Archive pour mars, 2020

Campagne électorale

12 mars, 2020

« Ne confondons pas vie publique et vie privée ! »

« Peut-être, mais moi j’ai besoin de bien vous connaître pour savoir si je peux vous faire confiance. Comment vous confier les finances publiques si vous êtes endetté jusqu’au cou ? »

« Comme si j’étais du genre à taper dans la caisse pour mes besoins personnels ! »

« Je peux vous éviter cette tentation. Quand on détient le pouvoir, on est vite porté à croire que tout est permis. Si vous n’êtes pas élu, remerciez-moi : je vous aurais rendu le service de ne pas être happé par l’ivresse du pouvoir. »

« Je préfèrerais vous remercier de voter pour moi. »

« Il faudrait que je sache aussi si vous trompez votre femme. Si c’est le cas, vous êtes un homme peu loyal. Vous imaginez un polisson à la tête du pays ? »

« De ce côté-là, vous pouvez être tranquille, j’ai des mœurs très convenables. Ce qui ne m’empêche pas de protester contre cette obligation de révéler toute ma vie privée. »

« Et vos impôts, vous les payez ? Pas de phobie administrative ? »

« Je paie tout ce que je dois. Je n’ai pas de magot à l’étranger. Mes enfants ne sont pas en prison. Ma villa du midi a été construite dans des conditions légales… »

« Je vois ce que c’est : j’ai affaire à un candidat parfait, ce qui est suspect. N’auriez-vous pas un vice caché. Le jeu ? L’alcool ? La drogue ? Un cousin en affaire avec un tyran africain ? Une grand-mère qui a collaboré sous l’occupation ? »

« Euh… il y a bien le voisin de l’oncle Jacot qui tourne des films coquins… »

« Et voilà, j’en étais sûr, une famille de pervers ! Comment vous confier les clés du pouvoir dans ces conditions ? Je vais sûrement m’abstenir parce que figurez vous que la fille de la cousine de la charcutière de votre concurrent a triché pendant un examen partiel de maths. »

« En effet, je suis outré. »

« Remarquez… on peut peut-être s’arranger. Si vous promettez de faire sauter mes PV, de subventionner mon entreprise, de donner un poste important à mon cousin… je pourrais être pris d’intérêt pour votre programme politique. »

« Vous croyez donc que je suis un être vénal ! »

« Le terme me choque un peu, monsieur. Je dirais que comme tout le monde, vous préférez votre intérêt privé à l’intérêt collectif. »

« Je vois ce que c’est : monsieur est un anarchiste. Pour vous, voter ne sert à rien. »

« Ne vous énervez pas… on parle. Si vous vous agacez, je vais être obligé d’en déduire que vous n’aimez pas le dialogue. Comment votez pour quelqu’un qui n’apprécie pas la concertation ? »

« Il y a des lois qui vous permettent de voter pour qui vous voulez. Moi, je vais faire une loi pour permettre au candidat de refuser le vote de casse-pieds comme vous ! »

« Ce serait original, mais pour moi, ce sera une raison de plus pour ne pas voter pour vous. En vous présentant vous prenez le risque d’être projeté sur la scène publique où n’importe quel citoyen vous cassera les pieds. Vous voyez bien que je vous rends service. »

Alors ?

11 mars, 2020

A Orange

Un original

Chef d’un orchestre

Oriental

Organise

Des orgies

Sous l’orage

Au son de l’orgue

Pour de l’or.

Quelle ordure !

Le Bien et le Mal

10 mars, 2020

« Parlons du Bien. »

« Moi, je préfèrerais parler du Mal, je connais mieux le sujet. D’ailleurs, le plus souvent, les gens aiment bien dire du Mal de leurs prochains. »

« Oui…oui…. Bon d’accord. D’ailleurs, le Bien peut-il exister sans le Mal ? Ne faut-il pas qu’il existe du mauvais vin pour goûter le bon. »

« C’est vrai ! Quand j’ai obtenu une promotion, j’ai fait du Bien à moi et à tout le monde, sauf à Dugenou qui visait la même promotion. Depuis, il a mal et il fait le Mal en entretenant un esprit de vengeance entre nous. »

« Normalement, faire le Bien doit vous rendre heureux et par ricochet rendre heureux ceux qui sont autour de vous. »

