Une apparition

« J’ai vu une apparition dans mon jardin. Un homme en peaux de bêtes qui vivait là depuis des millénaires. »

« Qu’est-ce qu’il a dit ? »

« Il a dit qu’il était enfin content de me voir et qu’il faudrait tondre la pelouse plus souvent. »

« Il parlait français ? »

« Oui, depuis le temps qu’il nous fréquentait, il a eu le temps d’apprendre. Il m’a même piqué des bouquins pour s’instruire. »

« C’est tout ? »

« Il m’a demandé aussi de baisser les radiateurs parce qu’il avait trop chaud en juillet. »

« Les radiateurs dans le jardin ? »

« Oui, il pense que c’est eux qui sont responsables de la canicule. Il voudrait aussi qu’on sorte le type qui est dans la boite et qu’on le fasse grandir. Il voulait parler de l’animateur de la télé. »

« C’est tout pour le délire ? »

« Non, il ne veut plus qu’on parle à des objets en les mettant à nos oreilles, ça le déstabilise. D’ailleurs, il trouve que nous nous mettons trop de choses dans les oreilles, même lui, il trouve ça ringard. »

« Et votre maison, comment il la trouve ? »

« Il ne comprend pas trop comment on a fait pour trouver des grottes carrées ou cubiques. De son temps, c’était moins organisé. »

« Parce que vous l’avez invité à entrer ? »

« Oui, bien sûr, c’était le moindre des choses. Il a été très surpris que nous nous asseyions en l’air, au lieu de nous asseoir parterre comme tout le monde. »

« C’est vrai qu’on se demande pourquoi on a inventé les fauteuils. Et il a rencontré ta famille ? »

« Tout à fait. Jules avec ses habits troués, ses longs cheveux gras, son refus de se laver et ses borborygmes quand il a faim, il a beaucoup plu à notre invité : enfin quelqu’un de normal, a-t-il soufflé. Il a aussi été très admiratif des piercings et des tatouages de ma gamine. Il m’a juré que la sienne ne faisait pas mieux. »

« Je l’ai emmené faire les courses. Il m’a assuré qu’il n’y avait pas de problème. Il avait l’habitude de chasser l’ours et le dinosaure. La caissière nous a dit qu’il n’y en avait plus en stock, mais qu’elle attendait un arrivage, puis elle s’est enfuie en hurlant. »

« Ne me dis pas que vous l’avez invité à manger ! »

« Si ! Il se tient très bien. Bien sûr, il ne comprend pas qu’on mange en regardant le monsieur dans la boite. Il dit qu’il a surement faim et que c’est cruel de s’empiffrer sous son nez. »

« Et les voisins qu’est-ce qu’il en pense ? »

« Il a fallu emmener madame Dugenou aux urgences quand mon ami a fait son apparition à la fenêtre de sa chambre. Son chat a aussi pris un malaise. Je l’ai conduit en quatrième vitesse chez le vétérinaire qui n’a dit qu’il n’avait jamais vu un chat stressé à ce point. »

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