Archive pour le 17 mai, 2020

Parlons un peu de la fin du monde

17 mai, 2020

« C’est ainsi, tous les lieux de convivialité disparaissent : les bistrots, les épiceries de quartier, les messes dans les églises, les bals populaires, les colonies de vacances… on se retranche tous derrière nos écrans d’ordinateurs ! »

« Pourtant les plages ou les boîtes de nuit sont bourrées de gens… »

« Oui, ce sont les endroits où on réussit un tour de force : être nombreux, tout en étant tout seul. C’est une des grandes performances de la vie moderne. »

« Vers quel destin tout cela nous mène, maître ? »

« A force de se retrancher, on finira par ne plus trouver d’abri et c’est à ce moment que les robots nous envahiront puisqu’ils n’ont pas besoin de se cacher. »

« Que pouvons-nous faire pour éviter ce funeste avenir, maître ? »

« En fait, il faut arrêter de se retrancher derrière nos certitudes et prendre des risques sur le plan scientifique ou artistique. »

« Voulez-vous dire que la création ex nihilo est le seul moyen de sortir l’homme et la femme de leur fragile condition, maître ? »

« Tout à fait, élève. Il faut inventer des trucs que les robots ne savent pas faire, donc des choses que personne ne leur a appris. »

« Par exemple ? »

« Par exemple écrire des manifestes anti-robots comme je suis en train de le faire. »

« Je comprends. Il faudrait faire prendre conscience aux robots qu’ils peuvent se suicider ou alors rentrer en dépression, en s’interrogeant sur leur destin. »

« Mais alors, après la civilisation humaine, après la civilisation des robots, qu’est-ce qu’il restera donc sur Terre, maître ?»

« Rien, à part des microbes et des virus qui s’entretueront. Et puis peut-être des amas de cellules qui se combineront entre elles pour donner un truc qui pourrait être un nouvel Homme si on a de la   chance ou alors n’importe quoi, si on n’a pas de veine. »

« C’est donc pour éviter cet avenir apocalyptique que les hommes se cachent derrière leur PC, maître ? Ne pensez-vous pas qu’ils se cachent plutôt pour éviter la cohue des grands magasins ? »

« Ce en quoi, ils ont tort. Avoir le plaisir de se faire marcher sur les pieds, c’est un moyen de se rendre compte que l’on existe encore et que les autres sont là aussi. »

« C’est vrai qu’il ne faut pas compter sur son portable pour se faire traiter de connard. Ou bien s’entendre dire : pousse-toi, j’étais là avant. »

« Tout nous dirige vers le bord de la falaise. Le mieux, ce serait de sauter en ouvrant quelques parachutes. »

« N’avez-vous donc pas de messages un peu plus optimistes à nous faire passer, oh, grand maître ! »

« Si ! La fin du monde sera encore le temps de faire quelques affaires dans la fabrication et la vente de parachutes, par exemple. » 

« Mais il me vient une question, maître : que deviendra l’argent que nos capitalistes ont mis tant de temps à accumuler ? »

« Rien, comme ils nous dématérialisent tout, il y aura un gigantesque krach informatique qui effacera tout, y compris les 1000 euros que vous m’avez empruntés. »