Insultons-nous élégamment

« Vous êtes un plaisant, monsieur. »

« Il est vrai, monsieur, que je plais beaucoup. C’est bien aimable à vous de le faire remarquer avec autant d’insistance. »

« Non, vous ne comprenez rien quand je dis que vous êtes plaisant, c’est pour signifier que vous êtes un petit rigolo. »

« Vous avez raison, je dois dire que je suis assez amusant. Je connais beaucoup d’anecdotes d’une grande drôlerie. Cependant, je ne comprends pas pourquoi vous me trouvez petit. Avec mon mètre quatre-vingts, sachez que j’en impose, monsieur. »

« Monsieur ! Petit rigolo est une interjection qui exprime le peu de considération que j’ai pour vous ! J’aurais pu vous traiter de bouffon ! »

« Ce qui est parfaitement exact. Je sais amuser avec talent les grands de ce monde qui supportent tant de soucis avec tellement de vaillance ! »

« Et faraud, ça vous conviendrait ? »

« Il est vrai, monsieur, que les personnes qui me connaissent bien mal, considèrent que je suis d’une outrecuidance qui frise la cuistrerie. »

« A vrai dire, je cherche à vous insulter élégamment, mais vous n’y mettez pas beaucoup du vôtre. »

« Mon pauvre ! Je vais vous aider. Si vous voulez insister sur ma tendance à accumuler abusivement du bien en limitant la dépense, je propose fesse-mathieu. C’est amusant et peu usité. »

« Si je vous traite de fesse-mathieu, vous me promettez de vous sentir humilié ? »

« Euh… pas forcément. Il faudrait peut-être aller jusqu’à « forban », c’est-à-dire une espèce de pirate prompt à s’emparer de ce qui ne lui appartient pas. Je serais sans doute vivement indigné, d’autant plus que vous auriez raison. »

« Monsieur ! Vous êtes un forban ! »

« Ah ben, non ! Décidemment ça ne me fait rien du tout. »

« Il y aurait bien : connard ! »

« Monsieur ! Comment osez-vous ? Nous sommes entre hommes du monde ! Tout de même ! »

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