Archive pour juin, 2019

Nous sommes des pros

10 juin, 2019

Unprosateur

Prospère

Ecrit des proverbes

Sur un prospectus

Pour un proxénète

Un peu prophète

Dont les propos

Sont provocants.

Leçon de peinture

9 juin, 2019

« Les gens disent que mon tableau est pittoresque. »

« C’est déjà mieux que s’ils le trouvaient complètement nul. »

« L’ennui c’est que le mot peut prêtre à confusion. On peut comprendre que mon œuvre est originale, ce qui est plutôt positif. Mais on peut aussi penser qu’elle est tellement bizarre qu’elle donne envie de rire, ce qui est négatif car je ne peins pas pour rigoler, ni pour faire rigoler. »

« Ne vous inquiétez pas. Ceux qui se piquent de peinture ne savent généralement pas quoi dire devant un tableau alors ils disent : pittoresque. »

« Je ne peux pas défendre mon œuvre devant une critique aussi médiocre. »

« Il n’y a pas de problème, votre tableau n’est pas attaqué. Il est regardé, ce n’est déjà pas mal. Personne n’a compris les Montres Molles de Salvador Dali, ça n’empêche pas que c’était un chef-d’œuvre. »

« C’était une l’illustration d’une distorsion du Temps… Enfin bref, je ne suis pas Salvador Dali, personne ne comprend mes intentions. »

« C’est vrai qu’elles sont compliquées. Ces êtres mi-femmes mi-hommes, tous peints en vert, on se demande qui c’est… »

« C’est une projection vers une nouvelle civilisation dans laquelle on ne conserverait que la partie bonne des hommes et la partie bonne des femmes. »

« Ah bon… ça promet ! Et pourquoi sont-ils tous verts ?… »

« C’est évident ! Les gens se confondront avec la nature. J’irai même jusqu’à dire qu’ils SERONT la nature ! »

« On progresse. On a trouvé un sens à ce que vous faites. On n’est plus dans le pittoresque. On pourrait peut-être dire : avant-gardiste. »

« Vous n’avez pas l’air de croire à la fin de notre civilisation. »

« Si, mais si on est moitié homme, moitié femme, on ne va plus rien comprendre à ce que l’on est. J’ai déjà du mal à assumer ma personnalité. »

« Et pour la nature ? »

« Je n’ai pas envie de devenir tout vert. Vous pourriez peindre des arbres qui deviennent humains pour symboliser l’importance de sauvegarder le nature. »

« Si je comprends bien, mon tableau est pittoresque, c’est-à-dire nul. »

Pauvre Valère !

8 juin, 2019

Valère

Veut plaire

A Claire.

Il n’est pas clair.

Il manque de flair.

Il a des glaires

Elle est en colère.

Quelle galère !

J’avance mon pion

7 juin, 2019

Le pion

Tartempion

Est un espion

Champion,

Mais il est du scorpion.

Il a des morpions.

Il me marche sur les arpions.

En tenant son lampion.

Le vendeur de bruits

6 juin, 2019

« Le mugissement continu du vent dans les peupliers qui bordent la rivière m’épuise les nerfs. »

« Et le vrombissement continu des voitures sur le boulevard ? »

« Je ne supporte plus. »

« Je peux vous mettre un silence de cathédrale si vous voulez ! »

« Je n’aime pas non plus un long silence, c’est angoissant. Vous ne trouvez pas ? Pour bien faire, j’aimerais un bruit doux qui revienne de temps à autre. »

« Et pourquoi pas de la musique ? »

« Si vous comptez me faire écouter Patrick Bruel toute la journée, je préfère encore le vent dans les feuillages. »

« Je pensais plutôt à la symphonie n°41 de Mozart. »

« C’est un peu violent pour moi, je préfèrerais quelque chose de plus doux. »

« J’ai le murmure de l’eau claire qui jaillit de la montagne. »

« Celle qui glougloute gaiement ? Toute la journée ? … »

« Pour faire diversion, on peut insérer de la variété. Vers 17 heures, je vous programme le tintement du troupeau de chèvres qui rejoint l’étable. »

« Ah ! Ça commence à ressembler à quelque chose ! Je pourrais avoir aussi le jappement des chiens et le sifflotement de la bergère ? »

« Monsieur est exigeant ! »

« Oui, dans le même pack, je voudrais le chuintement régulier de la vague qui vient se briser sur la plage. »

« Il vous faut le cri affamé de la mouette qui cherche sa pitance ? »

« Non, ça m’agace l’oreille et ça va me donner faim ! Par contre si vous aviez le bruit frissonnant et menaçant de l’orage qui s’annonce à l’horizon, je ne dis pas non ! »

« En promotion, j’ai le moteur d’un Boeing 747 au décollage, ça ne vous intéresse pas, par hasard ? Pour faire fuir les importuns, c’est le must ! »

« Non, j’ai ce qu’il faut : un concert de cor de chasse absolument inaudible ! Je vous remercie, monsieur le vendeur de bruits. »

Où est Estelle ?

