Archive pour le 13 février, 2020

Tout flatteur vit…

13 février, 2020

« Arrêtez de me flatter ! »

« Ah bon ! Vous n’aimez pas ? »

« C’est très gênant. Je ne suis pas aussi extraordinaire que vous le dites. »

« Si, si ! Vous êtes un directeur intelligent et particulièrement efficace. Il faut bien que quelqu’un vous le dise, sinon vous allez demander si vous êtes assez intelligent. »

« En effet, je pourrais me sentir dominé par d’autres, ce qui m’affecterait gravement. Mais il faudrait me flatter plus finement pour que je n’ai pas l’air de rechercher les compliments, ce qui me ferait passer pour un être imbu de sa personne, c’est-à-dire le contraire d’un type intelligent. »

« Comment faut-il faire pour bien vous flatter ? »

« Par exemple, vous pourriez dire du bien de moi à quelqu’un d’autre en lui spécifiant de ne pas m’en parler, tout en sachant qu’il le fera quand même. »

« C’est assez malin. »

« Oui, comme ça je ne serai pas gêné par vos compliments. Mais il faut bien choisir la personne en question. Il ne faudrait pas qu’elle oublie de m’en parler. »

« Sinon, j’ai une autre idée. Je pourrais dénigrer votre personne devant des gens qui pensent du bien de vous. Comme ça, ils s’empresseront de vous adresser des compliments pour vous défendre ! »

« Non, ça ne fait que déplacer le problème. Mais finalement … pourquoi tenez-vous tant à me flatter ? Je trouve ça suspect. »

« Je flatte beaucoup, ça peut servir pour mon destin professionnel. Le renard de La Fontaine est un exemple pour tout une génération. »

« Oui, mais je ne suis pas aussi bête que le corbeau. Je pourrais me fâcher et vous accusez d’une manipulation honteuse, ce qui ne facilitera pas votre carrière ! »

« Cela vous mettrait en difficulté, tout le monde dirait que vous êtes colérique et d’un abord très difficile. Votre réputation auprès de vos partenaires serait compromise ! »

« Bon d’accord … mais si vous continuez à me flatter, je vais considérer que vous n’êtes qu’un petit monsieur, un flagorneur qui ne pense qu’à ses intérêts au lieu d’agir en pensant à la collectivité de l’entreprise. »

« Erreur, je pense à l’entreprise puisqu’en valorisant des hommes comme vous, j’améliore le potentiel collectif. Quand on a un excellent joueur dans une équipe, il faut le mettre en situation de s’exprimer pleinement pour qu’il tire le collectif vers le haut. »

« Et si je disais partout du mal de vous ? »

« Ce serait un très mauvais calcul. Cela reviendrait à dire que vous avez autour de vous de vils flagorneurs, c’est très mauvais pour l’image de l’entreprise et la vôtre, ça tirerait le niveau vers le bas. »

« Bon… bon… j’ai compris ! Flattez-moi, mais faites en sorte que je ne m’en aperçoive pas. Vous pouvez ouvrir des yeux béats d’admiration quand je parle, par exemple. »