Archive pour le 26 mai, 2020

Nos sous

26 mai, 2020

« Pour appartenir à une communauté, il faut cotiser. La plus grosse cotisation, ce sont les impôts qui me permettent d’entrer dans la communauté nationale. »

« Oui… d’abord, vous cotisez pour être citoyen. »

« Ensuite, il s’agit d’exister et donc de cotiser de nouveau. Je cotise pour avoir une bonne retraite, une bonne santé, pour me cultiver par la médiathèque, pour être en forme grâce au club de sport, pour communiquer grâce à mon fournisseur d’accès Internet… Bref, je cotise pour vivre correctement ! »

« Oui, votre place dans la société n’est pas gratuite ! »

« En résumé, plus votre place est intéressante, plus cher vous la payez. Si vous êtes pauvre, vous n’allez pas à la piscine, pas à la bibliothèque, etc… »

« C’est bien ça : pour entrer dans une communauté, il faut payer, sauf dans la communauté des pauvres, là c’est gratuit ! »

« Continuons : une fois que j’existe en appartenant à plusieurs communautés, il faut bien que je vive. Donc je m’achète un logement, je paie des assurances, l’électricité, l’eau… »

« Et n’oubliez pas les étrennes du facteur et des éboueurs, si vous voulez vivre en toute tranquillité au jour le jour ! »

« Euh… j’ai une petite question : c’est à quel moment que je me fais plaisir ? »

« Je vous vois venir, vous voudriez un tain de vie agréable en fonction de vos revenus ? »

« Ce ne serait pas mal en effet »

« Eh bien, figurez-vous que la société a tout prévu : le crédit ! Si vous voulez partir en croisière : hop, crédit ! Si vous voulez une voiture qui en jette : hop, crédit ! »

« Si je comprends bien quand on n’a pas assez d’argent, on fait semblant d’en avoir. »

« Exactement. De toute façon avoir de l’argent ou pas, ça devient secondaire. D’ailleurs, souvent vous ne savez pas si vous en avez. L’argent devient une illusion.»

« Ah bon ? »

« Oui, grâce aux prélèvements automatiques, tout le monde se sert sur votre compte en banque : l’Etat, l’Edf, les assurances… Pire ! Grâce à dématérialisation, vous n’avez même plus l’impression de dépenser du fric. »

« C’est vrai que, dans le temps, quand on voyait les sous filer entre nos doigts, on savait ce qu’on faisait. On souffrait chaque fois que l’on achetait, ce qui nous poussait à la modération. »

« Mais mon pauvre, si tout le monde limitait ses achats, on ne pourrait plus faire des affaires. »

« Autrement dit, tout est fait pour escamoter l’argent de façon que le client ne s’aperçoive même plus qu’il en a et qu’il en dépense. »

« Absolument, mon pauvre. On est en train de vous supprimer les chèques par exemple. »

« C’est vrai que pendant le temps que me prenait la rédaction d’un chèque, j’avais le temps de m’interroger sur le bien-fondé de mon achat. »

« Exact. Et quand vous farfouilliez dans votre sac pour trouver votre porte-monnaie, c’était encore pire ; vous aviez le temps de ficher le camp. »