Prendre langue

« Etre, faire, aller, prendre…. Ce sont des verbes faibles qui ne disent pas beaucoup de choses de la vie. »

« Oui, mais ils ont l’avantage de la simplicité et de la rapidité. C’est comme lorsque vous allez au MacDo, c’est simple, pas cher… Mais le but ce n’est pas de faire de la gastronomie, c’est de vous nourrir. »

« Ces verbes servent doc à nourrir les conversations banales de tous les jours… »

« Oui, mais pas seulement. Ils ont l’avantage d’aller droit au but par leur simplicité. Supposons que vous vouliez dire qu’un homme souffre d’accès de colère fréquents. Quoi de mieux que de dire : cet homme est colérique. Point barre. C’est net, ça ne supporte pas de nuances. »

« D’accord, mais ça ne dit de quelle manière cet homme exprime sa colère : il s’énerve ? Il hurle ? Il bave de rage ? Ou alors, il a la colère froide ? »

« C’est exact. Lorsque vous utilisez un verbe dit ‘faible’, c’est comme quand vous dites que vous allez acheter une voiture. C’est votre première phrase. Tout de suite après, il faut préciser votre intention en annonçant la marque et les caractéristiques du véhicule. »

« Les verbes faibles sont donc très utiles pour annoncer la généralité de votre intention. Souvent, ça suffit à votre bonheur. Par exemple, si vous me dites : je fais du vélo, ça suffit à votre interlocuteur dans un premier temps. Tout le monde se fout de la manière dont vous faites du vélo. »

« Je trouve que le verbe ‘aller’ joue un rôle particulier. Par exemple si je dis : ‘je vais faire’ du vélo, j’accole en fait deux verbes faibles ! L’expression est super-faible ! »

« Pas si faible que ça, puisque l’expression invente une sorte de futur immédiat qui n’existe pas dans la grammaire. Vous ne pouvez pas dire : ‘je ferai du vélo’ au moment précis où vous enfourchez votre bécane ! »

« Le verbe avoir est également très utile malgré son caractère fruste. Par exemple, si vous dites : ‘j’ai mon permis de conduire ‘, ça me suffit. Si au lieu de cette expression, vous annoncez :  ‘je suis titulaire du permis de conduire’, vous introduisez une notion juridique dont je me fiche complètement. »

« C’est vrai, le verbe avoir est l’expression la plus simple et la plus directe du droit de propriété ou de ce que l‘on s’approprie. »

« Si je dis : ‘j’ai l’air bête’, la nuance est apportée en fin de phrase. Le verbe est faible en lui-même, mais il peut être enrichi par un autre mot. L’attention de l’auditeur est attirée sur le fait que je m’approprie quelque chose, en l’occurrence l’air bête. »

« Certes, mais les gens n’aiment pas tellement les choses trop simples. Ainsi, au lieu de dire : ‘je vais à la boulangerie’, certains n’hésiteront pas à dire : ‘je me rends à la boulangerie’. »

« C’est pour faire leurs malins. Il y a des snobs de la langue. C’est d’autant plus idiot que le verbe rendre put aussi être considéré comme faible. Pour eux, il y aurait donc des verbes encore plus faibles que les faibles ! »

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