« Euh… ça ne marche pas toujours votre truc. Certes, quand je donne un peu d’argent aux miséreux, ma conscience est soulagée pour un petit moment, mais quand je prive mon gamin de sortie pour son Bien, il n’est pas très content. »

« On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs. En général, il vaut mieux faire le Bien quelles que soit les conséquences. »

« C’est bien ça le problème. Si je vous donne 100 euros, vous allez peut-être les boire au bistrot. Je fais Bien de ne pas vous les donner. »

« Il ne faut pas confondre le Bien et l’intérêt personnel. Quand vous êtes généreux, essayez de ne pas en profiter pour vous valoriser ou pour faire le malin auprès des autres. »

« Ah bon ? Faire le Bien doit être gratuit ? A notre époque de marchandisation de toutes choses, ça va devenir difficile. Ou alors, il faut envisager la béatification. »

« Eh oui, c’est comme ça pour faire le vrai Bien, il faut que cela ne vous permette pas d’en tirer un profit personnel. Le mieux, c’est que personne ne sache que vous faites le Bien.»

« Avec le Mal, on a moins de soucis. Quand je vais à la pâtisserie du quartier, tout le monde le sait : je vais m’empiffrer et céder au péché de gourmandise, ce qui est Mal. »

« La difficulté, c’est que faire le Bien, c’est beaucoup plus difficile que faire le Mal. Le Mal, c’est la facilité. Pour le Bien, il faut une grande force d’âme. »

« Le plus simple, c’est de faire confiance à la loi. Ce qui est légal, c’est Bien. Ce qui est illégal, c’est Mal. Payez ses impôts, c’est Bien. Planquer son fric à l’étranger, c’est mal ! Point barre. »

« Tout ne se règle pas par la loi. »

« Il faut bien que quelqu’un décide ce qui est Bien ou Mal. Sinon, c’est la pagaille. A la maison, je ne suis jamais d’accord avec Thérèse. Est-ce Bien ou Mal de ne plus manger de viande ? Ou du chocolat ? Comme personne n’en sait rien, on coupe la poire en deux : on le fait un jour sur deux. »

« C’est bien le problème : quand il n’y a plus de repères, on en arrive à des compromis ou des demi-solutions. Il faudrait inventer le demi-Bien à ne pas confondre avec le demi-Mal.  C’est trop compliqué ! Le mieux, c’est de demander à sa conscience. En général, quand on fait la Mal, elle s’arrange pour nous mettre mal à l’aise. »

« Oui, et ça ne me convient pas. J’attrape facilement des maux d’estomac, je n’ai pas besoin qu’elle en rajoute. »

On en voit de belles !

9 mars, 2020

A Aiguebelle

Ma belle-sœur

Annabelle

Qui vend des mirabelles

Se rebelle

Contre un libelle

D’Isabelle

Sa belle-mère.

Quelle belle affaire !

Il faut tenir compte des circonstances !

8 mars, 2020

« Ce qui est important dans la vie, ce sont les circonstances. »

« Quelles circonstances ? »

« Toutes les circonstances. Si je bois un coup avec vous au bureau, l’ambiance sera différente qu’un petit verre chez moi. »

« Vous allez m’inviter ? »

« Non, je n’y pense pas vraiment. Je vous dis qu’il faut tenir compte des circonstances. »

« Que cela signifie-t-il, maître ? »

« Je vous explique. Il faut d’abord tenir compte de la date. Si nous discutons au mois de décembre, il est de bon ton pour démarrer la conversation de parler de la neige et de mon séjour prochain au ski. »

« Oui, c’est un sujet préoccupant, je ne vais pas m’en soucier au 14 juillet. »

« Ensuite, il faut tenir compte du lieu. Si nous nous rencontrons à moitié nus dans un hammam, je suis sûr que vous ne me parlerez pas de votre prochaine promotion. »

« Oui, ce serait assez pervers de ma part. »

« Il faut également prendre en considération l’humeur des participants à la discussion. Si je viens de m’engueuler avec ma femme, vous pensez bien que vos problèmes de secrétariat, je m’en fous un petit peu. ! »

« Et comment saurais-je si votre discussion avec madame a été courtoise ? »

