Archive pour le 5 mai, 2020

Vive la famille !

5 mai, 2020

« Vous avez une belle petite famille : une femme aimante, deux beaux enfants, un chien, un chat ! Toutes mes félicitations ! »

« Je suis crevé ! »

« Comment ça : crevé ! Vous devez avoir plein de satisfactions ! »

« Avec Thérèse, ça ne rigole pas. Avant de penser aux satisfactions, il faut penser au boulot : descendre les poubelles, promener le chien, passer l’aspirateur, se lever tôt le week-end pour aller au marché, se rendre chez belle-maman pour le gigot du dimanche… »

« Dans toutes les collectivités, il faut faire quelques concessions pour pouvoir vivre en paix. »

« Et puis, il faut aussi lui parler… Je ne sais plus quoi lui raconter. Alors, je recommence les mêmes histoires et elle me dit que je radote… »

« C’est sûr qu’il faut inventer des choses qui pimentent votre couple ! Et les enfants ? Vous êtes contents d’eux ? »

« Jérémie ambitionne de sauver la planète. Il passe son temps dans les manifs. Je vais le chercher au commissariat tous les quinze jours. Quant à Louise, elle gère un blog pour expliquer aux autres ce qu’il faut faire pour bien gérer son père. »

« Et leur avenir, comment le voit-il ? »

« Jérémie hésite entre videur de boites de nuit, pizzaiolo ou pilote d’avions de chasse. Louise opterait plutôt entre éleveuse de Koalas, nageuse de 400 mètres aux Jeux Olympiques ou alors vendeuse de ficelles. »

« Vendeuse de ficelles, c’est curieux, non ? »

« Non, elle pose le principe que depuis la nuit des temps les hommes ont besoin de lier des choses entre elles et que ce n’est pas près de finir. Pour elle, la ficelle c’est l’avenir de l’humanité. »

« Vos enfants sont plein d’imagination ! Je suppose qu’ils ont des grands-parents qu’ils adorent. »

« Ceux que Jérémie appelle les vieillards ? Il a fallu le ligoter pour l’obliger à leur rendre visite pour la visite obligatoire du nouvel an ! »

« C’est normal, il préfère la compagnie de ses copains. »

« Ses copains, c’est la bande de gangsters que j’ai trouvé dans mon salon l’autre jour. Ils ont renversé de l’alcool partout. Si vous aviez entendu Thérèse ! »

« C’est encore normal, cela fait partie des petites chamailleries familiales. On choisit ses amis, mais pas sa famille. Vous ne pouvez pas demander aux vôtres de se comporter comme des robots. »

« C’est dommage. Des robots qui feraient tout ce que je veux au moment où je le veux et qui ne me demanderaient jamais où je vais…. Ce serait le pied ! »

« Ben… non ! Ce qui différencie la vie humaine d’une existence entre robots, c’est la possibilité de ne pas avoir les mêmes envies au même moment et, par conséquent, c’est le droit de s’engueuler. Généralement pour des broutilles. »

« Vous avez raison. Pour l’avenir, il faudrait inventer des robots qui passeraient leur temps à nous contrarier, avec un bouton « engueulades familiales », nous serions moins déstabilisés. »