Un apprenti héros

« Non mais, pour qui vous prenez-vous ? »

« Moi ? J’aimerais bien être Ivanhoé, un preux chevalier qui se porte volontiers au secours de la veuve, de l’orphelin et des pauvres. »

« Qu’est-ce qui vous plait tant dans ce genre de situation ? »

« Une fois que j’aurais cassé la figure aux méchants, la veuve, l’orphelin et les pauvres me regarderaient avec des yeux éperdus de reconnaissance et moi je dirais : allons, allons ! Ce n’est rien ! »

« Le problème pour vous, c’est que maintenant tous ces gens-là se tirent des accidents de la vie avec toutes sortes d’allocations. Ils n’ont plus vraiment besoin d’Ivanhoé ! »

« Ah zut ! Comment vais-je assouvir mon besoin de reconnaissance ? »

« Pourquoi voulez-vous être absolument reconnu ? »

« Ça vous plait vous d’être un petit bonhomme anonyme parmi des millions d’autres qui vous ressemblent. »

« Euh… je suis moi, c’est déjà bien. Mais vous, vous pourriez être une vedette de la télé. Vous pourriez vous promener dans la rue pour faire semblant de ne pas vouloir être reconnu, tout en espérant bien que les gens vous reconnaissent quand même. »

« Non, ce n’est pas suffisant pour moi. Il faudrait que je fasse quelque chose d’exceptionnel qui donne le frisson. Je ferai un livre sur mon exploit que je dédicacerai à des jeunes filles très excitées en disant d’un air modeste : allons, allons ! Ce n’est rien. »

« Le problème, c’est qu’à part gagner le tour de France ou sauver les ours blancs du Pôle nord, je ne vois pas bien ce que vous pourriez faire ? »

« Pour le tour de France, je n’ai pas encore fini ma préparation physique. Pour les ours du Pôle Nord, aucun d’entre eux n’a voulu faire un selfie avec moi. »

« Et un selfie avec le président ? »

« Vous plaisantez ! Je n’ai pas envie d’être trop marqué sur le plan politique. Un héros comme moi doit être au-dessus des turpitudes politiques. »

« Il ne vous reste qu’à ramasser toutes les cochonneries que vous laissez dans la nature. Vos enfants seront fiers de vous. Alors, vos yeux remplis de larmes par votre dévouement pour leur génération, vous pourrez leur dire : allons, allons ! ce n’est rien. »

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