Archive pour août, 2019

Faisons un débat

11 août, 2019

-Je vous concède que vous avez raison.

-Comment ? Vous me donnez raison ? Vous ne vous opposez pas à moi ? Voilà qui ne m’arrange pas tellement !

-Et pourquoi ? Puisque je vous donne raison !

-Si vous êtes d’accord avec moi, je ne vais pas pouvoir donner la pleine mesure de mon tempérament de contradicteur ! C’est très gênant !

-Vous tenez absolument à briller ? Vous êtes complexé ou quoi ?

-Pas du tout. J’aime bien avoir raison et dominer mes interlocuteurs par la puissance de mes arguments.

-Désolé, mais je suis d’accord avec vous.

-Vous n’êtes pas très intéressant. Et si je m’élevais vivement contre votre caractère prétentieux, ça pourrait le faire ? Vous pourriez vous distinguer par l’élégance de vos réparties.

-C’est trop dangereux. Il se pourrait que vous ayez raison. Je ne vais tout de même pas m’incliner devant votre discours.

-Alors de quoi on parle ?

-D’abord, je ne sais pas si j’ai envie de parler avec vous ?

-Vous savez bien que vous avez découragé tout le monde.

-Bon, alors parlez-moi de vous. Je pourrais peut-être vous contrarier. Comme vous n’êtes pas passionnant, on va peut-être s’entendre.

-Vous allez blesser mon amour-propre.

-Parce que vous avez de l’amour-propre ? C’est bien. Je vais pouvoir le piétiner par la pertinence de mes arguments.

-Et si on ne parlait pas ?

-Si vous voulez, mais je vous préviens : je vais être encore meilleur. J’ai des silences extrêmement éloquents.

-Oui, mais moi, je peux me taire de manière très ironique.

-Alors, je vais vous lancez des regards. J’ai une série de regards fulgurants qui vont vous figer sur place.

-Vous tenez à ce que je vous réponde par un visage glacial. Je vous préviens que vous avez intérêt à vous couvrir par ce que je peux être très froid.

-Vous n’y mettez pas beaucoup du vôtre. Il faut absolument que j’arrive à vous dominer dans le débat. Si mes arguments sont insuffisants et si je ne peux pas prendre un avantage physique, je vais être très malheureux.

-Je suis navré. Qu’est-ce que je pourrai faire pour vous ?  Peut-être pourriez-vous hausser les épaules d’un air désabusé quand je parle ?

-Vous êtes sûr ? Ça ne vous dérange pas ? Je ne voudrais pas être importun. Ce n’est pas mon genre.

-Je vous en prie, si ça vous permet d’avoir l’impression de prendre l’avantage sur moi, ne vous gênez pas.

-Vous êtes très compréhensif.

-C’est normal. Dans le débat, il faut que chacun se sente valorisé. Vous pouvez même me dire que je dis n’importe quoi, ce qui ne m’empêchera pas de le dire.

-C’est trop ! Je vous remercie.

 

Dans le ton

10 août, 2019

A Menton

Tonton

Gaston

Pêche le thon

Avec son rejeton

Qui a des boutons

Au menton

Et des bâtons

Pour les bastons.

Drôle d’histoire à Etampes

9 août, 2019

A Etampes, il y a des estampes,

Un laquais qui attend sur le quai,

Et un marmot qui ne dit mot

A sa tante qui est dans l’attente sous sa tente.

Dans un estaminet, on trouve aussi des minets,

Un flemmard qui se marre,

Et un mage auquel il faut rendre hommage.

Pendant ce temps, la cane ricane.

La balance

8 août, 2019

« J’ai trouvé un emploi ! Je suis indicateur ! Mouchard, si vous préférez ! « 

« Ce n’est pas un métier glorieux. En quoi ça consiste ? »

« Je dénonce, je balance à tours de bras tous ceux qui contreviennent à l’ordre et à la loi. »

« Ce n’est pas beau du tout. Vous êtes heureux comme ça ? »

« C’est bien payé car je prends des risques. Je peux me faire casser la figure par des gens indélicats qui ne supportent pas qu’on les dénonce ! »

« Quel manque de savoir-vivre ! »

« Je ne fais qu’appliquer les règles après tout. Au bureau, je me cache derrière la machine à café et je chronomètre les pauses de chacun. Ensuite, je me plains amèrement à la direction de tous les dépassements. Je ne vois pas ce qui a de mal à ça ! »

« Le patron doit être content. »

« Il trouve que mes initiatives le mettent mal à l’aise ! Il a embauché un espion pour me surveiller. Un indic pour surveiller un indic ! Non mais où on va ! Je me suis vengé en chronométrant les allées et venues de l’indic qui surveille l’indic. »

« Et dans la rue ? »

« Dans la rue, c’est très important pour l’ordre public de disposer d’un bon indicateur. Je photographie tous ceux qui traversent hors des clous, puis je me précipite au commissariat. Parfois, j’amène un contrevenant pas trop costaud aux flics en le tenant par le collet. Non mais, alors !

« Les forces de l’ordre doivent vous féliciter ! »

« Pensez-vous ! Elles pensent que je ferais mieux de me mêler de mes affaires ! Les flics m’ont dit qu’ils ne prendront pas ma plainte si je suis passé à tabac ! »

« Et à la maison, comment ça se passe ?»

