Services publics

« Eh voilà, c’est terminé ! Dans le temps, on pouvait vouer le personnage aux gémonies ! Le percepteur des impôts était honni, vilipendé, moqué ! C’était chouette, on pouvait se défouler. »

« Maintenant, c’est fini. Avec le prélèvement à la source, on ne va même plus s’apercevoir qu’on paie des impôts. Contre qui allons-nous exercer notre rancœur ? »

« C’est vrai, le gouvernement ne prend pas assez en compte notre besoin de détester l’autorité. »

« Il y a bien les patrons… »

« Encore faut-il en avoir un ! Et puis ce sont eux qui nous paient. »

« C’est vrai ! Je pourrais détester le facteur… mais maintenant, je n’ai plus beaucoup de courrier…  Je ne le vois plus que pour le calendrier ! »

« Au train où vont les choses, on va être obligés de se détester entre nous. Ça vous dérangerait si je dis du mal sur vous ? »

« Je vous en prie, faite comme bon vous semble. D’ailleurs, j’aimerais volontiers vous rendre la pareille. »

« Il faudrait que vous me fassiez une crasse. Bon… attendez, je vais vous prêter 1000 euros et vous ne me les rendrez pas. Qu’est-ce que vous en pensez ? »

« Rien parce que je vous ai prêté 1000 euros, il y a un mois dont j’attends toujours le remboursement. »

« Vous ne m’arrangez pas. »

« J’ai une proposition : on ne peut plus détester le facteur, on va donc se moderniser : détestons notre fournisseur d’accès Internet. »

« Très bonne idée, il y a de quoi dire. Dès que vous avez le moindre problème, il n’y a plus moyen de joindre quelqu’un de compétent. Je ne vous dis pas les coûts téléphoniques ! »

« Et le gouvernement qui s’en fout, évidemment ! »

« Ah, ça va mieux ! On peut enfin dire du mal de quelqu’un ! »

« Oui, mais quand même, le percepteur, c’était une figure locale. On avait un service de détestation à portée de mains, encore un service public qui disparait ! Plus de curé, plus de bistrotier, plus de percepteur… »

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