« Il faut examiner le visage de votre interlocuteur. Si j’ai le teint jaune, la mine renfrognée, et le geste brusque, vous devez savoir que ce n’est pas le moment de me déranger. »

« Et le chiffre d’affaires, c’est une circonstance, maître ? »

« Bien entendu, si je viens de signer un contrat juteux aves les japonais, vous pouvez commencer à me parler de vos petits problèmes. Sinon, je vais sûrement vous envoyer paître. Les circonstances seront défavorables. »

« Parfois, j’entends parler de circonstances aggravantes. »

« Tout à fait, les circonstances aggravantes, c’est quand vous n’avez pas tenu compte des circonstances. Si vous me cassez les pieds avec vos problèmes de secrétariat le jour où ma voiture se fait accrochée dans le parking, le fait-même de ne pas tenir compte de cette circonstance constitue une circonstance qui aggrave la première circonstance. »

« Je vois, je vois… C’est un peu comme le contexte. »

« Pas du tout ! Le contexte est toujours vague : il est morose ou alors incertain, tandis que les circonstances sont toujours précises. Il ne faut pas confondre. »

« Je comprends. Si les circonstances défavorables s’ajoutent à un contexte morose, ça veut dire qu’on est dans la panade. »

« Il faut tenir compte des deux : contexte et circonstances, mais en plus n’oubliez pas la conjoncture et le climat social. Il faut tenir compte de tout ça pour pouvoir me parler, Dugenou ! »

« On peut vous poser des questions aujourd’hui ? »

« Non, il faut aussi tenir compte de mon agenda ! »

Dos au mur

7 mars, 2020

A Saumur

Dans son armure,

Il murmure

En mangeant des mûres.

Il va dans le mur

Sous la ramure.

Il est d’âge mûr.

Et il a mal au fémur.

Dominique sort avec Monique !

6 mars, 2020

Pas de panique

En sortant de la clinique

Dominique

Le britannique

Ironique

Et cynique

Pique-nique

Avec Monique.

Ce n’est pas une consolation

5 mars, 2020

« Il faudrait que vous me consoliez. »

« Pourquoi moi ? »

« J’ai l’impression que vous consolez bien. Les autres me disent que rien n’est grave, alors que j’ai perdu Thérèse, mon job, mon logement, mon chat… »

« Il est vrai que ça commence à faire beaucoup. Je ne vois pas comment vous allez vous en remettre. C’est consternant ! »

« Je suis affligé d’une grande amertume, vous comprenez ? »

« Je comprends. J’essaie de ne pas vous consoler bêtement, mais c’est difficile. J’ai envie de vous dire que la vie est ainsi faite : il y a des bas et des hauts. Après les bas arrivent les hauts. Après la pluie le beau temps. »

« Vous avez raison, c’est nul, ça ne me console pas beaucoup. Ce qui m’arrangerait plutôt, c’est que vous me disiez que vous êtes encore plus malheureux que moi. »

« Je crois que ça ne va pas être possible, je mène la belle vie. Certes, je paie beaucoup d’impôts, je prends des raclées au tennis, je suis obligé de manger à la cantine, et il faut aller le dimanche chez ma belle-mère… mais tout ça, ça ne me rend pas vraiment malheureux. »

« Vous n’y mettez pas du vôtre. C’est rien par rapport à tout ce qui me tombe sur la tête. Vous pourriez prendre une part dans mes malheurs pour les alléger. »

« Euh… je ne tiens pas à perdre mon job. Quant à la perte de Thérèse, je n’y suis pour rien… »

« Bon, je vois ce que c’est vous ne me servez à rien. Je vous plains beaucoup : vous ne savez pas consoler les autres. Je vais aller voir Dugenou : j’ai entendu dire qu’il pleurniche bien sur le sort des autres. »

« C’est vrai quand j’ai perdu mon chien, il n’arrêtait pas de pleurer comme une fontaine, c’est moi qui aie dû le consoler en lui disant que ce n’était pas si grave que ça. »

« Ah bon ? Voilà qui ne m’arrange pas beaucoup ! Je n’ai pas envie de me trouver dans le rôle du consolateur. C’est compliqué de bien consoler. »

« Je ne vous le fais pas dire. Il faudrait une formation qui déboucherait sur un vrai métier. Quand ça ne va pas, les gens sauraient sur quelle épaule pleurnicher, alors qu’à l’heure actuelle, ils se plaignent n’importe où. »

