Le chasseur

« Je suis un chasseur sachant chasser. »

« Vous plaisantez ? »

« Pas du tout. Je vous explique. Le mot chasse est extraordinaire, elle signifie quelque chose et son contraire. La fonction de chasseur se décline en deux aspects a priori contradictoires. Je suis un chasseur qui vire : les mouches, les idées noires, les importuns, les puanteurs, etc… Mais je suis aussi un chasseur de butin : les papillons, les lièvres, les bonnes affaires, etc… Vous comprenez ? »

« Je vois. Et les êtres humains ? »

« C’est simple : parfois je les chasse et parfois je les chasse. J’explique : je mets ceux à la porte ceux ou celles qui ne me plaisent pas et je cherche la compagnie de ceux ou celles qui me plaisent. »

« C’est de la discrimination. »

« Oui, mais tout le monde fait pareil. Je ne vous dis pas le nombre de fois où j’ai été chassé dans les deux sens de l’expression. »

« Comment vous faites pour chasser quelqu’un qui vous énerve ? »

« Tout dépend de l’envergure de la bestiole. J’ai plein de méthodes : l’air indifférent ou très occupé, le regard méprisant, le silence arrogant… En général, les intrus comprennent vite. Au pire, j’utilise des mots blessants. A l’extrême, il reste le fameux : fous-moi le camp ! »

« Et pour attraper une proie ? »

« C’est pareil, sauf que c’est l’inverse. J’ai mes mines. L’air très intéressé, le regard cupide un peu libidineux si nécessaire, les gestes ouverts et amicaux… Le grand jeu, quoi ! »

« Et si ça ne marche pas ? »

« Pas de problème. J’ai des discours. Du genre : ce que vous dites m’intéresse beaucoup, nous pourrions continuer à discuter autour d’un verre. »

« Je suppose que les types complètement idiots sont flattés.  Et vous faites quoi pour ceux qui vous disent : ce serait avec plaisir, mais je n’ai pas le temps en ce moment. Je suis surbooké ! »

« Pas de problèmes. J’en rajoute : je dis que je comprends très bien sa réponse compte tenu des hautes responsabilités qu’il exerce. En général, il me trouve un trou dans son agenda. »

« Et pour les femmes, comment un bon chasseur comme vous s’en tire ? »

« Alors là, je reconnais que c’est plus compliqué. Chasser une femme qui ne vous attire pas nécessite beaucoup de doigté, surtout si elle est en train de vous chasser … enfin de vous draguer. Dans les cas les plus délicats, je fais semblant de téléphoner à ma femme devant la gênante. »

« Et pour celles qui vous attirent. »

« D’abord pour n’énerver personne, j’évite de dire que je les chasse, ça fait un peu trop macho. J’entretiens une relation amicale qui peut devenir une relation amicale suivie… »

« Que passe-t-il quand vous êtes dans une chasse active et que votre partenaire est dans une chasse négative. »

« Voilà qui s’appelle un râteau. Les râteaux, c’est pour les jardiniers, pas pour les chasseurs. »

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