevé, avec un peu de chance vous éviterez les tâches ménagères. »

« J’ai le droit de m’allonger pour dormir quand même. »

« Oui, mais alors ne tapotez pas votre oreiller avant de vous allongez, ça fait encore pépère. »

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