Petits mensonges

« Madame, il y a là monsieur Dutruc, l’amant de madame qui demande à être reçu par madame ! »

« Augustin ! Qu’est-ce qui vous permet de parler ainsi ? J’ai beaucoup d’amitié pour monsieur Dutruc, mais… »

« C’est-à-dire que monsieur Dutruc vient toujours voir madame quand Monsieur est en voyage, donc je soupçonne monsieur Dutruc… »

« Augustin, vous êtes un fripon ! Vous n’avez pas à soupçonner monsieur Dutruc de quoique ce soit ! »

« Je veux bien, madame, mais que dois-je dire à monsieur Dutruc qui attend en sous-vêtements dans l’entrée. »

« Mon Dieu ! Aura-t-il donc oublié son pantalon ? »

« C’est-à-dire que Monsieur étant rentré inopinément, il est possible que monsieur Dutruc n’ait pas eu le temps de se vêtir complètement avant d’enjamber la fenêtre de la chambre de madame. »

« Ce qui ne prouve absolument pas que monsieur Dutruc soit mon amant. »

« Evidemment, mais madame aura sans doute du mal à convaincre Monsieur qui est en train de soigner le monsieur qui a enjambé la fenêtre de madame, lequel s’est fait une belle entorse en retombant dans le jardin de madame. »

« Mon Dieu ! Maurice aura donc rencontré Charles-Albert ? »

« Dans des circonstances quelque peu embarrassantes, madame. »

« Augustin, nous allons dire que monsieur Dutruc a voulu visiter notre roseraie hier et que par maladresse, il a fait un trou à son pantalon que Thérèse, ma chambrière, a proposé de raccommoder. »

« Et pour l’entorse de monsieur Dutruc ? »

« Il aura trébucher en heurtant du pied le chat qui s’est faufilé entre ses pieds. Quelle malchance ! »

« En effet, c’est très contrariant. D’autant plus que le chat de madame est passé de vie à trépas le mois dernier. »

« Augustin ! Vous me compliquez la vie ! »

« Madame, je vous suggère de dire que monsieur Dutruc s’est fait une méchante entorse alors qu’il effectuait une promenade agréable dans le quartier. »

« Augustin ! Monsieur Dutruc ne peut pas se promener dans le quartier sans pantalon. »

« Madame a raison ! Qu’elle excuse mon étourderie ! »

« Non, nous allons dire simplement que, ayant appris la mésaventure de son vêtement survenue dans sa promenade, j’ai prié monsieur Dutruc d’attendre dans ma chambre pendant que Thérèse ravaudait son pantalon et qu’en entendant rentrer monsieur, il a sauté par la fenêtre, craignant que monsieur ne se méprenne sur le sens de la situation. »

« Là, j’avoue que madame est d’une parfaite perfidie. »

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