Archive pour le 4 juin, 2019

Les comparaisons

4 juin, 2019

« Je suis incommodé. »

« Ah bon ? ET par quoi ? »

« Par tout : la fumée, le bruit, les gens, la télé, les odeurs… Bref, je n’aime pas grand-chose. »

« En effet, tout ça c’est la vie. Si vous n’aimez pas la vie, c’est que vous êtes dépressif. Aimez-vous la vie ? »

« Si ! J’aime la vie, mais alors une vie où tout serait agréable. Il n’y aurait pas de bruit, ça sentirait bon, les gens seraient agréables… »

« Euh… je crois que ça n’existe pas. Il faut accepter des sensations un peu fortes, sinon vos cinq sens ne servent à rien. »

« Vous avez malheureusement raison, j’ai l’impression que l’état normal de mes cinq sens c’est d’être incommodés : les bruits et les odeurs dès que je sors dans la rue, les gens tristes et moches qui s’incrustent à ma vue, les fraises du supermarché qui n’ont pas le goût de fraises etc… »

« Ne vous inquiétez pas, on en est tous là. Tout ça nous sert à hiérarchiser nos expériences. Si vous ne viviez pas dans un environnement bruyant, vous ne pourriez apprécier un lieu calme. De même à force de voir des gens tristes et moches, vous êtes transporté de joie quand vous croisez une belle femme. »

« Ah oui, c’est vrai. Finalement, si je n’étais jamais incommodé, je ne saurais pas ce que c’est que la tranquillité et la félicité. »

« Oui, il faut boire du mauvais vin, pour aimer le bon. Ou bien voir de vilains paysages pour s’extasier devant la nature. Tout marche par comparaison. »

« Exact, c’est vrai, on n’arrête pas de nous comparer aux allemands pour nous expliquer que nous sommes trop bien payés en France. »

« Euh, je ne vous suivrai pas sur ce terrain. Je voulais dire qu’il existe des inconvénients et des attraits à la vie, c’est ce qui nous anime puisque nous cherchons tous les jours à nous extraire des premiers pour passer aux seconds. »

« Vous avez raison. Tous les jours, j’essaie de ne pas passer devant le bureau de Dugenou, je préfère allonger mon chemin en passant devant le bureau de Mélanie, ça sent meilleur. »

« Et bien voilà, vous affichez enfin une préférence, c’est à ça que servent les situations malcommodes. »