Les choses

« Je suis la serpillière, l’objet le plus sale et le plus déconsidéré de la maison, alors que je suis une vraie nécessité ». Ainsi, s’exprime la serpillière.

Le porte-manteau lui répond qu’il est navré, mais que dans toutes les sociétés, il faut des êtres dérisoires, dont on pourrait aisément se passer contrairement à lui. Que serait une maison où les vêtements ne pourraient se suspendre et traineraient partout, épars et malheureux ?

Le bac à linge sale affirme qu’il est aux cotés de la serpillière puisqu’il se charge de recueillir les vêtements usagés des gens de la maison. Lui aussi a une mission qui n’est pas respectée à sa juste mesure.

Dans le salon, les choses se prélassent. Quand on parle de la serpillière au fauteuil de monsieur. Il se gausse : « La quoi ? », dit-il avec l’air autosatisfait des choses qui tiennent tête au maître, lequel s’effondre tous les soirs dans son siège préféré avec un grand soupir de soulagement heureux.

Le lampadaire renchérit. Il n’exerce pas de tâches rebutantes, lui non plus. Au contraire, il apporte de la clarté aux problèmes des habitants de la maison. Ce n’est pas de la serpillière, ou du bac à linge que va naître la lumière !

Dans la chambre, la commode – celle dont le tiroir du haut est coincé – sort de son silence. Ce n’est pas très facile d’avoir à trier les sous-vêtements et les chaussettes de monsieur d’autant plus que ce dernier mélange tout. La commode voudrait donc qu’on ait un peu plus d’attention pour son travail.

Dans la cuisine, le four ouvre sa grande gueule. Il aimerait qu’on admette que c’est lui qui nourrit la collectivité. Sur le plan technologique, la sophistication de son système de cuisson, surpasse nettement le pauvre fonctionnement de la commode de la chambre.

Et le pommeau de la douche, alors ! On imagine mal tout ce que voit défiler un pommeau de salle de bains qui fait bien son boulot. Ce n’est pas toujours une partie de plaisir d’arroser copieusement des nudités dont l’harmonie des formes prête à discussion.

L’ordinateur se récrie. C’est lui qui est l’objet le plus utile de la maison. Il représente une ouverture sur le monde. Il connecte monsieur et madame à leur banque. Grâce à lui, ils peuvent commander le gigot du dimanche chez monsieur Bouricot, le boucher du quartier. Et, cerise sur le gâteau, il permet aux enfants de faire leurs devoirs sans se fatiguer.

Les volets roulants ne disent rien pour la bonne raison qu’ils sont encore détraqués et qu’on attend le réparateur.

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