5 juin, 2019

Est-ce elle,

Estelle ?

Est-elle

A l’est

D’Este

Ou dans l’Esterel

Ou en Estrie

Avec Esther.

Les comparaisons

4 juin, 2019

« Je suis incommodé. »

« Ah bon ? ET par quoi ? »

« Par tout : la fumée, le bruit, les gens, la télé, les odeurs… Bref, je n’aime pas grand-chose. »

« En effet, tout ça c’est la vie. Si vous n’aimez pas la vie, c’est que vous êtes dépressif. Aimez-vous la vie ? »

« Si ! J’aime la vie, mais alors une vie où tout serait agréable. Il n’y aurait pas de bruit, ça sentirait bon, les gens seraient agréables… »

« Euh… je crois que ça n’existe pas. Il faut accepter des sensations un peu fortes, sinon vos cinq sens ne servent à rien. »

« Vous avez malheureusement raison, j’ai l’impression que l’état normal de mes cinq sens c’est d’être incommodés : les bruits et les odeurs dès que je sors dans la rue, les gens tristes et moches qui s’incrustent à ma vue, les fraises du supermarché qui n’ont pas le goût de fraises etc… »

« Ne vous inquiétez pas, on en est tous là. Tout ça nous sert à hiérarchiser nos expériences. Si vous ne viviez pas dans un environnement bruyant, vous ne pourriez apprécier un lieu calme. De même à force de voir des gens tristes et moches, vous êtes transporté de joie quand vous croisez une belle femme. »

« Ah oui, c’est vrai. Finalement, si je n’étais jamais incommodé, je ne saurais pas ce que c’est que la tranquillité et la félicité. »

« Oui, il faut boire du mauvais vin, pour aimer le bon. Ou bien voir de vilains paysages pour s’extasier devant la nature. Tout marche par comparaison. »

« Exact, c’est vrai, on n’arrête pas de nous comparer aux allemands pour nous expliquer que nous sommes trop bien payés en France. »

« Euh, je ne vous suivrai pas sur ce terrain. Je voulais dire qu’il existe des inconvénients et des attraits à la vie, c’est ce qui nous anime puisque nous cherchons tous les jours à nous extraire des premiers pour passer aux seconds. »

« Vous avez raison. Tous les jours, j’essaie de ne pas passer devant le bureau de Dugenou, je préfère allonger mon chemin en passant devant le bureau de Mélanie, ça sent meilleur. »

« Et bien voilà, vous affichez enfin une préférence, c’est à ça que servent les situations malcommodes. »

Un poète en hiver

3 juin, 2019

En hiver

Ce pervers

Aux yeux verts

Fait des vers

A Anvers

Devant un verre

Et son couvert.

C’est son travers.

 

Les choses inutiles

2 juin, 2019

« Qu’est-ce que vous faites ? »

« Je découpe une feuille de papier. »

« A quoi ça sert ? »

« A rien ! A bas le règne de l’utilité ! Vive les choses qui ne servent à rien ! Vive tout ce qui n’a pas de sens ! »

« Eh ben… avec vous, on est mal barré. »

« Vous avez remarqué ? Quand vous coupez votre feuille en deux un très grand nombre de fois, il arrive un moment où vous ne pouvez plus le faire car le morceau est tellement petit qu’il disparait. »

« C’est fascinant. »

« Ah ! Vous voyez que ça sert à quelque chose ! Découper à l’infini une feuille de papier, ça sert à vous étonner ! »

« A quoi sert de s’étonner ? »

« Ne me dites pas que ça ne sert à rien de s’étonner. On apprend toujours quand on s’étonne. Par exemple, en découpant à l’infini une feuille de papier, je viens de vous donner une approche du néant. »

« Effectivement, je n’avais jamais vu le néant comme ça. D’ailleurs, je n’ai jamais vu le néant. Je ne comprends pas comment ça a pu échapper à mon éducation. »

« Et puis, on ne sait jamais, c’est en faisant n’importe quoi qu’on a découvert de grandes choses comme la tarte Tatin. Il a suffi qu’une des sœurs Tatin renverse sa tarte par mégarde. »

« Si je comprends bien, vous découpez du papier pour découvrir des choses extravagantes. »

« Avoir les mains occupées, ça aide aussi à se concentrer : par exemple vous, vous triturez un trombone entre vos doigts, c’est aussi nul que de découper une feuille de papier, pour ne pas dire plus. Il y en a d’autres qui ne peuvent s’empêcher de tripoter leur trousseau de clés. »

« C’est vrai, on se demande pourquoi on a un besoin compulsif de triturer des trucs. »

« Je ne sais pas. C’est comme si on était étonné d’avoir des mains alors on se dépêche de les occuper pour justifier leur existence. »

Double jeu

1 juin, 2019

Dans l’Orne, ce n’est pas morne.

Il y a un phoque loufoque,

Un général gêné qui râle,

Un vagabond qui fait des bonds.

La princesse veut que ça cesse.

Un sage est de passage.

Dans la rade, il organise une parade.

A son âge, c’est du courage !

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