Archive pour le 3 mars, 2019

Les métiers d’avant

3 mars, 2019

« Les hommes, il faut d’abord les éduquer et puis après les former. »

« Ce n’est pas la même chose ? »

« Pas du tout. L’éducation, c’est leur donner les bons codes pour s’intégrer à la collectivité : lire, écrire, compter… Quand ils sont éduqués, on considère qu’ils doivent contribuer à l’effort national pour produire de la richesse. »

« Autrement dit être formé pour exercer un métier. »

« Oui, depuis des siècles, c’est ainsi. Autrefois, on ne se préoccupait pas de la croissance. Le seul but c’était de vivre le plus longtemps possible et donc de se protéger des brigands et des envahisseurs. Il fallait donc des gens pour se défendre de la violence : c’étaient les nobles. Et les jeunes nobles étaient formés au seul débouché possible : la guerre. »

« Et si je ne veux pas me former ou me former à un métier qui ne sert à rien ? »

« Alors, vous n’êtes pas invité au partage de la richesse que vous n’avez pas contribué à construire. Comme on est sympa, on vous donnera des miettes pour que vous surviviez dans la misère si possible, de façon qu’on puisse montrer aux jeunes ce qui leur arrivera s’ils ne travaillent pas bien à l’école.»

« Je comprends, je comprends. Mais avouez que c’est un peu déprimant d’envisager les choses comme ça. »

« Non, ce n’est pas déprimant. Les anciens ressentaient de la fierté à avoir un savoir-faire entre les mains : les forgerons, les boulangers, les cheminots… »

« Oui, mais aujourd’hui, le seul savoir-faire qui se propage, c’est de savoir taper sur un clavier… »

« Je vois ce que c’est : monsieur est pour le retour des métiers anciens ! »

« Regardez les pyramides de Gizeh, je ne suis pas sûr que ceux qui les ont construites de manière aussi précise aient suivi un stage de formation en architecture moderne… »

« Ce n’est pas en construisant des pyramides que nous allons booster notre taux de croissance et réduire le chômage. »

« Non, mais nous pourrions remettre des pompistes dans les garages, ça m’éviterait de cochonner mon pantalon toutes les fois que je me sers à la pompe. »

« Vous n’avez qu’à vous former au métier de pompiste et puis au métier de guichetier à la poste et puis au métier de monteur de meubles… Vous ne croyez tout de même pas qu’on va tout faire à votre place. La formation, je vous dis ! »