« Bon… si je ne comprends bien personne ne sait consoler. »

« Oui, malheureusement. Aujourd’hui, mon pauvre, on est dans le monde de la performance. Honneur aux vainqueurs, malheur aux vaincus. Relever le moral du vaincu fait perdre du temps à tout le monde. Comment voulez-vous que je construise efficacement ma vie de winner, si je passe trois heures à écouter vos malheurs ? Envoyez-moi un mail ! »

« C’est une idée ça. Je pourrais pleurnicher par mail à des milliers de personnes. Dans le tas, il y en a sûrement quelques-uns qui me consoleront par la même voie. »

« Vous avez aussi les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, etc. Vous pouvez vous y lamenter à loisirs et peut-être même que vous rencontrerez des plus malheureux que vous … »

« Non, ça ne va pas ! Je vous l’ai dit : je n’ai pas la moindre intention de consoler qui que ce soit ! »

Le voyage du cardinal

4 mars, 2020

Le cardinal

Carmin

Monte sur sa carne,

Cette vieille carcasse.

Il sort sa carte

Et son carnet,

Car

Le car est en carafe.

Le chasseur

3 mars, 2020

« Je suis un chasseur sachant chasser. »

« Vous plaisantez ? »

« Pas du tout. Je vous explique. Le mot chasse est extraordinaire, elle signifie quelque chose et son contraire. La fonction de chasseur se décline en deux aspects a priori contradictoires. Je suis un chasseur qui vire : les mouches, les idées noires, les importuns, les puanteurs, etc… Mais je suis aussi un chasseur de butin : les papillons, les lièvres, les bonnes affaires, etc… Vous comprenez ? »

« Je vois. Et les êtres humains ? »

« C’est simple : parfois je les chasse et parfois je les chasse. J’explique : je mets ceux à la porte ceux ou celles qui ne me plaisent pas et je cherche la compagnie de ceux ou celles qui me plaisent. »

« C’est de la discrimination. »

« Oui, mais tout le monde fait pareil. Je ne vous dis pas le nombre de fois où j’ai été chassé dans les deux sens de l’expression. »

« Comment vous faites pour chasser quelqu’un qui vous énerve ? »

« Tout dépend de l’envergure de la bestiole. J’ai plein de méthodes : l’air indifférent ou très occupé, le regard méprisant, le silence arrogant… En général, les intrus comprennent vite. Au pire, j’utilise des mots blessants. A l’extrême, il reste le fameux : fous-moi le camp ! »

« Et pour attraper une proie ? »

« C’est pareil, sauf que c’est l’inverse. J’ai mes mines. L’air très intéressé, le regard cupide un peu libidineux si nécessaire, les gestes ouverts et amicaux… Le grand jeu, quoi ! »

« Et si ça ne marche pas ? »

« Pas de problème. J’ai des discours. Du genre : ce que vous dites m’intéresse beaucoup, nous pourrions continuer à discuter autour d’un verre. »

« Je suppose que les types complètement idiots sont flattés.  Et vous faites quoi pour ceux qui vous disent : ce serait avec plaisir, mais je n’ai pas le temps en ce moment. Je suis surbooké ! »

« Pas de problèmes. J’en rajoute : je dis que je comprends très bien sa réponse compte tenu des hautes responsabilités qu’il exerce. En général, il me trouve un trou dans son agenda. »

« Et pour les femmes, comment un bon chasseur comme vous s’en tire ? »

« Alors là, je reconnais que c’est plus compliqué. Chasser une femme qui ne vous attire pas nécessite beaucoup de doigté, surtout si elle est en train de vous chasser … enfin de vous draguer. Dans les cas les plus délicats, je fais semblant de téléphoner à ma femme devant la gênante. »

« Et pour celles qui vous attirent. »

« D’abord pour n’énerver personne, j’évite de dire que je les chasse, ça fait un peu trop macho. J’entretiens une relation amicale qui peut devenir une relation amicale suivie… »

« Que passe-t-il quand vous êtes dans une chasse active et que votre partenaire est dans une chasse négative. »

« Voilà qui s’appelle un râteau. Les râteaux, c’est pour les jardiniers, pas pour les chasseurs. »

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