Un évadé

« Vous avez vu ? Je suis relaxé ! »

« Vous étiez en prison ? »

« Non, je me suis échappé des petits soucis quotidiens. Par exemple, si le ménage n’est pas fait chez moi, je m’en fous complètement. Ou alors, si je n’ai pas payé une facture, ça m’est complètement égal. »

« Voilà qui doit valoir des ennuis ! »

« Non, certainement pas. Je n’ai pas échangé des soucis contre des ennuis. Il ne manquerait plus que ça. »

« Et faire des courses au supermarché, vous n’y pensez pas ? Moi, quand le paquet de café est vide le matin, ça m’énerve. »

« Et voilà, c’est comme ça que commence les problèmes d’estomac. Vous n’avez qu’à descendre au bistrot pour prendre votre déjeuner. En plus, c’est dans une ambiance populaire. C’est plus sympa que boire votre jus en compagnie de votre frigo. »

« Et quand votre femme n’a pas repassé votre chemise blanche sous le fallacieux prétexte que vous pourriez vous occuper de vos affaires ? »

« Je m’en fous aussi. Si vous croyez que votre patron va perdre son précieux temps à regarder votre chemise. »

« Mais justement… N’est-il pas interdit d’avoir l’air trop décontracté dans votre boite ? »

« Euh… non, pourquoi ? »

« Parce que dans la mienne, prendre l’air surbooké et complètement halluciné par la peur de ne pas tenir ses objectifs, c’est obligatoire. »

« Moi, j’ai proposé une salle de relaxation pour soulager les gens comme vous. »

« Et vous pouvez vous reposer 10 minutes de temps à autre ? »

« Oui… enfin, non… hier, j’ai été tiré de ma sieste vers seize heures par le bruit de la photocopieuse, juste à côté. Le patron s’est excusé. »

« Il est de bonne composition. »

« Oui, il me montre en exemple. Je suis celui qui refuse de se tuer au travail. Si tout le monde était comme moi, il y aurait moins d’absentéisme. »

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