« C’est un très bon terrain d’entrainement. J’ai pu dénoncer tranquillement mon voisin qui cache sa piscine, ses domestiques et ses bagnoles de luxe au fisc. Il m’a fait quelques remarques amères, puis a détruit ma voiture.»

« Votre femme et vos enfants sont fiers de vous ? »

« Tout à fait. Je transmets ma vocation. Mais ce serait mieux si mon gamin arrêtait de me dénoncer à Josiane, chaque fois que je mate un porno à la télé ! »

Paroles en l’air

7 août, 2019

Avec son salaire,

Valère

Galère

En mer.

A terre,

Il s’affaire.

Il a l’air

Amer

Et austère.

Petit problème !

6 août, 2019

« Je vous remercie. »

« Vous me remerciez de quoi. »

« Je ne sais pas. Je trouve que nous devrions nous remercier plus souvent les uns les autres. »

« Je vais vous devoir quelque chose, maintenant ! »

« Oui, je vous ai adressé un remerciement de précaution. Maintenant, je suis sûr que vous serez agréable avec moi. »

« Et si je décide d’être déplaisant. »

« Vous vous sentirez gravement coupable. Si ça ne suffit pas, je vous dirai que je vous aime beaucoup. »

« C’est effectivement très déstabilisant. Votre affection est un vrai pot de colle. Comment puis-je m’en débarasser ? » 

« Ce n’est pas possible. Si vous me rejetez, vous serez le méchant agresseur, insensible à mon humanité. Prenez garde ! Si mon affection ne suffit pas, je dirai que je vous admire infiniment. »

« Qu’est-ce que ça ajoute ? »

« Ça ajoute que vous serez obligé d’avoir un comportement irréprochable. C’est extrêmement fatigant d’être digne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »

« Je ne pourrais plus faire n’importe quoi ? »

« Non, vous me décevrez et je dirai à tout le monde que vous êtes un être tomé du piédestal sur lequel je vous avais mis. Si tout ça ne suffit pas, je pourrais ouvrir une cagnotte pour élever une statue à votre effigie. »

« Posée sur une place publique ? Non, pas ça ! »

« Si ! Et le jour de votre anniversaire, j’organiserais un dépôt de gerbe. Il y a aura la fanfare municipale et nous respecterons une minute de silence très émouvante. »

« Si je comprends bien, je suis fait aux pattes. Je suis obligé d’être plaisant avec vous pour éviter vos menaces. »

« Absolument ! »

La barbe !

5 août, 2019

Le barde

Barbu

Est barge.

Il tient la barre

De la barque

Et le bar

Du baron

Barbon.

Halte aux cadences non infernales !

4 août, 2019

« Halte aux cadences trop lentes ! »

« Vous voulez dire : halte aux cadences infernales. »

« Non ! Trop lentes ! La direction a ralenti notre rythme et notre charge de travail pour que nous nous sentions mieux. »

« C’est rare ! Vous êtes content ? »

« Non ! C’est très handicapant ! Comment voulez-vous que j’exprime ma rage contre les patrons dans ces conditions. »

« Personne n’est obligé d’être en rage ! »

« Ça vous conviendrait vous qu’on vous apporte le petit déjeuner, tous les matins sur votre bureau ? »

« Ils vous font ça ? »

« Comment voulez-vous vous énerver contre la monstrueuse exploitation dont nous sommes les malheureux objets ? »

« C’est assez injuste en effet ! »

« En plus, nous prenons les congés que nous voulons. Cette année, j’ai trainé huit semaines au Maldives avec Josiane et les enfants…. Et tout le monde s’en fout ! »

« C’est très déstabilisant. On vous retire toutes les occasions de vous plaindre ! »

« C’est que j’ai un spleen à déverser, moi ! »

« C’est vrai qu’on se sent beaucoup mieux lorsqu’on a un adversaire potentiel qu’on peut agonir d’injures. »

« L’homme aime bien se sentir du coté du Bien contre le Mal, s’il y a du Bien partout, comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? »

« Qu’est-ce que vous allez faire ? »

« Nous nous sommes mobilisés. Nous avons déjà obtenu qu’on arrête les augmentations salariales de plus de 10 % par an ! »

« C’est un pas en avant appréciable ! »

« Mais pour les nouvelles voitures offertes à chaque salarié pour Noël, ils n’ont rien voulu savoir ! »

« Vous allez voir qu’ils vont vous offrir des massages à domicile ! Rien ne les arrête »

Une histoire trouble

3 août, 2019

J’entends le chant du méchant.

Il est moribond, mais il fait des bonds.

Le maudit me dit

Que derrière la muraille, il me raille.

Le prélat las

Et sage cherche un passage.

En chemin, il a trouvé un parchemin

Et une corde pour sceller la concorde.

Pas de pot

2 août, 2019

C’est un Peau-Rouge

Qui a la peau mate.

Il n’a que la peau et les os.

Elle, avec sa peau de pêche,

Il l’a dans la peau.

Il a les nerfs à fleur de peau.

Il ira la chercher par la peau des fesses.

Les autres veulent sa peau.

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