La marche du Monde

« Je suis monté sur la colline pour prendre un peu de hauteur sur les affaires du monde. »

« Et alors ? »

« J’ai vu que ça n’allait pas très fort. Il faudrait arrêter les guerres, la famine, la pollution, les programmes pourris de la télé, le bruit, la financiarisation de l’économie…  »

« Il y a du boulot ! Mais n’as-tu pas ressenti de l’impuissance en haut de ta colline ? »

« Si, je suis redescendu, le cœur brisé d’amertume. Je me suis arrêté au bistrot en passant. Le père Mollard était au milieu de sa cuite du matin, ce n’est pas lui qui m’a remonté le moral. »

« Alors qu’as-tu fait, mon ami ? »

« J’ai fait un détour par l’église. Normalement, j’aurais dû y trouver une peu de paix intérieure. Mais le père Dugenou n’était pas là, il n’y avait que le bedeau. Il m’a dit que pour la paix intérieure, il n’était pas tellement au courant. »

« Alors tu es rentré chez toi ? »

« Non, j’ai rencontré en chemin le docteur Mouchalait. Pour la paix intérieure, il m’a dit qu’il y avait des stages de bouddhisme, mais que la Sécu ne rembourse pas. J’ai répondu que je préférais remonter sur la colline pour méditer. »

« C’est une sage décision. »

« Pendant que j’y étais, je suis passé voir le maire pour lui dire que je m’élevais contre l’installation d’une piste de ski et de télésièges sur ma colline pour attirer les touristes de l’hiver. Ce n’est pas ce qui va arranger les affaires du monde. »

« Je comprends : ta colline, c’est fait pour méditer. Alors qu’est-ce qu’il a répondu, le maire ? »

« Il m’a dit que ce n’est pas ma méditation qui va compenser les millions d’euros de perte, suite à la baisse de la subvention de l’Etat. »

« Je suppose que tu n’étais pas très content. »

« Pas très en effet. Je suis donc passé voir Gus, le cantonnier municipal. Je lui ai proposé une grève contre le projet du maire. Faisons converger nos luttes, ai-je dit. Mais Gus est à deux mois de la retraite, ce n’est pas maintenant qu’on va le transformer en gauchiste. »

« Alors, tu es rentré chez toi ! »

« Ben… toujours pas, je suis allé sur le rond-point à l’entrée du village. Et j’ai fait un bouchon pour expliquer aux automobilistes mon indignation à l’égard du grand bazar qui règne sur Terre. J’en ai profité pour stigmatiser l’attitude du maire qui veut supprimer ma colline de méditation. »

« Tu as bloqué beaucoup de gens ? »

« Non, parce qu’il y avait un autre blocage au rond-point précédent. Les flics sont arrivés pour faire sauter mon point de blocage qui ne bloquait personne. »

« Alors tu es rentré chez toi ? »

« Oui, et je me suis jeté devant la télé pour regarder de la télé-réalité avec une bonne bière dans les mains.  C’était nul à souhait. »

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