Tromper énormément

« Je me suis trompé. Je me trompe souvent. »

« Moi aussi, mais il ne faut pas le dire. Reconnaître ses propres erreurs, c’est très mal considéré. Vous passez pour quelqu’un qui n’est pas fiable. Un nigaud, quoi ! »

« Le problème de persévérer dans l’erreur, c’est qu’on en commet d’autres. »

« L’important, c’est de maintenir votre erreur dans une certaine cohérence. Par exemple, je croyais qu’un Français avait potentiellement les moyens de gagner le tour de France cette année. »

« Ce n’est encore pas pour cette année, vous vous êtes trompé. »

« Non, j’avais raison puisque j’ai dit que les Français avaient le potentiel et non pas qu’ils allaient gagné. Vous comprenez, je me suis raccroché à un mot : le potentiel ! »

« Pourtant, les anciens croyaient que la terre était plate ! C’était bien une erreur ! »

« Pas du tout, dans le contexte scientifique de l’époque, c’était tout à fait vraisemblable. Vous comprenez ? En faisant intervenir le contexte vous pouvez facilement transformer une erreur en une réalité géniale. » 

« C’est un peu manipulatoire ! Les politiciens utilisent souvent ce genre de subterfuge. »

« L’autre manière de ne pas admettre ses erreurs, c’est de les transférer sur le dos des autres. Exemple banal : si je fais une erreur sur un fait historique dans un rapport, je n’ai qu’à dire que c’est la faute de Wikipédia qui colporte n’importe quoi. »

« En général, peu de gens savent reconnaitre leurs erreurs. Pour cela il faut commencer par avoir conscience d’avoir commis une erreur. C’est terrible de mesurer sa propre incompétence, il faut beaucoup de sagesse pour ne pas succomber à la honte. »

« J’en connais comme Dugenou, qui adorent faire remarquer les erreurs des autres. Il démontre a contrario la qualité de son travail et en plus, il s’offre le plaisir de jouir de l’embarras de celui qui a commis l’erreur qu’il dénonce. »

« Par contre Mollard corrige les erreurs des autres, sans en faire tout un plat. Il n’y a pas à dire : Mollard, c’est la grande classe. »

« Avez-vous remarqué ? Se tromper n’est pas grave, on peut toujours rectifier, mais tromper quelqu’un, c’est plus grave. »

« Oui, cela veut dire que non seulement on a formé une erreur dans son esprit, mais en plus qu’on l’a fait avec une intention malveillante. »

« L’erreur devient un combat pernicieux et même pervers. Vous ne la lancez pas frontalement, vous faites en sorte que l’ennemi se heurte à elle pendant que vous vous la coulez douce. C’est ainsi que vous croyez avoir trompé l’administration fiscale à propos de vos revenus. »

« En général, ça se termine mal. Celui qui été trompé n’est pas très content. Quand j’ai trompé Thérèse, elle m’a fait la tête. »

« Là, on est dans le phénomène de double erreur : d’abord erreur de l’avoir trompé, ensuite erreur de croire qu’elle ne s’en apercevrait pas. »

« … Et la troisième erreur, c’est de croire que je pourrais effacer la première. »

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